Récit de la course : Endurance Trail des Templiers 2017, par CEDTREK

L'auteur : CEDTREK

La course : Endurance Trail des Templiers

Date : 20/10/2017

Lieu : Millau (Aveyron)

Affichage : 1435 vues

Distance : 100km

Matos : Brooks Cascadia

Objectif : Terminer

2 commentaires

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ENDURANCE TRAIL DES TEMPLIERS 2017 - 100km

Vendredi 20 Octobre 2016

L'ultra de trop, Chronique d'un Sur -entrainement.

3ème et dernier Ultra de l’année.

Tout d’abord je dois rappeler le contexte de cet ultra. Il n’est pas le même que d’habitude. Mon corps est fatigué de trop d’heures passées dans les rues à tourner en rond, à dissoudre mes minéraux. Des mois de course à pied et de vélo, 4300 kilomètres et 65 mille mètres de dénivelé positif plus tard, il ne reste rien, pas d’évolution, pas de progrès, mais au contraire une régression physique.

Je cours moins vite, dix kilomètres est devenu un calvaire. Je m'asphyxie, m’étouffe et suffoque. Je suis lassé et découragé. Il va falloir être fort.

Côté mental, ce ne sera pas simple non plus. Mon année professionnelle aura été désastreuse, me condamnant à une énième auto-implosion affectant ma vacillante et chétive confiance en moi.

Je décide tout de même de prendre le départ. Le doute de faillir sur un ultra n’a jamais été aussi présent.

“On ne peut pas vraiment réussir s'il n’y a pas une forte probabilité d'échec” L.Lake

Millau, 4h00, ligne de départ km - 0

1300 coureurs sont au rendez vous. L’ambiance est tendue pour certain, décontractée pour d’autres, chacun entame son rituel d’avant course.

Je suis concentré, isolé avec mes écouteurs sur les oreilles, je respire et me détends. Ma liturgie est en cours.

Laura est là, elle m’accompagnera durant toute la course. Elle s’est levée en pleine nuit, son réveil aussi était à 2h du matin. Sa présence va m’aider et ne me laisse aucun choix : avancer.

Millau, 4h14 du matin, km - 0

Ma frontale allumée et vissée sur la tête, je suis au milieu de la foule. C’est ça aussi le trail, aimer la nature, la solitude et les grands espaces pour finir par se retrouver au milieu de 1299 autres ringards.

Mais je sais tout de même pourquoi je suis là. En trois ans de course à pied, j’ai participé à une trentaine d'événements et la saveur des Templiers est bien particulière. Ce trail mérite le respect de la meute, on le sent, c’est électrique. Nous y sommes, tout est prêt. Le disque est calé sur la platine, le départ est imminent. Il fait maintenant moins froid depuis que nous sommes tous là à attendre derrière cette ligne.

Les premières notes et paroles d’ERA résonnent :

“Dori me, interimo adapare

Dori me, ameno, ameno, latire

Latire-mo, dori me”

Au passage et après enquête, cela ne veut strictement rien dire, parenthèse close.

Le décompte, les flammes rouge, tout y est. L’émotion est bien présente. Vais-je arriver au bout ? Je ne sais absolument pas si je pars pour 19 ou 20 heures. Ou alors 3h si je jette les gants...

Après quelques kilomètres de bitume, j’attaque la montée sèche de Carbassas à une allure de sénateur, allure qui ne me quittera désormais plus.

Première bosse négociée, 1h de course, 6 km et 515 m de dénivelé, je ne souhaite pas me griller et faire la course sur le fil.

Je commence ma descente en direction du premier ravitaillement de Rivière-sur-Tarn. Laura m’attend là, je remplis mes flasques. Elle me tend les ravitos préparés soigneusement depuis la semaine dernière, des sachets en plastique sur lesquels figurent les noms de chaque point de vie.

L'arrêt est bref, je repars en direction de Mostuejouls. 15 km et 800m de montée m’attendent.

Je ne suis pas dans la course et cherche mon souffle. Il est bancal, ça ne groove pas. La musique intérieure qui m’accompagne traditionnellement n’est pas là. Je suis hors de ma bulle, je pense abandonner. Je suis au 23ème km...

J’arrive au point de vie de Mostuejouls, je viens de parcourir 34 km pour 1700 m de dénivelé positif en un peu plus de 5 heures.

