Récit de la course : Le Grand Trail des Templiers 2018, par Siberian wolf 10

L'auteur : Siberian wolf 10

La course : Le Grand Trail des Templiers

Date : 21/10/2018

Lieu : Millau (Aveyron)

Affichage : 410 vues

Distance : 78km

Matos : Chaussures Salomon BTE Hatos 4 Low

Objectif : Objectif majeur

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Des places inexplicablement perdues mais une dernière grande sortie en apothéose

Samedi 20 octobre 2018. Je suis parti de la maison en vue de participer au Festival des Templiers, sur le parcours du Grand trail, 78,8 km et 3651m de dénivelé, parcours déjà effectué en 2014. L’enjeu est d’ailleurs de prendre ma revanche car 4 ans plus tôt la seconde partie du parcours, bien que je fus finisher, m’avait épuisé, ce qui m’avait obligé à m’arrêter plusieurs fois pour me reposer (en tout près de 23 minutes !).

Je prenais donc la direction de Millau et c’est vers 16h10 que j’arrivais au Salon du Trail, ayant marché un peu car avec les courses du jour, il n’y avait plus de place pour se garer à proximité. J’avais assez de marge car j’avais jusqu’à 19h pour retirer mon dossard. Comme l’année dernière, il y avait un vigile à l’entrée en prévention de risques terroristes. Je récupérais mon dossard et mangeais sur le tard vers 17h une box de pâtes sur place. Après quoi je prenais ma voiture en direction de La Cavalerie, à 23 km au Sud de Millau, un petit village au bord de l’autoroute A75 ; et cela pour prendre ma chambre à l’hôtel-restaurant de la Poste où la nuit je dormais pour 52,30 euros (52 € la chambre + 0,30 € de taxe de séjour). J’y mangeais aussi le soir un hamburger maison, un regret toutefois car en entrant dans le village de La Cavalerie, je n’avais pas vu au début qu’il y avait une crêperie au centre du village. Dommage, ce sera pour une prochaine fois. Signalons aussi que j’ai pu la veille réserver sans problème une chambre dans ce village alors que quelques mois plus tôt quand j’avais voulu réserver une chambre, tout était complet à Millau et ses alentours, même sur le Relais du Larzac (A75) à proximité. Peut-être l’hôtel-restaurant de La Poste n’avait-il déclaré préalablement aucune chambre sur Booking ? Toujours est-il qu’à part quelques coureurs, j’ai trouvé le village de La Cavalerie bien peu animé pendant cette période de Festival des Templiers. Il ne doit pas être évident de bien gagner sa vie dans le Larzac…

Dimanche 21 octobre 2018. A 3h10 du matin, j’étais levé et mangeais une part de nougat tendre acheté la veille sur le relais du Larzac ainsi qu’un morceau de « Pain du montagnard », sorte de pâte achetée la veille dans les stands du Salon du Trail et déjà vue en 2014-2015 sur le trail l’Ardéchois, tout cela en guise de petit déjeuner. Vers 4h30 je partais en voiture en direction de Millau. C’est que je tenais à pouvoir me ranger tôt dans les sas pour éviter au maximum les bouchons sur le parcours. Bien organisé, j’arrivais assez tôt sur l’un des parkings de l’avenue Millau Plage et pouvais me ranger dans le second sas, ceux visant de faire le parcours en moins de 13h, un objectif qui me semblait réalisable. 

En attendant le départ, j’avais tout le temps de vérifier mes affaires pendant que le speaker invitait tout le monde à rentrer dans les sas. On y était, la chanson « Ameno » d’Era retentissait et à 5h48, je franchissais la ligne de départ (360m) du Grand trail des Templiers, sous les fumigènes et les encouragements du public. Nous commencions par le traditionnel tronçon goudronné. Après environ 2 km comme d’habitude, nous entendions les aboiements des chiens. Sans doute devait-il y avoir un élevage plus haut. Un coureur devant moi jète un plastique transparent qui le protégeait du froid, un autre coureur à quelques mètres l’interpelle : « T’aurais pas pu le mettre dans ta poche ! Si tout le monde fait ça… », le coureur en question en répond : « il est biodégradable ». Si on enlève ceci, j’ai vu bien moins de déchets qu’en 2014 l’environnement a apparemment été bien mieux respecté. Sur les premiers kilomètres, mon rythme cardiaque est monté jusqu’à 178, il a ensuite été de 160 en moyenne sur l’ensemble de la course. Cette année, pour arriver à Carbassas, il me semble que nous ayons fait un petit détour, d’où peut-être les 3 kilomètres en plus par rapport à 2014. Avant ce hameau en tout cas, sur une courte portion plane et sur un large chemin, on pouvait voir en arrière le serpentin lumineux du grand trail des Templiers. Carbassas (453m) et nous grimpons enfin vers le Causse noir est ses lacets. L’ascension m’a semblé plus rapide que les années précédentes, j’y fais quelques dépassements mineurs par le côté. Et puis nous arrivons sur le Causse noir avec ses chemins forestiers de pins noirs. Au point P8 (819m) après 8,7 km de course, je suis pointé 710ème à 6h57, après 1h09 de course, un bien meilleur classement provisoire et un bon point pour éviter les bouchons après.

