Récit de la course : X-Alpine Verbier St-Bernard - 111 km 2018, par Pilouf

L'auteur : Pilouf

La course : X-Alpine Verbier St-Bernard - 111 km

Date : 7/7/2018

Lieu : Verbier (Suisse)

Affichage : 785 vues

Distance : 111km

Objectif : Terminer

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X-Alpine - Gare au Quadris is is ...

Après une TDS réussie en 2017, j’ai rapidement coché comme objectif principal 2018 le trail de Verbier St Bernard version X-Alpine. Un parcours un peu plus exigeant avec 111km et 8400D+ sur le papier, mais un parcours qui s’annonce également magnifique.

 

Je planifie alors une préparation aux petits oignons :

-          Mix vitesse sur piste / déniv en ski de rando tout l’hiver

-          Enchainement sorties longues (vélo/trail) au printemps

-          Et un premier ultra en Afrique du Sud histoire de faire un premier test

Malheureusement, je sors de l’hiver avec une vilaine blessure à la cheville que personne n’arrive à bien diagnostiquer, et c’est sur le canapé que je passerai tout le printemps à espérer que ça passe.

Je finis par reprendre à courir mi-mai après 2 mois de repos et quelques kilos en trop. Reprise difficile et motivation en berne. Je tente le coup sur le 53km du Gypaète où j’abandonnerai après 35km, et me rassure un peu après une belle sortie dans les Bauges où je cumulerai quasi 4000D+ sur 40km (ça ressemble au début de l’X-Alpine).

Bref, c’est avec 350 pauvres km de CAP au compteur depuis le début de l’année que je me présente au départ. Autant dire que je n’en mène pas large.

 

[7 juillet – 4h - Verbier] Malgré tout, je ne change pas mon horaire de départ, et c’est au cœur du 2e peloton constitué des « lèves-tard » que je m’élance. Ça part relativement vite dans les rues de Verbier mais tout le monde se calme dès l’amorce des premières pentes. On rentre dans le vif du sujet avec une première montée plutôt sèche en forêt. Le chemin étant en single, ça monte en rythme à la queue leu leu avant de basculer dans la première (et loin d’être la dernière) grosse descente qui en 1000m de D- doit nous mener au 1er ravitaillement à Sembrancher. On ne parle pas beaucoup de cette première descente, mais elle est assez piègeuse. Pas très raide, elle encourage à dérouler (ce qui peut être préjudiciable pour la suite). Je rejoins assez rapidement mon pote Alexis parti un peu plus vite, et c’est ensemble que nous parcourons la fin de cette première partie qui se révèle assez longue jusqu’au ravito. Ici c’est petit déj !! Tartine confiture, nutella, … un régal J mais on ne s’attarde pas trop pour déjà attaquer le premier gros morceau de cette course.

[Sembrancher – Champex]

Ce qui nous attend c’est le Catogne. Une montée de 1900D+, suivi d’une descente de 1100m sur 14km.

Ça commence tranquillement sur un mix de sentier/route pour sortir de Sembrancher. Alexis a décidé d’appuyer le rythme, je le laisse filer. Je croise alors Renard Luxo avec qui j’échangerai quelques instants. Se sentant parti vite, il me laisse à son tour filer. On attaque alors un large chemin forestier, très raide et assez monotone. Je dois l’avouer, je ne suis pas au mieux depuis le début de la course, et ne donne vraiment pas cher de ma peau à cet instant. La vue fini par s’ouvrir et le lever de soleil sur le mont blanc me redonne un peu de baume au cœur. Juste après, nous atteignons l’Alp de Catogne qui marque la fin de ce premier tronçon. Je refais le plein et me lance dans la suite de la montée.

Le paysage change alors complétement. Il devient rapidement très minéral et nous passons les premiers pierriers de la journée. Nous rejoignons ensuite une arrête qui nous mènera jusqu’au sommet. La vue est splendide, et une levée de brume donne une ambiance mystique à ce final. Un pointage marque la fin de l’ascension et après avoir navigué rapidement sur les crêtes sommitales, nous plongeons dans la descente.

C’est très raide, assez technique, mais après avoir lu pas mal de récit, je dois dire que je m’attendais à pire. Là encore, le maître mot est gestion si on ne veut pas s’exploser tout de suite les quadris. Mais tout le monde ne semble pas l’entendre de cette oreille et je me mettrais plusieurs fois sur le côté pour laisser la place à ceux qui ont décidé de déjà envoyer (souvenir de la descente au PSB sur la TDS). Malgré mon rythme contenu, je rattrape à nouveau Alexis qui a décidé de réellement temporiser sur cette partie. Je me cale derrière lui et nous finissons de descendre tranquillement sur Champex. L’apparition du lac (magnifique) nous indique que nous approchons du ravito que nous atteignons quelques minutes plus tard. Juste le temps de goûter à la charcuterie et aux fromages locaux que nous repartons à l’assaut de la 2e difficulté du jour.

