Récit de la course : Marathon de Berlin 2017, par Zaille

L'auteur : Zaille

La course : Marathon de Berlin

Date : 24/9/2017

Lieu : Berlin (Allemagne)

Affichage : 637 vues

Distance : 42.195km

Matos : Altran Torin 2.0
Short trail CIMALP
Maillot cardio Kalenji

Objectif : Faire un temps

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2ème marathon et 1er major

Ça fait un bail qu’il est prévu ce marathon : inscription au tirage au sort en octobre 2016, résultat du tirage en décembre pour une course en septembre de l’année d’après. C’est mon 2ème 42.195km après celui du vignoble d’Alsace l’an passé où j’ai terminé péniblement en 3h56.

Mon nouvel objectif de temps a beaucoup fluctué depuis l’annonce de ma participation. De 3h30 après un semi en 1h35 en mars jusqu’à 4h00 après des résultats de plus en plus décevants tout au long de l’année. Finalement c’est sous les 3h40 avec une moyenne de 5:13 que j’espère passer la porte de Brandbourg. Je dis ça mais j’ai aucune certitude, avec ma première expérience je sais que tout peut arriver sur pareille distance.

Comme d’habitude, comme toute le monde, j’ai commencé avec un plan d’entraînement. Sur 8 semaines avec 4 séances hebdomadaires comprenant du footing, du fractionné court, du fractionné long et évidemment une sortie longue. 8 semaines ça peut paraître un peu court mais j’ai fait du vélo et de la course à pied tout au long de l’année avec des sorties de 120km de selle et des trail de parfois 30km.

Je me suis donc calé une allure spécifique marathon (AS42) à 5:00 me disant que même s’il m’était impossible de tenir cette allure dans ma forme actuelle, ça ne fera pas de mal : qui peut le plus , peut le moins.

 

« J’ai opté pour le negativ split »

Etant assez incertain sur mon objectif, il est évidemment de même sur la stratégie de course. Partant sur du 5:13 de moyenne j’ai opté pour un negativ split à opérer après la distance du semi. Courir aux alentours de 5:15 la première moitié et espérer en avoir assez sous le pied pour accélérer la cadence. Un vrai casse-tête : testé sur des sorties longues qui faisait jusqu’à 29km, mon plan semble cependant réaliste.

Une autre grande inconnue : le ravitaillement. J’ai un estomac fragile et je l’ai déjà payé ne serait-ce que sur des semis. Entre mauvaise alimentation ou simplement alimentation insuffisante, je me suis déjà fait avoir sur des longues distances. L’autre décision à prendre et qui va découler du choix de l’alimentation est son mode de transport (Sac de trail, gourde, barres dans les poches ???).

Après avoir dévorer la « Bible » de Serge Cottereau j’étais parti pour de l’eau plate et du sucre en morceau, simple et pas cher. Ça permet aussi de n’envoyer que du liquide dans l’estomac qui pourra alors rester en mode veille durant la course. Finalement après moultes tergiversations, finalement ce sont les barres bio sucrées aux fruits de chez Endurativ qui remplaceront le sucre. Pour la boisson je reste à l’eau dans une gourde que je tiens en main et que je peux remplir aux ravitos , la recharge glucidique se fera via mes barres.

 

« c’est du budget mais on peut s’en sortir à moins de 500€ »

Dès la confirmation de ma participation avec mon ami Thomas, je me suis occupé du logement via AIRBNB et du voyage avec EASYJET. Un marathon international c’est du budget mais on peut s’en sortir à moins de 500€ tout compris si on s’y prend à temps.  Par personne ça coûtera 108€ pour l’inscription (ça fait mal surtout que n’est même pas inclus un T-shirt de Finisher !), 80€ pour l’avion et 100€ pour 3 nuitées (A ce prix-là ce n’est pas le grand luxe). Vous rajoutez quelques restos sur place, la bière, la visite guidée et on y arrive aux 500 euros.

L’envol est prévu vers 14h00 de Mulhouse, je pars à 10h00 de chez moi pour 2h de route puis 1h30 de vol. On arrive sur place vers 16h00, le temps de prendre le train et déposer nos affaires à l’appart loué qu’il est déjà 17h30. Le Vital Expo où les dossards sont à récupérer ferme à 19h00 et à 18h00 quand on arrive les exposants sont déjà en train de remballer. On récupère le graal avec quand même un petit ouf de soulagement sachant que pour le semi de Prague ça c’était très mal passé à cette étape là.

Dernier repas : des pâtes, que c’est original ! Les restos italiens sont pris d’assaut par les futurs marathoniens, heureusement qu’on avait réservé. Un conseil pour ce genre de court séjour : programmer un maximum de choses en amont histoire de ne pas perdre de temps sur place.

