Récit de la course : Marathon de Francfort 2018, par Zaille

L'auteur : Zaille

La course : Marathon de Francfort

Date : 28/10/2018

Lieu : Frankfurt (Allemagne)

Affichage : 473 vues

Distance : 42.195km

Matos : Altra Paradigm 3.0

Objectif : Faire un temps

3 commentaires

Faire connaître ce récit sur Twitter :

Faire connaître ce récit sur Facebook : Partager

4ème marathon et 2ème de l'année avec 3h30 en objectif

Francfort, 4ème marathon et 2ème de l’année 6 mois après celui de Kandel avec un chrono de 3h40 ne m’ayant pas satisfait pleinement. Une fois de plus je remets mon objectif des 3h30 sur la table, un objectif que j’estime à ma portée depuis un moment aux vues de mes performances sur semi par exemple (1h34).

 

Plan d’entraînement de 9 semaines

Sur le dernier marathon j’ai tenu la cadence nécessaire jusqu’au km25, le tout n’est donc qu’une histoire d’entraînement pour repousser cette barrière. J’ai, je le pense, trouver à présent une méthode d’alimentation qui fonctionne et ne devrais pas connaître de crise d’hypoglycémie (le putain de mur) comme les 2 premières fois (Molsheim au km27 et Berlin au km25).

Avant de me frotter à ce nouveau tracé de 42,195km, j’ai monté un « nouveau » plan d’entrainement sur 9 semaines. En fait ce sera exactement le même que pour mon marathon précédent. A base de beaucoup d’endurance fondamentale, une séance hebdomadaire de résistance douce et une de résistance dure tel que préconisé par Serge Cottereau.

Des semaines bien remplies avec en moyenne 70km et même une semaine à 101km qui comprenait une sortie trail non programmée, juste pour le fun. Au milieu de ces 9 semaines j’ai aussi casé une course, un semi que j’ai fait à vitesse marathon et que j’ai bouclé malgré les 300m de D+ en 1h42 avec beaucoup de facilité. J’ai à ce moment commencé à croire avec plus de conviction à la crédibilité de mon objectif même si par la suite j’ai expérimenté quelques entraînements aux sensations plus mitigées.

 

A 200m de la ligne de départ

Francfort est à 1h45 de train de chez moi. C’est en effet par voies ferrées que j’ai décidé de m’y rendre la veille avec mon ami Thomas et tout une clique de runners du club de Mommenheim (la RIM). C’est vraiment sympa de voyager avec des gens qui ont les mêmes problèmes existentiels : quels gels, quels ravitos, quelles chaussures, manches longues ou courtes, ...

On arrive à l’hôtel en fin de matinée. Celui se trouve à 200m de la ligne de départ et quelques mètres de plus de l’expo running, génial !! On dépose nos affaires et on se décide d’aller chercher illico le dossard à la foire-expo.

Dès l’entrée dans l’immense salle nous tombons nez à nez avec une file d’attente qui en faisait toute la longueur. Dingue, c’est bien ce que l’on craignait, c’est la file pour les dossards. Comment est-ce possible sur une organisation de ce niveau ? On laisse béton et commençons à faire le tour des stands à récupérer quelques goodies et tâter un peu de matos. On y rencontre ceux du stand du marathon de Molsheim et discutons un moment avec eux de … marathon (sans blague).

 

Le graal en main

La queue des dossards a encore rallongé, on décide d’aller manger. Pizza + bière pour moi (bah oui, on est quand même en Allemagne). A part une cure de 3 jours de maltodextrine et quelques plats de pâtes, je n’ai pas spécialement fait attention à mon alimentation. J’ai quand même essayé d’éviter les trucs un peu trop indigestes.

On retourne à l’expo, la queue est encore plus longue mais là on a plus le choix … C’est impressionnant mais finalement l’attente n’aura été que de 25 minutes pour récupérer le dossard et la puce. En Allemagne le chronométrage se fait toujours à l’aide de puces louées (recyclables) se fixant à la chaussure. Un service à 11€ (comprenant 5€ de caution) en plus du prix du dossard (80€).

