Récit de la course : Trail du Petit Saint-Bernard - 60 km 2019, par Shoto

L'auteur : Shoto

La course : Trail du Petit Saint-Bernard - 60 km

Date : 6/10/2019

Lieu : Bourg St Maurice (Savoie)

Affichage : 965 vues

Distance : 60km

Matos : Bâtons Black Mountain
Salomon Speed cross 4 (chaussures)

Objectif : Balade

2 commentaires

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Sa Majesté le TRAIL DU PETIT SAINT BERNARD 60 km

Le Dimanche 6 octobre 2019 :

Départ Les chapieux – arrivée Col du Petit Saint Bernard.

TPS 2019 –  Parcours « expert »de 60km - 3500mD+/2800mD-

 

Le trail du Petit Saint Bernard, sur sa version récente 60 km … un trail objectif que j’avais repéré depuis 3 ans. Il était initialement limité à 40 Km.

Les organisateurs l’annonçaient et le vendaient comme un trail rude, rugueux, sauvage et authentique … Et bien, c’est exactement ce que j’ai trouvé Dimanche 6 octobre !

 

Rien que le lieu de départ, Les Chapieux, petit hameau de maisons (vides à cette saison) plantées au fond d’une vallée en cul de sac entourée de montagnes massives suscitait l’émerveillement à l’œil des 2 traileurs parisiens avertis venus repérer la zone pour le lendemain.

 

Sa « Majesté » le TPS, devrais je l’appeler ainsi, tant, la course finie, une part de moi-même et ma passion du trail restaient encore accrochées la haut sur ces crêtes aériennes et espaces sauvages infinis au beau milieu de ce que la Nature peut proposer de mieux et de plus beau …

 

Arrêtons là les envolées lyriques … redescendons sur terre et soyons un peu pragmatiques … vous aurez compris que j’ai pris un pied GIGANTESQUE à courir ces 60 bornes du TPS 2019 !

 

Avec mon pote Olivier, nous arrivons le samedi après midi de Paris pour aller récupérer nos dossards au SUPER U de Bourg St Maurice et y laisser nos sacs d’arrivée avec change vestimentaire pour le col du Petit St Bernard. Le lieu d’arrivée étant bien distinct du lieu de départ.

Retour en navette après la course. Pas pratique … mais cela vous permet de courir 20 km de plus que la course des 40 km du TPS partant du col pour arriver au même col.

 

Levé à 4 heures … çà pique les yeux. Nous arrivons à 5h30 aux Chapieux lieu dit bien connu des UTMBistes et TDS venant chaque année user leurs semelles crantées de traileurs sur les massifs environnants. 

 

De courageux traileurs sont venus passer la nuit là en camping dans ce coin bien froid pour être au plus prêt de la ligne de départ. Avec Olivier, nous avons préféré le confort douillé de l’Auberge du VAL JOLI situé à SEEZ à une quarantaine de minutes de voiture … mais il faut se taper une petite route en lacets qui me sera d’une certaine manière fatale (voir la fin de mon récit) ... fin de journée peu glorieuse après tant de beauté sur les cimes !

 

Un semblant de contrôle des sacs qui se termine rapidement par un contrôle par échantillonnage au hasard … puis plus rien. Pas de haut parleur pour le briefing d’avant course. On n’entend strictement rien derrière en fin de peloton  .. il faut dire que nous sommes dans l’arrière train du troupeau de traileurs … suite à l’oubli d’Olivier de laisser sa veste dans la voiture. Sacré Olivier ! Nous avons dû y faire un Aller / Retour non prévu.

Pas bien grave car nous ne sommes pas venus ici pour faire un chrono mais pour profiter de la montagne ! … Mais cela jouera sur notre classement puisque nous serons bloqués derrière les autres lorsque nous attaquerons les premiers monotraces.

 

TOP Départ 6h00 pétantes dans la nuit noire. Nous sommes 349 valeureux partants à affronter ce fameux TPS réputé « Montagne ».

 

La large pistouille de départ est une route goudronnée suivie d’un chemin large qui permettent d’étirer sur plusieurs kilomètres le serpentin lumineux formé par les frontales de la colonne de joyeux traileurs bien motivés. Pas très beau le chemin …  mais on s’en fout car il fait nuit !

