Récit de la course : Boulieu Trail - Ultratrail - 106 km 2019, par Khioube

L'auteur : Khioube

La course : Boulieu Trail - Ultratrail - 106 km

Date : 5/10/2019

Lieu : Boulieu Les Annonay (Ardèche)

Affichage : 580 vues

Distance : 106km

Matos : Altra Lone Peak 3.5
Bâtons Black Diamond Z pole

Objectif : Terminer

Faire connaître ce récit sur Twitter :

Faire connaître ce récit sur Facebook : Partager

Un boulet à Boulieu

Allez, quelques mots s'imposent sur cette jolie course. Cela fait près d'un mois que la course a eu lieu, ma mémoire a déjà commencé son travail de tri sélectif, je me dépêche donc de raconter ce que j'ai vécu. Le monde doit savoir.

Arrivée à Annonay le vendredi soir, Clément la machine a la gentilllesse de nous accueillir dans la maison familiale. Nous sommes assez nombreux, l'ambiance est joviale. Pour Clément et moi, pas trop le temps de profiter : le départ de l'ultra est à 2h du matin, autant dire que la nuit sera brève. Vers 21h30 je me retire dans mes appartements, sans me faire trop d'illusions quant à ma capacité à dormir rapidement. Le réveil est mis à 1h30, je me demande évidemment à quoi tout cela rime mais je suis encore motivé.

Lorsque le réveil sonne, j'ai quand-même la satisfaction d'avoir dormi presque trois heures. Pas si mal, vu les circonstances. Je retrouve Clément en pleine préparation, il a fini d'emballer ses Tuc dans du papier film. C'est tout un rituel, presque un toc (le toc des Tuc). Rien de particulier à signaler, le petit déjeuner est rapide, l'humeur est bonne. Sur le plan du matériel, je n'ai rien fait de révolutionnaire, on commence à avoir l'habitude. Le sac paraît relativement léger, il faut dire que c'est un ultra de basse montagne et que les conditions seront bonnes. Le surpantalon, les gants Mapa et le bonnet ne me manqueront pas...

L'ami Tom, avec sa bonté légendaire, a proposé de nous déposer à Boulieu. Nous sommes à peine à dix minutes en voiture de la ligne de départ, c'est un luxe. Nous nous garons un peu à l'arrache, le petit parking du village étant déjà bondé. Je tente de m'extraire de la voiture sans défoncer la voiture du voisin avec ma portière - même la nuit, je suis poli. A ce moment-là, il se passe un truc que je ne comprends pas immédiatement. Je laisse échapper un son qui s'apparente probablement à celui que laisserait échapper un porc à l'abattoir. Pourquoi donc, me demanderez les plus curieux d'entre vous. Eh bien c'est simple : Tom a claqué sa portière et j'avais eu l'idée brillante de laisser traîner ma main pour m'extirper de son bolide. Bon, la douleur est limitée, j'ai juste une sorte d'hématome sous un ongle. A priori, rien qui ne m'empêche de courir ou de me servir de mes bâtons. Mais je me dis que la journée commence assez mal...

Retrait des dossards rapide et paisible, c'est l'avantage des courses petites et conviviales. J'ai une pensée pour Chamonix, le contraste est saisissant. Les flasques sont remplies, tout est prêt, il n'y a plus qu'à attendre. Je constate vite que Clément connaît tout le monde, il joue à domicile. Après avoir un peu comaté sur une chaise, dans le gymnase, nous gagnons le sas de départ. Frontales allumées, quelques consignes du speaker, et c'est parti ! Clément a prévu de faire course commune avec un de ses copains, je décide de partir avec eux. Les premiers kilomètres sont très roulants, on emprunte une ancienne voie ferrée transformée en piste cyclable, c'est joli (dommage qu'on y voie rien). L'allure est tranquille, on est à l'économie. Je fais remarquer à Clément que cela fait très longtemps qu'on n'avait pas couru ensemble comme ça ! Au bout de trois kilomètres environ, la première côte pointe le bout de son nez. A priori, rien de monstrueux, Clément et son camarade continuent de trottiner. Pour ma part, j'ai prévu de marcher dès que ça grimpe, donc je leur souhaite bonne continuation et je sors les bâtons.


Enorme sérénité à l'heure du départ...


