Récit de la course : Grand Duc de Chartreuse 2017, par Knet

L'auteur : Knet

La course : Grand Duc de Chartreuse

Date : 25/6/2017

Lieu : Le Sappey En Chartreuse (Isère)

Affichage : 726 vues

Distance : 74km

Objectif : Pas d'objectif

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Hommage à la Grande Chouette

Je n’avais pas forcément l’envie d’écrire un récit après le Grand Duc. Et puis depuis dimanche, impossible de se sortir la Grande Chouette de la tête. Alors j’ai décidé de lui rendre un hommage, en espérant qu’il soit à la hauteur de cette course.

Pour mon we d’anniversaire, j’avais encore décidé de m’offrir une belle course comme cadeau. Initialement, je voulais repartir sur le 80km du Mont Blanc. Le tirage au sort n’a pas voulu de moi, et je lui en suis tellement reconnaissant. J’ai échangé la crème mont blanc par une bouteille de Chartreuse, et rempli l’inscription au Grand Duc dont j’avais tant entendu parler : sur Kikourou au travers des récits du Kéké entre autres, et via des amis qui l’avaient tenté, avec et parfois sans succès.

J’ai fait ma plus belle année de préparation depuis que j’ai débuté le trail il y a 5 ans. Le Grand Duc en ligne de mire, et l’UT4M Challenge derrière qui pointe son nez. Un Nivolet en prépa qui me donne une confiance de fou. Des kilomètres et du dénivelé. Pas un seul bobo, et la hâte de fouler les sentiers de Chartreuse. Même après mon déménagement en Drôme, et le Vercors comme nouveau terrain de jeu, elle reste mon massif de cœur.

Deux semaines avant la course, une laryngite me dégomme. Toux, fièvre, extinction de voix, la totale. Je ne fais qu’une sortie sur ces 15 jours, avec les larmes aux yeux tellement je suis mal. Je traine la laryngite jusqu’à quelques jours avant le départ en me demandant même si je vais le prendre. Et puis au final, je me remets. A l’exception de la voix qui m’empêchera de papoter autant que j’aime le faire en course, j’arrive au Sappey dimanche matin à peu près rassurée. L’objectif reste donc de finir, sans me faire mal, profiter, et si tout va bien, mettre moins de 15h…

Lorsque le départ est donné à 5h, dans le calme, j’ai l’impression d’être dans un évènement mystique, entourée de gens qui osent à peine parler, et qui suivent tous un rituel similaire. Le contrôle de sac, la vérification des lacets, les bâtons qu’on déplie, les frontales qui s’allument... Nous sommes bien une équipe, et non des concurrents… Dans l’obscurité, sans vraiment savoir ce qu’il y a devant nous, on devine le ciel encore menaçant… c’est magique, et je me mets à courir en oubliant ce qui nous attend. Je suis sereine.

La première partie jusqu’au col de la Charmette passe plutôt bien pour moi, malgré des portions bien techniques et glissantes aussi. Moi qui ne suis pas un foudre de guerre en descente, je me rends compte que tout le monde est assez prudent sur cette partie. J’avance bien, je tousse encore un peu, mais je prends mon temps. Je me fais passer par Fusalp, qui est tout sourire ! J’arrive au relais avec un peu d’avance sur ma prévision de temps, je suis bien. J’attaque la seconde portion sur le même rythme.

Le passage du col de la petite vache où un bénévole a allumé un mini feu est génial : au moment de basculer, alors que les nuages étaient accrochés aux montagnes depuis le départ, il y a une luminosité splendide qui dure un instant. J’en prends plein les yeux… comme j’aime ces montagnes !!!  Je retrouve Fusalp et Bipbip sur ce tronçon, je continue d’avancer à mon rythme, dans ma bulle.

Je regarde ma montre pour la première fois au 23eme km et je me dis « déjà ?! »…

Par contre, à postériori, je me rends compte que j’ai très peu de souvenirs de ce tronçon jusqu’à Quaix. Comme si je m’étais retrouvée dans un état un peu hypnotique, à avancer un peu dans mon monde… Bizarre comme sensation.

Mais la montée du St Eynard me réveille! Je double un coureur qui râle : « mais il est loin ce foutu fort ? »… Hyper convaincue, j’essaye de lui remonter le moral : « non, t’inquiète, on a fait le plus dur là », sauf que je me rends compte après coup qu’on en est à peine au tiers… Je passe la montée à me dire que le gars doit être en train de me maudire, et que s’il me rattrape, je vais me prendre une brasse ! Du coup, en pensant à lui et aux insultes qu’il doit être en train de me balancer à distance, la montée passe plutôt bien. Le coureur me reprend d’ailleurs dans la descente suivante, et ouf, m’ignore !

Lorsque j’arrive au Sappey, mes parents sont là pour m’accueillir (venus de Normandie spécialement !!!). Ils ont juste failli me rater car les temps de passage que j’avais donnés étaient archis faux, depuis Quaix… J’ai plus de 2h d’avance sur mes estimations. Oui, j’ai fait l’épicière… Je refuse qu’ils me disent où j’en suis dans le classement, je m’en fous.