Sonné, je prends place sur un banc à quelques dizaines de mètres de la foule. Je respire et me focalise, je mange deux “pom’pot”, prends un thé ainsi qu’une bonne rasade de Saint-Yorre. Mes esprits reviennent, je suis retapé pour la prochaine section que j’aborde sans trop d'appréhension.

Deux heures plus tard, me voilà au ravitaillement du Rozier. J’arrive frais et après 7h de course et 44 km, je suis dedans, enfin !

L'arrêt au Rozier ne sera que bref, je me lance ensuite sur une des plus grosses sections : 20 km et 1100 m de dénivelé positif.

Du Rozier à Pierrefiche, j’entame alors une succession de bonheurs à travers les Causses. Le panorama est magnifique, le ciel gris contraste avec les couleurs de l’automne qui semblent jaillir d’un tableau de Cézanne ou de Vlaminck.

Ma chair se mêle à la terre, au minéral, à la roche. Je peux maintenant sentir ce paysage Karstique. Je me marie et me fonds, je suis une bête sauvage, un Homo Neanderthalensis.

Pierrefiche. Assez plané.

Une heure d’avance sur la barrière, 74ème kilomètre. Il me reste 17 km et 900 m de positif à boucler en moins de quatre-heure jusqu'à Massebiau, le 91ème. Ensuite, plus de contrainte horaire, je pourrai relier l’arrivée sous le délai souhaité.

La course commence réellement, la course contre la montre, contre la révocation. Les heures perdues dans le premier tiers de la course à trop chercher mon rythme vont me péter en pleine gueule et me le faire payer…

Les kilomètres jusqu'à Massebiau défilent, je n’ai pas le choix je dois arriver avant le couperet et finir debout.

Je me connais bien dans ces phases où les ressources sont attaquées, où le mental doit prendre le relai, où l'alimentation et les sucs gastriques vous brûlent l’oesophage et digèrent l’impudence. Ce sont mes moments préférés, exactement ceux que je suis venu chercher. Ces instants où l’on se bat avec ses démons me font sentir plus vivant que jamais.

Pour ne pas trop ébranler ma carcasse et afin de faire oublier à mon cerveau que je suis dans l’incertitude de la suite, j’adopte donc un rythme discret, juste et léger, un rythme qui me fera tenir jusqu’à Massebiau.

Massebiau. Je pointe 16 minutes avant l’élimination. C’est gagné. Je prends 20 minutes pour me retaper, peu importent les places et le temps perdu. Reste la dernière bosse à négocier, ensuite ce sera le schuss vers la ligne du finissant.

93ème kilomètre, il reste une formalité, la dernière bosse du Cade où il faut aborder un mur calcaire long de 4 km et haut de 500 m.

Je passe cette dernière difficulté à un rythme apathique, j’arrive à la ferme du Cade. N’ayant rien mangé depuis plus de cinq heures, je tente tout de même de me sustenter avec une pâte de fruit abricot qui aura pour conséquence de réactiver mes relents gastriques. Très bonne idée...

Ensuite, viens la der. Je me lance dans cette ultime descente, 500 mètres de dénivelé technique et dantesque. La pluie et les coureurs passés avant moi ont laissé un chemin vertical tortueux. Je double pas mal de monde et distingue en même temps au loin les projecteurs de la ligne d’arrivée, puis la voix du speaker et enfin la musique.

Je délie mes jambes, bizarrement fraîches, je passe la ligne d'arrivée en sprintant les 400 derniers mètres. Laura est là, elle aussi a passé 21h11 sur la route à me suivre dans l'anfractuosité aveyronnaise.

Il nous aura fallu 21h11 pour venir à bout de cet opulent bourbier des causses. 21h11 ou j’ai encore appris sur moi même, où le corps a répondu présent dans une instabilité constante.

L’année prochaine, je reviendrai, pour renaître à nouveau.


2 commentaires

Commentaire de Shoto posté le 31-10-2017 à 07:05:27

Curieux ton récit. On te sent à la fois blasé, un peu brisé et heureux d être là. Bravo à toi et merci pour ton CR.

Commentaire de CEDTREK posté le 25-04-2018 à 10:21:05

Oui, c'est en réalité au delà du récit, une chronique sur le sur-entrainement.

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