[Champex – La Fouly]

Il est maintenant 9h du matin et le soleil est bien présent. Même s’il commence à faire un peu plus chaud, la température restera clémente toute la journée. Nous repartons avec Alexis le long d’un petit ruisseau en trottinant sur ce chemin relativement plat et bucolique. Ce petit intermède ne durera finalement pas et nous attaquons déjà la 2e grosse montée de la journée – 1500D+ jusqu’à la cabane d’Orny. Encore une fois, la première partie en sous-bois est assez raide. Mais le sentier est ici plus technique et donc plus agréable que la 1re partie de Catogne. Nous avançons bien mais n’avons pas l’impression de rattrapper beaucoup de coureurs partis en même temps que nous à 4h. En revanche nous commençons à rattraper de plus en plus de coureurs partis 3h avant nous. C’est la première fois que je participe à un trail avec des départs décalés. L’idée paraît plutôt bonne pour optimiser les ravitos, en revanche on se sent un peu désolé de mettre (gentiment hein) la pression aux coureurs plus lents pour qu’ils nous laissent la place de les doubler. Mais dans l’ensemble tout le monde joue le jeu et avec un petit encouragement ça passe toujours mieux. En sortie de forêt, nous attaquons une nouvelle fois un énorme pierrier assez technique. Il faut faire attention à ses appuis mais aussi à ne pas faire tomber de pierres sur ceux en dessous. Le col Breya marque la fin de ce passage, nous sommes à nouveau pointer et basculons dans la dernière partie de cette montée pour atteindre la cabane d’Orny. Nous évoluons alors dans un environnement de haute montagne, avec encore pas mal de neige et de nombreux sommets impressionnants. La fin de cette montée est un peu moins raide, et j’en profite pour relancer un peu. En revanche, il y a un peu foule ici. Beaucoup de randonneurs, et 2 fois plus de trailers puisque nous croisons les premiers qui redescende d’Orny pour basculer ensuite vers la Fouly. Arrivé en haut, la cabane fait un peu office de cimetière. Beaucoup de coureurs ont déjà l’air très fatigués et il faut un peu se faire la place pour se ravitailler et poser une fesse. J’attends Alexis à qui j’ai pris un peu de temps sur la fin et nous repartons rapidement en direction de la Fouly. Il me fait rapidement signe qu’il prendra son temps dans cette descente et je lui fausse compagnie. La descente est longue (1500D-) mais plutôt agréable car assez roulante et peu technique. Je discute avec plusieurs gars, ce qui fait passer le temps car mine de rien cette descente est longue (déjà…).

En bas, un point d’eau a été installé mais je ne m’arrête pas et préfère continuer ma route jusqu’à la Fouly. J’alterne alors course et marche pour remonter jusqu’au ravito qui se situe 8km plus loin avec pour objectif de récupérer un peu avant d’attaquer la suite. Il faut dire que cette première partie de course est vraiment éreintante. Il faut prendre son mal en patience sur cette partie et garder le moral car ça parle déjà partout d’abandon autour de nous. Je finis néanmoins par arriver au ravitaillement et prends le temps de bien m’alimenter (même un peu trop). Alexis arrive quelques minutes après moi et repart rapidement avec de quoi picorer sur le chemin.

[La Fouly – Bourg St Pierre]

Malgré tous mes efforts pour essayer de me préserver, je me remets en marche avec déjà les jambes fatiguées. Par chance, la pente est plutôt douce sur la remontée au col des fenêtres et j’arrive à mettre du rythme sans puiser. Au moment au nous quittons le chemin forestier pour emprunter un single a plus forte pente, je reprends Alexis qui me laisse partir tranquillement. La fin de la montée est encore une fois magnifique. Nous passons entre 2 lacs juste sous le col des fenêtres avant d’attaquer un dernier névé.