La montée est agréable. Il fait doux, je suis en t-shirt et je suis bien. A ce sujet je crois des coureurs avec des coupe-vents, des gants et des bonnets. J'hallucine un peu, mais chacun son truc. Il y a pas mal de caillasse, c'est un peu comme j'avais imaginé. Pas beaucoup de questions à se poser, juste regarder où je mets les pieds. La première montée passe assez vite, et surtout elle passe très facilement. Je suis bien, même si j'ai un mollet qui tire (je l'ai signalé à Clément au bout de quelques hectomètres seulement).

Au bout de 6 kilomètres, c'est déjà le tournant du match. Première descente, c'est roulant, chemin carrossable avec quelques cailloux de temps en temps, une jolie vue sur les communes environnantes. Et là, sans que je ne sache trop pourquoi, je me prends une belle gamelle. J'ai dû buter sur une pierre, ma foulée était peut-être trop rasante, j'étais peut-être encore un peu endormi. Bon, rien de fou, cette chute. Je m'égratigne les mains, les genoux, les coudes, je suis tombé avec souplesse. Le problème (c'est la suite de la lose après le coup de la portière), j'avais mon gobelet pliable dans la poche droite de mon short. Or, je suis tombé pile dessus. Et il s'avère que le gobelet en question est dur, très dur (et fort solide, on en est désormais sûr), de telle sorte que ce qui devait être une petite chute de rien du tout, une petite anecdote au milieu d'un long récit glorieux, devient une énorme béquille à la cuisse. Alors je repars très vite, sans trop de mal, mais ça met quand-même un coup au moral. Il reste 106 kilomètres et je suis déjà bien entamé physiquement ! Les bookmakers s'affolent, la cote monte en flèche (même si elle était déjà haute, il ne faut pas se leurrer). La lose manque de se reproduire très vite : une minute après ma chute, je suis à deux doigts de me perdre. Heureusement un coureur me rappelle à l'ordre, et je m'empresse d'appeler ceux à cause de qui j'étais en passe de retourner à Boulieu avec une dizaine d'heures d'avance. Décidément, il ne faut pas se fier aux autres coureurs.



La morsure de gobelet. Pire que la morsure de gobelin...


Je prends mon mal en patience, je me dis que ce n'est qu'un coup et que ça va passer. En montée ce n'est pas trop handicapant, par contre je me traîne sur le plat et je souffre dans les descentes alors que ça devrait être une partie de plaisir. Frustrant... J'arrive au premier ravitaillement sans trop de peine, toutefois. Conformément au plan, je prends le temps de bien boire, je remplis mes deux flasques et je mange un peu. Le ravito est dans une petite grange, c'est assez champêtre. Certains se plaindront du manque d'ambiance ou je ne sais quoi, bon, en même temps il est 3h30 du matin, il ne faut pas déconner... En repartant, il fait vraiment frais d'un coup. La transpiration, le vent frais, toujours un cocktail détonant. Qu'à cela ne tienne, j'enfile mon petit coupe-vent et je repars (eh oui, je suis vraiment un génie). Ce qui est surprenant, c'est que je repars vraiment seul alors qu'il y avait pas mal de monde au ravito. On commence par une pente vraiment douce, on est sur un faux plat montant, mais j'ai déjà du mal à courir alors je prends mon temps. Au bout de quelques minutes j'entre dans les bois. Et là, je vis quelque chose que je n'avais encore jamais connu en course : je suis seul pendant environ une heure, complètement seul, dans la nuit, au milieu des bois. La classe ! C'est étonnant, parce que vu mon allure très réduite, je devrais me faire doubler dans tous les sens. C'est assez flatteur, finalement, ça veut dire que je ne me traîne pas totalement non plus. Au bout d'un moment, alors qu'il est environ 4h30 du matin, j'ai une révélation : j'ai deux Snickers dans mon sac ! Je les avais embarqués en me disant qu'ils me remonteraient bien le moral, à un moment donné. Et puis soyons réalistes, ce n'est peut-être pas l'idéal en termes de nutrition sportive mais vu le sucre qu'il y a dedans c'est clairement plus adapté au sport qu'à la vie quotidienne. Bref, je kiffe complètement. Curieusement, c'est à ce moment que je me fais doubler par deux coureurs. Et je me rappelle très précisément la pensée qui a traversé mon esprit : "allez, doublez, je suis en train de me taper un Snickers et j'en ai vraiment rien à battre". Calé, heureux, je repars. Je constate que le ciel est clair, c'est magnifique. Voilà bien quelque chose qu'on n'a pas à Lyon. A ce moment, je me dis que ce ne sont pas des paillettes dans ma vie que je veux, moi. Ce sont des étoiles dans ma ville, bordel, ça manque. Un hommage doit être rendu aux organisateurs : je n'avais jamais vu un parcours aussi bien balisé ! A certaines intersections, c'est presque comique : il y a des indications dans tous les sens ! Flèches, rubalises, c'est tout juste s'il n'y a pas des sémaphores. Chapeau.
Mon chemin de croix continue. Au bout d'un moment, alors que je me suis fait doubler un petit paquet de fois, la lose reprend : ma lampe frontale m'informe qu'elle a envie d'aller se coucher. J'ai dû mal recharger la batterie, elle est passée en mode économique, je suis à douze lumens. Je commence à me dire que je vais finir la partie nocturne du parcours à la lumière de mon téléphone, super ! En vrai, je peux toujours attendre les prochains coureurs et leur emboîter le pas. Le truc, c'est qu'on n'est pas très nombreux et que je ne peux pas non plus leur demander de m'attendre. Heureusement, la lampe tient un peu, le jour se lève tout doucement et on retourne à la civilisation. Vive les lampadaires.

