Récit de la course : Ceven'Trail - Ultra du Bout du Cirque - 100 km 2020, par bubulle

L'auteur : bubulle

La course : Ceven'Trail - Ultra du Bout du Cirque - 100 km

Date : 7/3/2020

Lieu : Le Vigan (Gard)

Affichage : 737 vues

Distance : 100km

Objectif : Pas d'objectif

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Trainer une entorse au bout du Cirque ou comment se noyer dans le pâté

Un de mes vieux récits de course s’appelle « Trainer une entorse à la Tour Eiffel ». J’avais alors terminé mon premier 80km de l’Ecotrail une semaine après une entorse récoltée en voulant faire « un dernier entraînement » le week-end précédent la course.

Eh bien, 8 ans après, j’ai plus ou moins recommencé les conneries.

Bon, l’entorse s’était faite 5 semaines avant, pendant le Off de l’ami patfinisher, en Mérantaise. Mais elle avait été assez sérieuse, à la limite de l’entorse dite « moyenne » avec hématome. Et au lieu de faire ces 5 semaines à faire tranquillement du vélo, j’ai essayé de reprendre, évidemment trop tôt au bout de 2 semaines, ce qui a fonctionné…une semaine avant que je ne retorde la même cheville.

Et donc à nouveau 2 semaines de vélo…. ce qui l’air de rien est quand même un excellent entretien quand on accumule près de 200 kilomètres dans une semaine en VTT.

Bref, au moment de prendre le TGV pour un week-end dans les Cévennes, les clignotants sont plutôt au vert pour cette cheville.

Pour le reste, eh bien c’est aussi mon premier 100km depuis octobre 2018, l’année 2019 ayant été limitée à des formats 80km maxi (si on exclut l’Ultra-Boucle de la Sarra, quand même….. et la Montagn’hard 100 interrompue au bout de 40km).

Donc, il reste quand même une incertitude dans la capacité à gérer une fin de course sur cette distance. Les courses 2019 ont été variables sur ce dernier point, on dira.

Donc, Ultra du Bout du Cirque, la longue distance du Ceven’Trail. Les Cévennes c’est une région que je ne connais pas du tout, je ne peux qu’imaginer : des altitudes très modérées (ce qui n’empêche pas de risquer des intempéries jusqu’à la neige…ou les fameux « épisodes cévenols » de la météo), un relief notable, mais aussi, sur la course, des sections roulantes nombreuses.

Et, je l’écris à chaque fois : le plat j’aime pas. Et pourtant, il va falloir aussi en manger. Cela dit, ça ne changera guère du sempiternel Ecotrail de Paris, n’est-ce pas ?

La course, et le week-end, se feront sans Super Suiveuse. Week-end au minimum avec voyage le vendredi, course le samedi (départ à 4h du matin) et retour le dimanche. Hébergement simple : j’ai trouvé un lit à l’auberge de jeunesse du Vigan, à 300m environ du départ.

L’avant-course se passe sans trop d’encombre et je trouve même un covoiturage pour venir de Montpellier au lieu de prendre les autocars départementaux (le battement avec le TGV est trop court, je ne m’en rends compte que la veille du départ). Merci au système simple mais efficace mis en place par l’organisation ! Je suis le premier à l’auberge de jeunesse, ce qui me donne le privilège de choisir la chambre… et la surprise de découvrir que c’est une chambre de 2 lits seulement.



Moi qui m’attendais à un style dortoir, c’est une heureuse surprise. Je partagerai cette chambre avec Steeve, coureur de la région qui excelle sur les formats courts et dont ce sera le deuxième ultra (après le Raid Occitan 6666, excusez du peu). Steeve est un peu l’inverse de moi : un peu stressé par tous les détails, il fait et refait et re-re-fait son sac la veille au soir, il a les consignes du coach, un objectif, un plan de course, tout ça. Bon, on ne joue pas dans la même catégorie, clairement, d’ailleurs il fera top 20 à la course, c’est dire.

Pas facile, la nuit avant une course dont le départ est à 4h du matin. On a beau se dire « il faut se coucher tôt », je sais bien que ça ne va pas trop bien marcher et que le sommeil sera très léger. Baste (comme dirait Jean-Mi Touron), on fera avec. Je ferai aussi avec le lever de Steeve à 2h du matin pour faire, refaire et re-refaire son sac… Bon, moi j’avais plutôt prévu 2h45 mais, zen, on s’adapte !

Petit dèj rapide dans la salle commune et nous partons vers le départ… à 400m de là. C’est bien pratique et pas désagréable. Les rues du Vigan sont totalement désertes.


Il ne fait vraiment pas chaud avec un petit vent bien frais, je vais finalement décider de partir avec une couche manches longues et le coupe-vent Kalenji (toujours aussi parfait, ce coupe-vent ultra-léger). Le sac est très minimaliste, avec juste un tee-shirt et des manchettes si jamais j’avais trop chaud à un moment (je me connais). Le minimum d’eau (je me connais) et la frontale Stoots minimale, la microscopique Stoots Misti (l’Opalo n’est toujours pas réparée).

Pas trop de stress avant ce départ, je prends cette course comme « juste une course de plus » avec l’idée de profiter des paysages, ne pas me mettre la pression sur l’objectif, ménager aussi la cheville fragile. Il reste juste cette incertitude sur la fin de course, puisque je n’ai pas atteint les 100km depuis longtemps. L’objectif est de se préparer pour la progression de courses du printemps (Citadelles, UBS, GR73) puis de l’été (Montagn’hard, Beaufortain et le sommet prévu sur la PicaPICA et l’Ultra de Serre-Ponçon en équipe avec Spir et FWN).



