Récit de la course : Ultra Trail Côte d'Azur Mercantour - 90 km 2018, par christine06

L'auteur : christine06

La course : Ultra Trail Côte d'Azur Mercantour - 90 km

Date : 15/6/2018

Lieu : Nice (Alpes-Maritimes)

Affichage : 1094 vues

Distance : 90km

Objectif : Terminer

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Ultra trail Mercantour

90 kms 5800 D+

Le week end s'annonçait bien. Nous étions 7 à prendre le départ de la course, Isabelle, Julie, Bertrand, Thierry, Alain, Brice et moi. Sans oublier Jean-Marc et Xavier, qui, très gentiment assuraient l'assistance sur la course, un vrai plus ! C'est vraiment sympa ces courses où on passe du temps ensemble, avant, pendant, après.

C'est mon mon deuxième ultra de l'année, celui que j'appréhendais le plus, tant le terrain peut être compliqué ici, très rocailleux, très cassant.

Même si l'ambiance de notre petit groupe est très sympa, je pars comme d'habitude très stressée. Je ne sais pas si j'arriverai un jour à prendre un départ de course sereinement.

Côté météo, quelle chaleur ! Alors que nous avions depuis deux mois un temps très mitigé sur la côte d'Azur, l'été a décidé soudainement de faire son apparition. Mais pour une fois, j'ai à peu près réussi à gérer la chaleur.

Le départ se passe bien. Il est 17 heures, 300 inscrits sur le 90 kms, 300 sur le 145 kms (273 partants sur le 90, à peu près autant sur le 145 je pense), on part en même temps et on suit le même parcours jusqu'au kilomètre 70. Il fait très chaud mais je bois tout le temps, je m'alimente dès le début, je pars à mon rythme, les barrières horaires sont calées pour les coureurs du 145 kms, donc je sais que normalement sauf accident, ça devrait passer facilement. C'est un poids en moins à gérer.

Très vite je me retrouve toute seule, je vois Brice et Isabelle devant, mais je suis une piètre descendeuse que je les perds de vue à la première descente. Je perds un temps infini dans les descentes !!

Le premier tronçon en direction de Levens nous offre des panoramas magnifiques sur la Méditerranée.

Certaines descentes sont très glissantes, je m'offre quelques chutes au passage, mais globalement tout se passe bien. Je suis dans mon rythme, il fait très chaud, mais je ne subis pas trop.

L'avantage de ne pas trop "se rentrer dedans", c'est que je ne suis pas fatiguée arrivée aux ravitos, je passe à peine 10 mn aux 2 premiers, conformément à ce que j'avais prévu. Le temps de recharger en eau, de manger deux ou trois bricoles et je repars.

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Sur le chemin de Levens[/caption]

Jusqu'au 30ème kilomètre il n'y a pas trop de grosses difficultés, je reconnais bien une partie du parcours que nous avions fait avec Alain en reconnaissance. Je suis soulagée d'arriver en bonne forme au ravito du 30ème km. C'est tellement beau, la Méditerranée, la montagne, on ne sait plus dans quelle direction regarder.

Mais il fait nuit désormais, je retrouve Xavier et Jean-Marc qui ont l'extrême gentillesse de faire notre assistance, et ils me disent que Brice vient juste de repartir (j'ai l'impression de revivre la CCC 2017, à chaque fois que j'arrive il repart !! Je dois avoir 20 mn de retard. C'est beaucoup et peu à la fois, en tout cas c'est rattrapable, mais ça veut dire, se dépêcher). Mais bon je suis bien, les sensations sont bonnes, je n'ai mal nulle part, les voyants sont toujours au vert. Et là je tombe sur Bertrand et Isabelle. Ils sont tous les deux meilleurs que moi, je me dis que s'ils sont là, c'est que quelque chose ne va pas. Isabelle a pris la décision d'abandonner, pas de bonnes sensations, pas de plaisir. C'est difficile. Je ne dis rien, Bertrand est là pour l'épauler, et je sais que ces moments là sont extrêmement difficiles à gérer. Essayer de remonter le moral de quelqu'un qui est en souffrance sur une course, quelques soient les raisons de sa souffrance, c'est quasiment mission impossible, il y a trop de facteurs qui viennent parasiter notre esprit pour que l'on puisse prendre une décision sereine. Elle dit qu'elle ne changera pas d'avis, Bertrand repart, et je repars aussi quelques minutes après.