Je repars en trottinant vers Chamechaude en compagnie d’un autre Normand que je récupère à chaque ravito depuis le début de la course. On discute un peu avant d’attaquer la superbe et difficile montée… Je vois le tracé, je vois les coureurs au loin, et je repense à l’UT4M. Je pense « La montée passe mieux quand on a moins de kilomètres dans les jambes ». J’explose de rire et me répond intérieurement « tu viens de dire quelque chose de vraiment très intelligent !»… Je me fais des dialogues intérieurs histoire de ne pas penser à mes jambes qui peinent un peu.

Le passage délicat sous les falaises est plus gérable que ce que je craignais, mais je ne fais quand même pas la maline. Ceci dit, maintenant que le ciel est complètement dégagé, la vue est fantastique.

Petite alerte genou vers la descente de St Hugues, mais dès que je cours à nouveau sur un sol moins technique, tout revient dans l’ordre. Au ravito, je sais que je vais finir, je n’ai aucun doute. 16km et 1100m de dénivelé annonce la bénévole au ravito. Une sortie d’entrainement (re-dialogue intérieur).

Dans le premier raidillon je bascule en mode galérienne. Je sens que la fatigue arrive, alors je ne cherche pas à forcer. Je marche lentement, mais régulière. Je me retourne en entendant souffler derrière moi : le Bouk qui arrive ! Il reste un peu derrière moi dans la montée, s’inquiète du 2nd raidillon qui paraissait plus raide que le 1er sur le tracé. Il me passe sur le faux plat où j’ai du mal à trottiner et on se souhaite une bonne course. Après le ravito, effectivement ça grimpe dur ! Mais c’est moins long, du coup, j’arrive à tenir le rythme lent et régulier jusqu’au Bec Charvet. Et là, j’en prends plein les yeux. Je pense que sur toute la course, c’est LA vue que je garderai en tête, parce qu’elle se mérite vraiment. La dent de Crolles devant, Chamechaude à côté, un panorama de fou. Je reste 2 minutes bloquée devant ce paysage avant que les signaleurs me demandent si j’avais l’intention de repartir !

La descente me calme direct : deux barres dans les quadriceps qui arrivent d’un coup sur le début technique. Je couine un peu et me mets à marcher. Dès que la pente devient moins raide, et sur un sol plus souple, je me remets à courir et les cuisses reviennent à leur état (presque) normal. J’ai craint les crampes, mais au final, ça passe bien, et je profite de la fin de la descente, des encouragements en bord de route et les félicitations de tous ces inconnu(e)s .  

Je sens une boule à la gorge quand j’arrive au village, je me dis que je vais chialer en passant l'arche, c’est sûr, je retiens déjà mes larmes. J’y suis, j’ai presque fini mon 1er Grand Duc…

Et puis je passe la ligne d’arrivée, on m’annonce 4ème féminine, je tombe des nues ! et je regarde mon chrono… 12h09… j’en reviens pas non plus. Je n’ai plus envie de pleurer, j’ai un sourire de fou que je n’arrive pas à taire, je me jette dans les bras de mes parents qui sont peut être encore plus heureux que moi…

Franchement ce Grand Duc… était parfait… Parfait d’un point de vue personnel parce que je n’ai pas souffert, je n'ai jamais eu envie de tout envoyer balader, jamais eu de coup de moins bien, j’ai profité, et couru à mon rythme sans jamais me mettre la moindre pression…

Mais il est parfait surtout pour l’organisation et l’ambiance de la course…

Les bénévoles aux petits soins à tous les ravitos.  Des encouragements sur tous le parcours. Un balisage où pour se perdre, il faut courir les yeux fermés. Des ravitos au top. Une belle ambiance sur tout le tracé, qui était fantastique. Une arrivée qui donne l’impression d’entrer dans un petit village habité d’une communauté un peu bizarre mais où tout le monde se parle, s’encourage, et s’estime.

Je vous l’ai déjà dit dans d’autres récits, mais je le redis encore une fois : j’aime tellement ce sport et ses valeurs…

Voilà, bravo, c’est maintenant que je me mets à chialer, en écrivant ce récit… il fallait bien qu’il serve à quelque chose…

Merci au Grand Duc, à tous les bénévoles, et merci à vous tous amis coureurs…

 

16 commentaires

Commentaire de BOUK honte-du-sport posté le 01-07-2017 à 21:45:20

Tu es une grande championne !!!
Je culpabilisais de ne pas parvenir à te passer dans le mur... J'en étais à mon 3ème kilomètre, et toi, euh, ben je t'avais pris pour une relais 5 du coup !
Bref, excellent de tomber sur la vainqueur de l'UT4M Chartreuse !

Plus tard comme je te pensais aux portes du podium, quand j'ai vu Sae Tsukagoshi en moins bonne forme que toi, j'ai beuglé mes "BOOOOOOUUUK" avec des grands gestes mais difficile d'interpréter ça à distance mdr !