 

Cà droppe loin devant, les 1ers ont l’air de carburer comme des lapins mécaniques et nous verrons longtemps et progressivement leurs frontales se percher dans la rude pente et les 1ers contreforts de la montagne vers le col de l’Ouillon situé à 2612 mètres d’altitude.

 

A notre tour d’attaquer la pente, enfermés derrière des traileurs moins bien affutés ou moins bons grimpeurs. Nous perdons du temps mais le plaisir est là de voir doucement les 1ères lueurs du jour chatouiller les cimes blanches que l’on devine sur l’horizon. Olivier me demande si c’est de la neige ou des nuages la haut… nous découvrirons plus tard qu’il s’agit bien des 1ères neiges déjà tombées sur le sommet des massifs.

Il fait froid et, même si il n’y a pour l’instant pas de vent, nous sommes encore tout juste aux environ de 0 degrés Celsius, je commence à regretter d’être parti en short !  Certains coureurs sont en long. Heureusement, j’ai ma veste technique de ma CCC 2018 avec tee shirt et sweat technique long … bien au chaud en haut, un peu moins en bas !

 

Presque soudainement, alors que nous progressons dans cette pente raide au milieu de nos sœurs et frères traileurs, se découvre à nous le panorama exceptionnel qui nous entoure. La luminosité grandit, les cimes aux alentours se teintent de merveilleuses couleurs pastel magnétiques et roses … des nappes de brouillard matinal accrochent les sommets environnants … c’est prodigieusement beau un levé de soleil en montagne lorsque le soleil annonce son arrivée prochaine ! 

Un magnétisme envoûtant du monde minéral silencieux et merveilleux. La présence imposante des monstres endormis aux alentours nous rappelle que nous sommes des fourmis venues dévorer du dénivelé gargantuesque.

 

Exsultate jubilate !  je kiffe d’être là.

 

Le grand gaillard que je suis s’interdit de pleurer devant l’émotion enfantine du bonheur de vivre des instants magiques comme celui-ci ! Le corps et les muscles fonctionnent bien et les yeux sont ébahis devant la beauté du Monde.

 

Ma caméra portative GO PRO qui fait des siennes, couplée à un stabilisateur lourd et peu pratique me font vite redescendre sur terre et me rappellent que n’est pas Bruno POULENARD ou Zinzin Reporter qui veut …

 

Le sol est glissant dans le givre matinal. Sol dur mais peu d’accroche pour ceux, assez nombreux, qui n’ont pas de semelles bien crantées.

 

Cela bouchonne sur le dernier raidard du passage du col de Ouillon. Des « couillons » pressés veulent doubler sur les côtés pour aller plus vite mais certains se vautrent et glissent emportant d’autres traileurs … je suis sidéré par tant de bêtise humaine … je laisse passé un de ces forcenés pensant que le jeune type est bien affuté montagne mais ce canard se retrouve devant moi à 4 pattes avec les jambes tremblotantes comme une vierge effrayée devant les rochers enneigés et verglacés … ne sachant plus comment utiliser ses bâtons ! Quelle bérézina ! Fort de mes années d’alpinisme et de randos montagne, je finis par lui conseiller avec bienveillance de se mettre debout, de bien poser les pieds à plats, de s’aider de ses bâtons … et d’arrêter de jouer la pucelle effarouchée.  

 

Passé le col, la descente est fantastique … le regard épouse une pente grandiose cartonnée par la neige et illuminée par le soleil. Equipés et chaussés de nos pneus crantés « Salomon Speed cross 4 », nous nous jetons joyeusement avec mon frère de trail dans la pente doublant certains traileurs timorés ou moins bien chaussés. Quel plaisir d’être là !

 

La descente déroule jusqu’au 1er ravito du 14ème km. Niveaux vite refaits. Il ne fait vraiment pas très chaud et nous ne sommes pas encore déshydratés. 