Etrange d’écrire cela en plein confinement COVID-19 puisque ces courses prévues s’annulent une à une et que je viens de faire, ce matin, 1500D+… dans l’escalier de notre immeuble !

Le départ se fait dans le gymnase, ce qui permet de ne pas prendre froid.

Les incertitudes sur l’épidémie de Covid-19 qui commence à arriver en France, ont fait qu’il y a finalement un peu moins de 200 partants, mais ce n’est finalement pas trop mal. Le calcul est vite fait : je suis certain qu’au bout de 10km, la course se fera absolument tout seul. Et je n’imagine même pas la fin, à ceci près que l’autre distance, le Trail aux Etoiles (62km) part, lui, assez tard le matin et a la quasi-totalité de son parcours commun avec la fin du nôtre. Nous devrions donc voir ses concurrents nous dépasser sur une petite moitié de notre course.



Le départ se fait sans chichis et rapidement, nous traversons un Vigan désert, pour traverser la rivière, avoir un petit bouchon à l’entrée du premier single pendant que…..un coureur derrière passe son temps à chanter, accompagné, apparemment d’une mandoline. Etonnant : va-t-il faire cela toute la course ?

Nous avons deux kilomètres dans la vallée pour nous mettre en jambes. J’ai imaginé un départ prudent (16 minutes pour 2,8km), en pratique, je suis même plus prudent que cela en 18 minutes.

Les choses sérieuses commencent avec la première des nombreuses côtes du début de course. Jusqu’à Arre, la mi-course, le parcours est assez nerveux, soit montant soit descendant, avec des bosses qui vont faire en moyenne entre 200 et 500 mètres de dénivelée, avec des pentes apparemment pas effrayantes.

Cette première côte va bien nous mettre en jambes, j’en profite évidemment pour passer progressivement quelques coureurs. Je me doute un peu qu’il n’y aura pas beaucoup de dépassements sur cette course, vu la densité très faible. Au sommet, sur une petite crête légèrement à découvert, nous sommes déjà espacés les uns des autres. Je passe en haut en 43 minutes, pour 40 prévues, j’ai le bon rythme. L’environnement est d’un type où je n’ai quasiment jamais couru, avec cette végétation méditerranéenne qui ne ressemble évidemment guère aux sombres forêts franciliennes ou aux denses forêts de conifères des Alpes. Et le terrain est ultra-sec ce qui, là aussi, me change un peu en cet hiver très humide.

La descente qui s’ensuit est parfois un peu technique au début, j’y suis ultra-prudent (et lent) mais n’échappe malheureusement pas à une bonne torsion du pied gauche (celui de l’entorse) au bout de quelques centaines de mètres. Aïe, c’est mal parti. Heureusement, je me suis rattrapé sans trop de douleur, mais j’augmente donc la prudence. La suite de cette descente est heureusement plus facile avec un peu de remontée intermédiaire où je reviens sur les coureurs qui m’ont dépassé en descente, dont un équipé d’une Stoots qui doit être dans mes âges et qui va faire partie des coureurs que je « mémorise ».



Nous traversons le joli petit hameau de l’Arboux un peu avant le 10ème kilomètre : maisons en pierre, 2 ou 3 spectateurs matinaux, c’est sympa. Ils nous annoncent une bonne côte bien raide ensuite. Effectivement, le 300D+ qui suit a une bonne pente, ce qui me permet de faire parler un peu les bâtons : coucou le gars à la Stoots ! Petit hameau au sommet (Navous), un peu de route et nous bifurquons vers une redescente vers un autre de ces nombreux hameaux, niché au creux d’un vallon, Costubague. Le terrain alterne des chemins assez facile (chemins de 4x4 ou de tracteurs) et de petites sections de routes. On croise souvent des bénévoles signaleurs qui sont là pour indiquer les changements de direction un peu délicats.

Le balisage est bien visible, même si je trouve qu’il manque un peu de régularité ou de constance : il va falloir s’y habituer et redoubler de vigilance. Il est maintenant fréquent de courir (ou marcher) avec personne derrière et devant et une erreur est vite commise. Il fait toujours nuit, donc les balises étant toutes réfléchissantes, cela reste quand même assez facile. Mais il suffirait d’une par terre (il y a du vent).

A l’Arboux, je suis passé exactement dans le temps du roadbook et cela a été l’occasion de mon premier message à mon petit groupe Whatsapp d’amis et de famille. Costubague, pareil : 1h50 pour 1h52 prévue.

Après une nouvelle petite bosse/redescente, nous voici au dernier hameau avant un bon moment si on excepte le ravito proche. Je suis en compagnie d’un autre coureur qui s’inquiète justement de ce ravito situé au km 17. Mon roadbook permet de lui indiquer qu’il nous reste un bon 250D+ pour l’atteindre.

Nous allons faire cette montée… sur l’air des « Copains d’Abord ». En effet, l’ « homme à la mandoline » est en fait en train de nous rattraper. Il monte à une vitesse impressionnante, en chantant et en gratouillant ce qui est en fait une mini guitare. Et… il nous dépose tous en route, alors que je suis moi-même déjà en train de dépasser plusieurs coureurs consécutifs. Cela n’a pas l’air d’être seulement un rigolo, lui !

Nous voici finalement à ce ravito de La Rouvierette, tout petit hameau. Plein de choix sur les tables, bénévoles ultra sympathiques et cela va se répéter toute la course. Et notre homme à la guitare nous pousse même la chansonnette, applaudi par les bénévoles, les coureurs et donnant finalement à ce moment un caractère plus que sympathique (pour tout vous dire, je n’étais pas vraiment convaincu au début).

