Récit de la course : FestaTrail - Ultra Draille 2018, par Coureur du 34

L'auteur : Coureur du 34

La course : FestaTrail - Ultra Draille

Date : 19/5/2018

Lieu : Causse De La Selle (Hérault)

Affichage : 820 vues

Distance : 120km

Objectif : Pas d'objectif

6 commentaires

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Mon 1er 120 kms

Dans la série « Mon 1er trail», voici l'aîné, le 120 kms.

J’aborde cette course très fatigué par manque de sommeil ces derniers jours et un niveau d’entraînement à peine comparable à celui du 75 kms de l’Hérault Trail l’an dernier. Malgré tout, je connais très bien le terrain et j’ai une bonne dose d’expérience et de confiance en moi. De toute façon, il est trop tard, nous y sommes, ce qui doit arriver arrivera.

Je pars léger avec un litre d’eau uniquement sur moi (2 flasques de 500 ml re-remplies à chaque ravito, pari réussi), t-shirt et short, veste fine et buff mais pas de chaussettes de contention ni k-way.

 

Causse-De-La-Selle

Un pote coureur nous dépose à 5 heures au village départ, Le Causse-de-La-Selle. Il fait doux et le ciel est dégagé. La toute petite salle municipale nous accueille avec café et croissants. Ce lieu prend vite l’allure de boîte à sardines quand les 2 bus navettes déposent les coureurs embarqués à St Mathieu de Tréviers, notre destination. Nous déposons nos sacs de délestage dans la fourgonnette dédiée qui nous les remettra à Brissac, km 73.

Un coureur au yukulélé, alias le ménestrail, habitué de L’Ultradraille, entame la sérénade devant les bénévoles et coureurs ravis, c’est super sympa. L’ambiance est très détendue, familiale, avec les organisateurs qui sont là à opérer les derniers réglages.

A 5h25, l’adjointe au Maire y va de son court laïus puis AC/DC prend le relai dans un registre notablement différent. On annonce 190 traileurs dans les starting blocks et 15 courageux spectateurs devant l’arche.

Frontale en place, montre absente (avec seulement 12 heures d’autonomie, j’ai préféré la laisser à la maison) et bien moins stressé qu’à l’Endurance Trail des Templiers, j’attends paisiblement le compte-à-rebours avec toujours le même objectif : terminer « propre », sans défaillance et avec un maximum de plaisir. Le trail long, on sait quand il part, on ne sait pas quand il arrive, c’est ce que nous allons voir…

Moteur ? Action ! Le départ est donné pour 120 kms et 5300m D+ par un coup de pistolet.

Le peloton s’étire comme un chat paresseux dans sa corbeille, et rapidement nous quittons le bitume pour une large piste plein nord entre les maisons puis dans la garrigue. Je trottine sur ce long faux-plat montant alors que le soleil pointe « tout doucement » en hommage à bibi. La frontale n’aura été utile que 30 minutes.

Le monde appartient aux traileurs qui courent tôt et La Nature s’offre à nous. C’est très agréable dans le matin naissant et nous prenons de l’altitude petit à petit alors que le décor change : la garrigue rocailleuse fait place à un sol sablonneux, des rocheux ruiniformes, au milieu des pins de Salzman et bruyère. Le profil change aussi : nous grimpons désormais sur un monotrace très resserré et les mains sont parfois nécessaires.

Nous passons quelques clôtures et l’ascension se poursuit, par moments un poil périlleuse et très technique, en limite de falaises. Nous atteignons un 1er promontoire, le Roc des Aucelous (« petits oiseaux » en occitan) au km 6 et des panoramas sur la vallée de la Buège au nord se découvrent, c’est incroyablement beau. Et dire que nous passerons dans l’après-midi de l’autre côté, à quelques kms de là à vol d’oiseau mais dans 60 kms de course. En nous retournant, nous assistons au lever de soleil sur le Pic St Loup, ah le Pic… Ne pas y penser, simplement rester dans le moment présent et avancer.

Le point culminant de cette portion est le Monthaut au milieu des roches blanches calcaires, km 8.

Puis après une courte désescalade, nous atteignons le pied du Caylaret et empruntons un joli monotrace en sous-bois. Passage magnifique au Mas d’Agre, une bergerie en ruines perdue dans les bois avec four à pain, cadran solaire, puits… au km 10,5.