 

Petit coup de cul sur une pente acérée jusqu’au col de la FORCLAZ. J’ai pleinement retrouvé les sensations de batonnage trailique que j’aime tant. Quel bonheur d’accrocher la pente et de pousser sur les bâtons. Je me sens réellement bien. Là haut au col, une croix surplombe les montagnes environnantes. La neige fraiche est tombée ici. Nos poumons respirent cet univers frais et sain de la haute montagne.

 

Olivier est mon copain d’entrainement vélo et CAP depuis de nombreuses années. Nous nous entendons bien, complices dans l’effort. Nous avons couru de nombreux raids multisports ensemble ainsi que des trails compétition dont la CCC 2018 (101 Km) que nous avons finie ensemble sur la place du triangle de l’amitié à Chamonix. A deux, nous sommes plus forts dans l’adversité. Sympa de partager ce trail avec cet ami solide, agréable et fiable.

 

La 1ère partie jusqu’au col du Petit Saint Bernard situé à 22 km du départ (2188 m d’altitude), est une joyeuse balade entre copains où nous nous arrêtons pour filmer et prendre des photos ébahis par le décor qui nous est offert.

 

Nous arrivons en 4h41 à l’imposant Hospice du Petit Saint Bernard que j’admirais sur les vidéos youtube du TPS et les photos d’internet. Ce vieux bâtiment est désormais un gite d’étape mais il accueillait autrefois un hospice destiné à assurer la protection des pèlerins contre les brigands et les aléas du climat.

Le col marque la frontière entre l’Italie et la France. Il sépare la vallée de l’Isère en France de la vallée d’Aoste italienne. Hannibal et ses troupes seraient passés dans l’antiquité sur cette voie de passage et ce col alpin.

 

Nous voyons l’arche d’arrivée pour la première fois  … que nous nous attendrons 40 bornes avant de la revoir !

Et là …  petite douche froide, le speaker annonce que la barrière horaire est 30 mn derrière !

On se regarde avec Olivier, peu habitués à être taquinés par ces foutues barrières sur nos trails … pourtant, nous n’avions pas l’impression de lambiner … mais à force d’être restés plantés derrière des plus lents … et moi dans mes délires de vidéaste amateur, nous avons finalement pris trop de temps ! 

 

Changement de programme pour la seconde partie … nous accélérons le rythme … rangement de la GO PRO et de sa perche au fond de son carquois. Nous vissons les cornes sur nos têtes et en avant … fini de rigoler et de s’extasier comme des gamins devant les montagnes lumineuses mises en relief dans le soleil matinal d’octobre !

 

Nous longeons le lac du Verney sur lequel se lève une écume et des vaguelettes provoquées par un vent puissant qui vient de se lever. Le parcours bien minéral du trail (pas un arbre !) est parsemé de lacs glacières d’altitude de toute beauté reflétant le bleu du ciel.

 

Avant le 27ème kilomètre, nous prenons un bon coup de mou suite à nos accélérations successives. La montée à Bassa Serra est laborieuse. Nous autres les bas terriens des mornes plaines de l’Ile de France, nous ne sommes pas habitués à l’altitude. Une bonne partie du TPS se déroulant à plus de 2 000 mètres d’altitude. Je marche soudain un peu au radar léthargique … fatigué alors que les jambes et le cardio répondent toujours bien.  Avancer … avancer … avancer encore  … avec l’envie de dormir.

Arrivés au sommet sans pause aucune depuis le Petit St Bernard, nous nous écroulons sur un muret près d’une vieille bâtisse en ruine … Alors que nous dégustons avec mon pote des petites compotes en tube, un cameraman du TPS vient nous coller son gros objectif sous le nez avec un grand sourire, chouette on va passer à la TV !

 

Nous discutaillons quelques minutes avec d’autres frères traileurs qui nous apprennent que nous sommes à 45 minutes du prochain ravito et sur la base de 45 mn d’avance sur la barrière horaire. On aurait donc à priori gagné un peu de temps …

 

Nous repartons et tombons alors sur un passage technique en VIA FERRATA encadré par des guides de haute montagne. Le passage latéral est court mais abrupt. Nous sommes libres soit de passer en nous accrochant aux chaînes ou aux cordes installées, soit de nous équiper d’un baudrier et de passer en toute sécurité avec le guide. Olivier n’est pas très à l’aise et préfère s’équiper. Je passe en mode libre car je suis à l’aise sur ce type de passage technique suite à mes expériences d’alpiniste  … d’autant que je me rends compte que des petites spatules type marches ont été fixées dans la roche pour poser les pas !

