Récit de la course : Tor des Géants 2016, par CharlyBeGood

L'auteur : CharlyBeGood

La course : Tor des Géants

Date : 11/9/2016

Lieu : Courmayeur (Italie)

Affichage : 522 vues

Distance : 339km

Objectif : Pas d'objectif

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Le plaisir d'avoir (le) Tor...

Tor des géants 2016 – 11 au 17 septembre – 7eédition

 

 

Samedi 15 septembre 2018 : je mets la dernière main à ce récit, alors que les ultimes coureurs passent le portique d’arrivée de la neuvième édition. Deux ans, c’est le temps qu’il m’aura fallu pour que j’arrive à coucher sur papier la somme de ressentis, d’émotions, d’émerveillements et de joie qu’aura constitué cette « petite » folie, comme je l’ai souvent nommée. Voici le récit de cette formidable aventure humaine qu’est le Tor des géants, que j’ai eu le bonheur de vivre comme une parenthèse enchantée en… 2016 !

Tout a commencé en 2011 déjà, lorsque je m’étais intéressé pour la première fois à un petit flyer tombé entre mes mains et qui vantait la « course des géants ». L’adrénaline était déjà montée en moi à ce moment, vite douchée par la raison qui me commandait de faire mes classes… Diantre, 330 kilomètres agrémentés de 24000 mètres D+ (et autant D-, bien sûr), cela ne s’improvise pas ! J’avais donc suivi à distance la victoire de J-H. Gabioud dans un final dramatique qui avait vu le leader et quasi vainqueur M. Gazzola être disqualifié pour s’être trompé de chemin…

De mon côté, je commençais à allonger les distances… 80 km, 110 km, 170 km, avec des acronymes aussi romantiques que TVSB, UTMB, GRP, GRC… Stupéfait, je me rendais compte que je passais de belle façon tous les obstacles kilométriques que je dressais volontairement sur ma route de sportif du dimanche : pas de souci avec les barrières horaires, gestion de course évitant, en principe, les phases d’épuisement, dernières heures toujours en crescendo, récupération hyper rapide, sans courbatures… au point que je me suis pris à rêver du Tor !

2015, première inscription et premières migraines pour comprendre le système de répartition des 750 dossards entre les plus de 2 000 inscrits (pour la faire simple, plus tu as de concurrents d’une nationalité qui sont inscrits, plus tu as de dossards pour ce pays, MAIS… comme tous les pays représentés disposent au minimum de deux places ET qu’il y a beaucoup de ces pays exotiques avec peu d’inscrits (qui sont par conséquent quasiment certains d’obtenir un dossard…), mes chances d’être tiré au sort avoisinaient à peine le 25 %. Recalé au tirage au sort, je n’en ai pas moins suivi attentivement cette épopée en rêvant déjà de l’année suivante.

Février 2016, la tension est à nouveau à son comble… et le résultat identique ! Mais la conjonction des planètes est cette année très différente et un événement notamment me pousse à tout entreprendre pour mener mon cœur au centre de ces majestueuses montagnes : ce sera donc par le biais d’un « dossard solidaire » que je gagnerai le droit de m’aligner sur la ligne de départ de Courmayeur.

Un dossard solidaire, c’est un sésame qui coûte grosso modo trois fois plus cher que la finance d’inscription pour la course, la différence étant versée par l’organisation à une association caritative qu’elle a choisie. Je franchis donc le cap, acquiers mon dossard en faveur de l’association « Make a wish » – qui réalise les rêves d’enfants malades – et décide que d’autres causes me tiennent à cœur et que je souhaite aussi les soutenir : le projet de parrainage de ma « petite » folie était né.

Préparation d’un flyer explicatif, réflexion sur les membres de mon entourage familial, amical, sportif et professionnel qui pourraient être sensibles à mon projet et finalement contact personnalisé de chacun en présentant le Tor, mon ambition, ma démarche d’aide aux associations et… leurs possibilités de soutien. Estimant que mon engagement doit correspondre au leur, je propose un financement en fonction du nombre de kilomètres que je parcourrai, avec mise de départ à 10 centimes/km.

Waouhhh ! Le tsunami solidaire ! Je collecte des promesses de dons d’un montant total presque quatre fois supérieur au coût du dossard !!! A tel point que je décide de soutenir deux causes supplémentaires plutôt qu’une, l’association genevoise « Courir…ensemble » qui organise des événements pour des enfants malades et la Ligue suisse contre le cancer.

La pression est là, je ne veux pas décevoir en n’allant pas au bout du voyage, ce qui me priverai de l’honneur d’être finisher de ce monument, mais aussi de la fierté de remettre une jolie somme à « mes » associations.

Pour être franc, je ne me présente pas sur la ligne de départ de Courmayeur, en ce dimanche 11 septembre, avec beaucoup de certitudes… Mes deux courses de préparation importantes se sont conclues prématurément par des abandons. Mais j’ai mis les chances de mon côté. Arrivé la veille dans la Vallée d’Aoste, j’ai pu m’imprégner de l’ambiance Tor qui règne dans la région. J’avais constaté, lors d’une petite reconnaissance de deux jours début juillet, que le Tor était déjà dans toutes les bouches – ou toutes les mains, on est quand même en Italie… – dans les refuges. J’ai patiemment attendu la fin de journée pour récupérer mon dossard, ce qui m’a évité deux heures de queue et m’a donné un temps identique de sieste en contrepartie ! Je dois quand même avouer que tout n’a pas été un long fleuve tranquille… Il y a tirage au sort de trois objets du matériel obligatoire à présenter. Pour moi, chaussures (pour le cas où un coureur pensait faire le tour en tongs…), téléphone portable et bande élastique. Autant dire que je pars confiant vers le bénévole qui m’oppose pourtant un refus d’autorisation : la bande n’est pas assez élastique… J’argumente en vain avant d’opter pour le plan B, autrement dit foncer à la pharmacie avant sa fermeture (vu ma sieste, il est déjà passé 18h30…) et présenter cet objet indispensable qui n’a jamais quitté le fond de mon sac en huit années de trail ! 

A 19h, tout rentre dans l’ordre, j’ai mon dossard 1130 à dispo, une salle de pasta party pleine devant moi et plein de coureurs sympas avec qui je commence à discuter. Je glane quelques renseignements sur la course, je fais la connaissance de Laurent, avec lequel nous nous sommes sponsorisés mutuellement sans jamais nous être rencontrés (échange de bons procédés !), qui a déjà fini l’UTMB deux semaines auparavant, et de deux sénateurs (deux membres de la petite dizaine de coureurs qui a achevé les six premières éditions du Tor). Une chose est certaine, le voyage va être beau et dans une optique d’entraide plutôt que de compétition, ce qui me plait énormément. Le briefing jongle entre les langues et les recommandations, mais rien de bien nouveau ou inquiétant. Un message : « Buon viaggio ! »

10h00 : le peloton s’élance dans les rues de Courmayeur noires de monde. On se demande pourquoi on court comme des dératés alors que nous avons devant nous plus de 330 km et des sommets à gravir pour plus de 24 000 mètres de dénivelé… C’est d’autant plus vrai qu’après un bon kilomètre, on entame un sentier étroit qui bien entendu provoque un premier bouchon digne de l’autoroute des vacances un 30 juillet ! Au moins, ça m’enlève toute pression pour le podium, la tête de course ayant lâchement profité de cette situation pour se faire la malle…

Le rythme de montée est pris. Je peux me laisser aller à mes réflexions, mes divagations, mes observations. La première que je repère – ou plutôt que mes oreilles m’indiquent ne plus supporter – est Sabina, une volubile Italienne qui court avec son copain qu’elle saoule d’un flot ininterrompu de paroles. Tout y passe, de sa copine Elsa qui s’est faite larguer par son mec (« tu te rends compte le salaud mais en même temps Elsa est tellement (…) cinq minutes plus tard(…) que cela ne m’étonne pas du tout qu’il en ait eu marre ! ») à la difficulté de trouver des sacs poubelles de la bonne taille pour la maison, contrariété ménagère absolument essentielle en ce début de course…

Alors que nous étions arrivés sur un bout de route forestière dont la largeur me permettait enfin de mettre une distance respectable entre Sabina et moi, un autre bruit insolite a attiré mon attention, style locomotive à vapeur. En l’absence de voie, je m’attends à voir débouler un concurrent et ne suis pas déçu du spécimen : 60 ans au bas mot, surpoids manifeste, ayant déjà évacué au moins trois litres de transpiration dans son maillot et surtout convaincu de la nécessité de relancer en petits pas de course délicats comme les entrechats des hippopotames de Fantasia dès que la pente se situe sous les 10%... Pourquoi se condamner à l’abandon dès le premier col ? Cela reste un mystère pour moi…

A la sortie de la zone forestière, le serpent multicolore des coureurs qui fondent dans la vallée de l’Arp en direction du col est saisissant. Les derniers lacets strient la montagne. Les encouragements des spectateurs postés au sommet et dont l’écho résonne loin dans la vallée ne sont pas de trop pour aider à atteindre ce premier cap de mon épopée. Je dégaine mon portable pour immortaliser le cairn marquant cette étape initiale.

La montagne offre une palette impressionniste aux verts parfois tendres, souvent plus soutenus et virant au brun. Une haie rocheuse domine le sentier et les vaches nous préparent un accueil en sonnailles avant le point d’eau. Les premières discussions avec des coureurs s’engagent, on parle de nos expériences, de nos attentes de ce voyage. « Quoi ! Tu pars pour moins de 120h ? Je te laisse aller, mon ami, je vais immédiatement ralentir !! » La foule est massée à La Thuile, premier ravito important. L’accès est aisé en voiture et nombreux sont les suiveurs ou amis qui ont enchaîné départ de la course et encouragement après le Col de l’Arp. Il fait chaud, trop chaud pour que je m’attarde sous cette tente aux allures de sauna. Je bois un peu, grignote 2-3 biscuits et une orange saisis au vol sur une table, et ressort sans m’attarder au sein de cette foule surexcitée de coureurs. 

