Récit de la course : Marathon des Vins de la Côte Chalonnaise 2018, par cyrille71

L'auteur : cyrille71

La course : Marathon des Vins de la Côte Chalonnaise

Date : 31/3/2018

Lieu : Givry (Saône-et-Loire)

Affichage : 367 vues

Distance : 42.195km

Matos : Saucony Kinvara 7
Forerunner 920xt
Gilet trail porte flasques Kalenji

Objectif : Faire un temps

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Marathon des vins de la côte chalonnaise

C’est quelque chose une première fois !


Quoiqu’il arrive, qu’elle soit réussie ou ratée, on la garde toujours en mémoire avec une certaine émotion. C’est aussi quelque chose de précieux une première fois, elle n’a pas de seconde chance, alors quand elle arrive il faut en profiter à fond !


En ce qui concerne mes premières fois en course à pieds elles m’ont toutes laissé des souvenirs marquants.Je me souviens très bien de ma première “vraie” course, le semi-marathon de Paris en 2004. C’était ma dernière année d’étude supérieure et vie parisienne oblige j’avais troqué mon VTT pour des runnings, j’avais alors tout à apprendre, les entraînements, la gestion de course, les blessures…Je mettrai plus de 10 ans à revenir sur ce format de course tant j’avais trouvé traumatisante la préparation d’une épreuve sur route.

Mon premier vrai trail en montagne, août 2011 au départ de Névache dans les Hautes-Alpes pour la Skyrace du Thabor. Une course avec beaucoup d’émotion pour moi sur des chemins que j’avais tellement parcourus l’été avec mon petit frère lors de nos randos en itinérance, comme une forme de pèlerinage. La révélation aussi des spécificités d’une telle course d’un point de vue musculaire, mon approche de la préparation spécifique au trail s’en trouvera changée.

Enfin mon premier gros ultra l’année dernière sur la TDS reliant Courmayeur à Chamonix, 119km de découverte de paysages et de moi-même. Une expérience presque en dehors du temps celui-ci prenant alors une dimension toute particulière, ne plus raisonner en km mais en heures de course et apprendre à dépasser les signaux envoyés par le corps. Si le corps nous porte c’est bien la tête qui le fait avancer.


Samedi dernier j’ai pu de nouveau goûter à l’ivresse d’une première fois en course à pieds, qui plus est sur route, avec mon tout premier marathon. J’avais pourtant souvent dit que le marathon ça n’était pas pour moi, que je m’éclatais trop en trail pour revenir sur un format route à base de premier km pour se mettre dans le bon tempo puis deuxième km pour checker l’allure et ensuite la maintenir si possible jusqu’au bout. Et puis si j’avais déjà mis si longtemps à revenir sur semi-marathon c’était aussi parce que mon corps supportait mal les contraintes de l’entraînement sur route avec de gros fractionnés, trop de blessures et trop de douleurs.

Alors comment ai-je bien pu me retrouver au départ du marathon de la côte chalonnaise ce samedi 31 mars...Et bien à la suite de mon échec au tirage au sort de l’UTMB je me suis retrouvé un peu désoeuvré, on venait de me priver de cet objectif qui soutendait mes deux dernières saisons de trail et j’avais clairement besoin de trouver un autre challenge pour me remettre en route. Le triathlon attaqué au club de Montceau les Mines en septembre en est bien un mais mes débuts en natation étant laborieux je ne peux pas cibler d’objectif à court terme dans cette nouvelle discipline. Par contre les entraînements de course à pieds du mardi soir au club m’auront permis de renouer avec les séances de piste et de travail d’allure et je me met à apprécier cette alternance après la grosse saison d’ultras que je viens de réaliser. Alors quand en plus je me rends compte qu’ils sont nombreux de Courir Moroges ou bien du club de tri à tenter l’aventure...Ni une, ni deux, mi janvier la décision est prise, mon prochain objectif sera donc sur marathon !


L’avantage du marathon de la côte chalonnaise c’est qu’il est taillé pour les traileurs, 500m de dénivelé, un parcours très cassant avec de nombreux passages dans des chemins, beaucoup de relances et finalement un rythme de course pas franchement régulier et donc un effort à gérer sur la durée qui se rapproche de ce qu’on peut trouver sur les trails du coin. En plus je connais bien une partie du parcours, celui-ci est magnifique !

Mon dernier semi-marathon réalisé à Beaune en novembre dernier présentait un dénivelé de 250m, pile la moitié. Je peux donc m’appuyer sur la perf réalisée alors, 1h28min, pour estimer mon temps de course sur ce marathon si particulier, ce chrono m’invite à partir sur un temps de course aux alentours de 3h15min soit un rythme de 4min38s au km. Le profil du parcours présente deux grosses difficultés, la première juste après le passage au semi et la deuxième après le 34ème km, j’estime alors que sur ces deux montées je vais perdre environ une minute au km soit au total 5 à 6 minutes sur la course. Pour tenir l’objectif de 3h15min il me faudra donc partir sur un rythme de 4min30 au km soit une base de 3h10min à laquelle s’ajouteront ces 5 minutes lâchées dans les montées.