Sauf qu’après environ 2 km sur le causse, il se produit ce qui s’était passé sur le marathon des Causses en 2011, à savoir que je me fais désormais doubler sans cesse sur ces grands chemins. Je voyais des coureurs d’abord à côté de moi s’éloigner de plus en plus. Et pourtant je cours sans avoir de défaillance mais il semblerait que je sois moins rapide sur les portions de plat ou de faux-plat que beaucoup d’autres coureurs. Le jour se lève progressivement. En arrivant sur les corniches où certains coureurs photographient le panorama sur les villages plus bas sur les berges du Tarn, l’hémorragie s’arrête car le sentier est désormais monotrace et glissant. La descente vers Peyreleau est aussi glissante, la terre et les pierres encore un peu humides, mais les coureurs devant descendent sagement mais plutôt bien malgré tout. Il n’y a guère qu’à la fin de la descente où il y a eu un bouchon assez court et j’en ai profité pour prendre en photo le panorama sur les villages du Rozier et de Peyreleau. Au ravitaillement du village médiéval de Peyreleau (416m) après 23,4 km, je suis pointé 834ème après 2h44 de course, à 8h32 (dernier délai à 9h55). C’est bien mieux qu’en 2014 où je fus 1449ème à ce point. Je suis dans le premiers tiers de la course. Néanmoins, j’ai perdu 124 places depuis le point P8, ce qui confirme bien le fait que l’on m’a doublé sans cesse sur le causse. A ce même point, j’avais 2h38 de course en 2014 mais il est vrai que jusqu’ici nous avons eu 1,8 km de plus donc c’est insignifiant.

Au ravitaillement de Peyreleau, je retire ma veste rouge de même que ma lampe ventrale. Il fait encore un peu frais mais la montée suivante me réchauffera. J’avale une compote Punch Power et un gel solide offert par l’organisation, du pain avec du fromage aussi, une mini-pâte de fruit et boit un gobelet de coca-cola. Je repars sur une section goudronnée pendant 2 km où quelques coureurs venus de l’arrière me doublent encore. Cela s’estompe lorsque nous remontons vers un autre côté du Causse noir, une ascension monotrace qui se fait en file indienne et qui calme tout le monde. Je suis le rythme, au train derrière les autres et le peloton grimpe bien. Il n’y a que sur la seconde partie de cette ascension, sur des chemins plus larges, que j’accélère un peu. Seuls deux ou trois coureurs m’ont dépassé et moi j’en ai doublé un peu plus, une bonne ascension pour moi donc. Nous passons au sommet de la côte par les ruines de la chapelle Saint-Jean de Balmes (857m) puis sur les chemins qui continuent par la ferme en pierres sèches de La Roujarie. Tout se passerait bien si depuis 2 km je n’avais pas envie de caguer. Je peux bien courir quand même mais il faudra attendre certainement Saint-André de Vézines dans quelques kilomètres pour aller au WC. Aussi j’en avais moins envie quand cela montait. A un moment donné, un coureur me dit une chose comme : « Toi aussi il fait du bruit ton sac », comme le sien, faisant au bruit des clés dans ma sacoche de ceinture. Le chemin sur le causse est agréable, vallonné, avec une bosse peu avant Saint-André de Vézines qui nous fait atteindre jusqu’à 914m d’altitude, le point le plus élevé de la course il me semble. Et puis nous arrivons sur le bitume avec les premières maisons de Saint-André de Vézines. J’aime bien ce village à découvert sur le causse, avec des prairies, des chevaux… surtout par un temps ensoleillé comme aujourd’hui. Dans ce village de Saint-André de Vézines (870m), l’un des plus animés des Templiers, après 35,4 km, je suis pointé 996ème après 4h42 de course, à 10h30 (dernier délai à 12h05 soit 1h35 d’avance). C’est certes mieux qu’en 2014 où je fus 1427ème à ce point sauf que là, stupeur après la course,  j’ai perdu 162 places depuis Peyreleau ! Et je me demande comment c’est possible car je m’attendais certes à perdre des places mais certainement pas autant ! J’ai bien géré la seconde grosse ascension et seuls une dizaine de coureurs ont dû me doubler au pied de celle-ci, de même qu’après la chapelle Saint-Jean de Balmes, mais moins qu’après P8. Comment cela s’est-il fait alors ? La seule chose possible, c’est que nous soyons arrivés bien regroupés à Peyreleau et que j’aurais tardé au ravitaillement de ce village (et encore par rapport à d’habitude, je ne m’en suis pas spécialement rendu compte) ; et qu’ainsi bien d’autres seraient repartis avant moi. A ce même point, j’avais 4h26 de course en 2014 mais il est vrai que jusqu’ici nous avons eu 2,6 km de plus donc c’est encore insignifiant.