(Digression n°1) Je me suis toujours dit qu’être bénévole sur un premier ravito, alors que tous les coureurs sont encore, dans leur tête, sur les traces de Jornet ou D’Haene (j’ai bien dit dans leur tête…) et sont parfois désagréables voire agressifs, c’est un sacerdoce… ça crie, ça gesticule, ça professe… A ce jeu, je me demande qui des Français, des Italiens ou des Espagnols sont les plus aguerris… Je crois dans tous les cas que nous tenons ici le tiercé, sans discussion possible.

Ouf ! Nous avons quitté la foule et le bitume pour retrouver les sentiers. C’est même quasiment une voie pavée qui nous fait cheminer vers les sommets. La montée donne un petit effet « Tour de France », avec des rangées de promeneurs qui se plient en quatre pour nous laisser passer et nous transmettent nombre d’encouragements.

(Digression n°2) J’adore l’italien, langue chantante et ensoleillée. Mais lorsque les injonctions d’encouragement me sont destinées, me donnant l’impression que je connais personnellement tous les promeneurs rencontrés durant l’ascension, elle prend encore une autre dimension. « Bravo ! Forza ! Animo ! Dai ! » sont autant de mots qui m’étaient exclusivement réservés. Le rêve du leader qui fait chavirer les foules est devenu réalité l’espace de quelques instants.

La chaleur est étouffante et les magnifiques cascades ne nous offrent que leur bruit de tonnerre à défaut de fraicheur, vu leur éloignement. L’arrivée sur le plateau marécageux qui précède le dernier mur avant le refuge Desfayes est magnifique. Un air d’Ecosse (où je ne suis jamais allé…), avec le cheminement tortueux du bébé rivière qui s’échappe des étangs, au milieu des montagnes. Je bois à la source, sur le conseil – presque l’injonction ! – d’un local qui me garantit ainsi un bon voyage. Il aura en définitive raison.

La montée du dernier mur m’inquiète. Je commence à ressentir l’écoeurement caractéristique des problèmes gastriques. Heureusement, l’arrivée au refuge va tout résoudre ! Je veux de la soupe – en fait la pastine, bouillon avec des pâtes – et le bénévole m’informe qu’il est champion du monde de soupe ! Dans d’aussi bonne main, cela ne peut que bien se passer ! 

La vallée jusqu’au col Passo Alto est très minérale et parcourue en son centre d’une petite rivière bucolique aux abords marécageux. J’ouvre les yeux, lève le nez pour voir la brutalité sauvage du paysage. Je le baisse toutefois en arrivant dans les derniers lacets qui mènent au col, trente minutes de concentration étant nécessaire pour passer sans encombre cette difficulté avec mon estomac encore un peu chancelant. On découvre au sommet la dentelle des pics du val d’Aoste, avec le Cervin comme chef de file.

La longue descente jusqu’au ravito se fait en bonne partie dans un pierrier relativement régulier. Plus que le parcours, c’est la météo qui suscite des inquiétudes, les nuages noirs commençant à s’accumuler. Brève pause au ravito, où j’ai la surprise d’apercevoir Sénateur Arnaud (qui finira très largement plus vite que moi…) puis entame de la montée du Col de Crosatie, reconnu comme particulièrement raide. Je ne suis pas déçu !  Je prends mon rythme de croisière dans la montée en lacet aux dernières lueurs du jour, sous un petit crachin et un vent qui s’est levé.

Mauvaise surprise ! La fin des lacets ne signifie pas la fin du col ! La petite cassure n’est qu’un intermède avant une montée plus aérienne, dans de gros blocs de pierre, jusqu’au sommet. Je sors la frontale et m’élance à l’assaut de ces 200 derniers mètres de dénivelé dont certains passages sont agrémentés de cordes. 

Le sommet venteux n’a pas beaucoup d’attrait, surtout de nuit et avec le brouillard qui s’est invité. Je profite de la redescente d’un groupe de supporters locaux pour me mettre « dans la roue » et laisser mon cerveau sur off : il me suffit de les suivre, sans chercher à repérer les balises. Je me repose par conséquent jusqu’au fond de la vallée où nous rejoignons une rivière qui m’accompagnera pendant plusieurs kilomètres. La pente étant moins raide, je prends congé de mes guides et alterne course et marche pour rejoindre Planaval, ravitaillement dans la Vallée de Valgrisenche. Malgré les 16 km parcourus depuis le dernier point, je ne m’arrête pas. Mon estomac n’est toujours pas vaillant et je préfère rejoindre rapidement la base de vie pour dormir un peu et laisser mon système digestif se mettre en place.

7 km et 1h30 plus tard, j’atteins Bonne, première étape du périple. J’ai 50 km dans les jambes, parcourus en 14h. Je récupère mon sac d’allègement, passe furtivement au ravito pour prendre mon graal nutritif, un yaourt, puis je file aux dortoirs pour un rapide lavage de pieds (pas vraiment du luxe…) et tenter d’obtenir un lit. 

Franchement, on peut trouver mieux pour le repos que ces dortoirs où le va-et-vient est incessant, mais avec deux tampons auriculaires et une faculté innée à s’endormir dans les trois minutes, on se repose très bien ! 1h15 plus tard j’émerge et file au réfectoire, impatient de voir si mon estomac est prêt à l’armistice. Je lui offre un nouveau yaourt, ainsi que de la soupe de légumes bien chaude et des pâtes en quantité raisonnable. On dirait que ça passe, ouf ! 

Il est temps de repartir après un arrêt qui aura été, in fine, de plus de 2h30. Je dépose mon sac, puis vais au pointage. « Où est votre dossard ? » me demande le bénévole. Damned, j’ai beau regarder partout, je ne le vois pas. J’ai dû le perdre dans le dortoir, lorsque j’ai collecté mes affaires. Je file regarder : sans succès. Réfectoire ? Idem. Douche ? Chou blanc… Vient le temps des négociations avec le chef de la base. Il demande l’autorisation au QG de course de me laisser repartir sans le dossard, ce qui sera finalement accordé. OUF !!!  C’est donc 30 minutes plus tard que je peux enfin reprendre la course.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on ne recommence pas trop fort… 8 km de route bitumée pour contourner le lac et entamer la montée vers le refuge de l’Epée, qui plus est majoritairement en faux plat descendant. Inintéressant au possible, mais cela permet de digérer et de ne pas se concentrer, mettre un pied devant l’autre suffit largement. 

Sur le sentier qui monte vers le refuge, intéressante rencontre avec un journaliste qui a couvert la 4K la semaine précédente et qui se fond cette semaine dans le peloton des anonymes du Tor. Tout en louant la qualité de l’organisation de la 4K – une course concurrente idem au Tor, mais qui propose le parcours dans le sens opposé, résultante d’une bisbille entre l’association des traileurs du Val d’Aoste et les autorités de la région – il relevait la magie intangible du Tor, son côté mystique. Bref, le « Tor Canada dry » versus la copie. 

La montée régulière conduit au chalet de l’Epée où malheureusement l’accueil n’est pas au niveau des standards reconnus dans le Val d’Aoste. Mais bon, il fait chaud, la nuit touche à sa fin, un petit dodo de 10 minutes sur un banc me semble de bon aloi ! Je repars peu avant l’aube, que je vois se lever sur les sommets qui se découvrent de part et d’autre de la vallée qui mène au Col de Fenêtre. Et de quatre !

Jolie descente qui me permet de comprendre pourquoi le Tor ne se déroule pas au printemps ou même plus tôt dans l’été : les tranchées qui descendent de la montagne, signes concrets des torrents qui dévalent ces pentes lors de la fonte des neiges, sont gigantesques et bordent dangereusement les sentiers.

(Digression n°3) Les Italiens et leur « telefonino »… Impossible de faire plus d’une heure avec un groupe d’Italiens sans qu’il y ait une sonnerie ou un coup de fil donné. Bien entendu, l’essentiel est que tout un chacun puisse entendre la conversation, ce serait dommage de priver 849 potentiels auditeurs d’aspects aussi importants que la couleur du pipi du matin ou l’odeur de pieds dans le dortoir de la base de vie…

Grand moment en arrivant à Rhêmes-Notre-Dame : en traversant le village pour rejoindre le ravito, mon œil encore vif repère l’ouverture du café du coin avec, sur sa devanture, la carte des gelati… J’en rêve… Une petite rocket qui va glisser délicieusement dans ma gorge… Un petit plaisir que Delerm ne renierait pas. Ni une ni deux, je fonce à l’intérieur et ressort avec le graal… qui fait des envieux au ravito.

Entrelor est l’un des plus beaux cols du Tor, sauvage, aérien, haut… (3002 mètres). La trilogie habituelle, forêt, fond de vallée puis accès au col en lacets, est présente. Je suis bien, confiant, zen dans ma montée régulière malgré l’altitude qui pèse sur ma respiration. Je garde quand même du souffle pour faire connaissance de Lars, sympathique Danois toujours souriant, qui m’explique la difficulté de venir d’un pays plat… La descente, depuis le col, semble dessinée par un géomètre, avec des zig zag d’une régularité exceptionnelle, qui me font me retourner plus d’une fois pour admirer ce tableau. Le reste de la descente est roulant et je peux lâcher un peu le frein à main pour reprendre une vingtaine de concurrents.