Je fais un aparté sur la tentation d'abandon sur un ultra. A partir du moment où une course dure plus de 20 heures, on va avoir de multiples moments de doute, de déprime même, combien de fois sur une course j'ai eu envie de m'assoir sur un rocher et pleurer. Parfois je l'ai fait. Ce n'est pas du masochisme. Un ultra c'est une aventure fabuleuse, c'est un condensé de vie en 24 heures, on passe par plein de phases différentes, parfois c'est une lutte contre soi-même, mais c'est aussi beaucoup de plaisir, des paysages grandioses. J'ai décidé depuis mon abandon sur la CCC, que dorénavant je n'abandonnerai que sur blessure. Et là, l'expérience, aussi petite soit-elle, 4 courses de plus de 100 kms ce n'est pas énorme, est importante. Je raisonne par segments jusqu'au prochain ravitaillement. Si j'ai un gros coup de mou, mais pas de blessures physiques, je continue jusqu'au prochain ravito et j'avise. Le mental durant une course, c'est une succession de montagnes russes, ça peut vite changer.

Je repars donc du 30ème, physiquement bien, mais avec déjà une grosse envie de dormir. C'est la première fois que je vais autant souffrir la nuit. Heureusement on est en juin, les nuits sont courtes, j'ai eu pendant quasiment la moitié de la nuit, une envie irrésistible de dormir. Je pense même avoir fermé les yeux quelques secondes, à un moment donné je me suis demandée ce que je faisais là, j'ai eu quelques secondes de désorientation totale, je ne savais plus du tout où j'étais.

Au 44ème kilomètre, je suis obligée de changer ma frontale, il me semble qu'elle se met à clignoter, ce qui n'est pas bon signe, et si je me retrouve la nuit toute seule sans lumière, ca ne va pas être simple. Je le fais au ravitaillement d'Utelle très joli petit village, mais plus rien à manger au ravitaillement. Tant pis pour moi, je n'avais qu'à me dépêcher. Je repars et très vite, j'entends "hop hop hop t'oublie pas quelque chose là ?" Je me retourne vers la voix guillerette qui vient de m'apostropher, j'ai laissé mes bâtons au bord de la fontaine !! Merci à cette coureuse vigilante !

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Utelle[/caption]

Je le dis à chaque fois, mais même si je cours toute seule, ces très longues courses sont toujours émaillées de belles rencontres, et notamment cette fille qui fait le 145 et qui m'encourage à chaque fois qu'elle me croise (avec les ravitos, on se double on se redouble, et on se croise au fil des kilomètres), quelle pêche, quelle énergie alors qu'elle part pour 2 nuits dehors, quel enthousiasme, à chaque fois que je l'entends arriver "coucou c'est encore moi", elle me donne envie de rire, elle me redonne la pêche. J'avais noté son numéro de dossard dans un coin de ma tête, j'ai vérifié, elle a terminé, je suis vraiment contente pour elle.

Le jour commence à se lever dès 5 heures du matin, je scrute le ciel, je regarde les couleurs changer, c'est magnifique, en 30 minutes il fait jour. Et même si on encaisse un gros dénivelé entre le 44ème et le 55ème kilomètre, ça passe bien. Avec le jour, mon envie de dormir disparait.

Ma montre s'est éteinte, j'ai oublié de récupérer le chargeur dans le sac que j'avais laissé à Jean-Marc et Xavier. je ne vois plus les kilomètres défiler, je n'aime pas ça. Il me semble que le ravito du 55 ou 57 est plutôt dans les 60 kilomètres, mais sans montre impossible à dire, je vais connaitre mon premier coup de blues. J'arrive enfin au ravito, et là c'est la retraite de Russie, les gens sont sous la tente, emmitouflés dans leur couverture de survie. Certains dorment au soleil, Dur !

Un bénévole très gentil est assis à côté d'une caisse de bonbons Haribo, ça me fait sourire, je n'aime pas le sucre mais là une petite douceur me ferait du bien. Il me sourit et me dit "prend tout ce que tu veux". Trop gentil, mais faut pas rester là, mon moral vacille, et je veux absolument repartir. Physiquement je me sens toujours bien.

Je commence à m'angoisser, on s'approche de la descente vertigineuse vers Roquebillière, cette descente est connue, tellement verticale, tellement cassante. J'en entends parler depuis le début de la course. En haut, le paysage est à couper le souffle. Mais l'objectif est de descendre tout en bas.