A Saint-André de Vézines, il y a bien deux WC, j’imaginais y aller après avoir mangé sauf qu’il n’y a que deux coureurs qui me précèdent, peu de queue donc, et il serait dommage de ne pas en profiter avant que d’autres n’aient la même idée. Je n’ai donc pas eu trop à attendre et j’y suis allé sauf qu’à ce moment-là, il n’y avait plus de papier WC ni de quoi tirer la chasse ! J’ai donc dû m’essuyer avec le carton du rouleau qui restait. Et à part un peu d’eau de ma gourde, pas de quoi vraiment se laver les mains. Ce n’est qu’après mon passage qu’un bénévole a ramené un nouveau rouleau. Mais bon, mon envie n’était pas si énorme que ça finalement, mais je sentais que je n’avais pas tout pu chier… Quand je suis allé manger après, j’ai touché très délicatement le gruyère et la pâte de fruit que je voulais comme je n’avais pas pu bien me laver les mains, histoire de ne pas toucher les autres qui seraient consommés par d’autres coureurs. Mais comme souvent sur les longs trails, je mettais du temps à avaler des aliments solides donc je n’ai pas insisté sur ce ravitaillement. J’ai tout de même partiellement avalé un gel offert par l’organisation et un autre de ma poche, Overstim’s « coup de fouet ». J’ai aussi rempli ma gourde et bu un verre de coca-cola. Et comme je n’avais pas pris trop de solide, j’ai pris un gobelet de soupe avant de partir.

 Et j’ai mis du temps à vraiment repartir car je tenais à filmer, à la sortie du ravito, deux bénévoles jouant de l’accordéon. Ensuite, j’ai entamé ce chemin à découvert entre les grandes prairies et à mon déplaisir voilà que je sentais que j’aurais de nouveau envie d’aller au WC. Je me disais bien qu’en y allant au ravito de Saint-André de Vézines tout n’était pas sorti… ! C’est pénible ça ! Mais comme l’envie n’était pas trop forte, j’ai décidé que j’attendrais Pierrefiche pour y aller, en espérant que ce serait une bonne fois pour toutes. Après nous avons bifurqué à droite pour descendre vers le petit village médiéval perché de Montméjean. Seuls quelques habitants y vivent et étaient là pour nous applaudir en passant. Il faut dire que sur le restant de l’année, ils ne doivent pas voir grand monde. Dans cette descente, j’ai été légèrement ralenti par les autres coureurs devant mais cela avançait quand même et pour moi les bouchons étaient cette année moindres qu’en 2014. Pendant le ralentissement, j’ai pu entamer un paquet de bonbons énergétiques au cola Punch Power que je prendrai au fur et à mesure de la course. Ensuite, nous sommes remontés en direction de la corniche du Rajol, une montée assez courte offrant toujours au bout l’un des plus beaux panoramas des Templiers avec ces chaos rocheux, la vue sur les gorges de la Dourbie et sur le viaduc de Millau plus loin. A l’exception que cette année la Dourbie était masquée par un joli voile nuageux entre le Causse noir et celui du Larzac. Un endroit photogénique pour beaucoup de coureurs. Sur la corniche, le terrain était en faux-plat et c’est sans problème que nous avons atteint les rochers de Roques Altès, avec un point culminant à 861m d’altitude. Au passage d’une première arche, le sentier bifurquait brusquement à droite et j’ai failli chuter, ne voyant pas une pierre à mes pieds. Puis le passage d’une seconde arche amorçait la descente vers La Roque Sainte-Marguerite. Juste après Gilles Bertrand, le directeur de course, était là pour nous dire « buvez, buvez à petite gorgée. Si vous ne le faîtes pas, vous le regretterez après ». C’est ce que j’ai fait d’autant que le temps était bien ensoleillé aujourd’hui. Après la descente du peloton était correcte même si j’aurais bien voulu accélérer, plus rapide que les autres dans cet exercice mais c’était difficile car la descente était monotrace. A un moment, je ne sais plus exactement si c’est dans cette descente mais certains coureurs ont pris des petits sentiers coupant les virages et moi qui suivait correctement les balises, je me suis retrouvé derrière un coureur alors que quelques secondes avant j’étais devant et je descendais mieux. Ce n’est que plus bas dans des gorges encaissées mais sans eau que j’ai pu fausser provisoirement compagnie au groupe en file indienne. Mais tout cela n’était que provisoire car ils sont revenus sur moi pendant que je filmais mon entrée à La Roque Sainte-Marguerite et ses descentes d’escaliers. Dans le village de La Roque Sainte-Marguerite (402m) après 46,2 km, je suis pointé 1113ème après 6h34 de course, à 12h22. Les 117 places perdues depuis Saint-André de Vézines ne sont en rien significatives car j’ai perdu un peu de temps à ce ravitaillement pour aller au WC ; car pour tout le reste jusque-là tout va bien.