Le Grand Duc c'est du bonheur, c'était mon 8ème c'est mon rendez-vous de fin Juin comme beaucoup et tu as compris pourquoi, un grand merci pour ton récit et bonne chance pour mi-août

Commentaire de Knet posté le 03-07-2017 à 14:29:20

Merci Julien, effectivement je comprends maintenant l'engouement pour cette course et pourquoi beaucoup y reviennent chaque année ! Et malheureusement je n'ai pas entendu les "BOOOOUUUKK" :)

Commentaire de Albacor38 posté le 02-07-2017 à 10:55:38

Ce sport passion met en oeuvre des mécanismes physiques, psychologiques et émotionnels très forts. Alors on passe un peu pour des extra-terrestres auprès des non-pratiquants mais entre coureurs on se comprend très bien. Merci pour ce beau récit emprunt d'enthousiasme. J'irai t'encourager sur l'UT4M Chartreuse (et bien envie pour tout dire de prendre un dossard aussi : Oisans Taillefer peut être)

Commentaire de Knet posté le 03-07-2017 à 14:31:14

Mes collègues ont du mal à comprendre le plaisir de courir 80 bornes en montagne, mais du coup sur des courses comme le Grand Duc, on se sent bien moins seul ! On se croisera donc fin août ! L'étape Oisans sera un gros morceau, mais j'ai hâte ! L'Ut4M est une course pour laquelle j'ai beaucoup d'affection !!!

Commentaire de cyss posté le 02-07-2017 à 11:17:44

Bravo pour ton beau récit!! et ta perf est vraiment de très haut niveau :-P

Je crois qu'on ne s'est pas croisé tellement tu étais devant... Ptet une prochaine fois ;-)

Commentaire de Knet posté le 03-07-2017 à 14:32:09

Merci Cyss pour les félicitations, au plaisir de se recroiser sur une prochaine course alors (au départ, en course ou au ravito d'arrivée ! :))

Commentaire de Jean-Phi posté le 02-07-2017 à 19:02:47

Chapeau ! Ca paraît si facile !
Sur le moyen duc j'en ai bavé comme rarement mais que ce parcours était beau ! Je vous ai (presque) envie sur la 2° partie notamment le bec Charvet. Bravo à toi,c'est une sacrée perf que tu as réalisé ! Sacré niveau !

Commentaire de Knet posté le 03-07-2017 à 14:33:43

Le Bec Charvet... j'en rêve encore :)
Et c'était loin facile !!! mais j'arrive à relativiser énormément en course et à penser à ma jambe qui se repose plutôt qu'à celle qui travaille :) ça aide parfois !

Commentaire de Phénix posté le 03-07-2017 à 01:11:55

Merci beaucoup pour ton récit qui transcrit bien tout ce que tu as vécu sur cette course !
Et surtout : Bravo pour ta performance! Ton exploit devrais-je dire ! Ton expérience donne vraiment envie de faire le grand saut l'année prochaine. C'est drôle, c'est la deuxième course que l'on fait ensemble ( il y a eu aussi le marathon de Rome l'an passé) et je ne saurais pas te reconnaître ! Il faudra se donner un signe de reconnaissance la prochaine fois ! A+

Commentaire de Knet posté le 03-07-2017 à 14:37:41

Merci ! Je trouverai un signe distinctif pour la prochaine course alors ! N'hésite pas à faire le grand saut l'an prochain, si on doit titiller les 80km, autant le faire sur le Grand Duc et son bel état d'esprit !

Commentaire de richard192 posté le 03-07-2017 à 15:32:56

Le bec Charvet était pour moi aussi le point culminant de ce Grand Duc. Bravo pour ta course et cette 4 ème place avec un sacré temps et pour ton récit.

Commentaire de Knet posté le 07-07-2017 à 18:12:53

Merci Richard ! J'aurais aimé voir le Charmant Som sous le soleil aussi, donc pour un prochain grand duc !!

Commentaire de le_kéké posté le 04-07-2017 à 17:29:06

Merci pour ce récit, vraiment trop facile pour toi ce grand duc !!!. En tout cas énorme performance et dommage pour le podium pas si loin. J'espère que j'avais pas trop menti sur le charme unique de cette course :-)
Et le bec Charvet même si j'y retourne 3 ou 4 fois par an, on reste toujours sans voix devant ce paysage (quoi que perso le jour du GD, j'étais tellement au fond du seau, que le paysage je l'ai moins apprécié)

Commentaire de Knet posté le 07-07-2017 à 18:11:40

Merci ! Non tu n'avais pas menti du tout ! Et ça m'a permis de comprendre pourquoi c'est un rituel pour toi !!! J'y reviendrai aussi !!!

Commentaire de Fusalp posté le 04-07-2017 à 17:42:43

Super temps et bravo pour ta perf'!! Tu progresses un max, continue comme ça!! Bon courage pour l'UT4M... A bientôt!

Commentaire de Knet posté le 07-07-2017 à 18:14:09

Merci :) pas sûre de faire aussi bien sur l'ut4m mais c'est aussi une course que j'aime beaucoup donc j'y mettrai l'envie :) c'était sympa de faire le petit bout de chemin ensemble ! A bientôt

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