A Eaux Rousses, la chaleur est douce et le site accueillant. Je m’offre une petite sieste d’une trentaine de minutes. Je discute longuement avec Thierry, un Français qui a des problèmes gastriques et veut arrêter. L’expérience de mon dernier ultra à Andorre, où j’ai abandonné trop tôt, au ravito, alors que j’aurais dû repartir pour voir si mon état s’améliorait, me conduit à l’encourager à poursuivre jusqu’à Cogne et faire le point à ce moment. Je dois être un bon coach puisque je le verrai repartir de… Cogne !

Loson… Qu’est ce que je n’aurai pas lu ou entendu sur ce col ! Long, interminable, infini, toujours plus loin : eh bien, c’est vrai ! Première montée jusqu’au plateau de l’alpage, avec ses quelques maisonnettes en pierre, puis entame de la longue vallée qui nous mènera au col. Le paysage est superbe, verdoyant puis minéral. Une série d’amas rocheux alignés me donne l’impression d’une Cour, d’un tribunal de mages, de druides, juchés sur leurs sièges.

On a l’impression que le chemin nous promène au travers de toute la vallée. Je ne vois pas encore vraiment où cela nous conduit, n’apercevant pas le col. A mesure que le dénivelé se cumule, le souffle devient plus court et le pierrier plus présent et ardu. Les dernières centaines de mètres sont très abruptes, avec même des marches métalliques pour atteindre le sommet. Un petit bivouac est posé en contrebas, parfait pour une goutte de thé chaud bienvenu sous la pluie fine qui nous accompagne depuis la fin de la montée. En plus, je suis immédiatement reconnu par le bénévole responsable qui dit à son collègue « ça y est, il est là, celui qui a perdu son dossard ! ». Je me demande s’il n’a pas eu un petit mot sympathique pour me qualifier, type « sciocchino »… Bonne nouvelle, il m’apprend qu’il a été retrouvé et m’attend à Cogne.

Je file dans la descente, au crépuscule. Je veux arriver au refuge Sella pour sortir ma frontale, plutôt que le faire en milieu de pente. Stop express au refuge, j’aspire à atteindre le plus vite possible la base de vie de Cogne où je rêve de prendre une douche. Le trajet m’est connu puisque je l’avais découvert en reconnaissance, m’arrêtant toutefois au refuge et gardant au fond des yeux ce cirque magnifique. 

La fatigue commence à se faire sentir. En un jour et demi, j’ai moins de deux heures de repos et près de 100 km dans les jambes. Le sentier étant de pierres et poussière très blanches – avec des dalles posées – je suis ébloui par la lumière de ma frontale et je me fatigue à essayer de décrypter le dénivelé du chemin. Je connais mes premières hallucinations, voyant des étoiles sous mes pieds et quelques constructions improbables sur les côtés. Arrivé dans la vallée, il ne reste plus que trois kilomètres en bordure de route pour la base de vie de Cogne, atteinte à 22h30, soit 36h30 après avoir quitté Courmayeur et parcouru 106 km et 9000 D+.

La base est une grande halle avec des alignements de lit de camp, mais séparée du lieu de ravitaillement, donc pas trop agité. Il est temps de prendre un peu de repos. Je pose rapidement mon sac, prends mes affaires et du rechange puis file sous la douche. Quel bonheur ! L’eau chaude élimine la fatigue de ces premières étapes, me régénère. Je fais un rapide détour au réfectoire pour manger un yaourt et un peu de soupe avant de filer au dodo. Réveil mis 2h10 plus tard, je me calfeutre dans ma couverture et tente difficilement de m’endormir, ce qui a dû prendre, en étant large, deux minutes, malgré la lumière et le bruit. 

Le réveil est bon, je suis focalisé sur la suite. Il est un peu plus de 2h du matin. Je range mes affaires avant d’aller me restaurer du cocktail traditionnel soupe et yaourt, auquel j’ajoute quelques pâtes. Il est temps de partir, j’ai trois heures d’avance sur la barrière horaire, soit l’heure limite à laquelle il convient de quitter la base. Le ciel est clair, la température agréable, c’est d’un pas allègre que je pars sur ce tronçon décrit comme le plus monotone du parcours, mais aussi le plus facile avec ses 45km, peu de D+ et un D- qui nous fait redescendre à 330m, point le plus bas de la course. Il a aussi la réputation d’être le plus rasoir, alors que pour ma part, je l’ai adoré !

La sortie de Cogne se fait par la route, le long de la rivière qui, au vu de son lit, doit avoir un débit incroyable lors de la fonte des neiges. J’imagine que tout le bassin du Grand Paradis, qui domine la vallée, est un pourvoyeur inépuisable d’eau. La nuit est douce mais une petite fraicheur persiste, diantre il est quand même 4h du mat’ ! Le thé chaud proposé à Goilles par deux valdôtains pur sucre arrive à point nommé après la raide montée qui a permis de reprendre un peu de hauteur. 

La forêt est dense, plaisante, sur des sentiers sans difficulté majeure, on peut laisser l’esprit vagabonder et l’attention en mode veille, le seul danger étant de marcher sur une racine ou de se mouiller les pieds dans une flaque. J’ai l’impression d’être seul sur le parcours, ne croisant pour ainsi dire personne...

L’aube arrive alors que je laisse les derniers arbres derrière moi. Je prends conscience que je suis quand même à plus de 2000 m d’altitude, ce qui explique peut-être ces petits frissons qui me font enfiler mon coupe-vent ! Les crêtes se découpent petit à petit autour de moi, à mesure que le jour prend le pas sur la pénombre. On dirait de la dentelle appenzelloise, ciselée, qui qualifie ce magnifique cirque dans lequel je me trouve, avec des sommets à 270° autour de moi. En face, le col de Fenêtre que je commence à deviner, à côté d’un horrible pylône de ligne à haute tension, seule verrue de ce remarquable paysage.

Le retour du jour et d’un terrain dégagé me redonne une confirmation : je ne suis pas seul au monde ! Quelques lucioles vacillantes qui bien vite s’éteignent dansent sur la plaine nue, slalomant entre les tourbières qui attendent d’engloutir les chaussures du marcheur inattentif. Un sentiment de plénitude prévaut, dans le silence de l’aube naissante.

Le refuge Sogno est en point de mire, au bas de la dernière montée pour changer de vallée. Une petite halte au chaud ne sera pas pour me déplaire, avec une goutte de thé chaud en prime. Je ne mange pour l’instant rien en dehors des repas dans les bases de vie et ravito, alors un peu de thé sucré pour l’énergie et chaud pour le bien-être, accompagné de quelques victuailles sont vivement attendus... en vain ! La bisbille Tor-4K a encore frappé et les gardiens du refuge ont décidé de ne pas ouvrir leur cabane à la caravane du Tor pour un ravitaillement. Ce ne sera donc qu’un peu de thé que je me ferai couler dans le gosier.

Telle une lumière sacrée, je vois le soleil qui déborde de l’ouverture que constitue la Fenêtre de Champorchet, là-haut à plus de 2800 m. Je profite de ces 300 m de dénivelé en grand lacet pour admirer le cirque qui m’entoure et qui s’habille petit à petit de la lumière chaude du soleil. La quiétude ambiante est rompue par le passage d’un hélicoptère. J’entends un des coureurs proches de moi dire qu’il monterait bien à bord. Pour ma part, pour rien au monde je ne quitterais le plancher des vaches et la course pour un vol : ça y est, je suis définitivement envoûté, je sais que sauf blessure, épée de Damoclès présente à tout moment sur une course de cette envergure, je suis prêt dans ma tête à finir le Tor.

Douce chaleur... Il a suffi de retrouver le soleil en atteignant le col pour que toute veste et polaire deviennent inutiles. La journée s’annonce aussi belle que la descente dans cette vallée qui s’ouvre sous mes pieds, verdoyante et à la déclivité faible. Heureusement, car j’ai quasiment 30 km de descente pour atteindre Donnas, prochaine base de vie.

L’air est pur, la lumière enveloppante, le paysage agréable, les petits lacs artistiquement répartis sur le parcours, bref, un vrai décor de conte de fée. Je chemine d’un pas allègre pour rejoindre le Refuge Dondena qui restera un de mes souvenirs les plus marquants de ce Tor. Des gens charmants ! A peine arrivé, les gardiennes sont aux petits soins pour moi. Elles me proposent des pâtes que j’accepte avec plaisir et qui seront pour moi le déclic nutritif : dès ce moment, je ne me suis plus posé de question pour manger, mon estomac, après ma tête quelques heures auparavant, avait accepté que nous allions, lui et moi, ensemble (ouf !), au bout du Tor. J’ai fêté cette magnifique nouvelle au Lemonsoda (je sais, je m’emballe un peu...) que, malgré mon insistance, je n’ai jamais pu payer, tout comme la pasta... (« Dai, va bene cosi, buon viaggio, in bocca al lupo ! »). Je repars frais et dispo après avoir fermé les yeux au soleil quelques minutes. 

J’ai l’impression d’être en vacances, en randonnée, dans des paysages familiers. Tout me fait plaisir, les sentiers sont plaisants, je peux trottiner sur des faux-plats descendant, prendre quelques photos, discuter avec d’autres concurrents, me reposer (oui oui, c’est possible…) le corps et la tête. Je sais être largement en avance sur les barrières horaires et je profite donc du moment présent.