Je vais alors axer ma prépa sur cette objectif avec beaucoup de travail à allure spécifique marathon en prenant en référence cette allure de 4min30s au km. Une prépa qui comme souvent sera faite de hauts et de bas, des séances durant lesquelles cette allure marathon paraît facile et d’autres qui me laisseront exténué et circonspect sur le fait de pouvoir la tenir pendant plus de trois heures. Une semaine de gastro qui me fatiguera beaucoup suivi d’une très belle perf sur le trail des trois châteaux. À une semaine du départ l’allure est en place, le cardio est nickel, pas de dérive constatée lors des dernières séance de travail en balayage d’allures. Je vais repérer la dernière difficulté de la course, la côte de Barizey à 30min en courant depuis la maison (et oui, je joue à domicile !) que je monte à l’intensité marathon, 3 kilomètres qui me confirment que le jour de la course ce sera bien au minimum une minute au km que je vais lâcher ici. Une dernière semaine avec de petites sorties pour que le corps se régénère bien, la prépa est faite, il n’y a plus qu’à !


Givry samedi matin, la brume qui recouvre la côte chalonnaise commence à se lever et laisse entrevoir une magnifique journée. On retrouve les copains de Courir Moroges pour quelques photos de groupe, un coucou aux copains du club de tri de Montceau et à Jérôme qui avait bouclé ce marathon l’année dernière en 3h18min et dont la course ce jour là m’a beaucoup inspiré pour mon propre plan de course. Cette année il est là pour faire le meneur d’allure et enchaîner les kilomètres en vue d’un ultra fin avril. Il est maintenant 9h25, j’arrive derrière la ligne, en plus du chrono de 3h15min je vise un top 20 donc je me place à l’avant du peloton sachant que nous sommes près de 500 au départ, 9h30, celui-ci est donné ! Je trouve tout de suite l’allure, mes jambes la connaissent par coeur. Un petit coucou à ma chérie qui prendra pour sa part le départ du 10km nature, gros défi aussi pour elle. Premier km pour me mettre dans le tempo puis deuxième km, je check l’allure, 4min30s, maintenant il faut tenir ! Mais non, ce qui est valable sur un marathon plat et roulant ne l’est pas ici, très vite nous attaquons un premier chemin à la sortie de Dracy le Fort qui vient nous rappeler que les derniers jours furent pluvieux. C’est glissant, boueux et à ce moment j’ai une petite pensé pour ceux qui passeront ici en milieu et fin de peloton et trouveront un terrain labouré par les centaines de concurrents déjà passés. Je sais que la première moitié de course est la plus facile donc je reste concentré sur mon allure tout en essayant d’absorber au mieux les petites bosses et relances en maîtrisant le cardio. J’ai fait le choix de partir avec un petit gilet d’hydratation pour gérer mon ravitaillement sur la course et je ne m’arrête donc pas aux différents ravito de l’organisation comme au château de Germolles, l’habitude de courir en trail et en autonomie est trop ancrée en moi. Par contre l’allure est confortable et je profite à fond de l’ambiance de course, le public, les encouragement, les fanfares et autres groupes de musique présents sur le parcours. Passage au semi à Rully en 1h33min pour 1h35min visé, un poil rapide mais rien de rédhibitoire, je me sens bien et prêt à attaquer la deuxième moitié de course, la plus dure, avec une première grosse montée qui se profile.


Ce premier mur c’est 100m de dénivelé avec des passages à 12% sur 3km. L’idée était donc de l’effacer sans se mettre dans le rouge et en ne cherchant pas à forcer l’allure pour ensuite dérouler en souplesse dans la descente qui suit pour ne pas se flinguer les cuisses, bref ne pas chercher à reprendre le temps perdu dans la montée. Les trois kilomètres sont donc avalés à une moyenne de 5min30s au km, une minute au kilomètre de perdue, pile dans l’objectif. Relance en souplesse dans la descente, le plan continu de se dérouler sans accroc. J’avais ensuite compté 8km à peu près plat avant d’arriver au pieds de la deuxième grosse montée de ce marathon, 8km que je pensais pouvoir négocier à mon rythme cible sans me mettre dans le rouge. Dans les faits je me rends rapidement compte que ces huit kilomètres ne sont pas si roulants, on passe notre temps à évoluer en faux plat montant ou descendant, on passe dans de petits chemins bien tortueux et qui viennent casser le rythme. Loin de dérouler comme je le pensais je commence en fait à taper dans mes réserves pour maintenir l’allure. Une butte herbeuse à monter dans Mercurey avec de nouveau une relance en haut avant de basculer dans la vallée des vaux, passage à Saint Martin sous Montaigu avec de nouveau une succession de petites bosses qui font mal, nous sommes au 30ème kilomètre et je sens que la foulée commence à se dégrader. Je me force à maintenir l’allure au fond de la vallée des vaux mais je sais déjà que la montée de Barizey sera difficile, je me prépare mentalement à souffrir.