Il y a un point d’eau à La Roque Sainte-Marguerite mais j’ai ce qu’il faut dans ma gourde alors j’attaque presque aussitôt l’impressionnante montée, dont nous voyions des coureurs grimper plus haut. Ce village marque la transition entre le Causse noir où nous étions et le Causse du Larzac où nous allons grimper. Je suis un peu fatigué mais je tiens bien le coup dans cette ascension qui se passe plus rapidement que je ne pouvais le craindre. Tout au plus quelques coureurs me dépassent sur la fin de la côte. Quelques rares autres marquent une halte, fatigués. Il y en aura plus après. Au sommet de la côte, nous quittons la forêt et le Causse du Larzac se découvre, au début sur un chemin entre deux clôtures. Puis nous avons droit à une courte descente où on peut observer Pierrefiche juste un peu plus loin. L’arrivée à Pierrefiche du Larzac (693m) se fait par une courte remontée, sous les encouragements du public. A la maison de la chasse du village où se situe le ravitaillement, après 50,2 km, je suis pointé 1099ème après 7h19 de course, à 13h07 (dernier délai à 14h45). Côté classement, c’est mieux qu’en 2014 où je fus 1346èmeà ce point. J’ai aussi gagné quatorze places depuis La Roque Sainte-Marguerite, ce qui est certainement dû aux premières défaillances des participants. Cependant, à ce même point, j’avais 6h58 de course en 2014 mais il est vrai que jusqu’ici nous avons eu environ 3,8 km de plus donc c’est plutôt un gain !

Il fait chaud dans la salle du ravitaillement. Avec la fatigue, j’ai du mal à avaler des aliments solides donc je mange surtout de la compote  et de la soupe. Je mange tout de même un morceau de fromage et une partie d’un gel offert par l’organisation. J’en sors aussi deux de ma poche, un antioxydant et un « coup de fouet » mais ceux-là sont liquides. Je bois aussi du coca-cola et remplis ma gourde car je crois à cet instant que nous n’aurons plus de ravitaillement pendant 17 km. Pendant que je bois la soupe, je m’assois pour me reposer sur l’une des chaises, fatigué. Je passe du temps à ce ravitaillement où comme 4 ans auparavant c’est un peu la cohue pour prendre quelque chose. Je passe encore plus de temps car à la sortie de ce ravitaillement, il y a des WC et comme toute à l’heure j’avais envie d’y aller j’y vais. J’ai de la chance car il n’y a aucune queue pour y aller. En revanche comme à Saint-André de Vézines, il n’y a plus de papier hygiénique et c’est encore avec le carton du rouleau que je me torche ! C’est un peu gênant mais au moins jusqu’au bout de la course je n’aurai plus envie d’y aller. J’ai donc été tranquille après sur cela. Je repars en demandant à un bénévole si on a été pointé car je ne l’ai pas vu. Il me montre au pied des escaliers de la salle une sorte de « parabole carrée » qui pointe le temps.

Je double quelques coureurs sur les quelques sentiers plats qui suivent avant d’aborder la montée vers le Pompidou. Au pied de la montée, je continue de dépasser quelques coureurs dont une femme d’une trentaine d’années qui ressemblait un peu à une ancienne collègue de formation, discutant avec une autre traileuse. Mais j’ai vérifié, ce n’était pas elle. La première courte ascension se passe sans problème et je sens que je vais bien mieux qu’il y a 4 ans où j’avais eu mes premières défaillances. Ensuite, après quelques sentiers assez vallonnés en bord de causse, j’atteins le belvédère du Pompidou (768m) où comme moi 4 ans auparavant quelques trailers s’arrêtent deux minutes pour profiter du panorama exceptionnel sur l’Est du parc naturel régional des Grands Causses. A proximité du Pompidou, au point P81, après 54,6 km, je suis contrôlé 1212ème après 8h21 de course, à 14h10. J’ai certes perdu 113 places depuis Pierrefiche mais c’est à cause du ravitaillement un peu plus lent avec la fatigue et surtout de la perte de temps pour aller au WC. Je ne peux pas le dire précisément mais compte tenu du fait que j’ai été au WC à Saint-André de Vézines puis à La Roque Sainte-Marguerite, j’ai bien dû perdre sept minutes, ce qui fait une différence au classement. Mais désormais, je cours en étant libéré, sans le souci d’une envie d’aller au WC et de plus, je sens que j’ai vraiment de l’énergie. Cette perte au classement n’est donc que partie remise. Je veille de temps à autre à prendre un bonbon énergétique pour maintenir mon bon rythme sur le causse du Larzac.