A mesure que je descends, la chaleur se fait plus présente et les cours d’eau ou fontaines sont mis à profit pour réguler ma température intérieure. Pas de doute, on est bien en Italie et la barre des 1000 m d’altitude ne doit pas être loin. Heureusement, le paysage devient de plus en plus boisé, au point que j’ai l’impression par moment d’être dans la forêt de Brocéliande, les troncs noueux à la mousse omniprésente donnant un air d’aventure à ces coins. Les odeurs de foin et de végétaux tantôt mouillés, près des torrents, tantôt chauffés, alternent dans mes narines.

Au détour d’un chemin, un photographe, qui plus est parlant français et encore plus incroyable de nationalité suisse, tire le portrait des coureurs. Je profite de sa présence pour m’offrir une petite pose et tailler une bavette. Il est en service commandé pour le journal Le Temps qui fait un reportage sur le Tor au travers d’un journaliste traileur et il lui tire le portrait sur plusieurs points de la course. Il est admiratif de l’effort produit et est ravi de couvrir une telle épreuve.

Je fais sa connaissance du journaliste en question, quelques temps plus tard, au ravitaillement de Pontboset, magnifique village à l’ancienne, perché à 800 m d’altitude sur les bord d’un torrent qui doit faire un bruit d’enfer au printemps lors de la fonte des neiges ! Sans trop de risque de me tromper, j’imagine que le site doit son nom au magnifique pont en pierre qui surplombe le lit du torrent. Je prends le temps de me restaurer un peu plus longuement, et de discuter avec le journaliste, Alexander, ainsi qu’avec Luc, un grand Belge dégingandé, que je reverrai tout au long de la seconde partie de la course. Le Tor commence à devenir une grande famille…

Départ pour les neuf derniers kilomètres avant la base de vie. La chaleur est étouffante et cela se ressent d’autant plus qu’il a dû y avoir une erreur de parcours : le chemin remonte ! Après tant d’heures de descente, je ne me rappelais plus que la déclivité de la pente pouvait s’orienter vers le haut… Cela étant, le passage est magnifique, dans d’énormes blocs qui ont créé un pierrier aménagé de passerelles pour garantir la sécurité sur cet itinéraire de balade touristique. La vue est toutefois saisissante sur la vallée.

Le retour sur terre est rude ! Après plus de deux jours en montagne et une seule incursion dans un lieu plus « développé » à Cogne, arriver à proximité de Donnas est une drôle d’épreuve. Tiens, les routes sont en bitume… Pfff, incroyable toutes ces voitures qui circulent ! Il y a même un passage à niveau, qui sera fermé à mon arrivée, en anticipation du train qui est passé largement 5 minutes plus tard ! C’est l’occasion de faire connaissance avec la dizaine de concurrents qui de manière étonnamment raisonnable patiente et attend le bon vouloir des barrières pour nous rendre la voie libre. Il est environ 15h, la chaleur est accablante, une jolie petite terrasse sous les arbres nous fait de l’œil… Allez, on craque et un petit groupe s’offre un bon coca glacé, les pieds en éventail.

L’arrivée à Donnas se fait par la voie romaine, pavée non pas de bonnes intentions – même si les miennes sont toujours claires : arriver ! – mais de blocs taillés il y a vraisemblablement deux millénaires. Le diable, tradition du Tor, n’est pas là pour nous accueillir, mais je n’en ai cure car à la place j’ai rencontré un ange dans l’épicerie où j’étais allé m’acheter ma boisson des ultras, un yop. Non seulement il a refusé que je la paie, mais en plus il m’a forcé – oui oui, forcé ! – à prendre une bouteille d’eau (« vous êtes trop forts, je rêve de faire le Tor, c’est génial, j’aurai un peu contribué à votre réussite, … »). C’est un grand sourire au lèvre et une bouteille d’eau en main que j’achève cette troisième tranche de Tor. Il est 16h en ce mardi, cela fait 54 heures que je suis en course et j’ai parcouru 151km : plus que 180 km, sur l’autre versant de la vallée !

Le gros défaut de la base de vie de Donnas est l’heure à laquelle on l’atteint lorsque, comme moi, on fait partie des touristes du Tor. Difficile de vraiment prendre du repos en plein milieu de l’après-midi, même si je ne cumule à ce moment que 4 à 5 heures de sommeil en deux jours et demi… Le repos de l’esprit et des jambes est toutefois essentiel pour faire durer la monture, aussi je prends tout mon temps pour me remettre en état. 

Première chose, recharger montre, frontale et téléphone pour repartir avec le plein d’énergie (objectif très à la mode !). Ayant prévu une prise multiple, je vais me brancher sur une des ramifications de ce magnifique arbre de câbles, prises, rallonges et adaptateur qui n’est pas sans me rappeler certains poteaux électriques vus en Asie, le faisceau de fils tellement dense qu’il en assombrit le ciel… 

Deuxième étape, la douche. Comment est-il possible de ne pas aimer se doucher (commentaire spécial pour mes enfants…) ? La fatigue est emportée par l’eau ruisselant sur mon corps et j’ai l’impression que la coque rigide qui compressait certains de mes muscles s’est subitement ramollie. Le lavage des cheveux et des dents complète ce sentiment de bien-être. Le Tor permet définitivement de reprendre conscience de la force bienfaitrice de ces petits gestes de la vie…

Troisième chapitre du plan, initié avant la douche pour la prise de rdv, passer dans les mains du podologue. J’ai beau avoir des pieds en acier, il y a quelques échauffements et mini-cloques à traiter, à tout le moins préventivement. La principale difficulté, sur la table, est de ne pas m’endormir… ce que je vais aller faire avec un succès mitigé quelques minutes plus tard. Il faut imaginer un vaste espace nu aménagé de lits de camp et de matelas sur le sol, dans une chaleur intense malgré les fenêtres ouvertes, avec une odeur de coureurs qui ont manifestement la même philosophie de lavage que mes kids et des bruits multiples venant de l’extérieur, du réfectoire en dessous et, surtout, des locomotives ronflantes endormies à proximité. Pour ma part, je suis juste en face d’un spécimen de « ronflotorus sifflus » qui, dans une certaine harmonie et avec un strict respect de la cadence, alterne les sons ronflants et sifflants. En définitive, si une heure allongé ne m’aura offert que peu de sommeil, j’aurai au moins reposé jambes, dos et épaules.

Il est temps de penser à repartir. Je mange, sans problème, refait mon sac de BV en prévoyant le matériel nécessaire pour la prochaine nuit (annoncée un peu plus froide), discute avec le journaliste et son photographe puis m’éjecte de la salle un peu après 20h sous un soleil épais sur le point de disparaitre derrière les montagnes.

Le parcours est assez surprenant, car tout le temps à proximité de la ville, mais néanmoins sur les contreforts. On grimpe sur des sentiers de pierre aux marches élevées, on traverse des jardins en terrasse, à côté de tonnelles où le vin doit couler à flot durant les week-end. Retour en vallée pour admirer le magnifique pont de Saint-Martin et récupérer au détour d’un pâté de maison Norbert, perdu comme un naufragé pour avoir manqué un balisage. Norbert remis sur le droit chemin, je me concentre sur mon souffle, car il fait chaud et la reprise est toujours difficile. L’arrivée sur Perloz, joli petit village, est un vrai bonheur, avec moult encouragement, cloches et comité d’accueil très nombreux. De plus, le ravitaillement est excellent, ce qui ne gâche rien !

Les choses sérieuses commencent avec la longue ascension jusqu’au Refuge Coda, en passant par Sassa. En tout, 1700 D+ en 11,5 km, au début de la nuit.

J’aurais pu anticiper un peu, si j’avais regardé plus attentivement les courbes de niveau de la carte… mais comme cela n’a pas été le cas, je me casse littéralement le nez contre la pente. Heureusement que la nuit est tombée, le halo sombre qui m’entoure m’empêche d’appréhender avec inquiétude ce qui m’attend. Il faut dire que je commence à sentir un sérieux coup de pompe arriver, ce qui rend toute difficulté plus ardue. Pour mon bonheur, nous ne sommes pas encore trop en altitude et nous croisons par conséquent assez souvent des routes, plus ou moins carrossables, des hameaux ou des maisons isolées, ce qui me sort de la torpeur qui s’installe insidieusement. 

Je fonde beaucoup d’espoir sur le ravitaillement de Sassa pour trouver un lit et profiter de deux heures de repos. Pourquoi deux heures ? Simplement parce que c’est la règle imposée en dehors des bases de vie, dans les refuges, pour assurer un tournus entre les coureurs. Autant dire que nombreux sont ceux qui cherchent à écouler un peu de la nuit au chaud, les yeux fermés, et que par conséquent les lits sont chers !

Sassa en vue ! Guilleret, je caresse déjà l’ambition fainéante de me poser à l’horizontale et de quitter le froid qui s’installe en ces premières heures de la nuit. Las… les quelques lits dans le bâtiment sont déjà tous occupés et ne restent que les lits de camp sous une tente où les courants d’air disputent à l’inconfort le rôle de principal obstacle à ma pause. Je sens que l’option « repos » n’est pas d’actualité et je décide de faire l’impasse pour rejoindre le refuge Coda, 4 km plus loin et 850 m plus haut…

L’opération est, comment dire…, sportive ! Il faut imaginer dans un premier temps une forêt à angle très aigu entre troncs et pente, avec moult racines et souches peu visibles pour le traileur fatigué. Outre les pieds trébuchants, je dois composer avec des attaques magistrales de chutes de paupières qui poussent mes yeux à se fermer inexorablement. Lorsque, par hasard, mes paupières vainquent la gravité, la vision me pousse dans des délires fantasmagoriques. Je sais les italiens pieux, mais construire autant de cathédrales en plein milieu de la forêt, chapeau !!!