Le graal en main on retourne à l’hôtel se reposer un peu avant le dîner avec tous les autres. Des pâtes et 2 bières (bah oui, on est quand même en Allemagne) clôtureront cette journée. On se couche à 23h sachant que le passage à l’heure d’hiver nous donne une heure de sommeil supplémentaire.

 

Ça caille sévère !

Réveil à 7h00. Je prends mon petit déjeuner à base de poudre Endur’activ diluée dans un peu de lait. Avec un dernier repas à plus de 2h00 avant le départ, je suis sûr de pas avoir de problème gastrique durant la course : ma hantise ! Il n’y a aucun stress, j’ai juste hâte d’y être. On est juste à côté donc aucun temps de trajet à prévoir, je me prépare tranquillement.

J’ai ma tenue de marathon habituelle : short CIMALP, maillot MIZUNO avec des poches dans le dos, chaussettes de compression et mes ALTRA Paradigm 3.0 aux pieds que j’ai étrennées au début de mon plan d’entraînement et qui sont maintenant bien rôdées avec plus de 500km. Je rajoute des manchettes car sont prévues des températures autour de 5°C avec du vent. Pour la tête, juste une casquette mais pas de gants, j’espère juste que l’effort me réchauffera rapidement.

On a tous rendez-vous dans le hall de l’hôtel et ceux qui arrivent de dehors le confirme : ça caille sévère ! On voit les fanions de sponsors dehors qui volent effectivement à l’horizontal. J’ai prévu une veille veste tâchée de peinture pour l’attente dans le sas et que j’abandonnerai peu avant le coup de feu de départ.

 

14000 runners prêts à en découdre

Il est 9h40 quand je quitte l’hôtel avec une petite bouteille de maltodextrine en direction du sas 4 réservé aux 3h30-3h45. Je me réchauffe en petites foulées à l’intérieur de celui-ci avec d’autres coureurs, il fait vraiment froid et ce vent … !! J’ai hâte qu’on y aille ! Je vois les meneurs d’allure des 3h30 dans le sas devant moi ! Je ne comprends pas, je devrais être avec eux ! Je décide donc de changer de sas pour les rejoindre. La foule se densifie et le speaker commence à chauffer l’assemblée. Il nomme quelques coureurs élite tous sous les 2h10 et les fait applaudir. L’ambiance monte, une boule au ventre et c’est le début du compte à rebours repris par tous, 14000 runners prêts à en découdre, j’adore !

Les élites partent, il me faudra 3 minutes pour franchir à mon tour la ligne de départ. On y est, je vérifie très vite mon allure, 4:30, c’est un peu rapide. J’ai prévu du 4:50 en prenant en compte 7  arrêts ravitos. Oui, une fois de plus j’ai décidé d’appliquer la méthode Cyrano où je marcherai 45 secondes tous les 5km aux ravitaillements pour boire et prendre des morceaux de sucre que j’ai sur moi.

 

Ma Garmin Fenix 3 est aux fraises

7:15 !? Mon GPS a un malaise, moyenne de 5:05 ! Je ne comprends plus rien. 4:15, à présent ! Je me rends compte que ma Garmin Fenix 3 est aux fraises. Ma gestion de course va être compliquée sans les données de ma montre. Il me reste le chrono et les panneaux kilométriques pour avoir une vision approximative mais ce ne sera pas pareil !

On est dans le centre de la ville ces 5 premiers kilomètres. Je suis dernière les meneurs du 3h30 et le bloc de coureurs agglutinés juste derrière. Je sais qu’il faut que j’aille légèrement plus vite qu’eux qui courent normalement à 5:00 mais je n’arrive pas à les dépasser. Les rues sont étroites pour la masse de coureurs et les trottoirs sont occupés par de courageux supporters. L’ambiance est au top, merci à eux.

