Récit de la course : Eco-Trail de Paris® Ile de France - 80 km 2018, par marathon-Yann

L'auteur : marathon-Yann

La course : Eco-Trail de Paris® Ile de France - 80 km

Date : 17/3/2018

Lieu : St Quentin En Yvelines (Yvelines)

Affichage : 1009 vues

Distance : 80km

Objectif : Pas d'objectif

6 commentaires

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The Mud Day

Tout avait pourtant bien commencé. La météo annonçait une journée plutôt agréable, à peine perturbée par des averses éparses. Avec mon ami Hervé, nous avons eu la bonne idée d’aller prendre le bus à Saint Rémy, bus qui nous a confortablement conduit jusqu’à Saint-Quentin-en-Yvelines. Après un bon café, nous avons eu tout le temps de nous préparer. Il fait bon ce matin, en sortant le chien j’avais même un instant envisagé de courir en short, mais le vent frisquet balayant la base me convainc sans peine de partir plus chaudement vêtu. Je suis heureux d’être là, à peine contrarié d’avoir perdu ma casquette pendant le trajet.

Nous retrouvons mes amis Laurent et Arnaud. Forts de nos deux précédentes participations, avec Laurent, nous pouvons jouer aux anciens combattants, donnant des conseils à Hervé et Arnaud pour qui se sera la première. Arnaud me rapporte une anecdote de mon premier Ecotrail, qu’il a lue sur kikourou : j’avais mangé une compote volée aux enfants, compote qui s’était révélée périmée et immangeable. Cela me touche. Mes récits, je les considère comme des anciennes photos de classe, que je regarde avec un brin de mélancolie et d’amusement. Voir que d’autres les lisent et s’en souviennent me semble extraordinaire.



Les quatre mousquetaires. On a l'air heureux : normal, on ne sait pas ce qui nous attend


Mais trêve de bavardages, place à la course. Ce sera chacun son rythme. Pour ma part, après avoir couru les dernières éditions en 8h21 et 8h11, j’ai envie d’aller taquiner les 8h. Je m’autorise donc à courir jusqu’à Buc à 12 km/h, après, on verra. Cette première partie est sans difficulté. Je déroule sur un terrain que j’apprécie, je m’amuse vraiment à dévaler les escaliers après la passerelle, hésite à m’arrêter au café de Saint-Quentin-en-Yvelines pour chercher ma casquette, et quand il y a quelques flaques, je suis un conseil lu sur kikourou : « droit dedans ». Seule contrariété, ma montre perd le signal GPS et reste bloquée sur 10,57 Km. Pas génial pour contrôler son allure !

Alors que je me demande si je vais devoir courir tout le long à la sensation,  un coureur me reconnait : il s’agit de double_U, rencontré sur cette course il y a deux ans. Il m’annonce que nous avons parcouru 14 km, à plus de 12 km/h. J’essaie de ralentir. Quelques kms plus tard, ma montre constatant que je n’ai pas bougé (sic) se mets en pause, je ne sais même plus depuis combien de temps je cours ! Je la remets en route et me dis que tant que je serai près de double_U, je serai à la bonne allure.

Arrivée à Buc, j’essaie d’appliquer un autre conseil glané sur kikourou : ne pas m’arrêter trop longtemps pour ne pas prendre froid. Je rempli mes poches d’amandes et raisins secs, bois un verre de coca, et repars. Dans mon esprit, le point d’eau de Meudon ne compte pas, prochain ravito dans 35 km.

Ma montre semble dans de meilleures dispositions, et mes jambes répondent toujours bien. Je rattrape d’ailleurs un copain triathlète et lui dis comme je suis content de voir que les chemins sont courables. La neige se mets à tomber, c’est plus joli que gênant, je ne souffre pas du froid. Par contre, je sens une gêne dans ma chaussure, un caillou ? Ca devait arriver, à force de courir droit dans les flaques. J’enlève ma chaussure et ma chaussette déjà détrempée mais ne vois rien. Je repars, la gêne est toujours là, je crains une ampoule.



Et là j'ai cette parole prémonitoire : c'est cool, les chemins restent courables


Les kms s’égrènent. A ma surprise, la neige commence à tenir. Ce n’est pas gênant, même si le terrain est de plus en plus gras et humide. Je ne peux me fier ni à ma montre ni à mon GPS, mais je continue à doubler, c’est rassurant. J’arrive à Meudon. C’est un ravito que j’aime bien, pour la vue et la gentillesse des bénévoles, même si je sais qu’il peut y faire très froid. Je sais que ce n’est qu’un point d’eau, mais je tente ma chance : « il y a un secouriste ? » « Oui, je le cherche ».  Le jeune bénévole cherche, téléphone, mais ne trouve pas le secouriste (peut-être occupé par des choses plus importantes), je repars donc pour 11 kms.

La neige continue de tomber, et le terrain devient catastrophique. Quelques courageux spectateurs nous regardent. Un petit garçon demande à son père « Pourquoi ils courent comme ça ? ». Celui-ci répond cette tranquille évidence : « Sans doute parce qu’ils aiment ça ». Ces quelques mots me poursuivront longtemps.

Les difficultés s’enchainent : chemins boueux, voire marécageux, que je traverse en mode « droit dedans », parce qu’un inconnu a dit sur kikourou que c’est la bonne stratégie, et qu’il a sans doute raison. Un concurrent profite d’une côte pour appeler son épouse : « les montés sont glissantes, les descentes dangereuses, impossible d’avancer sur le plat. Non, je ne pense plus au temps, tout ce que je veux maintenant c’est rentrer, comme tout le monde ». Je lève le pouce en signe d’approbation.