Une bonne descente suit mais elle est monotrace donc je dépasse peu de coureurs si ce n’est dans quelques virages un peu plus larges. De toute façon, cette descente faite de terre un peu humide donc particulièrement glissante donc je suis un grand groupe en file indienne sans prendre de risque. La prudence est de mise. Dès la fin de la descente, nous commençons à remonter et deux coureurs fatigués se « garent » sur le côté, fatigués. Il faut dire que la remontée est franchement brutale avec un pied très raide. Je sens encore qu’il me reste pas mal de « carburant » et je franchis le plus dur sans marquer le pas. C’est bien différent d’il y a 4 ans où je m’étais arrêté deux fois sur la longue section vallonnée après Pierrefiche. Sur une portion plane, je me permets même de doubler un petit groupe de coureurs en profitant d’un espace sur le côté. Juste un peu plus loin, alors que nous passons un chemin avec de gros blocs de pierre sous les falaises de la Clapade, deux autres coureurs se sont arrêtés sur le côté. L’un d’eux, un vétéran, répond à un coureur qu’il connait devant moi et qui lui demande si cela va : « ouais, mais on n’avance plus ». Sur le grand trail, c’est souvent sur la portion de 17 km après Pierrefiche que les « coups de barre » sont les plus nombreux. Plus loin, nous évoluons sur un chemin plus large et en montée plus douce et je fausse compagnie à mon groupe. Je ne me souvenais plus de ce chemin. Quand je me mets à courir un peu, je commence à rattraper les groupes précédents mais quand je marche, je reperds un peu de terrain donc je fais régulièrement des petites accélérations qui me permettent de remonter devant. Les défaillances d’autres coureurs sont sans doute à l’origine de ma remontée de 59 places au classement. En effet, au Mas de Bru (751m), après 62,6 km, je suis pointé 1153ème après 9h55 de course, à 15h44. J’ai repoussé un peu plus les délais qui étaient fixés à 18h ici. Un ravitaillement liquide a été rajouté ici compte tenu du risque de chaleur. Pour ma part, bien que la météo soit bien ensoleillée, je trouve la température tout à fait bonne, ni froide, ni trop chaude. Je bois tout de même et fait remplir mon bidon.

Je repars doucement, en marchant même parfois sur le causse à découvert sur de grandes prairies à l’herbe rase. Mais je me mets bientôt à recourir puisque nous abordons une descente. Je rattrape rapidement des coureurs partis avant moi du ravito au début de cette descente et continue. La descente devient monotrace avec un lacet, toujours en terrain découvert. Je finis par rattraper un petit groupe en file indienne, groupe que je finis par dépasser à la faveur de quelques légers élargissements sur le côté. Franchement, c’est la descente la plus chiante du parcours car elle est peu pentue (c’est plus un faux-plat descendant), longue et caillouteuse (mais au moins elle est sèche, du moins provisoirement…) elle fait un peu mal aux pieds. Une jeune femme fait un moment une petite chute derrière moi, sans aucun bobo. Dans cette descente, je laisse un coureur à 2m derrière moi me dépasser, le seul qui m’a doublé ici mais il me dit que ce n’était pas nécessaire, que mon rythme était bon. Un peu plus bas, nous franchissons des blocs de pierre avant d’arriver sur une portion plane mais boueuse. La boue fait qu’il y a un ralentissement et qu’un regroupement avec des coureurs venus de derrière. Puis nous recommençons à descendre sur du bitume cette fois-ci avec en vue Massebiau. Je m’arrête un instant pour photographier le village plus bas et apercevoir aussi plus haut des coureurs grimper le causse. La montée du Cade se profile bientôt. J’y suis, je franchis le pont au-dessus de la Dourbie, des spectateurs massés nous y encouragent et me voilà à Massebiau (368m). Dans ce village, nous prenons le trottoir à droite pour arriver au ravitaillement. A l’entrée du ravitaillement liquide, après 67,9 km, je suis pointé 1107ème après 10h42 de course, à 16h30 (dernier délai à 18h40). Côté classement, c’est beaucoup mieux qu’en 2014 où je fus 1361ème ici. J’ai aussi gagné 46 places depuis le Mas du Bru, la progression se confirme. Certes, à ce même point, j’avais 10h31 de course en 2014 mais jusqu’ici nous avons eu environ 4,5 km de plus donc ma vitesse moyenne est plus élevée !