On ne se couchera évidemment pas trop tard en espérant trouver le sommeil rapidement. La journée de transit plus les différents petits stress de la journée nous aideront à finalement s’endormir assez facilement malgré un immeuble pas forcément des plus calmes …

 

« Le spectacle est là »

Réveil à 7h00 pour un départ à 7h30 de l’appart et ainsi être vers les 8h00 sur les lieux. Mon départ est à 9h35 car j’ai pu justifier d’un temps référence. Thomas partira à 10h00 avec la 3ème et dernière vague pour son premier marathon.

On sort à la station métro indiquée pour les marathoniens. Impossible de se perdre, une foule en running déambule dans la ville dans une unique direction : le Tiergarten, emplacement du village marathon. On marche pas mal, bien 20 minutes mais comme on est bien en avance, on est zen. On a surtout hâte de rencontrer cette « chose » dont on parle depuis si longtemps.

Enfin on arrive au lieu de départ, on longe la grande avenue où s’égrènent les différents sas de départ de A à H. Je vais dans le G après un dernier pissou dans le parc car évidemment il y a de l’attente devant les WC. Décidément c’est un impondérable dans les courses !

Dans le sas, je suis 40 minutes en avance mais pas de quoi s’ennuyer. Le spectacle est là ! Des écrans géants nous mettent aux premières loges pour la présentation des élites et leur départ. Avec des défilés de clips de SUR-motivation, des messages d’encouragement d’anonymes, l’émotion est palpable chez tout le monde. Je regarde devant et derrière moi, c’est énorme, nous sommes 43.000. Puis le compte à rebours sur les écrans géants repris par tout le monde : 10…9….8….

C’est parti, je suis sur un des 6 plus grands marathons du monde et ça se sent, il y a un monde fou, sur la route et aux abords. Cette première ligne droite sur cette avenue avec la colonne de la victoire en point de mire est magnifique et me donne encore des frissons au moment où j’écris. C’est parti pour 42km et je surveille d’emblée ma montre. 5:27 puis je me stabilise aux alentours de 5:13 comme prévu.

 

« Les 10 premiers à 5:11 de moyenne »

Les avenues sont larges mais il faut rester malgré tout très vigilant et anticiper les changements de trajectoire de certains pour ne pas se faire marcher dessus. Il y aura certains rétrécissements aussi où il me sera impossible de tenir l’allure sur quelques mètres. Mais tout ça c’est des détails ; JE SUIS AU MARATHON DE BERLIN !!!

Les premiers km je ne fais qu’apprécier l’ambiance et cours les 10 premiers à 5:11 de moyenne, mon plan se déroule comme sur des roulettes. Je mange 1/3 de barre tous les 4km et m’hydrate régulièrement avec la gourde que je transporte. Le fait d’être en autonomie, au moins au début, me permet d’éviter la cohue des premiers ravitos où l’on se marche dessus.

Au km12 je vais remplir ma gourde. Ma méthode marche bien : je longe le ravito et prend 3 gobelets pleins posés sur la table à tour de rôle pour effectuer le remplissage. Ça va vite et au moins j’arrive à boire pour de vrai et pas juste arroser mon t-shirt comme avec un gobelet.

 

« 2ème 10 kilomètres à la même vitesse »

Au km20, je suis toujours aussi à l’aise et je dois même me ralentir un peu pour rester dans mon plan. A 5 secondes près, je fais mon 2ème 10 kilomètres à la même vitesse que le premier. Je suis content et commence à réfléchir à mon histoire de Negativ Split en me disant que l’actuelle 5:11 de moyenne est parfaitement dans mon objectif, inutile de vouloir jouer les tête brûlées, je serai largement sous les 3h40 si je maintiens l’effort et cela même si je perds 1 ou 2 secondes dans la moyenne.

Mais ce que je redoutais le plus va finalement arriver. Le km21 je sens un coup de mou qui m’oblige à forcer un peu pour rester dans ma fourchette, 5:07, 5:12, 5:11, je commence à me battre puis 5:17 et le coup de grâce au km25 avec 5:27. Ici c’est le début de la fin, mes forces me quittent, plus de jus, tout ne sera plus que combat et dépassement de soi maintenant et il reste 17 KILOMETRES !!!

 

« c’est la fin … Enfin pas encore … Malheureusement»

Le km30 est fait à 5:42, je révise mon objectif à 3h50 et je commence à avoir mal à un genoux. Pas une vraie douleur mais une gêne inquiétante en plus de la puce lacée sur ma chaussure gauche qui me rentre dans le pied, ça s’annonce mal pour la suite. Le moral en prend un sacré coup. Allez !!! 12km ! C’est rien !!