 

Ça souffle pas mal, je ne m’attarde donc pas et entame la descente sur les fesses car l’autre côté du col est également sous la neige. Une courte descente puis nous rattaquons la montée vers le col du Grand St Bernard qui marque le retour à la civilisation puisque nous longeons une route jusqu’à l’hospice où nous attends un nouveau ravito. Mention spécial pour les ravitos qui font la part belle aux produits locaux. Je reste moins de 5 min et repars en pensant me glisser tranquillement jusqu’à la première base vie à Lourtier. Sauf qu’entre temps, il faut remonter au col des chevaux. Et ça ce n’est pas marqué sur le profil imprimé sur le dossard. La montée n’est cependant pas trop dure et nous permets de replonger dans un vallon encore une fois magnifique. Début de descente un peu technique encore sur du pierrier, puis la pente s’adoucit pour traverser des alpages. Nous finissons par longer un barrage, il faut des jambes pour courir cette partie qui est relativement longue et Bourg St Pierre se fait attendre pour tout le monde. Finalement le village puis la base vie se découvre. Il est temps de reprendre ses esprits autour d’une bonne assiette de pâtes sauce tomate. La base vie se remplit progressivement, et je ne m’attarde pas (15min max encore une fois – décidément même sans assistance j’arrive de mieux en mieux à optimiser ses phases).

 

[Bourg St Pierre – Lourtier]

J’attaque la montée à la cabane de Mille avec un ancien qui me raconte avoir fait la course déjà 4 fois. Il m’explique alors que la montée est facile est emprunte une voie forestière jusqu’au bout. Note pour plus tard : ne pas se fier aux anciens, ils ont la mémoire qui flanche au bout d’un certain nombre de kil. Néanmoins la montée débute bien par un chemin forestier. La pente varie mais reste douce la majeur partie du temps. On progresse facilement, mais l’altitude ne grimpe pas vite sur la montre. Je me retrouve tout seul sur cette partie, alors que la nuit commence à tomber. On traverse alors un petit pont pour rejoindre un single en balcon. Sur la montre, tout indique que nous sommes à hauteur de la cabane de Mille (prochain objectif). Mais rien en vue. Je relance sur ce chemin plutôt plat et fini par tomber sur un panneau indiquant l’objectif à 1h35. Damn ! c’est encore loin. On traverse une première combe, puis une deuxième, on s’imagine à chaque fois que la cabane est sur un petit plateau juste au-dessus de notre tête, mais non le chemin continue. Et au détour d’un grand virage, la voilà qui se dévoile, toutes lumières allumées. Elle semble tellement loin qu’on en vient à douter que c’est là que l’on doit se rendre. Et plus la nuit noircie, plus l’on distingue les frontales qui s’allument et qui nous indiquent que c’est bien la route à suivre. Je suis tellement dépité sur le coup (malgré le fait que j’avance à bon rythme) que je décide de continuer sans sortir ma lampe. Je m’en sors finalement pas trop mal dans le noir et finit par surprendre le pointeur en arrivant au ravito.

Ici les corps commencent à être fatigués et l’ambiance est plutôt calme sous la tente installée pour l’occasion. Avec la nuit, le froid est également tombé et j’ingurgite un bouillon de plus mais le goût de poule commence à passer de moins en moins bien. On décide avec un jeune belge de repartir ensemble dans la descente sans savoir si nous saurons vraiment capable de courir. Finalement les jambes répondent bien sur la première partie de la descente et nous progressons assez rapidement. Je le laisse néanmoins filer au milieu de celle-ci le temps d’enlever ma veste car en perdant de l’altitude la température remonte rapidement. C’est à partir de ce moment-là que tout c’est déréglé. Juste après la bifurcation entre les différents parcours, la descente se raidit fortement et je deviens incapable de courir. Mes quadris se tétanisent instantanément et cette descente devient un vrai calvaire. Malgré mon rythme de tortue, peu de personnes me rattrapent, c’est dire si les coureurs doivent commencer à fatiguer à ce moment de la course. Les derniers hectomètres sont à nouveau plus roulants, mais je suis toujours incapable de courir et l’arrivée sur Lourtier devient vraiment longue alors que quelques coureurs finissent par me doubler. J’entre alors dans cette seconde base vie et retrouve mon belge assis et qui semble apparemment lui aussi mal en point. J’avale un bol de riz au goût de cramé (apparemment c’est une spécialité du coin) et me remet en marche pour cette dernière partie.

[Lourtier – Verbier]