Quand on compare, en 2014, j’avais effectué, fatigué les 17 km entre Pierrefiche et Massebiau en 3h33. En 2018, la distance entre ces deux villages était de 17,7 km et je l’ai faite en 3h23, un gain de dix minutes. Et encore, j’ai été au WC à Pierrefiche, ce qui n’avait pas été le cas en 2014, donc j’ai perdu un peu de temps. A Massebiau, je sors deux gels de mon sac, un antioxydant et un Red Tonic pour avoir toute l’énergie dans la montée suivante la plus épuisante du parcours, compte tenu du dénivelé et du temps de course déjà derrière. Je remplis aussi une dernière fois ma gourde et c’est parti pour la montée du Cade.

L’ascension nous fait à nouveau basculer sur le Causse noir. Le début de la montée est raide mais j’ai encore du jus. Je rattrape un petit groupe. Un peu plus loin, une jeune fille du groupe double et prend sa tête. A la faveur d’un petit élargissement, je double moi aussi et me retrouve derrière elle. Après cette première section, nous avons droit à un replat dans une petite prairie. Je commence à photographier le causse du Larzac en face et un trailer barbu ayant la trentaine discute avec moi du panorama et de l’autre montée du Cade, autrefois empruntée sur le marathon des Causses et depuis 2017 sur la Boffi Fifty. Cela dit je ne garde pas ces photos prises ici car j’en ai pris de meilleures plus haut. Car en effet après ce court replat, nous grimpons à nouveau à travers les buis dans des pourcentages encore un peu plus forts. C’est là toute la difficulté de cette montée : après des heures de course et beaucoup de dénivelé, en arrivant sur ce replat, on croit avoir fait le plus dur quand à nouveau on rencontre des pourcentages difficiles qui peuvent mettre un vrai coup au moral. Ainsi, je reconnais un petit espace à l’ombre où quatre ans plus tôt j’avais vu un jeune trailer découragé pleurer en parlant à un proche avec son portable et je reconnais aussi un endroit où épuisé je m’étais allongé pendant environ dix minutes, réveillé par un trailer qui m’avait donné des petits coups de bâton dans le pied. Sauf que là tout va beaucoup mieux, je suis toujours derrière cette jeune traileuse qui me dit que je peux passer devant elle si je veux. Je pourrais en effet en rajouter une couche et marcher plus vite sauf que je gère mon ascension tranquillement et j’essaie de temps à autre de prendre des photos. Je stabilise mon rythme cardiaque à 150 au cours de cette montée. En arrivant sur la corniche du causse, c’est ce que je fais avec quelques beaux panoramas cette fois-ci, alors que je pourrais accélérer sur ce replat. Après, il y a une section avec de petits rochers à escalader. Ce n’est que dans les 500 derniers mètres environ que nous rentrons dans la forêt, avec une portion de faux-plat montant. Le public est comme d’habitude massé devant la ferme du Cade pour applaudir. Il fait toujours frais ici, avec ces grands pins qui masquent le soleil. A la ferme du Cade (831m), après 71,3 km, je suis pointé 1095ème après 11h42 de course, tout comme il y a 4 ans ! Sauf que là mon classement est bien meilleur (j’étais 1411ème à ce point quatre ans auparavant) et nous avons fait 4,8 km de plus ! En outre, j’ai gagné douze places depuis Massebiau alors qu’il y 4 ans j’en avais perdu 50. Certes, au début je voulais faire les Templiers en moins de 13h et cet objectif ne sera probablement pas atteint. Néanmoins je gère bien mieux ma course qu’en 2014 et il ne faut pas oublier les minutes de perdues pour aller au WC à deux ravitaillements précédents. Et pour battre mon temps de 2014 (13h42), c’est toujours faisable. Il est 17h31 lorsque j’arrive à ce ravitaillement (dernier délai à 19h50).                                            

Je m’assois quelques petites minutes de la bergerie du Cade pour prendre un gel il me semble. A côté de moi, un coureur demande à une bénévole si elle a de la crème anti-inflammatoire. Je ne sais plus si elle en avait ou pas mais moi je lui ai répondu que j’en avais. Je lui sors ma pommade anti-inflammatoire d’un petit sac au fond de mon sac de trail. Cependant, comme l’emballage de la crème n’est pas très solide, elle est percée. Ce n’est pas grave, il en reste plein. Il m’en remercie. Simplement j’ai dû me rincer les mains avant de boire du coca et remplir ma gourde. Du reste, je ne reste pas trop longtemps ici comme sur les précédents festivals des Templiers auxquels j’ai participé. Avec les longues heures d’effort en effet, il est difficile d’avaler du solide. J’avale donc, en dehors du gel, simplement un peu de soupe à l’intérieur de la bergerie et je repars.