[caption id="attachment_2928" align="alignleft" width="584"]En haut de Roquebillière[/caption]

Quand j'arrive enfin au début de la descente, j'ai l'impression de me retrouver au départ d'une piste noire de ski, je me penche, et sur le moment je me dis "non j'y vais pas", je regarde le bénévole sur le coté et lui dis "il est où l'itinéraire de délestage" genre bison futé, itinéraire bis. Il me dit "on a bien pensé à installer une tyrolienne mais on n'a pas eu le temps" Ben c'est ballot ça !! Allez faut se lancer, je mets les deux bâtons en avant et j'y vais.

Je ne sais pas combien de temps a duré cette descente infernale, les rochers, les cailloux, les pentes lisses bien glissantes, ils ne nous ont rien épargné, à la descente verticale va succéder un pierrier interminable. Le soleil se réverbère sur les pierres blanches, j'ai l'impression de bruler de partout. Qu'est-ce que je fais dans cette galère ? J'arrive enfin en bas, au bout. Je ne sais pas combien d'heures j'ai mis pour faire à peine 10 kilomètres, 3 heures ? 4 heures, j'en sais rien, je suis fracassée, j'ai les jambes qui tremblent, les bras aussi. Je suis avec un hollandais (je pense) qui ne parle pas français, ça me demande une concentration énorme de lui répondre en anglais (4 mots d'affilé pas plus, faut pas exagérer non plus), ça fait longtemps que mon cerveau ne fonctionne plus normalement, en même temps ça m'occupe l'esprit, il me parte de water melon à l'arrivée, j'en rêve :-)

Jean-Marc m'attend au ravito du 70, il me dit que Brice vient de repartir, j'essaie de faire bonne figure, de ne pas trop montrer que je suis au fond du trou. C'est tellement gentil à lui d'être là. Mais je sais que pour moi, la course va commencer maintenant. Jusqu'à présent, mis à part dans cette descente, je n'ai pas trop souffert. Il va falloir que je lutte contre mon moral de plus en plus vacillant. Et tout à coup je vois Alain, il a fini !! 20 kilomètres d'avance sur moi !! J'essaie de convertir ça en heure, mais je n'y arrive pas, il a fini 17ème au scratch, la classe ! Il est là avec Aziza sa femme et ses deux adorables petites filles, tellement fières de leur papa, c'est trop mignon, et elles m'applaudissent elle m'encouragent, ça me rebooste un peu. Mais bon, je sais que je vais mettre des heures à boucler les 20 misérables derniers kilomètres.

A partir de là je vais être toute seule en plein soleil quasiment tout le temps. Il fait tellement chaud, il doit être 13 heures mais je n'ai plus de montre. Dès qu'il y a une fontaine, je mets la tête dedans, les bras tout ce que je peux. Je n'y arrive plus. Pas une seconde je n'ai songé à arrêter, on n'arrête pas à 20 kms de l'arrivée, mais je n'arrive plus à avancer. J'ai tenu le coup pendant 70 kms et là je flanche, ça m'énerve tellement, je peste contre moi-même, je me traite de tous les noms, j'ai beau me dire "avance grosse fainéasse", rien n'y fait. De temps en temps je croise quelqu'un. Je vais avoir un gros gros coup au moral quand je pense avoir entamé l'ultime ascension, et que je me rends compte que l'on redescend.... ca veut dire qu'il y a encore une côte derrière, celle-ci n'était pas la dernière. J'essaie d'appeler Brice, mais je tombe sur sa messagerie. Je me dis qu'il doit avoir terminé, je lui demande s'il ne peut pas venir m'aider à boucler les 5 derniers kilomètres, ça fait 24 heures que je cours quasiment toute seule, je suis au bout du rouleau. Personne ne me répond.

Cette situation m'énerve d'autant plus, que physiquement, je continue à me sentir bien.

Tout à coup au détour d'un virage, je vois une silhouette qui ressemble à Brice... une petite brune à gauche, et un grand à droite, ils disparaissent dans le virage, une hallucination ?? Mais non, c'est Julie, Brice et Bertrand ! Et pour que Julie soit avec eux c'est qu'elle a fait les 90 kms en mode "balade dominicale" :-)

J'y crois pas, des heures que je galère toute seule, et ils étaient là, quelques minutes devant moi. Si j'avais su... Sur le coup j'avoue... ça m'agace quand même ! Je suis contente de les voir, je suis même fière d'avoir réussi à les rattraper, mais j'ai essayé d'appeler Brice 2 fois, il n'a jamais décroché alors qu'il garde son téléphone accessible, et il est là en train de papoter gaiement.

Mon agacement passe très vite, je me concentre sur le water melon de l'arrivée, je finis même en marchant avec eux alors que j'ai envie de courir pour arriver le plus vite possible.