 

Devant les 3h30

Peu avant le 1er ravito j’arrive à dépasser les 3h30 mais mon arrêt programmé me fait perdre de suite ma faible avance sur eux et me condamne, après les avoir rejoint, à retrouver une nouvelle porte de sortie pour les dépasser. En attendant, mon 1er ravito s’est passé comme prévu : 2 sucres et un gobelet d’eau. J’ai fait ce premier 5 en 24:51 (données de la puce récupérées après la course). Ma montre est toujours aussi peu fiable, j’ai déjà 200m de différence par rapport aux indications kilométriques sur le parcours. Je mets définitivement une croix sur les indications GPS de ma Garmin … snif :-(

Km8 je dépasse un gars de la RIM, je sais que son objectif est plutôt aux alentours de 3h45 et pourtant il se trouve là avec moi devant les 3h30. Il m’avoue qu’il est dans les choux au niveau de la gestion, ça montre étant totalement incohérente ! Tiens, tiens ! Je le dépasse, il finira au-delà de 3h45 avec un sévère coup de mou au km30.

 

Je suis sur du 3h26

Jusqu’ici tout va bien. Je joue au chat et à la souris avec mes meneurs d’allure. Au km15, je m’arrête pour me ravitailler comme prévu et prend le risque inouï de m’alimenter en plus du sucre et de l’eau avec un bout de banane. Je le mâche soigneusement et espère que je ne l’aurai pas sur l’estomac le reste de la course. Je suis à présent bien dans l’objectif avec une moyenne de 4:46 sur les 5 derniers km mais ça évidemment je ne le sais pas à ce moment. J’ai le chrono mais pas envie de faire de savant calcul. Je suis bien, je cours au feeling.

J’ai plusieurs seuils psychologiques dans un marathon : le tiers de course (km14) et aussi le premier semi bien sûr. C’est juste avant ce premier semi que je dépasse un autre coureur de la RIM qui me demande mon objectif. Il a l’air étonné de me voir là. Je lui dis que les 3h30 sont derrière nous et continue à mon rythme. Je passe le 1er semi et regarde ma montre. D’abord je remarque une différence de 600m par rapport aux réels et surtout un chrono de 1h43. Je fais le calcul plusieurs fois dans ma tête, c’est bien ça, je suis sur du 3h26 ! Waow, un nouveau coup de fouet surtout que je suis toujours très bien dans mes jambes.

 

Je dépasse doucement plein de monde

Nouvel objectif, le km30. Ça fait un moment qu’on a quitté le centre, on est dans les faubourgs, il y a moins de monde mais je suis dans ma bulle. Je me demande quand est-ce que je vais me prendre le coup de bambou que j’ai toujours connu sur marathon. Au km25 je prends une demi compote Endur’activ que j’avais sur moi. Ça fait du bien. Le dernier 5km a été fait à 4:46 de nouveau.

Mon rythme est bon, je le sais car je dépasse doucement plein de monde et ceci depuis plusieurs kilomètres. J’ai cependant un léger tiraillement au tendon d’Achille droit et me demande alors si c’est finalement musculairement que je vais faillir. Je n’y crois toujours pas à cette prévision de 3h26. Et puis de toute façon, je vais bien ralentir à un moment mais j’ai assez de mou pour malgré tout espérer rester sous les 3h30.

 

Plus que 12

Le parcours est de moins en moins glamour avec même un passage sur une autoroute. Francfort est-elle trop petite pour 42 kilomètres ? km27, on amorce un demi-tour, je sais que maintenant le vent va être défavorable. Km30, je termine ma compote et c’est un nouveau coup de boost psychologique. J’ai déjà fait 30km, plus que 12. Et le coup de mou ? le mur ? il est où ? Dingue ! C’est la première fois que je vais aussi loin dans cet état de forme.

Les mollets sont durs, est-ce que je vais avoir des crampes ? C’est peut-être normal aussi ! Je n’ai plus de douleurs aux tendons, ça me rassure. Du 4:51 sur ces 5 derniers km mais je ne le sais pas, je sais juste que j’ai le jus qu’il faut encore. J’ai même repris un bout de banane, c’est peut-être ça aussi la recette : manger et pas que des sucres !!

 

Je vais enfin « réussir » mon marathon

Km32, encore un chiffre clef. Ça veut dire plus que 10km ! Mais ce marathon n’est pas si plat que ça, des ponts ou tunnel font bien monter le cardio et certain faux-plat sont à gérer prudemment. Je ralentis parfois ostensiblement dans certaines montées, je suis dans la gestion du cardio qui lui a l’air de fonctionner à présent (au km1 j’avais du 178 de BPM) et là je suis à 159 ou 160, c’est du tout bon.