Je mange tout de même mes deux derniers bonbons énergétiques en marchant un peu plus tard pour bien franchir la dernière ascension. On commence par un peu de plat et de faux-plat au début avant d’entamer ma descente préférée des Templiers : une descente sur un sentier d’éboulis (est-ce le ravin du CAF ?). Nous sommes en file indienne au début mais comme elle n’est pas tout à fait monotrace, je peux doubler. Au début, je crois entendre un trailer, la trentaine, dire à un vétéran un peu plus hésitant qu’il connait : « vas-y, fais comme lui ». Je ne sais pas si c’est de moi qu’il parle, toujours est-il que je grignote de plus en plus de places en dépassant par la droite pendant que les autres coureurs restent plus prudents en s’aidant notamment de la corde à gauche. Pour moi, c’est un régal de sentir les pierres glisser sous mes chaussures et dans cette descente, j’ai dû doubler une bonne dizaine de trailers. J’enchaîne ensuite rapidement le monotrace presque plat avec la vue sur Millau plus bas pour me retrouver au pied de la dernière ascension, la Pouncho d’Agast. La montée se passe sans difficulté, un couple de trailers allemands me laisse passer devant avant qu’il n’y ai un petit bouchon un peu plus haut, après des marches naturelles, le passage des Faux Monnayeurs, comme c’était souvent le cas les années précédentes sur le grand trail ou le marathon des Causses. Il y a en effet quelques pierres à escalader mais rien de compliqué il suffit de bien lever le genou. Passé celui-là, il y en a un autre plus loin après avoir bifurqué à droite pour monter jusqu’au sommet (alors que sur le Boffi Fifty ou le marathon des Causses ils continuent tout droit sans passer par le sommet). Encore un bouchon pour escalader des pierres mais qui ne prend pas trop de temps finalement. Ce sera sans doute plus gênant pour ceux arrivant une heure après. Arrivé à une première antenne, la vue sur les causses, Millau et son viaduc, est spectaculaire. Un parapentiste s’apprête à décoller. Néanmoins, ce n’est pas encore le sommet. Il faut en effet franchir des marches en rondins de bois pour apercevoir un second relais et le sommet de la Pouncho d’Agast (839m) est atteint. A l’horizon, le soleil commence à se coucher. Rentrerais-je à Millau avant la nuit. Je regarde ma montre : battre le chrono de 2014 (sans tenir compte des 4 km en plus) sera difficile d’autant que je crois à cet instant qu’il faudra passer encore une petite bosse avant d’entrer dans la grotte du Hibou. 

La descente commence. Chaque année que je viens sur les Templiers, c’est presque la même, parfois raide. Mais surtout j’avais oublié comment elle pouvait être aussi glissante. Il n’y a pas de cailloux, juste de la terre un peu humide et quelques rondins de bois de temps à autre. Il faut s’accrocher aux arbres et aux branches dans les pentes raides. Plus haut j’entends la voix d’un vétéran qui encourage une vétérane qui craint cette descente et hésite. Puis vient le passage dans la grotte du Hibou où j’utilise ma lampe frontale. La bosse qui remontait jusqu’à cette grotte était finalement insignifiante, moins longue que dans certains souvenirs. 

Après la descente est de nouveau glissante, suscitant quelques petits bouchons devant, qui se résorbent assez rapidement. La pénombre arrive aussi car nous sommes à l’ombre des arbres et le coucher du soleil n’est qu’une affaire de minutes. Derrière, je vois un coureur sénior arriver, disant au sens figuré à quelqu’un qu’il vient de doubler qu’il court pour faire un podium. Je m’écarte car je sais que je ne descendrai pas aussi bien que lui et il double d’abord 4 coureurs devant moi tout en répétant « pardon, pardon… ». Le coureur juste devant moi n’a pas vraiment apprécié qu’on lui grille la politesse et dit « il va où lui ?! ». Le coureur qui vient de doubler l’a entendu mais ne s’attarde pas à se justifier et file, sans doute préoccupé par battre son propre record ou tout simplement ne pas perdre de temps dans les quelques ralentissements (ce qui ne serait pas très poli sur du monotrace). Quelques secondes plus tard, à un coureur qui hésite probablement sur le sentier glissant, je l’entends s’exclamer un truc comme : « Ah, qu’est-ce que tu fais ?! ». Pas top pour la sympathie… Plus bas la route qui monte au Causse noir apparait enfin. Celle-ci franchie, je sais que l’arrivée est proche. Le chemin s’élargit un peu, avec des cailloux au milieu, mais j’en profite pour dépasser le groupe avec lequel je descendais plus tôt. Puis nous arrivons au bord d’un champ qui surplombe l’arrivée. Deux coureurs de derrière me doublent sur cette portion plus large. Il reste une dernière portion sous les arbres avant les deux virages qui précèdent l’arrivée. Cette portion est obscure mais je vois encore où je pose mes pieds donc j’accélère. Je me contente de ma lampe Petzl Tikka 2, pas très puissante en extérieur, et laisse la lampe ventrale dans le sac. Dans l’avant-dernier virage, très pentu où il faut faire des petits pas, un dernier coureur me dépasse. Puis c’est l’arrivée avec sa masse de spectateurs et quelques gosses qui tendent les mains pour qu’on tape dedans au passage.