Et comme j’ai maintenant son numéro de dossard, je vous présente donc Philippe Genevaux… (pas un débutant si vous regardez sa page ITRA).



Après m’être un peu gavé de tartines au pâté et de fromage, je me pose quelques minutes pour regarder les messages et en envoyer un. Je suis ressorti du ravito en 2h37 pour 2h40 prévues, que demander de mieux ? Seule petit bémol : il y a quand même une petite douleur installée à cette satané cheville. Pas gênante du tout, mais évidemment préoccupante.

Bon, cela dit, on est parti pour une longue montée vers le col de Peyrefiche, apparemment de pente moyenne assez faible selon le profil, donc ce n’est pas là que je vais trop la solliciter.

J’y fais le yoyo avec un couple de coureurs que je vais croiser un bon moment, ainsi que mon homme à la Stoots. Ils relancent souvent à la course sur les faux-plats montants, je reste avec ma bonne vieille marche nordique, je les rattrape dès qu’ils marchent, bref on se suit….

En plus, vu que le jour se lève, je fais des photos, donc je traîne un peu.




On se suit, on se suit… et on ne fait pas attention au balisage ! Tout d’un coup sur un chemin en descente (curieux, je n’ai pas cela sur mon profil), nous avons un doute, avec le coureur juste devant moi. Pas de balisage depuis 100m. Curieux. Comme le balisage est irrégulier, nous continuons un peu mais c’est très louche. Après un lacet vers la gauche, toujours rien : moi j’aurais mis une rubalise. Et pourtant, on voit 2 ou 3 coureurs loin devant qui continuent à descendre ce chemin bien marqué. Mais ce n’est pas normal : le chemin nous ramène dans la direction d’où nous venons !

Non, ce n’est pas normal. De commun accord, nous remontons sur environ 300 mètres et… nous retrouvons le couple de coureurs et… le parcours qui continuait sur la crête sans descendre.

Nous hurlons aux coureurs plus bas qu’il faut remonter, mais ils n’ont pas dû nous entendre. J’apprendrai le soir qu’un bon nombre se sont trompés ici ce qui, comme la carte ci-dessous le montre, les ramenait… au ravito !



Quand je vous dis que c’est utile d’avoir un roadbook et un vague sens de l’orientation.




La suite est sans histoires jusqu’au Col de Peyrefiche. Le parcours est très peu montant, il faut donc pas mal courir, c’est finalement assez fatiguant. Quand on pense que sur des sections comme ça, ce soir, nous ne courrons plus….

Au col, le parcours du 100km bifurque en laissant le parcours du Maratrail monter à la Toureille qui domine le secteur.



Pour nous, c’est une très longue descente roulante à environ 10%. Je la fais un peu le pied sur le frein pour éviter de trop solliciter la cheville qui est maintenant clairement faiblement douloureuse. Il faut que j’arrive à gérer cela pour tenir : je commence à pressentir que cela va être un peu chaud. Donc, tant pis si je me fais dépasser, il faut se préserver, c’est la priorité.

Le col a été passé en 3h25 pour 3h21 au roadbook. On reste dans les imprécisions normales de prévision. Donc, sur ce plan, tout va bien. Mais je dois dire que, dans la tête, tout va un peu moins bien. Je me connais, je sais que je ne vais pas arrêter pour autant, mais j’ai quand même l’appréhension de prendre le risque de pourrir la suite de la saison.

Allez, on verra. Chassons ces pensées négatives et profitons du paysage. Je fais des photos.



Cette longue descente pas très passionnante nous amène au village très étalé de Mandagout. A nouveau un joli petit centre-village avec des maisons en pierre, des rues étroites… et pas grand monde. Plus personne devant, plus personne derrière. Finalement, en plus, je ne me suis même pas fait dépasser dans la descente. Je pensais voir revenir le couple, laissé juste derrière au col, mais même pas.

Et puis, ça remonte, je vais pouvoir refaire parler les mollets ! Le moral remonte aussi.

La fin de la montée se fait dans une forêt, de mémoire. Je n’ai guère de repères : toujours aussi désert devant et derrière, c’est assez étonnant cette impression d’être maintenant seul sur la course. Ce n’est que sur la fin, dans des côtes assez faibles sur route forestière, que ma marche nordique m’amène à progressivement remonter 2 ou 3 autres coureurs.



Ce dernier sommet avant le ravito suivant est passé quasiment sans s’en rendre compte : en fait nous n’atteignons jamais des sommets à proprement parler, plutôt de petits cols, et celui-là est en pleine forêt.

Le profil m’annonce… 8 kilomètres de descente maintenant. Pour perdre seulement 450 mètres. Autant dire que c’est roulant de chez roulant. Je débranche un peu le cerveau, je m’arrête de temps en temps pour profiter du paysage, il est entre 8h et 9h du matin, il fait relativement beau avec, par contre un vent qui commence à forcir, donc souvent pas très chaud. Je fais des photos car la vue porte assez loin sur les collines des contreforts de l’Aigoual au Nord, mais aussi vers le Sud où nous allons maintenant plus nous diriger.



Ces 8 kilomètres se font en 45 minutes, en ne voyant toujours quasiment personne. Et nous atteignons (enfin, j’atteins… je suis toujours aussi seul) le ravito d’Aulas au km 36.



C’est là que je découvre qu’il y a bien d’autres coureurs sur cette course ! Dont, d’ailleurs, un kikoureur qui me reconnaît (mais que je ne remets malheureusement pas… si tu me lis, rappelle-moi qui tu es !) et me dit sa surprise d’être devant moi. On me la fait souvent, celle-là, mais dites-vous bien que je suis quand même globalement quelqu’un de lent !