Km35, dernier arrêt, derniers sucres. Je commence à fatiguer quand même, ce n’est pas trop tôt LOL. On rentre tout doucement dans le centre-ville, le public est à nouveau bien présent et aussi très bruyant. Une ambiance de folie par endroit où dans les passages les plus étroits on se croirait presque dans une étape du tour de France. Je suis tout sourire, je vais enfin « réussir » mon marathon, c’est sûr.

 

Je pense à mes galères passées

Km37, je regarde mon chrono qui indique 3h00 tout pile. Un calcul facile et rapide : 5km à 5 et des brouettes et je fais un marathon en 3h25. Je doute quand même pouvoir tenir encore cette allure d’autant plus que le vent qui s’engouffre entre les hautes tours en verre qui nous accueillent ne va pas faciliter les choses. Je continue de dépasser plein de monde. J’en vois qui marchent tête baissée et pense à mes galères passées sur cette distance mythique. Berlin notamment où j’avais mis 15 longues et épuisantes minutes pour les 2 derniers kilomètres !

Tout ça est tellement loin même si je souffre à présent, modérément, mais assez pour commencer à trouver les kilomètres de plus en plus long. Je pense aussi à ces entraînements entre midi où j’avais juste 15 minutes pour me doucher, manger et retourner au travail, ces sorties le matin de nuit quand tout le monde dort encore à la maison et me dis que finalement la persévérance va payer !

 

Dernière ligne droite

Km41, il ne reste rien, presque rien mais le vent de face me fait serrer les dents. Une dernière ligne droite puis un virage à gauche pour entrer dans le hall de la ligne d’arrivée. Une première pour moi, une arrivée à l’intérieur. C’est magique ! Ambiance de feu, de discothèque bondée, une salle blindée de monde. Je lève les bras en vainqueur : 3h26 et 14 secondes, incroyable ! Objectif explosé et avec la manière, pas de naufrage cette fois.

Je marche doucement vers le ravito d’arrivée après qu’on m’ait accroché la médaille de finisher autour du cou. Heureux ! Heureux pour le chrono mais aussi de pouvoir apprécié ce moment comme après un semi ou un 10. Le métier commence à rentrer ! Je prends même cash une bière avec une bretzel (Ah l’Allemagne) et m’en délecte par petites gorgées.

Le temps de rendre ma puce contre un billet de 5 euros et je retourne tranquillement à l’hôtel pour me doucher. J’analyse de suite ma course et constate que mes 2 semis ont un chrono quasi identique à 1 minute près. Belle régularité malgré une gestion problématique sans GPS fiable. Je suis même sûr, sans regret, que j’aurai pu faire mieux. Le 3h25 est à ma portée pour Paris 2019 !

3 commentaires

Commentaire de Jean-Phi posté le 31-10-2018 à 10:33:13

Superbe réussite, bravo ! Parfaitement bien géré, avec la manière et selon les préceptes de Saint Serge C. Bref tout bien ! Et en effet, avec des conditions climatiques plus favorables au retour, les 3h25 sont envisageables. Même si gagner quelques mn ou même 1 est parfois plus difficile à réaliser qu'à espérer tant le marathon est une dure école.
Plus qu'à se laisser glisser sur la STL sans te cramer de trop et la saison sera parfaite. Encore bravo !

Commentaire de le vieux crouton posté le 31-10-2018 à 11:47:47

Bravo, c'est toujours jouissif de battre son record personnel. pour la saintélyon pas de problème. n'en fait pas trop. le jour J c'est surtout une bonne gestion qui te permettra d'aller au bout sans souffrir. Marche dans toutes les montées, footing dans les descentes et tu fais un excellent temps. Ne t'enflamme pas trop dans les descentes, c'est la grosse erreur des débutants.

Commentaire de Gibus posté le 31-10-2018 à 12:16:47

Moins de 3h30 sans chrono, ça c'est de la balle.
Bravo pour ta perf. Courir à la sensation il n'y rien de plus grisant. Bonne récup avant la STL.

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

Accueil - Haut de page - Version grand écran