Je franchis l’arche d’arrivée (395m) à Millau après 78,8 km de course (j’en avais 73 à mon podomètre, certes peu fiable) en 13h31 soit à 19h19 alors que le soleil vient de disparaitre de l’horizon et que les lampadaires ne sont éclairés que depuis quelques petites minutes. Comme souvent sur les Templiers, j’ai réalisé un bon finish en gagnant 39 places depuis Le Cade. Sur ces 7,5 derniers kilomètres, j’ai gagné les douze minutes qui font la différence avec mon temps de 2014, sans doute parce-que mieux classé j’ai eu moins de temps de bouchon dans la montée vers la Pouncho d’Agast. Le vainqueur est celui de l’année dernière, Sébastien Spehler, en 6h36, peu devant Nicolas Martin. La première féminine remporte sa catégorie en 7h38. Le dernier arrivant a franchi la ligne en 19h15.

Pendant l’ensemble de la course, j’ai utilisé 4 gels antioxydants, 2 gels « coup de fouet », 1 gel à la caféine et 1 gel « Red Tonic ». De surcroît, j’ai utilisé une compote « Punch Power », des bonbons énergétiques au cola et 3 gels solides donnés par l’organisation aux ravitaillements. Une médaille de plus pour moi à l’arrivée. Bien que je n’ai pas réussi à faire le parcours en moins de 13h, je suis quand même très satisfait de ma course. J’ai pris ma revanche sur 2014, gérant très bien ma course et faisant le parcours en douze minutes de moins malgré les 4 km en plus. Ma seconde partie de course, après Pierrefiche, a été même très bonne et si je ne m’étais pas attardé à quelques photos, j’aurais même pu accélérer plus fort dans la montée du Cade. Le fait d’être mieux placé au départ m’a amoindri les bouchons même si du coup je me suis pas mal fait dépasser sur les larges chemins du Causse noir avant Peyreleau. Seuls bémols : ces 162 places perdues entre Peyreleau et Saint-André de Vézines sans trop comprendre pourquoi et le fait d’avoir dû aller deux fois au WC sur le parcours, ce qui m’a fait perdre quelques minutes. Je pense donc que faire le parcours en 13h20 aurait été possible, en moins de temps cela aurait exigé un meilleur niveau de vitesse, parce-que sur l’endurance j’ai vraiment été au top. Ce grand trail des Templiers clot donc une belle année de sport avec mes randonnées dans le parc national des Ecrins, le parc naturel régional des Ballons des Vosges et ma belle course sur l’UT4M Master également.

La nuit tombe ; au ravitaillement d’arrivée, je ne mange pas, prenant juste un café. Je préfère me diriger vers la grande tente plus bas pour prendre le repas d’arrivée. Il n’y a pas trop de queue à cette heure, même pas plus de dix personnes devant moi. Le repas se compose de soupe (au fromage ou à l’oignon je ne sais plus trop toujours est-il qu’elle fut excellente !), d’aligot mais plutôt froid et de saucisse. Après, je reviens vers ma voiture pour ranger mes affaires avant de prendre ma douche. Plus haut on aperçoit les lucioles au Pouncho d’Agast et dans la descente. Au passage, avant de repérer les douches, je vois sur un parking une voiture avec les feux de croisement allumés, sans qu’il n’y ai personne à l’intérieur. Encore un étourdi qui a oublié d’éteindre ses feux. Je reviens vers la tente du repas d’arrivée (et là il y a de la queue pour le repas, bien m’en a pris de le prendre avant) pour voir si un bénévole peut parler au micro ou prévenir les autres à l’arrivée de la course pour cela par talkie-walkie, même si je me doute que cela ne fera pas. Et effectivement, un type de l’organisation me dit : « tant pis, il n’aura qu’à appeler un dépanneur ». Cependant, après avoir pris ma douche vers 21h, un peu fraiche avec tous ceux qui l’ont pris avant, le véhicule n’y était plus. Soit les feux étaient allumés depuis peu de temps soit on a aidé la personne. En revanche, un type à la douche a oublié ses chaussures de trail devant les escaliers. Quand je le dis à un type du camping qui est juste là, il me dit « pas grave, ça arrive chaque année ».

Au retour, fatigué, j’ai fait plusieurs pauses pour dormir : sur l’aire du Larzac (A75) puis dans un village à côté de l’autoroute, à l’embranchement des autoroutes allant vers Montpellier et Béziers. Vers 7h30, j’étais de retour à la maison.










 




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