J’ai enregistré sur la fin de la descente un petit message pour mes suiveurs où je dis que la cheville « tire un peu ». J’ai un petit peu minimisé : elle tire quand même bien et j’appréhende surtout la nouvelle très longue descente qui suivra, avant la mi-course.

Mais nous n’en sommes pas là. Il faut profiter du ravito. Ils ne sont pas très fréquents, on voit que les organisateurs savent se rappeler que l’ultra-trail c’est « en semi autosuffisance » et donc que mettre un ravito tous les 17 kilomètres, c’est bien suffisant. Donc, en profiter, il faut.

Banane, déjà (sinon Magali me gronde). Remplissage de… hum… une flasque (bah oui, 500ml en 17km et 2h50, c’est bien, non ?). Tartine de pâté. Tartine de pâté. Tartine de pâté. Tartine de pâté.

Il est bon, le pâté.

Fromage. Coca. Allez, zou, faut y aller.

Oh, et puis tiens, si j’emportais 2 petites tartines de pâté ? ça va monter, j’aurais le temps de les manger.

C’est qu’il est bon, le pâté.

8 minutes à manger du pâté. Finalement, je suis efficace, j’en avais prévu 10. Je suis laaaaaarge.

Sortie de ravito en 5h31 pour…. 5h31 prévues. Un vrai coucou suisse, le mangeur de pâté.

Le live me dit maintenant que je suis passé 102ème à ce point.

Le profil m’annonce une première petite côte assez raide de 150D+ qu’on va redescendre avant une longue montée de 6 kilomètres pour 400 D+ et une immense descente de 6 kilomètres aussi pour 500D- et atteindre la mi-course. Elle, je la crains un peu.

Mais, en attendant, profitons de l’effet-pâté. Montée initiale absolument tout seul. Tiens c’est joli, si je faisais une photo ? Mettons la petite caméra D4 en route.

Bouton. J’appuie. Bîîîîîîîîîîîp.  Bibip, bibip, bibip, bibip, bibip……

Elle ne se met pas en route. Par contre, bibip, bibip, bibip, bibip.

Hostie de crisse de tabarnak, c’est quoi cette histoire ?

Bibip, bibip, bibip.

Elle ne veut rien savoir, la bougresse. Je trifouille tous les boutons, elle est coincée sur son bibip.

Arg, plus qu’une solution. La remettre dans la poche, loin.

Et donc, maintenant, j’ai le cul qui fait bibip. C’est malin. Plus qu’à attendre que le cul…. enfin la caméra, se décharge complètement.

J’ai eu beau perdre du temps à essayer de me débibiper, personne. Je monte la mini-côte, personne.

On redescend (enfin, JE redescends) de l’autre côté dans un hameau à flanc. Personne.

Du balisage, oui. Donc ça va, je suis toujours sur la course, mais en fait, ils ont dû tous abandonner, je suis tout seul, je vais gagner, lalalère.

Bibip, bibip, bibip.

On commence à remonter, je vois ce qui doit être le Col de Mouzoulès vers lequel nous devons aller, au loin, on a l’air d’y monter tranquillement à flanc. Cela a été plus vite que je ne pensais finalement. Cela tombe bien parce que le bibip, il est très chiant.

Ah non, y’a un monsieur bénévole (les seuls humains qu’on voit) qui me dit que c’est à gauche, là et que c’est le 62km qui va tout droit. Tiens, je n’avais pas ASSEZ étudié le parcours, je ne savais pas que les deux se séparaient.

« Bonjour Monsieur, bonjour les enfants, oui je vais à gauche, dites voir alors je suis tout seul sur cette course, c’est ça ? ». « ….. ». « Oui, j’ai le cul qui bibipe, je sais ». « Au revoir, Monsieur ».

Et c’est reparti. Bon, cette montée, elle oublie juste un truc. C’est de monter. On fait une espèce de grande traversée à flanc : et que ça monte un peu, et que ça descend un peu. C’est joli comme tout, cette végétation méditerranéenne, j’en profite bien, mais je ne peux même pas faire de photos puisque j’ai le cul qui bibipe.

J’aimerais bien que ça monte, les gars, là. Surtout qu’on tourne carrément le dos au col où on est censés aller, quoi. Style on est en train de revenir au Vigan, en fait. Déjà, à Aulas, au ravito, on en était à 2km à tout casser. On me la fait pas, les gars, hein, le bubulle, il a sa boussole dans la tête.

Et son bibip où vous savez.

Ah, enfin, on tourne et ça monte. C’EST PAS TROP TÔT. J’allais oublier de vous dire : sur la partie qui ne sait pas si ça monte ou si ça descend, un gars en jaune m’a dépassé. Je ne suis donc pas seul sur la course. Si ça se trouve, on est deux.

Tiens, une petite pancarte, qui nous annonce la rencontre prochaine de… disons Blandine et Caroline, enfin je sais plus…bref deux bénévoles féminines qui nous pointent, des fois qu’on nous perde, la foule qu’on est. Elles finissent de papoter avec un groupe de 3 que mon gars en jaune a du coup rattrapés. Mince, on est 5 sur cette course, maintenant, va y avoir des bouchons.

Géraldine et Alphonsine me pointent donc et m’annoncent gentiment que j’en ai 99 devant. Ah bin flûte alors, c’est mal parti pour gagner.

Oui, Amandine, j’ai le cul qui bibipe….appareil photo coincé, technologie défaillante tout ça.

Allez, c’est pas le tout y’a de la route, au revoir Capucine et Albertine !