La descente se poursuit avec beaucoup de plaisir désormais. Je réalise que je trotte peut-être un peu vite pour un 120 kms mais je suis dopé par le cadre enchanteur.

S’ensuit un long sentier montant régulièrement jusqu’au pied du Roc de la Vigne, au km 12,5 où nous bifurquons à gauche pour une bascule dans une loooooongue descente vers St Guilhem-Le-Désert.

Cette partie est roulante, et je me laisse emporter dans un trio de coureurs. Déjà des 1ers signes de fatigue alors que ça tape bien dans les jambes : je ne les écoute pas, on en reparlera plus tard. Passage devant ND de Lieu Plaisant dans des paysages extraordinaires. L’Ultradraille n’est qu’une route pavée de cailloux où les pèlerins que nous sommes ne font que passer. D’ailleurs les derniers kms vers le village que nous apercevons tout au fond du cirque martyrisent les jambes.

 

St Guilhem-Le-Désert

Et voilà St Guilhem, en quelques ruelles et un porche. Le 1er ravito nous attend sur la place de l’abbaye, au km 21,5 atteint en 2h44. Il y a peu de victuailles, je refais le plein d’eau et sors mes bâtons Leki 3 brins du sac avant d’affronter l’ascension de 11 kms et 700mD+.

Je calme bien l’allure, je suis seul à repartir sur un long sentier pierreux qui nous mène aux balcons des Fenestrelles en quelques épingles. J’ai rattrapé une féminine à laquelle j’essaie de m’accrocher. Nous avons un court répit à la fraîcheur d’un sous-bois avant de reprendre la grimpette sur un terrain sablonneux et rocailleux. La route des Lavagnes est rejointe tout comme la Font du Griffe, une vieille connaissance pour ceux qui ont fait le Vinotrail 2018. Les choses sérieuses reprennent avec la montée vers le Mont st Baudille, jamais très raide sauf le final mais constante et caillouteuse. Je me laisse décrocher d’un duo qui va très fort, j’ai été stupide de me laisser embarquer. C’est dur, il fait chaud, je souffre. J’ai bien ralenti pour que cela passe mieux, (spoiler : blague Carambar en vue) en relativisant la situation et me laissant guider par mon Einstein.

 

Mont St Baudille

1h48 pour faire 11 kms, pfff... et c’est le ravito no2 au pied des antennes du Mont St Baudille, km 32 en 4h33 de course. J’y apprends que la féminine est 3ème, ce qui veut dire que je suis effectivement rapide selon mon baromètre « podium féminin » (podium que je peux parfois décrocher en grande forme et alignement des planètes). Ce ravito est aussi frugal que le précédent, j’y grignote des quartiers de bananes, des TUCs et surtout j’y refais le plein d’eau, impératif avec la chaleur. Nous apercevons tout au loin le Pic St Loup, ah le Pic…

Je repars entamé par cette longue montée, d’abord sur de larges pistes terreuses puis une longue portion de montagnes russes par les crêtes du Pioch Farrio -> Pioch de Roquebrune -> Pioch de Fraïsse-> Roc des Agrunelasses -> Pioch de la Boffia (km 39.5). Pioch, ça veut dire que colline en occitan, et comme ça monte, (attention, blague Carambar is coming) je pioche dans mes réserves mentales. La 3ème féminine pioche aussi.

Enfin, le profil se radoucit, le chemin s’élargit et nous basculons dans la Vallée de la Buèges vers Pégairolles-de-Buèges par une piste rocailleuse et en épingles. Je reste au contact de la féminine, nous traversons la route des Lavagnes, puis courte descente suivie de la montée vers le village et le ravito no3. Depuis une vingtaine de minutes, il fait un temps de lama : du crachin.


Pégairolles-De-Buèges

Le village se mérite car il est perché et les derniers mètres sont rudes. La pluie prend de l’ampleur et soudain, c’est l’orage qui oblige les bénévoles à débarrasser en catastrophe les tables du ravito pour les mettre à l’abri. J’ai juste le temps d’attraper du pain, du saucisson et du fromage et j’improvise un sandwich ramolli à l’eau de pluie sous un arbre. Je voulais marquer une bonne halte à ce joli ravito au cadre bucolique mais trempé jusqu’aux os, je ne pense qu’à repartir pour bouger et me réchauffer. Dommage… C’était le km 47.5 et 6h43 de course.