Le 34ème kilomètre est franchis en 2h38min, il me reste 37min pour atteindre l’objectif de 3h15 et il faudrait donc que je finisse en moins de 4min30s de moyenne les kilomètres restants. Un rapide état des lieux du bonhomme me fait comprendre que l’objectif chrono sera difficile à atteindre alors que j’attaque cette dernière grosse difficulté, 130m de dénivelé en 3km avec encore une fois des passage à 12%. En trail je ne me formaliserais pas d’une bosse comme celle-là mais ici après déjà tout ce temps passé à un rythme soutenu les cuisses commencent à crier. Les crampes commencent à monter alors je me résigne à réduire l’allure même si je sais que le temps perdu ne se rattrapera plus. Le calcul est plutôt inverse, le temps que j’abandonne dans cette montée me permettra de relancer malgré tout au sommet et de finir convenablement ce marathon. Pour la première fois de la course je m’arrête à un ravitaillement, cela me permet de laisser refroidir un peu les jambes et de fractionner cette côte. J’entends alors que Camille arrive elle aussi au ravitaillement, nous avions le même objectif chrono sur cette course et à la faveur d’un départ légèrement plus rapide je la devançais d’une petite minute environ depuis le début. Je décide alors de l’attendre pour repartir avec elle et nous relançons ensemble sur le petit replat au milieu de Barizey avant d’attaquer la fin de la montée.

À la sortie du village je suis obligé de la laisser filer pour ne pas me mettre dans le rouge, la pente s'aplanit alors et nous débouchons au dessus du village de Jambles. Une route en balcon nous emmène vers une ultime bosse au dessous du château de Charnaille, j’arrive à remettre du rythme et à retrouver mon allure cible. Je sais que j’ai perdu beaucoup de temps dans cette montée de Barizey mais je sens aussi que si je ne lâche rien le chrono sera quand même assez bon alors je relance encore dans la descente en direction de Givry, une descente assez raide et dans les chemins qui m’est favorables et dans laquelle je rattrape deux ou trois coureurs. J’ai toujours Camille une trentaine de seconde devant moi mais je n’arriverais pas à combler l’écart. Un dernier coup d’oeil sur la montre pour me rendre compte que je finis quand même à une vitesse très correcte et j’arrive sur le tapis rouge duquel nous sommes partis il y a maintenant quelques heures.


Le chrono s’arrêtera sur 3h18min39s, pas si loin de l’objectif de départ, la casse aura finalement été limitée. Camille finira 25s devant moi et seconde féminine, félicitations ! Je suis classé 19ème sur 446 finishers, cet objectif là est pour sa part atteint. Benoît, le coach course à pieds au club de tri avec qui j’aurais fait tant de séances finira en 3h20min, belle course pour lui aussi.

Je retrouve ma chérie derrière la ligne, elle aussi a fait une belle course et est super contente de son 10km nature. Avec le peu d’entraînement qu’elle avait avant le départ elle peut vraiment être fière !

Ce n’est pas la course la plus dure que j’ai pu faire, ni la plus longue, pas non plus celle où j’aurais le plus souffert ou le plus douté mais je suis pourtant à ce moment là au bord des larmes. C’est une grosse décharge émotionnelle que je suis en train de ressentir et qui me traverse des pieds à la tête, c’est quelque chose une première fois !

Quelques jours plus tard je tire un bilan très positif de ce premier marathon, je me suis bien fait plaisir et j’aurais su construire un plan de course réaliste et le tenir presque jusqu’au bout, sans m’effondrer. En regardant en amont je sais maintenant que je n’ai pas fait assez de dénivelé dans ma prépa pour pouvoir mieux passer les bosses, concentré que j’étais sur le travail de l’allure spécifique. Sans doutes pas assez de sorties longues non plus. Plusieurs éléments qui me donnent envie d’y retourner, décidément il y a toujours un challenge à relever !


1 commentaire

Commentaire de freddo90 posté le 08-04-2018 à 13:18:21

Bravo pour ton temps sur ce marathon piégeux en effet, le 2ème semi est vraiment dur avec toutes les petites relances et le 35ème km...

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