Point de mire, 4 coureurs, je n’en n’ai jamais eu autant depuis 3 heures. Allez, on s’arrache un peu, je marchenordikifie à qui mieux-mieux, c’est qu’il faut que je reprenne la tête de la course. Mètre après mètre je grignote pour rattraper tout mon petit monde… et on arrive à une route forestière où ça relance. Me revoilà 5ème de la course. Elle n’en finit plus cette montée. Quelle idée de prendre 6 kilomètres pour monter 400 mètres, aussi. Un Bauju pur souche, il te fait ça en 1 kilomètre tout mouillé de chaud. Quelles petites caisses, ces Cévenols.



Pendant ce temps, le vent continue à allègrement se lever. Dès qu’on n’est plus à l’abri, il ne fait pas bien chaud mais je garde le coupe-vent (retiré au ravito) dans le sac. On aperçoit enfin finalement ce satané col, mais il reste encore 2 bons kilomètres de relances voire de petites redescentes que les autres mettent lâchement à profit pour me distancer. Peut-être le bibip qui les lasse un peu, non ?

Ça souffle sévèrement au col, ça n’augure pas du bon pour la deuxième moitié de course, avec cette double traversée de causse, que je redoute. Le col est passé en plein vent, on continue de monter pour déboucher sur une crête autour de 800m d’altitude et… c’est beau.

La vue porte loin alentours, les sommets sont déserts, on est sur une crête dégagée où la trace est à peine visible, il n’y a personne, du coup je fais plein de tourisme et je laisse filer les gars devant. Tant pis pour la victoire. Pour moi, le plus beau passage de la course, a posteriori.



J’en oublierais presque le bibip, tiens.

Ce sommet a été atteint en 7h23 alors que 7h10 étaient prévues. J’ai quand même un peu lambiné. Ce n’est pas que le bibip qui est responsable. En fait, je ne vais pas si fort que cela. Cette fichue cheville rappelle constamment sa présence et ce n’est pas maintenant qu’il va falloir descendre 6 kilomètres que ça va s’arranger.

Eh bien, curieusement, si. Un peu. Comme quoi, si le trail était une science exacte, ça se saurait.

La descente est parfois assez raide, si je me souviens bien, mais cela se passe plutôt bien. Il y a aussi de longues sections roulantes où j’adopte un bon rythme régulier sans en faire trop. De toute façon, à nouveau personne devant, personne derrière (je guette un peu les tout premiers du 62km qui ne devraient pas tarder selon mes calculs). Garder de l’attention sur le balisage, d’autant qu’on voit pas mal de balises des itinéraires de la station de trail locale qui s’appelle « l’Espace Ceven’Trail ». Je crois que certains se seront d’ailleurs trompés à cause de cela, par endroits.

Le Causse, c'est là-haut


On finit par atteindre la voie verte qui suit une ancienne voie ferrée (Tournemire-Roquefort-Le Vigan pour les ferrovipathes) et le tout nous amène au ravito situé…dans l’ancienne gare d’Arre (c’est jolie, ça, la « gare d’Arre »).

Ah, j’ai oublié de vous dire, j’ai enfin cessé d’avoir le cul qui bibipe, quelque part dans cette descente. Je dois dire que ça soulage, si je puis m’exprimer ainsi, de ne plus biper du cul.

Ravito d’Arre atteint en 8h18 et en 99ème position. J’avais prévu 8 heures. C’est amusant car sur le coup, j’étais persuadé d’être bien dans les temps, mais on voit que j’ai bien commencé à dériver sur mon roadbook, entre le 2ème et le 3ème ravito.

Beaucoup de monde à ce ravito. Déjà, il est midi et, surtout, on est en fait à seulement 7 kilomètres du Vigan. De plus, la tête de course du 62km est attendue ici (c’est leur 15ème kilomètre). Je vais voir défiler les 7-8 premiers pendant que je… me gave de pâté.

Changement de tee-shirt, aussi car nous avons un sac d’allègement où j’avais mis à tout hasard de quoi changer intégralement le bonhomme, mais je ne change que cela. Je vais d’ailleurs repartir en tee-shirt car la montée qui suit va être rude.

Je revois à nouveau le kikoureur que j’avais vu à Aulas, mais je reste largement dans ma bulle… et mes tartines de pâté. Il est quand même trop bon, ce pâté.

En plus, Philippe Genevaux arrive et nous pousse la chansonnette. Il met une belle ambiance dans ce ravito super sympa.

J’en oublierais presque la banane règlementaire, tiens. Ça compte, Magali, de remplacer la banane par une (ou deux) tartines de pâté ?

Christophe Le Saux, lui, que je vois passer en coup de vent, il ne se gave pas de pâté. C’est pour ça qu’il fait top 10.

Je mange mon pâté à côté de la poussette du fils d’un des trois premiers à qui la maman donne le petit pot de compote. On se fait des coucous. Mais je préfère mon pâté.

Mon pâââââââtééééé !

Il faut quand même repartir et abandonner le pâté. C’est que maintenant y’a un programme simple qui nous attend : monter sur le causse qu’on voit tout là-haut, là-haut au-dessus de nos têtes, 400D+ en 3,3km, enfin de la montée sérieuse.

Et après… ouch. Sept KILOMETRES de causse. Septe kilomètres de chemins de marathonien. Bon, de toute façon, je sais que la fin de cette course, ça va être mon chemin de croix de plat de mierda. Beau, sûrement. Mais plat de mierda. Je crois avoir déjà susurré quelque part que je n’aime pas le plat, non ?

Alors, repartons. Ça monte, normalement ça devrait bien aller.

Bof. Bof bof bof.

Je ne sais pas si c’est le pâté, mais j’ai l’impression de me traîner comme une vieille loque dans cette montée. Bon, c’est vrai que, lorsque tu vois te dépasser le top 30 du 62km, tous fringants au bout de seulement 15 kilomètres, évidemment tu te sens un peu en mode vieille loque flapie, pleine de pâté. Les gars, quand même, ils COURENT dans cette côte.