The Mud Day (photo : page Facebook de l'Ecotrail)

Chaville. Sans un regard pour le ravitaillement, je me dirige droit vers la tente de la protection civile. « Quelqu’un peut soigner une ampoule ? » « « Oui, bien sûr ». Les deux secouristes me font assoir sur une chaise, qui s’enfonce dangereusement dans la boue, prennent mon nom, mon numéro de dossard, me font déchausser et cherchent désespérément une ampoule. Sans la voir, jusqu’à ce que quelqu’un leur demande « pourquoi vous ne demandez pas au podologue qui est dans la tente à côté ? » Ils vont le chercher, et celui-ci trouve une ampoule sous le pied, qu’il soigne de tout son cœur. Pour faire la conversation, je leur demande s’ils ont beaucoup de monde : « non, mais sur le 80, vous n’êtes qu’une grosse centaine à être passé ».  Ceci fouette mon instinct de compétiteur. Je remets ma chaussure, prends une poignée d’amandes et repars aussi sec dans la boue. Je me rends compte tout de suite que j’ai toujours aussi mal au pied, et je regrette ce long arrêt aux stands.

Plus nous avançons, plus le terrain se dégrade. Déjà de méchante humeur, je peste à haute voix contre les flaques « P…, c’est pas vrai ! » Comme s’il y avait un responsable ! Un coureur me redonne le sourire : « c’est le Mud Day ». Sur ces chemins détrempés, je pense à la Joëllette,  à ce coureur qui est parti pieds nus, à mes copains de ce matin, Hervé qui craignait pour la brrière horaire. Tous finiront dans les temps, bravo les copains. L’ambiance est étrange, peu d’échanges entre nous, chacun mène son combat. Peu de coureurs aussi, pendant de longs kilomètres je n’ai personne devant moi et dois suivre le balisage, qui ne pose aucun problème. Au contraire de la boue, glissante, collante, trompeuse avec la nuit qui s’avance. De temps en temps, mon pied s’enfonce tellement que de l’eau pénètre dans mes chaussures. Paradoxalement, ce bain glacé semble faire du bien sur la brulure de mon ampoule. Un mot me vient à l’esprit : dantesque.

J’allume ma frontale avant même d’entrer dans le parc Saint Cloud. La boue ne nous laisse aucun répit, avec l’obscurité elle est encore plus difficile à anticiper. Très honnêtement, à l’heure où j’écris ces lignes (J+5), j’en fais encore des cauchemars.  La boue, le bruit étrange de nos pas. Même le ravito de Saint Cloud ne me procure aucun réconfort. Pas de lampion cette année, Paris est masqué par la brume et les nuages gris, et le sol n’est qu’une mare de boue. Je prends un bol de soupe et repars.

Les derniers kms seront pénibles. Les travaux sur les quais sont quasi-terminés, mais je paie sérieusement les efforts consentis et mon manque de lucidité aux ravitaillements. Je commence à avoir froid à la tête (ma casquette ! où es-tu ?). Ma montre a définitivement rendu l’âme, à la différence de mon ampoule dont la brulure est plus forte sur ce sol plus dur  J’alterne de plus en plus marche et course. Ce n’est qu’à 2-3 kms de l’arrivée que je verrai enfin la Tour Eiffel.

Quand je parle de l’Ecotrail, les gens me demandent souvent « tu cours 80 kms et tu montes à la Tour Eiffel ? » Comme si ces deux efforts étaient comparables ! La montée n’est qu’un plaisir, même pour moi qui ai le vertige si je regarde vers le bas. Je suis content d’être là, content de finir ( 8h47, 159ème), content de ma course réalisée en mode « warrior » plus qu’en mode plaisir.

Je retrouve double_U dans l’ascenseur, puis échangerai avec les copains par SMS. Un constat s’impose : malgré ces conditions exceptionnelles, il faut imaginer les traileurs heureux. Après tout, on est là parce qu’on aime ça.


Il faut imaginer les traileurs heureux

Par contre la femme du traileur risque de râler


6 commentaires

Commentaire de c2 posté le 23-03-2018 à 14:46:58

Bravo pour le chrono compte-tenu des conditions.

Pour la femme du traileur qui risquerait de râler, j'ai une solution perso à la maison: qu'elle soit aussi traileuse !!!

Commentaire de marathon-Yann posté le 23-03-2018 à 15:20:49

J'ai cru que tu allais me proposer de laver moi-même mes chaussettes ! :)

Commentaire de Le Plume posté le 26-03-2018 à 14:43:35

Bravo! Chrono superbe... J'étais 4h derrière. La boue ne s'est pas améliorée avec le temps curieusement!

Commentaire de marathon-Yann posté le 26-03-2018 à 21:38:57

Comme on rejoignait les parcours du 50 et 30 kms, plus on s'avancait et plus le terrain avait été piétiné.
Un grand bravo à toi, bel exploit de finir cette course.

Commentaire de Laurent V posté le 28-03-2018 à 12:58:08

Bravo pour ce texte joliment écrit, dont la modestie cache l'exploit de l'effort et du chrono. Ca me donne vraiment envie de m'y coller, à cette course.

Commentaire de marathon-Yann posté le 29-03-2018 à 17:12:21

C'est effectivement une course très attachante.

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