 

Autre partie encordée en  neige un peu plus loin – cela bouchonne mais c’est beau ! Le panorama aux alentours est là aussi grandiose. Des traileurs peu aguerris ralentissent le passage. Leurs semelles dérapent et ils sont scotchés à la corde comme une moule sur son rocher.

 

Avec tout çà, nous avons perdu un bon quart d’heure !

 

Nous voilà passés de l’autre côté ... nous attaquons des espaces désormais sans chemin … en suivant juste les petits drapeaux jaunes ou rouges plantés au milieu de sols rocailleux  … Nous doublons des traileurs. Mes pieds strappés d’élastoplasme font merveille dans ces champs de cailloux irréguliers et en vrac ; ma proprioception semble plutôt bonne et mes entorses passées un lointain souvenir … je me joue du terrain accidenté … à croire que je viens ici tous les week end m’entrainer.

 

Nous pensons arriver à un ravito mais ce n’est qu’un point de passage, le col des Chavannes, où un vieux montagnard monte la garde sur les retardataires … il nous annonce malicieusement que nous n’avons que 35 mn d’avance sur la barrière qui est à 14h45 … et qu’il renverra vers l’arrière les derniers … j’espère qu’il plaisante ! Nous avons parcouru 35 km et avons désormais un temps de course cumulé de 7h14.

 

Après le col des Chavannes, un large chemin à flanc de montagne nous mène tout droit au dessus d’une vallée encaissée .. puis continue sur un splendide monotrace aérien. 

Les mono trace montagne sont trop beaux mais ils ont l’inconvénient de bouchonner parfois sur certains passages !!!  Peu de place pour tenter de doubler. Un paradoxe alors que les espaces sont infinis tout autour …

 

Commence alors la plus belle partie du parcours, la longue montée vers le Mont Fortin et le Mont Favre … une majestueuse crête aérienne avec plus de 1 000 mètres de vide et de « gaz » à gauche vers la vallée italienne tout en bas. Quelle vue !

 

Nous progressons lentement car le poids des kilomètres et l’altitude nous font monter activement le rythme du cardio. Je prends un peu les devants sur Olivier à la peine … étonnant de le voir souffrir, lui qui la plupart du temps est devant avec sa grosse cylindrée en VMA. Mais ce TPS confirme ce que j’avais découvert à la CCC 2018 sur mon pote Olivier. Lui que tous nos amis traileurs pensaient invincible a finalement une faiblesse et un ennemi ; l’altitude. Il n’empêche que fidèle à lui-même, il ne se plaint pas du tout, sert les dents et avance. Bravo mon pote !

 

Le vent s’est levé et la belle matinée ensoleillée disparait peu à peu derrière des nuages.

Nous arrivons à des ruines de bâtiments et croyons arriver au plus haut point du TPS … mais comme en alpinisme, le sommet est souvent un leurre ! Nous découvrons un replat avant que la pente continue à monter toujours plus haut. Les ruines du bâtiment sont visiblement les restes d’un ancien petit fortin surveillant les fonds de vallée.   

Nous nous couvrons de couches supplémentaires car le vent frais nous refroidit .. nous sommes toujours en short même si nos sacs contiennent le pantalon long exigé dans la liste du matériel obligatoire.

 

Au sommet du Mont Fortin, point culminant à 2 851 mètres d’altitude et plus haut point de la course, nous fêtons notre 40ème km ! Maintenant il ne reste plus qu’à descendre … mais là les organisateurs nous ont réservé un beau raidard de descente … que dis je ! .. un mur abrupt de descente que j’aurais bien aimer descendre en ski ! … d’ailleurs, je descends en godillant profitant de l’accroche phénoménale de mes Salomon Speed Cross 4 … profitant de doubler un traileur râlant et un peu trop sur les freins dans la pente. Nous accélérons le pas ensuite en trottinant pour rejoindre le dernier ravito que nous croyons présent juste en dessous. … mais il nous faudra après 9h59 d’effort encore 2 bons kilomètres pour le trouver ce sacré ravito situé bien au dessous du mont du Berrio blanc (3252 m).

