Récit de la course : Marathon de Valence 2017, par marathon-Yann

L'auteur : marathon-Yann

La course : Marathon de Valence

Date : 19/11/2017

Lieu : Valence (Espagne)

Affichage : 1072 vues

Distance : 42.195km

Objectif : Pas d'objectif

2 commentaires

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Mucho más que correr

« On vient, on gagne et on s’en va ». Cette rengaine de supporteurs de foot prétentieux me trotte dans la tête depuis que le programme de notre weekend express à Valence est fixé. Arrivée le samedi en fin d’après-midi, marathon le dimanche matin, départ le dimanche soir. Et s’il est vrai q’une rengaine, c’est quelque chose qui vous entre par un oreille et qui vous sort par les yeux, pour reprendre les termes de Raymond Devos, mon frère et moi allons essayer de ne pas trop nous la répéter et de profiter au maximum de notre escapade espagnole.

Arrivée à l’aéroport vers 17h30 le samedi. Le temps de poser les valises à l’hôtel, nous filons récupérer nos dossards. Le complexe de la Ciutat de les Arts i les Ciències est phénoménal, ces formes arrondies qui jouent avec l’eau sont extraordinaires et libèrent l’imagination. Magnifiquement éclairé, comme c’est le cas, c’est splendide. Une amie espagnole nous expliquera qu’elle a couté 500 euros / habitant (Valence est la 3eme ville d’Espagne, je vous laisse faire le calcul), et que cette cité censée abriter des expos temporaires n’est que peu utilisée. Mais en tant que village-marathon, c’est un écrin sans équivalent. Après avoir profité du village et fait une courte ballade dans la ville, j’ose un menu marathon calibré pour tenir 80 kms (macaronis bolognaise suivi d’une paëlla), et m’endors du sommeil du juste.




Dimanche matin. Pour mon premier marathon en Espagne, je ne perds pas une miette du spectacle qui s’offre à nous. Des milliers de coureurs convergent vers le départ, foule colorée et joyeuse.  Une policière règle la circulation à grands coups de sifflets ininterrompus, quand elle a fini, les piétons l’applaudissent. Un regard sur l’aire d'arrivée, aussi jolie de jour que la veille au soir, et nous rejoignons nos sas. Nous occupons deux sas différents avec mon frère, qui vise 3h45-4h, tandis que je suis dans le sas 3h15-3h30.

Alors que je n’étais pas très concentré sur ma course (pour moi, l’Espagne évoque les vacances, et jusqu’à ce moment je suis en vacances), je me reconcentre rapidement sur mon objectif. Dans le sas, je me souviens qu’en m’inscrivant à cette course, au printemps, je voulais faire un temps, approcher mon record (3h09). Même si mes derniers entrainements ne sont  pas fabuleux, je me dis qu’il faut que je fasse comme à Rennes, il y a un mois : partir au rythme de mon record (4min30/km) et tenir le plus longtemps possible.





Le départ est spectaculaire. Les coureurs du 10 km prennent le départ en même temps que nous, ce sont deux impressionnants pelotons qui s’élancent sur le pont, nous donnant un élan bienvenu. J’en ai bien besoin pour dépasser les meneurs d’allure 3h30 et 3h15 et leurs fidèles, qui étaient bizarrement dans le même sas. Ce début de course est placé sous le signe du slalom ! Après 1 ou 2 km, je trouve mon allure de croisière. Les avenues sont larges, le profil annoncé sans difficulté. Après 5 km, je croise les coureurs de tête, qui en sont à leur 8eme km. Quel spectacle ! Ils ne font pas le même sport que nous et semblent glisser sur l’asphalte.



Premier ravito, comme prévu il n’y a que de l’eau. Nous empruntons de larges avenues, parfois à l'ombre de palmiers ou d’orangers, faisons demi-tour, revenons dans l’autre sens. Je rattrape deux coureurs français qui discutent « c’est marrant, j’ai l’impression que ca descend, et j’avais cette impression dans l’autre sens ». Ce sera ma nouvelle rengaine : « ça ne fait que descendre, c’est facile, lâche-toi ».

Pour le moment, tout va bien. J’avance à un bon rythme, le parcours me semble facile, et les animations ne manquent pas. J’apprendrai que différents groupes qui animent le carnaval, en février, se retrouvent le long du parcours dans des déguisements aussi improbables que colorés. Les bénévoles du ravitaillement du 20ème km ont traversé la rue pour venir nous encourager, en attendant les premiers. Les points de sono ne manquent pas, nous y trouvons tout le soutient nécessaire. Les ravitos sont toujours liquides, jusqu’au semi où quelques fruits apparaitront sur les tables.

Semi en 1h32. Surtout, ne pas se rappeler qu’en mars j’étais tout content de finir le semi de Paris en 1h31. Je continue à me réciter la table des 4min30 : 4min30 x 21 =… euh, si j’étais à 12 km/h (5min/km) j’aurais mis 1h45, je devrais avoir 21 x 30sec d’avance donc passer en, euh,  1h34min30, j’ai 2min30 d’avance sur mon objectif ? Refaire le calcul. Se demander comment mon avance a évolué depuis le dernier km. Se projeter sur le temps final. Arriver au km suivant, recommencer…

Je me souviens très bien qu’à Rennes, il y a un mois, j’avais bien ralenti dès le 24ème km. Ici, le profil n’est pas le même, je continue à me dire que ça ne fait que descendre, et je tiens toujours à ce rythme. Le public est encore plus nombreux dans ces quartiers, une spectatrice a une pancarte : « mucho más que correr» . Nous passons devant le stade, la gare, la plaza de toro, mais je ne fais pas attention à ces monuments.