 

Nous descendons (ça glisse) et remontons au Hameau de la Méjanelle, rejoignant ainsi le parcours du 75 kms : mon moral dépose un préavis de grève mais heureusement, la pluie commence déjà à cesser et nous a rafraîchi. Le tonnerre, lui, continue à gronder au-dessus de nos têtes, inquiétant les Gaulois que nous sommes, exposés sur les crêtes mais sa menace se tiendra à distance.

La montée de Peyre Martine est redoutable et je fais un break en arrivant au Cirque de la Séranne parmi des bénévoles enjoués. Je leur sors ma blague culte « L’ascenseur est en panne, il faudra penser à le faire réparer ». Là, un coureur très cool, Jo, me rattrape et marque également cette pause. Nous ferons un bout de trail ensemble jusqu’à Brissac, un des bons côtés du trail où l’on croise des gens et partage des tranches de vie.

Malgré cette halte, nous rattrapons la 3ème féminine qui fait le yoyo et n’est pas au mieux. La présence de Jo m’aide à ne pas penser à la fatigue qui m’a envahi. Je lui fais remarquer que l’on voit de l’autre côté de la vallée le Monthaut où nous sommes passés tôt ce matin. Grimpette vers Peyre Martine, passages en descente dans les bois en large piste, coupes de troncs, puis plongée vers St Jean-de-Buèges encore et toujours dans les cailloux. Dutronc s’est trompé, ce n’était pas « Le monde entier est un cactus » mais « est un caillou » qu’il fallait chanter.

 

St Jean-De-Buèges

Le ravito no4 est abrité, je m’assoie 15 minutes et me repose : soupe à la tomate, jambons, tucs, bananes sous les airs de yukulélé du ménestrail : ce gars est extraordinaire de bonne humeur malgré la distance. 8h54 et km 57. 2h pour faire 10 kms, ça pique mais ce n’est pas fini, il reste le Roc Blanc au menu.

Je repars tranquille avec Jo et je serre les dents dans la montée du Roc Blanc. Il me distance inexorablement, je fais des pauses régulières. Sur le plateau, je m’arrête, comme à Peyre Martine et je tente de récupérer, ça ne va pas fort. La 3ème féminine est au plus mal également et comme souvent, la souffrance des uns fait la vigueur des autres alors je repars au petit trot dans les roches et la garrigue basse vers le redoutable Requin Roc Blanc que l’on voit au loin. Je rattrape petit à petit Jo, ce qui me requinque. La fatigue n’est qu’une information que j’essaie d’ignorer.


Le Roc Blanc

Jo et moi rediscutons jusqu’au sommet, km 65 et 11h14 de course, 5ème ravito. Qui voit-on au loin ? Le Pic St Loup, ah le Pic qui tutoie le ciel à l’horizon… Paradoxalement, ça va mieux, je mange un peu et range les bâtons pour la longue descente vers Brissac. La 3ème féminine est larguée, elle ne nous reverra plus.

La descente se passe tout en gestion, en contrôle, en récup pour essayer de limiter la grosse fatigue qui m’habite. Nous reprenons la discut mais sur le final, Jo décroche un peu.

 

Brissac

Nous arrivons à la base de vie de Brissac, km 72 en 12h25, les cuisses en copeaux, les mollets en marmelade. Enfin un gros ravito avec pâtes et saucisses, bières et vin… Mais le top, c’est ma femme qui m’a fait l’excellente surprise de m’attendre là, et ça, ça n’a pas de prix. Mon moral crève le plafond, je suis au bord des larmes, aux anges, sur un petit nuage, merci, merci, merci. Je m’allonge dans un transat et profite du moment. Un autre pote me rejoint, c’est super sympa et tout cela restera le meilleur moment du trail pour moi, convivialité et repos. J’ai récupéré mon sac de délestage, je refais le plein d’eau « améliorée » et de barres énergétiques. Je mange tant bien que mal des pâtes et de la saucisse et soudain, le froid m’envahit, je grelotte. On me couvre mais je veux repartir pour me réchauffer. Je vais voir Jo qui prolonge encore sa pause alors je repars seul après avoir ressorti les bâtons. Jo terminera 30 minutes derrière au final…

Boosté, je traverse avec un rythme décent la longue section roulante menant à ND De Suc (km 75) jusqu’au pont de St Etienne d’Issenssac (km 80,5). J’ai récupéré Charles, un autre coureur sympa avec lequel je vais faire le yoyo. La montée vers la Guichette est d’abord tranquille et puis j’ai le bide qui a des ratés, le moral dans les choux pour faire dans la métaphore potagère et la fatigue qui joue au boomerang. Le dernier km jusqu’au ravito est un calvaire, km 84,5 en 14h53. Le Dieu du trail m’a tourné le dos.