A l'arrivée on retrouve tout le monde, Alain qui monte sur le podium avec son chrono stratosphérique, sa jolie famille, Thierry toujours aussi impressionnant, qui est arrivé 3 bonnes heures avant nous, et Isabelle qui a beaucoup galéré pour nous retrouver. Petit bémol côté organisation, quand on abandonne, on se fait rapatrier à Nice... et on se débrouille ensuite comme on peut pour rejoindre Saint Martin de la Vésubie.

Quelques chiffres pour finir,

70 kilomètres presque au top et 20 kilomètres de désespoir,  je progresse c'est bien :-) Avant sur une course de 100 kms, j'étais plutôt dans le 50/50. Aucune douleur musculaire, aucune douleur gastrique. Et deux jours après plus aucune courbature, je n'en reviens pas.

273 partants, 153 arrivants sur le 90 kms

116eme/153 au scratch, en fait 116ème/273 si on compte tous les abandons (j'ai souvent pensé que j'étais dernière, mais y'avait du monde après encore !!)

Et même un petit trophée  à la fin, bon pas de gloire à tirer à monter sur un podium quand on est 6 V2 féminine à prendre le départ et la moitié à finir, mais peu importe cette coupe là restera ma préférée quoi qu'il en soit :-)

Et bravo à tous les coureurs du groupe, Alain, Thierry, Bertrand, Isabelle, Julie et Brice

C'est vraiment très sympa de partager des moments pareils, le prochain objectif, c'est la TDS, 120 kms, 7000 mètres D+ à chamonix fin août.

Toutes les photos sont ici 

http://ezylife.fr/courses/photos-ultra-trail-du-mercantour-90-kms/

 

 

13 commentaires

Commentaire de centori posté le 19-06-2018 à 22:32:58

je suis admiratif. bravo.

Commentaire de christine06 posté le 21-06-2018 à 19:39:03

merci beaucoup

Commentaire de banditblue29 posté le 19-06-2018 à 22:44:21

Bravo! Ce 90 km est finalement la course longue distance la plus accessible compte tenu du dénivelé de la fin de parcours. Il n'empêche, il faut le faire.
La descente de Roquebillière c'est une tuerie.... !

Commentaire de christine06 posté le 21-06-2018 à 19:38:46

oui terrible cette descente :-)

Commentaire de Papakipik posté le 20-06-2018 à 12:24:33

Bravo, la TDS va être très roulane du coup pour toi !
Une petite remarque : le taux de finishers moins important sur le 90 que sur le 145, c'est assez surprenant.

Commentaire de christine06 posté le 21-06-2018 à 19:38:19

Tu as déjà fait la TDS et le Mercantour ? ton avis m'intéresse, la TDS est plus roulante donc ? j'avoue que suite au mercantour je suis un peu inquiète pour la TDS !

Commentaire de pinafl posté le 20-06-2018 à 14:06:11

Je t'ai dépassée sur les derniers kilometres de bitume avant l'arrivée, je pensais être le seul kikoureur aligné sur le 90. Bravo pour en avoir fini et bonne chance sur la TDS!

Commentaire de christine06 posté le 21-06-2018 à 19:37:02

merci et bravo à toi aussi !

Commentaire de Shoto posté le 26-06-2018 à 18:02:40

Bravo à toi. Belle course beau récit et une belle coupe. Tu as fini au mental. Bonne chance pour la TDS.

Commentaire de Thibaud GUEYFFIER posté le 29-06-2018 à 11:14:11

Nonjour Christine tout d'abord bravo pour ta course et merci pour le partage de tes photos également je retrouve l'ambiance des lieus. AU passage pourrais-tu m'indiquer si tu as deux minutes comment tu as réussi à insérer des images dans ton récit. J'ai essayé en directe et par la bande et je ne n'y parviens pas. Merci par avance ;)

Commentaire de christine06 posté le 03-07-2018 à 14:42:46

Bonjour Thibaud, en fait je n'ai jamais trouvé la solution donc je copie le récit que j'ai fait sur mon blog et je le colle sur kikourou, photos incluses. J'aime beaucoup kikourou, je regarde systématiquement les récits des courses que postent les membres avant de faire une course

Commentaire de stphane posté le 01-07-2018 à 09:41:37

Félicitation Christine, j'étais également sur le 90. La descente était compliquée c'est vrai mais quelle vue... Merci pour les photos et je te souhaite une belle TDS

Commentaire de christine06 posté le 03-07-2018 à 14:43:46

merci beaucoup, j'ai repris l'entrainement pour la TDS, ca ne va pas être facile !

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