Km 31. Brusque ralentissement, je sens que je vais moins vite, est-ce le mur ? Je ne suis pas loin d’accepter cette baisse d’énergie et de renoncer à mes objectifs. Je me répète que le dilemme du marathonien n’est pas savoir s’il doit continuer ou s’arrêter, mais s’il peut poursuivre à son rythme. Est-ce que je peux ? Je me suis constitué un petit matelas d’avance sur mon objectif, je me dis que ce serait bête de le gâcher. J’accepte le gel que me tend avec à-propos un bénévole, et relance sur un bon rythme. Après tout, ça ne fait que descendre…

Chaque km est une victoire, que je ne manque pas de saluer. Je calcule que même en ralentissant je tiens mon record. Surtout, je sens que je ne ralenti pas, le léger coup de mou est passé. Je n’utilise plus la table des 4min30, qui se transforme en « combien de temps encore ? » Je ne suis pas pressé  mais curieux d’arriver, j’aimerais bien savoir comment cette histoire va se terminer. La barrière des 3h05 me semble soudainement atteignable, je relance.

Nous sommes dans des quartiers de plus en plus animés. Un coureur devant moi glisse sur un gel et chute lourdement, il faut rester concentré. Un autre est pris de crampes, rien n’est gagné. Le public nous porte « Animo Yann ! Bravo ! »

Plus que 2 km. Le public est maintenant massé de part et d’autre de la route. Les coureurs du 10 km sont reconnaissables à leur médaille que je devine lourde, je me demande comment sera la notre. Sauf accident, je tiens mon objectif, mais ne m’autorise pas à savourer. Dernier km, j’ai plus de 5 min pour le franchir. Les organisateurs ont eu la bonne idée de marquer tous les 100m, je vérifie mon allure à chaque panneau, ça va le faire. J’ai l’impression de marcher sur l’eau, d’ailleurs nous marchons littéralement sur l’eau, les derniers 200 m sont spectaculaires. Je relance jusqu’au bout, et franchis la ligne en 3h 04 min 8s.



La tête entre les mains, je n’en reviens pas. Pour mon 18ème marathon, je mets une belle claque à mon record, et franchis la barre symbolique des 3h05, synonyme de minima pour les championnats de France. Même si c’est pour du beurre, puisque je ne suis pas licencié, j’en tire une certaine fierté.

Je laisse l’émotion m’envahir. Les mains sur les genoux, je pleure de longues minutes,  jusqu’à ce qu’une bénévole vienne prendre de mes nouvelles. Je rigole ensuite bêtement en enfilant mon pancho, pleure de nouveau un peu, et me pose enfin. On nous offre des oranges de la région, de la bière, le ravitaillement final est généreux. Je retrouve  mon frangin qui a égalé son record en 3h53, 7 semaines après son Ironman.

L'arrivée n'est pas la fin, affirme Silitoe dans La solitude du coureur de fond.Nous prenons deux heures pour visiter cette belle ville de Valence et rentrons à Paris. Ces minutes gagnées sont dérisoires, mais le petit garçon au fond de moi est réjoui d'avoir gagné son pari. On vient, on gagne, on s'en va, m'a-t-il répété pendant tout le voyage du retour. Sale môme !


2 commentaires

Commentaire de julvin posté le 23-11-2017 à 23:01:25

Bravo, quelle course bien menée ! J'ai parcouru tes récits sur tes autres marathon parce que je serai à La Rochelle dimanche et étant inexpérimenté sur la distance, toute expérience est bonne à prendre ! :)
Par curiosité à quoi tu attribue ta perf ? Tu a augmenté significativement ton volume depuis ton semi de Paris en 1h31 ?

Commentaire de marathon-Yann posté le 24-11-2017 à 08:58:52

Merci de ton commentaire et de ta question.
Pour la performance, il y a des raisons externes (parcours très roulant, soutien du public, météo parfaite, pas de vent), et des raisons plus personnelles. Ca me réussi plutôt bien d'enchaîner les courses (j'ai couru le marathon de Rennes il y a un mois en 3h16), le bénéfice de l'expérience lors du léger coup de mou. Pour moi les ravitos légers ont été profitables, j'y ai passé moins de temps sans perte d'énergie, d'autres ont peut être besoin de plus manger.
Mon entraînement tourne autour de 200 km/mois depuis 2 ans.
La comparaison avec le semi de Paris est trompeuse, j'étais alors en préparation de l'ecotrail 80 et bossais plus la distance que la vitesse. Si j'en parle dans le récit c'est pour dire qu'il faut en aucun cas laisser le doute s'insinuer. Toujours essayer de penser positif.

Bonne chance pour ta course à La Rochelle, c'est une course que j'aime beaucoup. J'attends de lire ton récit !

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