 

La Guichette

Les bénévoles sont adorables et mettent l’ambiance. Je m’assoie et essaie de récupérer : impossible d’avaler autre chose que de l’eau et en quelques minutes, je me refroidis et claque des dents, ça ne va pas du tout. Je me maudis de ne pas avoir pris plus chaud qu’une légère veste que j’ai enfilée à Brissac. Je repars alors en marchant vite pour me réchauffer dans le sous-bois du Bois de Garde. La nuit commence à tomber, c’est par là que j’avais prévu de remettre la frontale initialement. Marcher vite me convient, je ne change rien et avance dans ma bulle. Descente vers le Ravin des Arcs, traversée du ruisseau Lamalou par un pont de fortune : plouf, un pied dans l’eau, wopitain ! Tant pis pour le floc-floc, nous remontons du Lamalou par une piste balisée caillouteuse, alors que la pénombre se fait plus dense. Heureusement, l’éclairage naturel des roches calcaires blanches assure une visibilité correcte.

Je suis rejoint par Charles qui envoie du bois, je m’accroche (Charles, attends !) et nous rejoignons un groupe de 5 coureurs. Le soleil rend le jour à la nuit, leur frontale est allumée, je suis à la traîne mais reste au contact jusqu’à l’ancienne carrière de la Suque et un ravito avant la traversée de la route (km 90.5). C’est là qu’il fait désormais nuit noire alors j’allume également ma frontale. La portion qui s’annonce me terrorise, 12.5 kms jusqu’à St Martin de Londres : l’an dernier, j’y avais laissé des plumes, taille autruche. Même s’il n’y a pas de difficulté majeure, c’est interminable et sans repère. Les organisateurs ont annoncé une modification en 2018 : rallonge d’1 km mais plus roulant dans l’ensemble.

Le groupe de 5 dont je fais (plus pour longtemps) partie se lance vers St Martin. Nous montons puis basculons vers une piste large. Le groupe a explosé, moi avec et je suis de plus en plus en retrait. Tant pis, je me laisse décrocher, je n’ai pas l’énergie. Je me recentre sur moi, capte les bonnes ondes autant que je peux et réceptif à mon environnement : la température est douce, la lune en croissant et les étoiles sont comme des tâches de rousseur sur le visage du ciel nocturne. J’éprouve de la gratitude et toute la chance d’être là. Le bruit des animaux me distrait et m’intrigue : nous devons passer à côté de mares d’après les croassements des grenouilles. Des oiseaux se répondent, des branches bruissent, un papillon de nuit se prend dans ma frontale. Nous enchaînons plusieurs pistes, c’est effectivement plus roulant que l’an passé. Je suis isolé dans la sphère de mon faisceau lumineux comme une souris dans sa roue, sans idée de ma destination ni de ma progression, dans un tunnel sans fin. Une grosse et longue montée dans un pierrier me siphonne le peu de jus qu'il me reste, c’est dur et en plus, c’est dur.

J’aperçois enfin dans la nuit les lumières d’habitations vers St Martin de Londres. Je récupère une paire de coureurs en perdition, oui, c’est possible, il y en a plus mal que moi. Et je retrouve Charles aussi mal en point, qui parle d’abandon alors qu’il reste 2 kms avant le ravito.