 

Plus de soupe au ravito ! … snif … restent quelques tucs et bouts de chocolat et de bananes que nous dévorons en buvant du coca. La barrière horaire est à 16h50 ici et il est 16h00. nous avons donc regagné un peu de temps sur la barrière malgré notre allure de tortue sur la crête aérienne du mont Fortin. Nous savons que la course est presque « gagnée » car nous apprenons qu’il reste environ 15 km alors que je croyais qu’il en restait 20.

Ici, il neigeote de la neige fondue et les bénévoles sont aux petits soins pour nous. Ils semblent bien embarrassés de ne pas pouvoir nous proposer de la soupe pour nous réchauffer.

Pas grave ! On est dans la haute montagne … et je préfère avoir froid ici que trop chaud à l’infernal trail des Vosges …

 

La fatigue se fait sentir mais nous sommes galvanisés par l’arrivée qui se profile dans nos esprits embrumés. Il est temps de descendre tout schuss ! Un joli chemin en balcon qui nous fait descendre dans la vallée pour rejoindre un large chemin de 4X4 que nous suivrons en courant pendant 2 bons kilomètres … il est beaucoup moins beau ce chemin mais quel plaisir de dérouler en descente facile sur cette voie … nous avons presque l’impression que l’arrivée se trouve au bout de ce chemin facile et bien carrossé ! … mais les fins de trail sont toujours bien longues.

 

Sur la voie carrossable, nous décidons de courir non stop … la cylindrée d’Olivier recommence à faire des merveilles … normal on a  perdu beaucoup d’altitude !  … il s’éloigne inexorablement avec sa vitesse de croisière supersonique. Avec ma petite VMA, je ne cherche pas à le rattraper préférant gérer mon énergie de fin de course … car il reste des kilomètres.

 

Nous devons quitter le chemin en plongeant dans un raidard sur la droite dans un virage … non sans avoir félicité et tenté de réchauffer par nos blagues chaleureuses ce papy bénévole frigorifié par la pluie qui tombe ainsi que le vent.

 

Remontée de l’autre côté du torrent.

Diantre !  nous essayons de rattraper en vain des traileurs qui finalement avancent un peu trop bien. La plupart des participants du TPS 60 km sont tous semble-t-il bien affutés et nous trouvons le niveau général assez relevé.  Pourtant, nous sommes venus ici plutôt affutés comme des sabres japonais, assez bien préparés ! Seul le manque de sommeil des semaines précédentes dû à des surcharges horaires professionnelles a été la cause de phases de léthargies et de baisse de régimes ou de grosses envies de dormir … pourtant, je sens que musculairement, j’en ai encore sous le pied et que le cardio turbine bien. Bonne prépa montagne ! Il faut dire que les 72 km Vosges 3 semaines auparavant m’ont bien aider à renforcer mon endurance et mes quadris de bouquetin traileur !

 

La pluie s’intensifie désormais mais nous n’avons pas froid avec nos vestes gore tex et nos capuches. Sauf que désormais nous pataugeons dans de la bonne gadoue … la remontée vers le col du petit Saint Bernard est longue et fastidieuse même si la pente est légère …

 

Alors que nous ne sommes plus qu’à 5 km de l’arrivée et que nous pensons que nous allons désormais la jouer tranquille … nous allons vivre alors l’un des plus durs moments de trail que nous avons rencontrés dans nos vies de traileurs.

 

En effet, le vent renforcit petit à petit, atteignant un bon Force 7 Beaufort estimé (référence pour les marins) soit environ 60 Km/h de vent bien froid qui déboule de la France notre mère patrie ! Nous sommes en effet actuellement en Italie et progressons difficilement vers le col du Petit Saint Bernard qui, je le rappelle, marque la frontière France / Italie.

La pluie rentre désormais partout dans nos vêtements.