L’altitude aidant, c’est un menu de roches et petits arbustes que je déguste sur la fin de la montée. Malgré mon état de somnolence, je rattrape plusieurs concurrents ou groupes encore plus à la dérive que moi. La vue est à présent dégagée et les lumières des vallées offrent un joli coup d’œil. En revanche, l’absence d’abris rend le froid plus mordant encore et c’est légèrement congelé que je pénètre enfin dans le refuge Coda. Mmmhhh… douce chaleur ! Sans plus tarder je me renseigne pour dormir. Le sergent major – si si, tous les attributs d’autoritarisme requis – me dit de patienter quelques minutes, il va tirer du lit avec la douceur du bucheron quelques concurrents qui ont épuisé leur quota de sommeil. J’en profite pour déjà me changer – toujours avoir du sec avec soi, sinon impossible de dormir avec des affaires détrempées – et suis dans les starting-block dès son retour. Petit dortoir à 4, une couverture, je monte sur le lit, m’emmitoufle, pose ma tête sur l’oreiller et ne compte pas jusqu’à dix avant de dormir…

Une heure trente plus tard, mon bucheron débarque pour me secouer. Je crois que j’ai gardé deux jours le bleu sur le bras ! Etonnamment, ce n’est pas si difficile de s’arracher au sommeil, mais bien plus de quitter la bonne chaleur du couchage. Je m’empresse de descendre dans le réfectoire ou le poêle dispense sa douce température et des sympathiques bénévoles une excellente pastina avec un succulent jambon.

La sortie dans la nuit est un grand moment de solitude glacée… qui ne durera pas. La mise en mouvement réchauffe vite l’organisme et les premières lueurs de l’aube se devinent à l’horizon. Le parcours nous fait redescendre sous les 2000 mètres, ce qui ramène un peu de végétation sur ce parcours vallonné. Le jour prend le pas sur la nuit, la lumière est magique, les oiseaux chantent, une légère rosée mouille les pieds, je croise quelques maisons en pierre, l’odeur des pins embaume, tout me paraît beau. Le lac Vagno offre ses reflets de montagne, mais pas le ravitaillement que j’attendais. Un concurrent me dit que celui-ci a été déplacé au refuge Barma, un peu plus haut, qui est à présent rénové. J’avale les grandes marches qui y mènent à la vitesse « grand V » : je rêve d’un plat de pâtes !

Le refuge est plaisant, tout neuf. J’y retrouve aussi quelques têtes connues, qui ont passé la nuit tant bien que mal. Pour une prochaine édition du Tor, il faudra que je sache s’il est possible de dormir au refuge, il me semble en valoir la peine.

Je ne m’attarde pas trop. La forme est bonne, aucune douleur, pas de lassitude, heureux d’être là dans les montagnes. Le petit col de Marmontana, au milieu des vaches, est avalé et je déboule sur le Lago Chiaro, qui restera un magnifique souvenir. Trois petites dames assurent ce ravito paumé au milieu de rien, avec juste une tente et quelques bancs et tables. Dans un coin, un feu de bois d’où s’échappe un fumet à faire se relever Obélix même après son huitième sanglier : des tranches de jambon cuisent et embaument sur une grille. Je ne peux résister à cet appel gastronomique !

Après 30 minutes investies pour mon bien-être, je suis le nez en l’air à contempler un amas de gros blocs de pierre qui font comme un escalier de géants pour rejoindre un col mythique, Crena du Ley. Cette cassure dans la crête montagneuse donne l’impression d’une gueule prête à avaler celui qui ose s’y aventurer. J’ai adoré cet endroit qui est le spot photo incontournable de cette étape !

J’entame la longue descente vers Niel, décrite par les participants des années antérieures comme interminable et humide. Je prends donc l’option patience et profite des paysages très sauvages de cette portion de parcours, tout en discutant avec mes compagnons de voyage. Comme toujours, dans le Tor, il ne faut pas négliger le côté culinaire et c’est avec grand plaisir que je déguste un morceau de viande cuite au feu de bois au passage du Col della Vecchia. 

La descente sur Niel voit un petit groupe se constituer avec notamment Thierry, un des sénateurs qui a la particularité de courir certains tronçons en crocs afin de ménager ses pieds. Il est une mine de renseignements qui permettent d’appréhender la suite des opérations avec des infos concrètes. Je croise aussi un jeune gars très sympa, surnommé Ariège en raison du drapeau qu’il transporte aux couleurs de son département. C’est déjà la 3efois que je le vois remonter la course pour faire un bout de route avec son père qui s’est engagé dans cette aventure.

L’arrivée sur Niel se confond avec celle d’un orage monstrueux. L’humidité de la descente m’avait jusqu’alors échappé, mais les cieux viennent me rappeler qu’il pleut vraiment beaucoup sur la région ! Après une tentative désespérée de nous abriter dans la forêt, au vu de la durée prévisible du déluge, nous finissons par nous résoudre à rejoindre Niel au pas de course et nous nous engouffrons dans le restaurant. La honte... arriver boueux dans ce petit lieu cosy, que j’imagine très propret d’habitude. Il y a des traileurs partout, des vestes et t-shirts qui sèchent dans tous les coins, des odeurs de transpiration... et une gentillesse à toute épreuve ! Une charmante dame vient prendre commande de ce que nous voulons boire et propose une bonne polenta avec un ragout. Franchement, c’est la grande classe !

Dehors, le ciel se déchaine. Pas question de ressortir avant la fin de l’orage. Les concurrents arrivent au compte-goutte – je sais, elle était facile – et le resto commence à être plein comme un œuf car plus personne ne met le nez dehors. Nous sommes larges avec la barrière horaire, donc aucune raison de se relancer dans la tempête. J’écoute la pluie tambouriner en me remplissant la panse et en glanant des renseignements. Je me rappellerai celui de Thierry : « Fais attention au Col Lasoney, le prochain que nous allons passer. Tu as sans arrêt l’impression d’arriver au sommet, mais ce n’est qu’un replat... ». 

C’est donc avec cet avertissement en tête que je repars, quelques minutes après Thierry et ses soupirants. La remise en route étant difficile, je me fixe un rythme lent mais très régulier. Les dernières gouttes tombent, j’enlève ma veste pour éviter de trop transpirer et je respire à pleins poumons l’odeur de la terre, de la mousse, de l’humus. Des bancs de brumes donnent des allures fantasmagoriques à certains coins. 

L’arrivée au sommet, après trois fausses joies, me fait voyager dans les landes écossaises. J’ai la mélodie des Lacs du Connemara en tête en voyant cette étendue verdoyante et moussue qui court vers la plaine en pente douce, avec des zones marécageuses et des amas de pierres colorées.

Sur la descente, faite en léger pas de course, se dresse le fameux, l’incontournable, le magnifique ravitaillement de Loo Superiore. Equipe super sympa, table conviviale, des ravioli in brodo pour réchauffer cœur et organisme, une ambiance bon enfant, bref, le Tor comme on l’imagine !

Plus que 7 km avant la base de vie. Ça discute sec avec Thierry et le petit groupe de cinq personnes qui s’est constitué. Je ne me rends même pas compte du temps qui passe et me retrouve sur le bitume, à quelques minutes d’une bonne douche chaude et de vêtements propres… Le sénateur a la mauvaise idée de parler d’excellentes pizzas, cela me donne envie… mais hélas, le resto est fermé…

Entrée dans la base de vie. Sans m’en rendre compte, j’ai fait exploser le mur des 200 km parcourus ! Jamais je n’en avais fait autant à pieds… Je suis en pleine forme et parfaitement lucide pour préparer la suite. Première chose, le bien-être personnel, donc douche chaude et nouvelle tenue. Seconde, grignoter un peu avant d’aller me reposer une heure et demie. C’est la fin de l’après-midi, il ne va pas être facile de dormir… surtout que j’ai la bonne idée de choisir un dortoir certes peu occupé, mais proche d’une porte qui claque à chaque passage. Ce second constat explique peut-être le premier… Quoi qu’il en soit, je m’allonge un moment et m’autorise à ne plus penser à rien pendant cette détente.

Quelques minutes avant l’alarme, je sors des limbes au sein desquelles j’avais fini par sombrer pour aller prendre un repas plus consistant. Surprise peu sympathique, il pleut à verse… Je repense au choix fait par Sénateur Thierry de ne pas s’arrêter longuement à Gressoney pour gravir le col Pinter au maximum de jour, avant qu’il ne neige sur ce passage qui se fait quand même à près de 2800 mètres. Toute sa cour à sa suite, il a sûrement dû quitter la base de vie depuis bien longtemps et ainsi éviter une partie de ce temps pourri.

Je suis tiraillé entre l’envie de partir rapidement de Gressoney et garder un peu d’avance sur la barrière horaire, et celle de prendre mon temps en espérant éviter d’être détrempé à peine le nez dehors, n’étant pas forcément preneur de 35 bornes avec des habits mouillés… Je vais du coup ménager la chèvre et le chou en gardant deux petites heures de marge tout en profitant d’une relative accalmie pour prendre mon courage à deux mains, enfiler veste gore tex, pantalon et gants, et lancer ma frontale dans la nuit noire.