Les 5 prochains km je perds 40 secondes de plus au kilo. Le meneur d’allure de 3h45 que j’avais laissé derrière moi m’a dépassé depuis un moment avec sa cohorte. Je ne vois plus les gens au bord de la route pourtant toujours aussi nombreux, je ne fais que supporter ma souffrance et commence à marcher à chaque ravito, c’est la fin … Enfin pas encore … Malheureusement.

A partir du km37 mon allure ne sera plus qu’aux alentours de 7:00, c’est affligeant, je suis à présent obsédé par une nouvelle question : vais-je faire moins de 4 heures ? Mon record perso de 3h56 sur un marathon vallonné a encore de beaux jours j’ai l’impression. Je dois vraiment avoir une sale tête, à tel point qu’un secouriste me demande si j’ai besoin d’aide. S’il voulait bien me porter jusqu’à la porte de Brandebourg, pourquoi pas ?

Tout n’est que souffrance, je suis épuisé mais je ne vais rester là, il faut bien que j’avance. Mes séances de marche sont de plus en plus longues et accompagnées de petits vertiges. Ma montre n’affiche plus que le chrono, la moyenne je ne veux plus la voir.

Le km41 je le fais à 7:35, c’est en gros la vitesse de ma grand-mère en rollator. Il reste 6 minutes pour les 1,195 km restant et je sais donc maintenant que je ne serai pas sous la barre des 4 heures. C’est très dur psychologiquement. Une sacrée contre-perf que je n’explique pas.

 

« sans joie et encore moins de fierté »

Finalement je la passe cette fameuse porte de Brandebourg, l’arrivée est un peu plus loin, j’arrive à faire du 6:34 car je m’interdis de marcher sur cette ligne droite. Je lève les bras pour la photo finish mais sans joie et encore moins de fierté. Je passe la ligne en 4h01.

Là je suis mal, nauséeux. Il faut que je m’assoie même avant de récupérer la fameuse médaille. On me demande d’avancer, je n’y arrive pas mais j’assure que tout va bien aux secouristes. Les jambes font mal mais quoi de plus normal après 4 heures d’effort, ça ne me dérange pas contrairement à cette envie de vomir que je connais bien et qui est des plus désagréables. Je profite de ma position assise pour enlever cette foutue puce qui m’aura fait un bel hématome sur le dessus du pied et qu’il faut rendre avant de quitter le village marathon.

Recouvert d’une bâche plastique j’ère en m’asseyant tous les 100m là où il y a de la place. Je récupère un sachet de ravito avec une pomme dans laquelle je croque mais recrache aussitôt le morceau, rien ne passe. Je commence à avoir froid. J’ai choisi l’option « Poncho » à l’inscription donc pas le droit au sac consigne mais à un « magnifique » poncho gris métallisé aux couleurs de BMW et du marathon.

On me temps une bière Erdinger (sans alcool, quand même !!), je n’ai même pas la force de refuser poliment. Autour de moi, je vois que je ne suis pas le seul dans ce genre d’état second sans parler de tous les éclopés, quelle épreuve de fou ! Je ne tente pas le massage car trop de monde et décide de repartir, mon poncho sur le dos, dans les rues de la ville pour prendre le métro.

 

« Pourquoi chercher la complexité ? »

Les jours suivants je récupère assez vite, mis à part une intoxication alimentaire qui m’a plombé mon mardi, mercredi je montais à nouveau les escaliers au boulot en courant comme j’ai l’habitude de faire. Reste quand même une question qui me turlupine : pourquoi, mais pourquoi après 2 heures de course je m’effondre à ce point ??? Pourquoi je ne passe plus sous les 5:30 à partir du km25 alors que mon dernier entraînement long de 29km je le terminais avec un 2x3000m à 4:45 dans la facilité ??

La réponse est, je pense évidente, une fois de plus : l’alimentation. J’avais longtemps hésité entre le sucre et les barres. A mes derniers entraînements j’avais du sucre qui se dissous avec l’eau dans la bouche ou l’estomac contrairement aux barres qui restent solides et c’est là le problème chez moi. Comme d’autres, je crois que je n’assimile pas le solide lors d’un effort. Comme j’étais à l’eau et que mes seuls apports glucidiques dépendaient de mes barres et donc si celles-ci ne sont pas prisent en charge par mon organisme … Catastrophe.

Effectivement, 2 heures c’est à peu près ce que l’on a tous en stock et si l’on ne recharge pas durant l’effort, les forces s’amenuisent et c’est exactement ce qui m’est arrivé. Sur mon premier marathon j’avais fait la même erreur mais je pensais ne pas m’être assez alimenté. Maintenant je pense que ce n’est pas la quantité mais le type d’aliment la cause de ma défaillance. Le prochain, car il y aura un prochain évidemment, je vais la jouer roots avec de l’eau et du sucre. Pourquoi chercher la complexité ?

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