Dans le sac, j’ai les gants, la seconde veste et même un bonnet … mais la fatigue et le manque de lucidité m’empêchent de m’arrêter pour m’équiper.

Eclair de lucidité … je me rends compte que mes doigts sont devenus insensibles dans le froid et le vent fort !  Ils sont trempés et risquent d’être gelés avec un tel vent et une température abaissée légèrement au dessus de zéro degré Celsius.

 

STOP urgent !

Nous sommes en train de faire une connerie ! Enclenchons le mode survie !

Arrêt avec olivier, nous lâchons nos bâtons pour nous équiper mutuellement, des gestes qui d’ordinaire sont faciles en temps normal sont devenus très difficiles avec le poids de la fatigue et des kilomètres. Les doigts gelés n’arrivent pas à ouvrir les fermetures éclairs … c’est un calvaire !

Nous mettrons environ un quart d’heure en plein vent à nous équiper … et enfiler difficilement des gants. Nous aurions dû évidement nous arrêter bien avant à l’abri du vent.

Quelques traileurs nous doublent et nous demandent systématiquement si cela va … les pauvres sont transis et grelottent comme nous mais s’enquièrent de notre bien être !!! Quelle  solidarité exceptionnelle en trail !!!

 

Nous repartons comme des guerriers survivors au milieu de la tempête de pluie et de vent. Trempés mais une furieuse envie de vivre et de rejoindre ce satané hospice St Bernard est vissée au corps 

La nuit commence à tomber mais un ressort de survie s’est déclenché en nous et nous trouvons la force de courir là où nous marchions fatigués une demi heure avant poussant sur nos bâtons.

Etonnante impression personnelle … je me rends compte que malgré les conditions et mon corps qui dit stop à cette relative barbarie … je prends du plaisir à lutter contre les éléments ! Plaisir masochiste ? Ou la même sensation que les chiens de traineau développant leur puissant et combatif « willing spirit » le nez face au vent ? Curieuse sensation personnelle !

 

Dernier kilomètre, nous courons tout droit dans les flaques … fini de préserver ses pieds … de toute façon ils sont mouillés !  … Olivier veut finir et a pris son envol … il finit loin devant moi à 600 m de distance … il accélère en effet lorsqu’il voit à travers les rideaux de pluie et nuages bas la grosse bâtisse imposante grise et lugubre de l’hospice du Petit St Bernard.

 

Pas beaucoup de monde sur la ligne d’arrivée ! Je franchis la ligne en 12h47 (261ème sur 307 arrivants et 349 partants).

Les bénévoles sont presque tous réfugiés sous le barnum … je les plains car ils doivent être frigorifiés.  Je suis accueilli par 2 organisateurs qui me félicitent dont 1 qui me propose de prendre ma caméra pour me filmer … sympa !

 

Olivier a déjà disparu car il est allé se réfugier à l’intérieur de la bâtisse pour aller chercher urgemment la chaleur .. je le comprends !

 

On me tend un Tee shirt de Finisher … et hop je plonge dans la bâtisse au chaud … la même qui a accueilli des pèlerins et voyageurs pendant des siècles … on est dans la continuité !

Bonne prise en main à l’intérieur de l’hospice par des bénévoles chaleureux qui nous guident vers les lieux de change, récup des sacs et la Tartiflette d’accueil … et la soupe que je dévore allègrement.

Beaucoup de traileurs grelottent et sont en état d’hypothermie … c’est la cour des miracles ! j’ai l’impression d’être sur un théâtre de guerre ou en terrain de catastrophe naturelle lorsque je découvre les nombreuses couvertures de survie et les familles des traileurs affairées autour des morts vivants qui ne sont pas beaux à voir … nous devons probablement avoir la même tête que ces zombies aux traits gonflés, cheveux ébouriffés et yeux cernés !

 

Pour Olivier et moi, le périple est loin d’être fini …. Car nous devons en effet prendre la navette de 19h30 prévue par l’organisation pour nous ramener aux Chapieux lieu de départ du trail où nous avons laissé notre véhicule.