Après quelques kilomètres à plat pour me remettre en jambe, les choses sérieuses recommencent avec la montée au refuge Alpenzu. J’atteins vite ce coin magnifique, fait de quelques petites bâtisses en pierre, chaleureusement éclairées, ainsi que les arbres alentours. On pourrait imaginer voir des lutins surgir au détour d’un mur ou d’un arbuste. Je ne m’attarde toutefois pas, profitant de l’accalmie céleste pour avancer le plus possible dans la montée, car il me reste 1000 mètres de dénivelé à gravir…

Pour être franc, je ne vais pas être très prolixe sur cette ascension, car je n’en ai presque aucun souvenir. J’ai probablement dû dormir en marchant les trois quarts du temps et tout ce que je sais, c’est que le grésil s’est mis à tomber en même temps que le vent se levait, que cela caillait sérieusement, que le brouillard m’a rattrapé au sommet et, surtout, que j’ai réussi à basculer de l’autre côté ce qui, convenons-en, est l’essentiel !

La descente et le retour à des températures moins glaciales me sortent un peu de ma torpeur. Je m’arrête aux lumières du refuge de Crest, avec des bénévoles aux petits soins qui m’offrent une excellente omelette baveuse à souhait ! Le Tor gastronomique ! Je ressens une furieuse envie d’aller me coucher (la digestion peut-être…) après cette nuit quasiment complète à crapahuter, mais tous les lits sont occupés. Je préfère pousser jusqu’à Champoluc, trois kilomètres plus loin au terme de ma descente, plutôt que de patienter assis sur un banc.

Bien m’en a pris ! Outre le fait que la fin de parcours est aisée – même si le ravito s’est fait désirer à plusieurs reprises, ayant toujours l’impression qu’il était dans le prochain grand bâtiment éclairé… – la zone de repos était top ! Bien isolée du bruit, des lits plus agréable que les lits de camp de l’armée, une bonne couverture pour cocooner… Même pas eu le temps de me demander si je devais laisser ma barbe naissante sur ou sous la couverture ! Voilà trois quarts d’heure où je n’avance pas d’un mètre, mais qu’est-ce qu’ils sont bien investis pour relancer la machine pour la journée !

Frais et dispo, je repars allégrement à l’assaut du prochain col, certainement mon préféré, en tout cas au niveau de son nom… Avant cela, il faut toutefois affronter une nouvelle fois pluie et froid, associé à un vent à décorner les bœufs. Le cirque dans lequel se trouve le refuge du Grand Tournalin est splendide, dégagé, sauvage. Je ne sais pas pourquoi, mais il y a tout à coup une convergence de coureurs sur cette portion du parcours et nous sommes bien une vingtaine à nous retrouver dans le refuge, à tenter de faire sécher gants et polaires autour du poêle en mangeant une soupe chaude.

Je retrouve Sénateur Thierry qui a profité de l’endroit pour prendre quelque repos avec ses suiveurs. Je suis rassuré sur mes choix, il n’a pas évité (malheureusement pour lui) les conditions difficiles de Pinter.

Une petite accalmie pointant le nez, une bonne grappe de coureurs, dont moi, profite du doux privilège de remettre des habits mouillés et froids pour affronter la fraicheur montagnarde à 2500 mètres. Il ne reste plus que 250 mètre de D+ pour passer le col Nanaz qui, au-delà de son nom, a une autre caractéristique plus conjoncturelle qui me plait beaucoup : il est juste à la limite de la neige qui saupoudre les falaises de part et d’autre du col, comme un peu de sucre glace sur un appétissant gâteau.

Une fois n’est pas coutume, nous nous retrouvons sur un plateau qui nous fait parcourir quelques kilomètres vallonnés jusqu’au col des Fontaines, marquant le début de 1200 mètres de dénivelés négatifs pour rejoindre la base de vie, déjà la 5ede ce Tor…

(Digression n°4) La discussion porte toujours sur le dénivelé positif à effectuer dans ces courses, alors que la portée du D- n’est pas à négliger. Il arrive que des descentes très techniques (pierriers, pâturages glissants, pentes sablonneuses, etc.) se révèlent bien plus éprouvantes que les montées qui les ont précédées. Surtout ne jamais oublier les entraînements en descente, sous peine de ne pas les faire sur les pieds, mais sur les fesses !

Mais revenons à la course, car déjà je pénètre dans l’agréable base de vie de Valtournanche, ravi de retrouver mon sac d’allégement pour revêtir des habits secs, propres et chaud après une bonne douche. J’aurai effectué cette étape de 35 km et quelques 3000 D+, la plus courte du Tor, en un peu plus de 13 heures. Quand je pense que j’ai déjà 240 km dans les jambes et quatre jours de course, je suis assez content de moi ! A présent, long repos bien mérité, que je peux me permettre en ayant 8 heures d’avance sur la barrière horaire.

Dans la zone de repos, une salle de gym, c’est la cour des miracles... Chacun a organisé son petit bout de territoire avec ses affaires. Les buts de handball sont des sapins de noël avec les habits en train de sécher en guise de boules et guirlandes. Je ne fais pas exception et profite de ma longue pause pour récupérer un maximum d’affaires en bon état, soit plus ou moins mettables ! J’ai profité de la douche pour passer mes chaussures de l’état « gros tas de boue » à celui de « propres mais détrempées » que je vais faire évoluer à « propres et à peu près seches » grâce aux papiers journaux que j’avais eu la bonne idée d’emporter et qui garnissent à présent mes chaussures.

J’installe mon campement dans la salle. Je reste encore assez lucide malgré les quatre jours de course et pense à remettre en charge mes appareils électroniques, à faire sécher tout ce qui doit l’être, à sortir de mon sac tous les objets indispensables à un bon sommeil (boules quies, bandeau pour les yeux) et un bon déplacement dans la base de vie (pantoufles d’hôtel, polaire chaude). Je vais vite boire et manger une soupe chaude « améliorée » (quelques tomates, du jambon et de la fontina sont succulents avec les bouillons de pâtes...) avant de m’offrir deux heures de sommeil.

Au réveil, pas le temps de trainer. Je vais voir un podologue pour soigner mes pieds. Je ne suis pas trop abîmé, mais les conditions pluvieuses de la nuit m’ont quand même fait macérer la plante des pieds et 2-3 cloques ont commencé à se former. Avec une aiguille, beaucoup de bienveillance et de dextérité, il retire le liquide, puis fait l’injection d’un produit désinfectant qui assèche la cloque. Un petit pansement sur la partie la plus touchée et hop, me voilà comme neuf, prêt à repartir !

J’achève une des parties les plus difficiles de la course, arriver à tout remettre dans le sac d’allégement, puis me convaincre que j’ai bien pris la totalité du matériel nécessaire pour affronter la prochaine nuit qui est annoncée froide et potentiellement pluvieuse. Après une pause de cinq heures, je reprends la route avec 3,5h de marge par rapport à la barrière horaire.

(Digression n°5) En quelques jours, mon univers a changé. Le Tor est devenu un monde à lui seul. Les participants sont devenus une famille. On prend des nouvelles les uns des autres, on se réjouit de se retrouver sur une base de vie, on s’inquiète des bobos, on s’entraide, on s’attend, on se motive, on se conseille. Nulle compétition entre nous, uniquement le but de « battre la course », de vaincre le Tor, peu importe la place ou le temps. C’est un moment de grâce...

Il est 17h30, j’ai environ trois heures de jour devant moi pour bien avancer et prendre de l’altitude avant de passer une vingtaine de km à naviguer au-dessus de 2500 mètres. Le refuge de Barmasse, au sommet d’un imposant barrage que l’on aborde par le pied du mur de retenue, est vite atteint – enfin, tout est relatif, je parle quand même de presque deux heures... – et ne va me voir qu’en flèche, étant encore frais, dispo et rassasié après ma longue pause. La nuit tombe peu de temps après, offrant une lune d’une irréelle blancheur et rondeur. L’ambiance est géniale, je marche le nez en l’air pour contempler ce ciel et voir les arbres se découper sur ce fond à la pâle lueur.

On monte dans les alpages. Le ravitaillement de Vareton est des plus rustiques, sous un abri, mais avec des bénévoles charmants. On discute, entre italien et français, en se réchauffant les mains autour d’un gobelet de thé. La température chute assez rapidement et comme souvent, à l’arrivée de la nuit, l’envie de sombrer dans le sommeil engourdi mon corps, le rendant plus vulnérable au froid. On repart en groupe, afin de ne pas affronter seul ces premières heures de la nuit.

Je l’avoue, je n’ai pas beaucoup de souvenir des cinq kilomètres suivants qui m’ont amené à la Fenêtre du Tzan... J’ai juste des flashs de musiques qui tournent en boucle dans ma tête, Souchon « On avance, on avance, on avance, c’est une évidence on a pas assez d’essence, ... », Sardou (les lacs du Connemara), Benabar (les épices du souk du Caire), Larusso (Tu m’oublieras), etc. Je sais, c’est ecclectique... J’ai aussi des flashs de lumières, car je crois m’être mis dans les pas de mes compagnons de route et avoir suivi les faisceaux de frontales...

L’arrivée à la Fenêtre me remet les idées en place. Il ne fait pas chaud, le temps devient menaçant et le terrain technique. C’est sous la pluie que nous arrivons au refuge Lo Magià, confortable bâtisse où il fait chaud. Je mets à profit cet inespéré port d’attache pour demander à dormir, ce que fait également Manue, avec qui j’avais fait à plusieurs reprises un bout de route. Nous ferons du coup la suite du parcours ensemble. 

Les bénévoles sont submergés de demandes et gèrent celles-ci dans l’ordre d’arrivée. Nous avons une dizaine de minutes à attendre sur un banc qu’une place se libère, puis départ dans les étages dans un dortoir simple mais qui m’a paru plus confortable qu’un cinq étoiles de luxe ! J’ai mis un t-shirt sec à même le corps, puis ma polaire un peu humide par-dessus (elle séchera sur la bête) et je m’enroule dans la couverture pour m’endormir aussitôt pour deux nouvelles heures d’un sommeil réparateur. Je sens que j’atteins une limite physiologique, que mon corps et mon esprit ont besoin de se reposer un peu plus que ce que je lui offre (je ne suis pas bon dans la privation de sommeil, je le sais...).