En fait, je ne vois quasiment plus de dossards du 100km. Les vieilles loques flapies et plus ou moins pleines de pâté, sont réparties à des distances intersidérales. Je crois me rappeler que j’en dépasse un ou deux. Bilan, en haut de la côte, quand on débouche sur le causse : 23 minutes de retard sur le roadbook. Le truc marrant, c’est qu’il me semble que je croyais alors que j’étais encore pile dans le roadbook. Comme quoi, la lucidité….

Mais, ça montait bien, quand même (c'est Arre en bas)



Bon, le causse, que voulez-vous que je vous dise ? C’est plat (enfin, pas vraiment, c’est du faux plat qui monte à 0,5% et du faux plat qui descend à 0,5%), y’a du vent qu’on a plutôt dans le dos, mais ça fait pas avancer plus vite. Et c’est chiant.

Causse toujours....tu m'intéresses.


Voilà.

Causse.

En plus, y’a pas de pâté.

Bref, sautons illico jusqu’au ravito de Calorouge, atteint après une putain de ligne droite en forêt… tout plate où j’ai environ 399 coureurs du 62 km qui me dépassent. Tous, certes, avec un petit mot gentil, mais on sent bien une certaine commisération pour la pauvre lavette qui pique-pique avec ses bâtons et relance parfois asthmatiquement quand il décèle une inflexion de 0,001% dans la pente.

Calorouge. Ravito. Pâté.

62km et des choses, En voilà 2/3 de fait. Mais je sens bien que ce dernier tiers, il va être comme celui de Marius, il va en valoir deux. Noyons notre chagrin dans le pâté.

Enfin, hum, pas trop longtemps car ça pèle sa mère à ce ravito (qui est en extérieur au milieu de la fin du rien tout plat). Il y a longtemps que j’ai remis le coupe-vent mais je me les gèle et il faut repartir vite pour aller au moins profiter d’une descente. Tout sauf du plat.

Sortie de ravito en 10h33 pour 10h09 prévues. Tiens, je n’ai pas perdu de temps, j’avais dû prévoir la vitesse de limace sur le tout plat tout chiant (que j’ai quand même plus couru que marché).

Je commence vraiment à avoir du mal à courir. Là, on est partis pour une assez longue descente, puisqu’il nous faut descendre dans les gorges de la Vis, la rivière qui crée le méandre du Cirque de Navacelles, qui donne son nom à la course.



Mais cette descente est longue et extrêmement progressive. On commence déjà par longer la rivière d’en haut, à flanc sur un petit monotrace. C’est plutôt un faux-plat descendant qu’une vraie descente et c’est très long. Je trottine comme je peux, mais la cheville commence à tirer assez fort. Et donc, je continue à voir défiler le peloton du 62km, mais toujours très peu, voire pas du tout, de coureurs de ma course. J’essaie aussi de faire quelques photos car la vue est très spectaculaire, évidemment.

Cette partie dure 2,5km qui semblent un peu interminables (mais superbes) et… on repart ensuite dans l’autre sens, avec une descente plus marquée d’abord sur la route, puis une partie finale qui nous amène au fond de la gorge, dans un endroit magnifique, la résurgence de la Vis (la rivière disparaît dans un immense réseau calcaire souterrain à Alzon, des kilomètres et des kilomètres en amont dans la gorge). C’est le Moulin du Foux de la Vis. Cela valait bien le coup de traverser ce foutu causse pour venir là.



Petit arrêt photo et il faut repartir… pour du plat.

J’ai curieusement repris du temps sur mon roadbook à cet endroit, je n’ai plus que 11 minutes de retard. J’avais dû anticiper une descente plus technique.

Mais voilà, du plat, donc.

Le profil est clair : avant d’arriver à Navacelles et son cirque d’où nous remonterons sur le (putain de) causse, il faut longer la rivière.

Navacelles est à 2,2 kilomètres… à vol d’oiseau.

Mais cette nouille de rivière, au lieu d’y aller tout droit bien gentiment, elle fait comme toutes les rivières qui ont creusé une gorge. Elle fait des méandres. Des putain de chierie de saloperie de méandres. Elle n’aurait pas pu en faire juste UN, histoire de faire un joli cirque à Navacelles et puis basta ?

Non, elle ne fait QUE CA.  DOUZE méandres. QUATRE kilomètres et demi.

Alors quand t’es en mode rando ou ballade famille du dimanche, c’est bien cool, quatre bornes sur un joli petit single gentiment plat (qui descend même un peu). Ou alors quand tu fais ta sortie longue du dimanche avec les amis en mode « ouah, tu vois, là je prépare mes ultras de l’été ». Tu gambades, tu t’amuses, tu kiffes.



Mais quand tu es en hypopâtécimie absolue, que tu as 60 bornes dans les pattes, que le prochain ravito est encore à 8 kilomètres, et 330 mètres au-dessus de ta tête, que t’as la cheville gauche qui n’a qu’une envie, se tordre définitivement sur un des milliards de cailloux de ce foutu single… tu kiffes moins.

Enfin, tu kiffes mitigé. Tu mi-kiffes.

Quand j’ai une poussée de kifferie, je fais une photo. Même un panoramique, des fois. Bon, j’en rate une sur deux parce que j’ai la moitié du doigt sur la caméra de l’appareil photo du téléphone qui est pas pratique (évidemment vu que j’ai la vraie camera qui est parti dans les bibip-choux).