 

Après nous être changés et ravitaillés, nous sautons dans la navette pensant être au chaud et pouvoir y dormir … mais le conducteur a mis la ventilation qui est un peu froide ! Nous ne nous étions pas vraiment renseignés sur le temps de retour de la navette … elle mettra 1h30 pour rejoindre les Chapieux ! un calvaire avec les nombreux virages de montagne de nuit quand on est fatigué et l’estomac un peu en vrac …. Résultat pour moi : VOMITO direct à la descente du car aux Chapieux ! … un comble pour moi qui me targue avec mon système digestif solide de ne jamais avoir vomi en trail malgré les tonnes de bouffaille ingurgitées … il me faudra donc ainsi 1h30 de car et 2 minutes pour dégueuler ma soupe … vive le TPS !

 

Nous rejoignons l’hôtel tard dans la soirée … explosés, exténués … mais heureux !

 

Débriefing : COTE ITRA à 437 sur ce trail. 

 

-          SUPERBE trail que je recommande vivement … probablement le plus beau de tous mes trails. On évolue en Italie sur une bonne partie du parcours

 

-          Nous courons sur plusieurs passages de l’UTMB / TDS  …  des noms qui raisonnent à mes oreilles de traileur passionné UTMB (col des Chavannes, Chapieux, arrête du Mont Favre ….)

 

-          Un trail plus « marché » que « couru » compte tenu du dénivelé assez important (3500 m D+)

 

-          Plein les yeux ! levé de soleil magnifique

 

-          Une première expérience montagne me semble préférable pour participer à ce trail. Si vous n’avez pas un minimum le « pied montagne » … ne venez pas !

 

-          Trail assez technique, nous sommes la plupart du temps à plus de 2 000 m d’altitude sur des chemins et hors chemins …passage via ferrata … il ne faut pas avoir le vertige

 

-          Niveau des traileurs relativement relevé sur ce trail … pas des rigolos ! les traileurs inscrits sont venus bien équipés (sauf semelles) et bien  préparés ... mais pas forcément tous aguerris montagne

 

-          Balisage efficace (drapeaux jaunes ou rouges)

 

-          Organisation efficace … mais attention de ne pas arriver en fin de peloton .. plus de soupes !

 

-          Pas de blessure, pas d’ampoules, pas de courbatures les jours suivants … juste un doigt insensibilisé par le froid !  Musculairement je suis peu entamé … idem pour le cardio.  Toutefois, je n’ai pas assez bu pendant la course.

 

-          Attention aux températures aux sommets et sur les crêtes, elles ne sont pas celles des fonds de vallée … équipez vous en conséquence … et respectez la liste du matos obligatoire … rien de trop !

 

-          Beau moment de partage et de plaisir avec mon pote Olivier.

 

Bref un bon trail rustique et intimiste comme je les aime que l’on peut clôturer dans la journée … et qui vous laisse la tête dans les nuages et les sommets alpins.

  

Mes 2 trails de fin de saison étaient durs mais splendides !

 

Vive le TRAIL  

Shoto

 

 

 

 

 

2 commentaires

Commentaire de Free Wheelin' Nat posté le 13-10-2019 à 19:46:55

Extra ce CR, pour un parisien tu t'en es bien sorti! (naaaan, je rigole, je suis moi même un ex parisienne...).
M'enfin, respect , de telle conditions pour finir un trail comme ça ,vous avez géré comme des chefs, car oui, des fois la lucidité manque pour s'équiper avant d'être en hypothermie...
Le TPS m'a fait de l'oeil cette année, mais j'ai dû me rabattre sur un autre, plus proche de chez moi .. En tout cas, pour l'année prochaine si je peux , je saurai à quoi m'en tenir même si je connais déjà ce genre de conditions. On a beau dire, il est très dur de prévoir du chaud quand on part en tee-shirt , mais la montagne vous remrt vite à votre place si vous n'y prenez garde.
Encore bravo les gars!

Commentaire de Shoto posté le 13-10-2019 à 21:33:24

Merci Wheelin pour ton commentaire très sympa. Tu as raison, des petits parisiens dans la montagne ... c'était pas gagné ;-)
Si peux le faire ce TPS, tu vas te faire plaisir.

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