Le retour dans le froid n’est pas une sinécure... Je suis un peu désorienté, quelques bancs de brouillard épars rendent difficiles la perception de l’espace, à tel point que je m’égare. Des lumières de frontales et un réveil un peu plus franc me remettent sur le droit chemin de la montée vers le refuge Cuney. Là, ce n’est pas du 18 carats… Plutôt vétuste, un froid de canard, des pieds qui puent dans le dortoir, avec en accompagnement un orchestre complet de ronflements… Seule la place autour du poêle prodigue un peu de chaleur. C’est là que j’attends benoitement que ma coéquipière se fasse soigner un genou de plus en plus douloureux qui lui rend presque impossible la flexion.

A la sortie du refuge, il reste encore 5 km de bosses et creux avant le col Vessona, qui nous permettra de basculer dans la vallée, mais surtout de paysages lunaires qui apparaissent avec le lever du jour. Tout est minéral et pelé, de la neige saupoudre certains sommets. La halte au bivouac Clermont est une bonne surprise. On prend place dans la petite pièce juste assez grande pour accueillir 6 personnes et un bon bol de bouillon atterrit sur la table. Ce réchauffement fait du bien car la nuit aura été froide et éprouvante en navigant en permanence entre 2000 et 2500 mètres d’altitude.

Enfin ! Le col apparaît. Le panorama se découvre petit à petit. Des sommets émergent des bancs de nuages ou du brouillard, le soleil commence à flirter avec les montagnes, la chaleur revient. C’est le cœur léger et joyeux que je me lance avec plaisir dans les dix kilomètres de descente qui m’amèneront à Oyace, au pied de l’antépénultième ascension…

(Digression n°6) De la relativité des perceptions… Le Tor a ceci d’extraordinaire qu’il permet, sans quitter le plancher des vaches, d’entrer dans une nouvelle dimension pour toutes conventions métrique ou temporelle. Une étape de 40 km à pied devient une « petite étape », 3 heures avant la base de vie correspond à « on y est presque », 1 200 mètres de dénivelé négatif « y a plus que la descente », 500 mètre de dénivelé positif est « une petite côte », 2 heures de sommeil est une nuit, une température de 0 degré « je vais m’habiller plus chaudement » en mettant un corsaire et un coupe-vent sur une polaire lorsqu’il faudrait pantalon et doudoune, un plat de pâtes avec un morceau de bœuf grillé servis dans une assiette en carton est « un festin » et huit cloques aux pieds, les mollets qui tirent, un genou en quenouille, les épaules douloureuses, les coups de soleil dans le cou s’évaluent comme « je suis en pleine forme ! » : j’adore !!!

Il est 11h11, en ce vendredi, 5ejour de course, lorsque je pénètre dans la salle communale. Cela fait 121h que je suis sur les sentiers valdôtains, j’ai l’impression que toute ma vie tourne autour de ces étapes, de ces ascensions, ces paysages, ces amitiés. Le premier est arrivé à Courmayeur depuis deux jours et moi, comme depuis le début, je rêve de ligne d’arrivée, mais surtout pas de finir… J’aimerais que ce voyage se poursuive, que les seules choses qui comptent soient basiques : marcher, monter, descendre, manger, dormir, parler, observer, penser, analyser, se projeter… Ce retour à des instincts primitifs est reposant, ce qui est un comble lorsque l’on parcourt 330 km dans les conditions du Tor…

Je prends mon temps pour bien me restaurer, surtout qu’il y a une petite bruine à l’extérieur. Ce n’est pas vraiment le meilleur ravito – plus grand-chose à manger – mais je le comprends en me rendant compte que je suis dans les derniers concurrents puisque la barrière horaire est fixée à 13h30. En finissant mes pâtes, je vois arriver Manue qui peine à marcher. Elle est dépitée, ne peut plus vraiment plier les genoux… Je sens qu’elle est proche de craquer. L’objectif va être de pouvoir rejoindre la dernière base de vie à Ollomont pour avoir des soins et partir le mieux possible à l’assaut de la dernière portion du parcours. Je décide de faire son lièvre dans la montée pour l’aider à basculer, surtout que je connais ce col Brison que j’avais reconnu durant l’été.

Dur dur… Pas facile de monter les sentiers, notamment les marches en pierres et les racines, lorsqu’on ne peut pas plier les genoux… L’ascension est vraiment une galère, mais malgré le rythme ralenti, nous dépassons un ou deux concurrents dont les batteries sont manifestement plus que déchargées. La pente est raide et la progression difficile. A la sortie de la forêt, au niveau des maisons d’alpage où quelques bénévoles sont postés au milieu des vaches pour un contrôle, je me rends compte que le temps avance et que je risque de me retrouver hors barrière horaire en continuant à ce rythme. Elle s’en rend compte également et me pousse à aller de l’avant, plus vite. Je pars donc à l’assaut des dernières pentes escarpées menant au Col. Au sommet, j’aperçois déjà le prochain sommet, là, juste en face. Mon royaume pour une tyrolienne !

Je file en descente, au pas de course. Ollomont sera ma dernière base de vie et je veux pouvoir prendre un peu de temps pour me changer, me doucher, dormir 45 minutes… et surtout quitter avant la barrière horaire ! Je me sens en pleine forme, le soleil est juste agréable, pas trop chaud. C’est avec 45 minutes d’avance sur la barrière que je pointe à la base de vie la moins cosy de la course. Je file au réfectoire m’enfiler un plat de pâtes, puis me doucher dans une des… deux douches extérieures à disposition ! Je n’ose imaginer une arrivée de nuit froide ou pluvieuse, vu que même les habits de rechange ne trouvent pas un coin abrité pour être déposé ! 

Tout est chronométré, je n’ai que 2h30 environ à disposition pour me reposer avant de partir pour la dernière nuit de la course. Je trouve place dans un dortoir à l’intérieur du bâtiment (il y a aussi des lits sous une tente, mais avec tellement de bruit et de va-et-vient…) et m’assoupis une trentaine de minutes. Au réveil, je reconstitue une dernière fois mon sac, m’offre le luxe de changer de chaussures (les premières ont déjà fait près de 300 km et commencent à être vraiment sales), emporte dans mon sac veste gore-tex, doudoune et gants chauds pour passer le mythique col de Malatra où la neige est annoncée. 

Avant de repartir, je prends une dernière collation et vois Alexander et Manue, tous deux défaits car contraints à l’abandon sur blessure. A moins de 50 km de l’arrivée, cela doit être rageant… Je suis sincèrement triste pour eux, c’est comme si je perdais deux membres de la famille… 

Il est 18h56, 4 minutes avant la mise hors course, quand je quitte Ollomont. Je suis, à peu de chose près, dans les dix derniers concurrents du Tor.

Le soir tombe, les derniers rayons du soleil traversent encore parfois le feuillage des arbres. Je monte d’un pas vif et décidé, le nez en l’air, les cuisses puissantes, sûr de ma force. Je suis absolument convaincu que je vais finir le Tor des Géants, que je suis en train d’entamer la phase de la course que je préfère, celle durant laquelle je peux profiter de ma fraicheur et reprendre un à un les concurrents qui me précèdent, tel un pac-man de ma jeunesse. La forme se confirme immédiatement, il n’y a pas 5 minutes qui s’écoulent sans que je ne laisse un ou plusieurs coureurs sur place. Le refuge Champillon est vite en ligne de mire. J’y pénètre à la nuit tombante pour un dernier bol de pastina.

A la sortie, le long serpent des faisceaux de frontales qui s’attaquent à la dernière portion du col enrobe la montagne comme une guirlande. Je sais que cette dernière partie ne doit pas être sous-estimée pour l’avoir reconnue deux mois auparavant. La pente initiale est raide et le froid commence à mordre un peu. Les lumières des villages sont de magnifiques points de repères dans la vallée quel que soit le côté du col où je regarde. Je m’élance en courant dans la descente roulante que je connais déjà.

Aux trois-quarts de celle-ci, j’ai l’œil attiré par une boule colorée au bord du chemin. Je m’arrête pour parler avec ce qui est un coureur endormi. Le froid est de plus en plus intense et le prochain ravito à deux kilomètres environ. Il est exclu que je le laisse se refroidir ici et je le tire des limbes pour l’emmener avec moi. Il est Italien et se débrouille très bien en français. Moi je suis dans une autre galaxie, celle où on parle toutes les langues, et du coup nous communiquons très bien en « frantalien » ! 

L’arrêt au ravito au pied du col permet à mon nouveau compagnon de route, Dario, de se refaire une santé et moi de manger chaud. La prochaine portion est d’environ 10 km plutôt plats, décrite dans tous les récits du Tor comme ennuyeuse et qu’elle passe mieux en compagnie et en trottinant. Nous décidons par conséquent de cheminer de concert, avec d’autres Italiens qui quittent le refuge en même temps que nous.

La tactique devait être la bonne car le trajet m’a paru assez rapide. Il faut dire que j’ai dû avoir quelques absences « sommeil », ce qui me laisse à penser que j’ai réalisé une première, dormir en courant ! L’arrivée à Saint-Rhemy-en-Bosses se fait par le haut du village, avec une illumination du village et de la route qui mène au col du Grand Saint Bernard. C’est franchement assez beau, comme tout ce que je vois depuis quelques heures, dans ma certitude indéfectible que je vais achever cette aventure en vainqueur. Il est 1h20 du matin, en ce samedi, lorsque je pointe au ravito.