Et quand je dékiffe, je regarde avec lassitude défiler les dossards verts (qui se font rares, en plus, maintenant) et je cyranote péniblement. En plus je regrette de pas avoir compté les méandres sur la carte avant la course. Je me disais que ça allait être un moment cool cette « descente » de la Vis. Bref, je suis mal vissé, quoi.

Il faudra donc une éternité pour atteindre Navacelles. Enfin, on va monter, ça va aller mieux, ça va monter bien raide, on va sortir de cette vallée, on va faire plein de photo du cirque que c’est pour lui qu’on traverse ce foutu causse deux fois, bref ça va aller mieux.

Quarante minutes de mi-kiffage, quoi. Et tout ce que j’avais gagné dans la descente, je l’ai reperdu ici. 20 minutes de retard sur le roadbook.

Donc, Navacelles, on va monter sérieux, ça va avancer.

Bin, euh, non.

Moi qui m’attendais à une montée bien raide, sur un petit single, c’est en fait un chemin muletier assez large et à la pente assez faible (dans les 15%) et… je n’avance pas. Là ce n’est même plus la gêne à la cheville ou quoi que ce soit, c’est… ne panne. Je reconnais le symptôme du début de fringale, donc j’engloutis vite fait deux compotes d’un coup (je n’ai pas fait de réserves de pâté), mais il faudra un bon moment avant que ça ne revienne.

Surtout que ces lacets qui montent lentement, ils n’en finissent pas.

L’énergie revient quand nous arrivons à la route (la même où nous étions environ 1h30 plus tôt, avant de descendre au fond de la gorge…on est passés à 900m à vol d’oiseau, bande de psychopathes) et où, là, le chemin devient brutalement très raide. On monte quasiment droit dans la pente donc, même si l’énergie est un peu revenue, cela ne va pas bien vite avant d’enfin déboucher….sur le causse évidemment.

Quarante minutes pour monter 350D+. Pas trop glorieux.

Bon, la vue par contre, c’est quand même pas moche. Je fais des photos. A ceci près que le téléphone a décidé de faire des photos floues (le premier qui dit que c’est à cause de mon hypopatécémie, il se prend la pâtée). J’ai fait tout ça pour des photos floues DU cirque.

Tant pis, je vous en mets une.



Il ne « reste plus » que 2 kilomètres avant le ravito de Blandas. Deux kilomètres qui préfigurent la deuxième traversée de causse, celle du « retour », qui sera encore plus longue que celle de l’aller.

Deux kilomètres avant l’orgie de pâté. Et deux kilomètres… en marchant quasiment tout le temps car, là, ça ne veut plus rien savoir, dans le bubulle. IL COURRA QUAND IL AURA EU son pâté, épissétou.

Blandas. Ravito. Pâté. Enfin, honnêtement moins de pâté. Surtout bananes, fruits secs et autres machins supposés donner l’énergie pour affronter ce fichu causse. Parce que les deux kilomètres qui ont précédé, ils m’ont donné une idée précise : non seulement, ce truc il est tout aussi tout plat qu’à l’aller (c’est-à-dire du plat pas plat mais assez plat pour être chiant), mais en plus, ils nous ont mis un vent glacial dans la tronche. Donc, plat, chiant, et vent. Que du bonheur. Qu’est-ce que c’est bien, le trail, quand même.

Donc, ravito consistant surtout à ressortir le coupe-vent, mettre la capuche, les gants, bref calfeutrer le bubulle qui sent que l’heure qui va suivre va être looooooooongue.

Blandas, je sors en 13h08 pour 12h42 prévues. Le retard augmente inexorablement. On va dire qu’on fait passer l’objectif final de 16h10 à 17h, hein ? Je passe en 95ème position, ça ne bouge pas des masses, donc comme quand on n’avance pas, on recule, bin, tirez la conclusion vous-mêmes…

Et c’est parti pour le causse. Ce n’est pas bien compliqué. Il y a 8 kilomètres. C’est globalement un peu plus montant que descendant. Ce sont essentiellement des pistes en cailloux. Bref, un causse, quoi. Il paraît qu’aux temps préhistoriques, c’était couvert de forêts. Cela nous aurait protégés de ce vent infernal, au moins. Et il n’y a franchement plus personne. Les coureurs du 62km, ils commencent à être aussi flapis que nous. Enfin que moi car d’autres coureurs du 100km, point je ne vois.

Donc, c’est pas bien compliqué : 8km. Marche nordique. 1h20. 6 km/h avec le vent dans la tronche. Ce n’est pas le Pérou, mais ça aurait pu être pire. Evidemment, j’ai l’impression que ça dure 2 heures.

Voilà, c’était le causse.

Et au bout, 40 minutes de retard sur le roadbook. En écrivant ça, j’ai l’impression du mec qui s’enfonce doucement dans des sables mouvants ! En fait, quand même, il était un poil optimiste le roadbook, ici, il pensait que j’allais encore courir.

La vue au bout du causse est superbe, il faut dire ce qui est. On voit les deux villages de Arre (donc là on nous étions 6 heures plus tôt) et Bez, là où nous devons descendre.

Enfin, quand je dis descendre… c’est plutôt dévaler. Parce que, jusque-là, on n’avait pas eu du technique, mais celle-là, elle est pas mal comme descente. J’aurais franchement adoré… si j’avais eu deux chevilles. Mais là, avec une seule, c’est un peu le chemin de croix. Il est vraiment trop dangereux de courir, j’adopte donc mon « marché-couru » des fins de courses (aaaaah, la descente sur Chamonix du 90km du Mont-Blanc). Je fais au mieux avec ce qu’il reste.

39 minutes étaient prévues pour atteindre Bez, il en faudra trente-six. Dingue. Je découvre cela en écrivant ce récit. Dans cette descente que ma mémoire me fait revoir comme réalisée à la vitesse de l’escargot, j’ai regagné (un peu) du temps !