St-Martin-de-Londres

Nous rentrons dans le village pour descendre en son centre dans la grande salle des fêtes : il est presque minuit, l’heure du crime : moi, c’est le Roc Blanc et La Guichette qui m’ont tué. Km 103 et 18h10 de course, minuscule satisfaction, j’ai battu mon record de distance (100 kms) mais à quel prix. Je m’assoie sur une chaise, hagard, au bout du bout du rouleau (soit la lettre « u ») : cette dernière section m’a tout pris, le courant est coupé, je suis une coquille vide, mes jambes un champ de ruines. Je ne sais pas si ni comment je vais repartir. Les bénévoles toujours aussi sympas sont aux petits soins et j’ai droit à un massage des jambes. Cela me touche mais n’y change rien. Je déglutis des pâtes trop cuites qui baignent dans de l’eau tiède que l’on m’a tendue. J’ai autant envie de les avaler que de siroter l’eau d’un pédiluve. Il me faudrait du pain elfique pour repartir mais point de Hobbits à l’horizon. Et bang, je reclaque des dents, grelotte comme un nudiste parkinsonien sur la banquise en hiver. Alors j’emprunte la doudoune d’un secouriste et me réchauffe tant bien que mal. Il faut impérativement que je reparte pour réactiver ma chaudière. Dans la salle, Charles est réconforté par des potes, il n’a pas l’air au mieux.

La 2nde féminine est là, tout à côté, en train de se préparer pour repartir. La 2nde féminine, ce n’est pas possible, qu’est-ce qu’elle fait là ? Une bénévole me propose de repartir avec elle mais je me sens trop faible pour l’instant. Et pourtant, le corps recèle des ressources cachées, un peu comme le tube de dentifrice, on croit qu’il est vide mais il en reste toujours un peu en appuyant fort dessus. Alors j’appuie fort, et je me lève, et je remarche et je ressors de cette salle et en avant vers le Pic, ah le Pic.

Dehors, j’ai sacrément froid, je tente un petit trot (on parle d’un gros 6 km/h là, n’exagérons rien) et à nouveau, je sens la chaleur me requinquer.

Passés ces vicissitudes, je sors de St Martin, direction Mas-De-Londres où j’aperçois un trio de coureurs dont la 2ème féminine.

Je suis tout ce monde à distance de frontale et nous plongeons dans vers le Lac de la Jasse. Malgré la descente, j’ai du mal à courir, uniquement par petites portions et malgré tout, je rattrape et dépasse la 2nde féminine, ce doit être une hallucination.

Au niveau du lac, nous partons à droite et ça monte lentement mais sûrement jusqu’à la face Nord du Pic, ah le Pic. Montée raide en sous-bois puis montée plus douce vers le col des tours ruinées. Je suis exténué, balaie d’un revers de la main les cahots de mon moral et ne lâche rien. Tout en haut, bascule vers Cazevieille où j’arrive à trottiner.


Cazevieille

Ultime ravito atteint en 20h17 de course, km 112 (2 heures pour faire 9 kms, qui dit mieux ?)

Les bénévoles me demandent ce que je veux : « Un bol de moral et un grand verre d’énergie » fais-je le malin. Ce à quoi répond l’un d’eux « Avec une paille ? ». J’esquisse un sourire et réponds dans un cri de tendresse mal dissimulée : « On va y arriver, ‘kulée de sa race de vérole bubonique de meeeeerde, c’est dur, mais on va y arriver. ».  Je mange une banane qui est finalement le seul aliment digeste pour moi : c’est bien la preuve irréfutable que l’homme descend du singe. Puis il faut se bouger le train une dernière fois pour atteindre le terminus (humour de traileur en dérive).

Alors je repars une dernière fois alone in the dark. Ascension interminable du Pic tout en marchant, bascule à la Croisette mais pas d’euphorie car descente très très pénible surtout de nuit, aucun risque, je continue à marcher. Puis quelques monotraces de terre où je trottine pour faire semblant d’être vivant. Et voilà Charles qui me dépasse en courant d’air, Charles magne, c’est incroyable ! Plus bas encore, c’est moi qui dépasse les derniers coureurs du 75 kms, c’est doublement incroyable…

Et là, arrivé au parking du départ du GR, je recours jusqu’à l’arrivée, ben ouais, c’est reparti, je termine tranquille sans blessure ni défaillance malgré toute la fatigue qui m’a tenu compagnie depuis très tôt la veille.