Une seule envie nous anime : aller dormir deux heures pour repartir frais à l’assaut du tant désiré col de Malatra, fenêtre mythique sur le Val Ferret et l’arrivée du Tor. Comme nous ne sommes pas les seuls, il faut composer un peu... Il y a des lits de camp partout dans ce qui doit être un bâtiment municipal sur plusieurs étages. Ça dort, ça pue, ça ronfle, ça s’agite plus ou moins discrètement... Et moi je trouve un coin à même le sol, avec une couverture, pour fermer les yeux et m’endormir dans la minute !

Le réveil est difficile, mais l’excitation de la fin de course a tôt fait de nous remettre le pied à l’étrier et l’envie de relancer la machine. Je sais, pour avoir reconnu la montée jusqu’au refuge (le col était encore trop enneigé et j’avais donc dû m’arrêter), que la montée est relativement facile. Peu de dénivelés abruptes, plutôt une longue progression en remontant la vallée sur un de ses flancs, avec les jalons de quelques hameaux ou maisons d’alpage. Je me rends compte rapidement de deux choses : 1) je suis avec des Italiens, car cela parle tout le temps et pas forcément discrètement et 2) je suis beaucoup plus frais et fort qu’eux à ce moment de la course et j’aspire à aller nettement plus vite. Le résultat de l’équation est facile à deviner, je laisse mes Transalpins et commence une nouvelle phase de dépassement à tout va.

Cette montée restera un des moments les plus forts de ce Tor. Je suis très bien, très fort sur mes jambes, beaucoup plus rapide que tous mes camarades de course (je crois qu’il n’y a pas un seul des 150 concurrents qui me précèdent au classement qui ont été plus vite que moi sur cette portion du parcours). Le ciel s’est ouvert et des nuages d’un blanc immaculé, éclairés par une lune invisible cachée par les montagnes, jouent à m’offrir des visions. J’aperçois dans ce théâtre montagneux qui me transporte des personnes qui me sont chères et malheureusement disparues, tellement distinctement que j’en ai les larmes aux yeux de bonheur. Je suis heureux et fier de les avoir emmenées jusqu’ici pour leur faire découvrir ce site. Le Tor est vraiment une course à part...

L’alpage de Merdeux (oui oui, cela ne s’invente pas...) est derrière moi. Il s’agissait de la dernière barrière horaire avant l’arrivée. C’est donc sans aucune inquiétude que j’entre dans le refuge Frassati, dernier lieu de repos avant le col Malatra et la descente sur Courmayeur. Dans le refuge, c’est la cour des miracles... Il y en a partout, des coureurs, affalés, endormis, hagards, défaits, grelottants, titubants, boitillants... Je vois Sénateur Thierry qui dort sur une table. Il a encore un peu d’avance sur le Sénateur Jean-Michel, qui en est à son 4eultra en trois semaines et que j’ai dépassé dans la montée. Je suis bien et ne m’attarde pas plus que le temps de prendre un peu de chaleur et de m’assoir pour relâcher les jambes. Pourtant, le temps a déjà changé… Bye bye les étoiles, une petite neige fine commence à tomber quand je sors.

Pas question de perdre du temps. Les jambes me démangent, je veux profiter de ce moment de grâce. Je reprends la montée et un chinois perdu dans le col, qui ne sait plus dans quel sens il doit aller… Les 400 derniers mètres de dénivelé se feront dans la neige, qui a déposé son manteau blanc sur le parcours. Cela faisait deux jours que nous en entendions parler, cela se confirme donc. Je suis presque content de voir un poste de contrôle sur le chemin : obligation de mettre les crampons pour poursuivre ! Au moins, je ne les aurai pas transportés pour rien !!! Franchement, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat, mais il est vrai que l’épisode de mon déboussolé asiatique m’a démontré que la lucidité n’est plus forcément l’apanage de tous après 320 kilomètres…

Dernière pente raide, deux mains à poser, un grand pas, le sourire du chef de la sécurité qui veille sur ce poste emblématique : YESSSSS ! Je le tiens, ce passage du col Malatra, ce monument, ce juge de paix, ce graal que tant de récits de course ont magnifié. Je me place dans la faille, entre les parois, un pied dans chaque vallée, et je lève les bras au ciel pour immortaliser par la traditionnelle photo ce moment tant espéré. Je prends le temps de savourer ce moment, ce lieu magique, empli de tant de symbole, dernier juge de paix d’un voyage dans le Val d’Aoste et dans ma tête. Le sentier gris de boue et de pierres déchire de part et d’autre l’immaculée blancheur. Je ressens la force de cette nature, de la montagne, de ces pierres qui semblent immuables, inamovibles… Quelques taches de couleurs avancent à pas lents vers ce but ultime ou le quitte, l’esprit, le corps et les jambes plus légers déjà.

Je suis déchaîné. Toujours en excellente forme, je ne me vois pas trainer plus longuement en chemin. Je file dans la descente, passant d’un point de mire à l’autre au gré des dépassements de concurrents. Une petite goutte de thé au bivouac, j’attaque la dernière petite côte de 200 mètres de dénivelé (je ne l’avais pas du tout calculée, celle-ci… Je n’avais jamais regardé la carte APRES Malatra…). Je vois le Val Ferret et le Massif du Mont-Blanc qui constitue le plus enthousiasmant des publics. Je double des concurrents, dont certains « connus » comme Patrick, un Belge aux pieds bien endoloris ou Sabina, mon Italienne du départ qui avait réussi à me saouler avec sa logorrhée… Je rejoins le sentier du balcon du Mont-Blanc et son lot de randonneurs du samedi. Je suis survolté et trottine quasiment tout le temps, après 330 km… Les exclamations de surprise et d’admiration des promeneurs lorsque je les dépasse ou les croise me dynamisent encore plus. 

Déjà Bertone. Dans une heure, j’aurai quitté ces montagnes qui m’ont accueillies durant 6 jours sans discontinuer, qui m’auront mis à l’épreuve physique et mentale, qui auront nourri ma soif d’aventure et d’inédit. Je pointe et poursuis sur ma lancée après un dernier coup d’œil sur les massifs environnants. J’ai l’impression que le chemin est composé de marches énormes qu’il me faut sauter alors qu’il ne s’agit en réalité que de pierres de soutènement parfaitement dans la ligne de ce que j’ai connu tout au long du voyage. S’il s’agit d’un signe de fatigue, je ne m’en laisse pas compter et continue à courir et à rattraper des concurrents. Il est exclu que je ralentisse. J’arrive sur le bitume, puis aperçois les premières maisons. J’entends le speaker au micro. Mes forces sont décuplées. Il est 11h du matin et les rues sont pleines de monde qui m’encourage. Je finis en courant, comme dans un rêve.

Top ! 145 heures, 13 minutes pour ce qui doit faire environ 340 km et 30 000 mètres de dénivelé, selon les balises et GPS de plusieurs concurrents. Durant ce laps de temps, 13 à 14h de sommeil. Malgré tout, aucun épuisement, aucune blessure, à peine des pieds endoloris… Je suis totalement épaté de constater la résistance de mon corps… surtout que je ne vais même pas m’effondrer de sommeil, juste une petite sieste d’une heure avant de retourner voir les derniers arrivants.

Comment conclure une telle aventure couchée sur papier ? Peut-être de deux manières. Tout d’abord en remerciant tous ceux qui ont participé par leurs dons à mon projet. Ils ont été soit très généreux, soit surpris du nombre de kilomètres que j’ai parcouru… Ensuite, en ayant immédiatement une vue sur le futur : je reviendrai chaque année sur le Tor, lorsque ce sera possible. Cette course est trop hors norme pour laisser passer l’opportunité d’y participer. Je fais à présent partie de la famille, et j’en suis fier.

 

 

 

 

6 commentaires

Commentaire de LaBalle Rine posté le 27-03-2019 à 14:14:46

Bravo pour ton odyssée, et encore + merci pour le récit que tu en as fait. Du début à la fin je n'ai pu m'en détacher, littéralement transporté sur les chemins, à travers les cols et les vallées, sous les étoiles ou la pluie. Tu as traversé l'immense, et j'ai pu y goûter.
Grazie.

Commentaire de CharlyBeGood posté le 28-03-2019 à 01:06:53

Merci pour ce commentaire qui me fait chaud au cœur: les émotions ressenties t’ont atteinte et j’en suis heureux 😁!
Je rêve déjà de septembre puisque j’aurai à nouveau l’immense chance de m’embarquer à nouveau dans ce voyage...

Commentaire de BouBou27 posté le 27-03-2019 à 14:33:05

Ca c'est une aventure...
Je vais avoir la chance de faire le col Malatra (le nouveau TOR30) en Septembre. Je crois qu'il y aura beaucoup d'émotions a partager ces derniers km de courses avec les Géants.

Commentaire de CharlyBeGood posté le 28-03-2019 à 01:10:55

Profite de ce col mythique et... ne passe pas trop près des « 340 », tu risques de les faire tomber 😜😜😜!

Commentaire de largo winch posté le 31-03-2019 à 18:49:07

Bravo à deux titres.
D’avoir fini cette course magnifique et si difficile
D’avoir si bien décrit cette aventure
Un vrai plaisir de lecture
Merci

Commentaire de CharlyBeGood posté le 13-08-2019 à 09:49:04

J'espère pouvoir réitérer l'expérience "littéraire" avant la fin de l'année en narrant une seconde expérience positive et achevée sur le Tor 2019 à venir...

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