Et encore, j’ai dû ressortir la frontale en route. Eh oui, on commence à la frontale, et on va finir à la frontale.

Bez est le dernier ravito, mais là j’avais décidé avant : je trace tout droit à travers la salle en attrapant juste au vol… vous savez bien quoi.

Le truc hallucinant à cet endroit, c’est qu’on passe, au km 87 de la course… à 300 mètres du km 52….

Bref, sortie de Bez (ahem) avec 33 minutes de retard sur le raodbook (mais je ne le regarde plus depuis un moment, lui, à part pour le profil). J’espère juste pouvoir arriver avant 21h, donc en moins de 17h. Je suis toujours 95ème, au fait.

C’est un petit peu sans compter sur la remontée de la « dernière bosse », au superbe village perché d’Esparon. C’est juste un peu plus qu’une bosse : quasiment 300 mètres très réguliers, mais bien raides, sur 1,8km.

Je devais monter cela en 30 minutes… j’en mets 40. Pas bien vaillant, le jeune homme, pâté ou pas pâté.

Enfin, ça finit par descendre. C’est assez long, on descend lentement au-dessus de la vallée qui ramène vers Le Vigan. On voit des lumières devant nous, cela doit être la ville, ce n’est plus très loin… on arrive dans un village et… bin zut, on remonte un petit coup ! Cela c’est le genre de petite bosse que tu vois à peine sur le profil, mais qui fait bien mal au moral quand tu n’as qu’une envie, arriver.

Enfin, ça y est, on est en bas, dans la vallée.

J’ai mémorisé qu’il reste une section plate « d’environ 2 kilomètres » avant la fin, je sais qu’il va me falloir encore faire du pic-pic un bon moment. Je mets donc un message à la famille en disant quelque chose comme « je devrais être arrivé vers 21 heures (ma montre, dont le chrono s’est arrêté m’indique qu’il est 20h30).

Sauf que ce n’est pas 2 kilomètres mais 3,7 ! Le pire ça doit être les 0,7, d’ailleurs…. Cela n’en finit pas. En plus on distingue mal si on arrive au Vigan. On nous fait longer la rivière (c’est ça ou la route toute droite), c’est interminable. Et c’est là que mon « gars à la Stoots » que je n’avais plus vu depuis 50 kilomètres, va me redépasser car il trottine encore un peu. Et il n’est pas le seul. De mon côté, la volonté manque et, de toute façon, je suis bien content d’être surtout allé au bout, malgré la difficulté de cette cheville en délicatesse et le terrain qui ne me convient pas tant que cela. Je ne me bats donc même pas pour essayer de passer sous les 17 heures.

Ce sera donc en 17h10 que tout cela se termine et je préserve tout juste le top 100, en finissant 99ème. Donc exactement 1h de plus que le roadbook, qui était optimiste, surtout eu égard à la gestion de cette cheville malmenée (je sais bien que je n’aurais pas dû autant la malmener et que c’était limite sérieux de partir pour 100km avec).

Je me promets de rester très raisonnable dans les semaines qui viennent, avant le début des enchaînements qui commenceront par les Citadelles, passeront par les escaliers lyonnais et le GR73 avant de m’amener aux gros morceaux de l’été. Avoir terminé cet Ultra du Bout du Cirque dans ces conditions, c’est finalement une belle victoire et, surtout, malgré ce que pourrait laisser croire ce récit (où, évidemment, j’exacerbe toujours un peu les moments plus difficiles et les passages que je n’aime pas), je me suis beaucoup amusé dans des paysages superbes, inhabituels pour moi, mais qui méritent vraiment qu’on fasse le voyage.

J’ai peu parlé de l’organisation, je m’en rends compte, mais elle était sans défaut. Simple, mais sérieuse (j’ai retrouvé pas mal l’esprit du GR73 ou de la MH). Les ravitos ne se résumaient pas qu’au pâté et étaient bien fournis (avec en plus la contrainte de la distanciation qui commençait à poindre). Seul petit bémol : un balisage manquant peut-être de régularité et de constance dans le « style », qui a amené ça et là quelques problèmes pour certains. Mais, comme toujours, quand on se perd : c’est d’abord à nous, coureurs, de savoir rester attentifs.

Et donc, je suis rentré du Vigan en me disant que, cette fois-ci, la saison était bien lancée.

Mais ça, c’était avant. Vous connaissez la suite. J’ai fait un des derniers ultras qui ont pu avoir lieu. Et, à l’heure où j’écris cela, le prochain, ce sera la Montagn’hard…..ou pas.

On verra bien !

 

 

4 commentaires

Commentaire de Arclz73 posté le 06-04-2020 à 09:31:11

Merci bubulle pour ce récit, comme toujours un bonheur à lire.
Ca me donne envie de me manger un bout de paté cette histoire. Ca a l'air quand même chouette comme coin :-) et même quand c'est flou !

Commentaire de Cheville de Miel posté le 11-04-2020 à 15:01:32

Merci pour ce CR qui fait du bien en cette période!!!

Commentaire de Sportif posté le 01-08-2020 à 14:01:13

Hâte de lire le prochain "Trainer une entorse à" ! Non je rigole je ne te souhaite pas ça bien sûr. J'aime lire tes récits

Commentaire de chinook posté le 02-08-2020 à 11:53:24

Même si je n'avais pas une de ces fameuses tartines de pâté dans le bec, votre CR m'a régalé ! (par contre la piqûre de rappel concernant la nécessité d'avoir un minimum de sens de l'orientation, glups... ça va être du joli, perdue dans la nature ^^)

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