St-Mathieu-de-Tréviers

Il est presque 3 heures 30 du matin, des jeunes qui sortent ou rentrent de soirée m’encouragent dans leur voiture, c’est marrant. J’arrive enfin sous l’arche que je connais très bien franchie en solitaire alors que s’affiche mon temps sur l’écran tout proche : 22h02 pour 120 kms et 37ème. Si le temps n’est pas terrible, le classement me laisse pantois, avec l’impression d’avoir été dans le dur depuis le début et pourtant ça a tenu tant bien que mal (j’apprendrai a posteriori avoir été classé 40ème à St Guilhem et avoir constamment oscillé entre la 43 et 38ème place). Pas d’enthousiasme particulier, peut-être trop de fatigue contenue. Je rentre dans la salle, refuse le repas de lentilles et la bière (c’est dire si c’est grave) que l’on me propose. Je veux juste boire un peu de café chaud puis prends le t-shirt Finisher et vais directement me coucher comme un clochard dans ma voiture garée à proximité.


L’Ultradraille, c’était ultra-dur comme du caillou, des bénévoles extraordinaires, vraiment, et de beaux paysages. Mais c’était dur aussi (peut-être l’ai-je déjà dit).

6 commentaires

Commentaire de peky posté le 02-06-2018 à 16:42:43

bonjour,

Beau récit pour une belle course sur un beau parcours.
Spécial pour amateur de cailloux!

Je connais bien le coin pour m'y entrainer, cela me suffit.

Bravo

Commentaire de PhilippeG-586 posté le 02-06-2018 à 21:11:54

Félicitations à toi coureur du 34 (j'imagine que tu es du coin ? ;-) )

Tout d'abord ton récit est extra, plein d'humour sur la fin et grâce à toi on revit le parcours en apprenant plein de choses, de noms sur un tracé que j'ai bien aimé.
Bravo pour ta 1 ère course de plus de 100km, pas facile celle-ci mais tu t'y attendais.

Un parcours très sauvage à découvrir.

(Pour la petite histoire, j'ai couru un bon moment avec cette 2e féminine et je peux te dire qu'elle allait bien plus vite que moi en début d'épreuve, elle bataillait avec la 1ère et la suite est une autre histoire...)

Sinon, j'ai eu plus de chance que toi, pas une goutte de pluie :) Çà tonnait autour et mouillé par terre par endroit.

Bonne récup à toi.
Philippe

Commentaire de Coureur du 34 posté le 03-06-2018 à 08:37:23

Merci Philippe! Et félicitations surtout à toi pour ton super chrono et classement.

Si j'avais écrit ce compte-rendu le lendemain de la course, il y aurait eu beaucoup moins d'humour, crois-moi :-)
Heureusement, deux semaines après, l'envie est revenue, d'écrire comme de courir.

Commentaire de PhilippeG-586 posté le 03-06-2018 à 10:32:49

Merci;
J'ai oublié de te dire que tes autres récits des autres distances et des autres années sont également très bien écrits.

Beaucoup d'humour et de jeux de mots, c'est génial !

Tu sais bien prendre du recul et te moquer gentiment de ton état et l'on se met très facilement à ta place car nous passons par ces mêmes réflexions lorsque le moral est soit à la hausse lorsque tout va bien, soit au plus bas comme cela se produit sur chaque ultra.
C'est en partie ça la magie de ce genre d'épreuve.
Bonne reprise à toi et au plaisir de te lire :-)

Philippe

Commentaire de boutentrail posté le 29-10-2018 à 12:36:49

Bonjour, et félicitations 5 mois plus tard ! Et merci pour ton CR plein d'humour et de poésie !
J'envisage cet Ultra Draille en 2019. Je ne connais pas la région et pourquoi pas le faire en courant/marchant ?!
Le conseilles-tu ? Je lis que certains ravitos sont "limite" en quantité/qualité ?

Commentaire de Coureur du 34 posté le 30-10-2018 à 12:39:26

Bonjour Boutentrail,
C'est un trail sympa pour découvrir les paysages typiques de l'arrière-pays héraultais et les grands spots classiques du coin avec notamment les passages par St Guilhem Le Désert, le Mont St Baudille, le massif de Séranne, la vallée de la Buège, le Ravin des Arcs et le Pic St Loup.
Après, il faut "aimer" courir sur du caillou, le calcaire de nos garrigues, et ça frôle parfois l'indigestion.
Pour les ravitos, ce n'est pas l'opulence en effet comparé à d'autres ultras mais ça ne m'a pas dérangé plus que ça. Je carbure aux quartiers de banane et le ravito de Brissac reste très correct.

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