Dès la sortie du ravito nous rentrons dans le vif du sujet. Un mur de 1200D+ se dresse devant nous et il va falloir serrer les dents. Par chance, j’accroche un coureur dès le début et qui adopte un rythme parfait pour ma forme et surtout régulier. Contrairement à la descente, je ne ressens aucune douleur en montée. Et après une heure de montée à ne faire que doubler, nous constatons que nous montons à 600m/h et qu’il nous faudra encore une heure pour en finir avec ce mur. A cet instant, nous sommes donc 3 (avec le Belge qui s’est accroché au wagon) et nous reprenons notre ascension. Nous finissons par sortir de la forêt pour attaquer un pan très raide qui semble n’en plus finir en espérant que le ravito se trouve derrière cette bute. Au bout de ce raidard, force est de constater que le ravito se trouve encore loin et qu’il va falloir continuer à monter encore et encore. Après avoir traversé un, puis deux, puis 3 cours d’eau, nous finissons par grimer sur une piste puis longer une gare de téléphérique pour enfin entrer dans le self qui sert de ravito. Ici bonne ambiance assurée par les bénévoles, qui pense nous rassurer sur le reste à parcourir en nous annonçant que de la descente jusqu’à l’arrivée, sauf que notre groupe de 3 qui s’est constitué est incapable d’avancer en descente, soit à cause d’un genou en vrac, soit à cause d’un releveur à l’agonie ou soit pour cause de poteaux à la place des cuisses. Bonant-malant, sachant bien que les jambes ne reviendront pas comme ça, nous quittons assez rapidement le ravito pour tenter de rejoindre l’arrivée le plus rapidement possible.

700D- et 7km nous séparent de l’arrivée. Il fait à nouveau très froid et notre allure ne nous permet pas vraiment de nous réchauffer. Le chemin plonge assez rapidement, et devient un vrai chemin de croix. Nous savons que nous irons jusqu’au bout car plus aucune difficulté ne se dresse devant nous, mais il va falloir être patient. Au bout d’une heure, et sans avoir croisé personne, nous quittons un sentier raide pour rejoindre un chemin beaucoup plus large qui semble remonter légèrement pour ensuite attaquer la descente finale sur Verbier. Les lumières de Verbier se dévoilent devant nous alors que les frontales de nos poursuivants commencent à s’accumuler derrière nous. Nous perdrons une quinzaine de places sur cette dernière descente mais à cet instant l’essentiel est ailleurs. Une piste de ski (descendu en marche arrière pour certains) plus tard, nous entrons dans les rues de Verbier. Nous commençons à savourer ces derniers instants avant la délivrance. Et c’est toujours à petit pas que nous franchissons la ligne d’arrivée après un peu plus 25H de course, sous les premières lueurs d’une nouvelle journée qui se lève…

[EPILOGUE]

Sans grande préparation, j’ai été surpris de ma capacité à enchaîner les difficultés sans trop broncher. Même si arrivé à la Fouly les jambes semblaient fatiguées, je n’ai pas eu l’impression de trop ralentir jusqu’à la cabane de Mille (pour preuve, je n’ai fait que remonter au classement sur cette partie). En revanche, même si la forme était encore là, mes cuisses ont complétement explosées dans la descente sur Lourtier et je suis vraiment rentrer pour la première fois en mode finisher à cet instant. L’avantage c’est qu’une fois bien récupéré, je devrais avoir de bonnes fibres musculaires pour les prochaines descentes de la saison.

Côté orga, rien à redire. Des ravitos variés et faisant la part belle aux produits locaux. Balisage parfait. Et logistique sans accroc. Même le tee shirt finisher est plutôt cool et sors de l’ordinaire.

Quant au parcours, si le début jusqu’à Sembrancher est un peu long, il est magnifique jusqu’à Lourtier. La dernière montée semble être ici juste pour apporter encore du déniv mais bon ça fait partie du jeu. Je reviendrai sûrement pour essayer de faire une course pleine, car il me reste un petit sentiment d’inachevé malgré le maillot finisher. Maintenant place à la Swisspeaks 170.

 

 

3 commentaires

Commentaire de Renard Luxo posté le 16-07-2018 à 16:27:20

Super récit et surtout un énorme bravo pour cette grosse perf ! A te lire, cette X-Alpine n'a rien d'insurmontable (la descente d'Orny "roulante" et "peu technique" hahahaha, c'est cela ouiiiiii ...), mais tout est question du niveau de départ évidemment ;-) Je me rappelle de notre bref mais sympathique échange dans Catogne, tu avais l'air frais comme un gardon, et ça c'est vérifié au final. Faut que je m'attaque au CR également, énorme galère pour ma part en descente sur les 30 derniers Km pour cause de blessure, mais consolation d'être quand même finisher.

Commentaire de Pilouf posté le 17-07-2018 à 09:42:28

Rien d'insurmontable c'est vite dit ;) je pense que j'en ai chié comme tout le monde surtout dans les 2 dernières descentes.
Bravo de t'être accroché 30km malgré la blessure. J'espère que ça ne sera pas préjudiciable pour la suite de la saison.

Commentaire de fcorset posté le 26-07-2018 à 09:23:29

Super récit ! On a dû se croiser sur le final car nos temps sont proches.
C'est effectivement un très beau trail... J'envisage de faire un CR aussi, si je trouve le temps...
Bonne récup à toi

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