Maintenant qu'il fait jour, je peux enfin apprécier la beauté des lieux. Je continue de me faire doubler, j'échange quelques mots avec les autres, généralement pour raconter mes déboires (ça fait toujours du bien de verbaliser). On me dit que le ravito est de plus en plus proche, je mise dessus pour me refaire la cerise, tout en sachant qu'il est bien possible que ma course s'arrête là. A voir...

Kilomètre 39, j'arrive enfin au Monestier, il y a quelques spectateurs venus faire l'assistance de leur proche alors qu'il est environ 7h30. Je rentre au ravito, je prends une bonne tasse de soupe, je mange bien et je bois beaucoup. Un coureur fort sympathique me propose de la crème à base d'arnica pour ma cuisse, j'apprécie le geste. Je me pose sur une chaise pour souffler, de toute façon la course est encore bien longue (j'imagine que j'en ai encore pour une dizaine d'heures).

Après une pause d'environ 15 minutes, je repars. Il fait beau, la journée promet d'être belle. Le problème, c'est que je me suis refroidi et que, même en marchant, je boite bas. Je fais une centaine de mètres sur la route, et j'arrive au pied de la prochaine montée. Là, je me dis que c'est mort. ll faut se rendre à l'évidence : sachant que, même en marchant, j'ai très mal, comment est-ce que ce sera dans 4, 5 ou 6 heures ? Une vingtaine de kilomètres me sépare du prochain ravito. En temps normal, ça représente peut-être trois heures de course, mais dans mon état, je peux mettre bien plus longtemps. Est-ce bien sage ?
Je ne mets pas trois heures à me décider, d'autant que j'ai le sentiment d'avoir fait mon maximum compte tenu de ma chute : après tout, j'ai quand-même fait pas loin de 35 kilomètres avec un gros bleu à la cuisse. Ni une ni deux, j'appelle Tom, il viendra me chercher. Je rends mon dossard à l'organisation, ils me disent que quelqu'un va venir me récupérer et me ramener à Boulieu. Je décline leur proposition, ayant déjà prévenu mon camarade, mais je salue leur belle organisation, c'est assez rare que le rapatriement soit aussi simple.



L'ultime point de vue sur le parcours...


Finalement cet abandon me permettra au moins de profiter de ma journée, je regretterai seulement que cette jolie sortie longue se soit faite uniquement de nuit, dommage pour les paysages même si l'atmosphère était assez unique !


Quelques remarques en vrac, pour les prochaines courses :

- Il serait temps que j'investisse dans un chargeur de batterie qui permette clairement de savoir où en est la charge ;

- Le snickers est vraiment l'ami de l'ultra traileur, ça tient au corps et, surtout, ça fait beaucoup de bien au moral en plus d'être blindé de sucre. Je renouvelerai sans hésiter l'expérience ;

- Les ultras bien roulants, c'est vraiment mon truc, je prenais bien du plaisir sur ce parcours même si, certes, c'est moins dépaysant que Samoëns ou autre ;

- Un gobelet, ça se range dans un sac ;

- On ne s'accroche pas à la portière quand on sort d'une voiture ;

- Quand on n'est pas encore bien réveillé, on se concentre sur sa foulée pour éviter de finir dans le décor.


Encore merci à toute la clique, c'était un chouette WE. Je reviendrai !

Aucun commentaire

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

Accueil - Haut de page - Version grand écran