Récit de la course : Verdon Canyon Challenge - 60 km 2017, par anyah

L'auteur : anyah

La course : Verdon Canyon Challenge - 60 km

Date : 24/6/2017

Lieu : Aiguines (Var)

Affichage : 866 vues

Distance : 62km

Objectif : Terminer

3 commentaires

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Trail du Verdon 60 km

Quelle incroyable course :  le trail du Verdon, c'est vraiment LE plus beau et le plus technique des trails qui vous fait passer dans des endroits absolument extraordinaires (les parcours changent tous les ans, cette année c'était 10 km, 34 km, 60 km ou 80 km).

Les grandes murailles de pierre dorées qui plongent jusqu'au filet d'eau turquoise et transparente, cette forêt touffue qui crée des tunnels sombres et frais, ces sentiers très anciens aux pierres patinées : c'est un étonnement perpétuel qui permet -un peu- de s'extraire des pensées liées à la difficulté du terrain, à la terrible chaleur d'hier, et à la fatigue.

Retour sur ma course :
Vendredi, Mark et moi partons pour le camping de l'Aigle à Aiguines. Le village est perché à 800 mètres et le camping est un peu au dessus. De notre emplacement, nous avons une splendide vue sur le Lac de Sainte-Croix où nous avons été nous baigner avant d'arriver.

Au village-course, il n'y a pas foule vendredi : contrôle très précis des sacs, (il y a beaucoup de matériel obligatoire), et retrait des dossards. Il fait 32 degrés et de notre camping nous observons l'énorme orage qui tombe sur Ribiers au loin, suivi d'un superbe coucher de soleil.

Samedi matin, nous sommes réveillés vers 3h30 par les coureurs du 80 km qui logent au camping et qui rejoignent à pied le départ. Le parcours fait passer les coureurs de tous les parcours sur le chemin qui est sous notre tente. C'est à mon tour de me préparer, le départ est à 6 heures. Après un court briefing, je me place en fin de peloton et c'est parti. Je suis rassurée de voir que mes voisins de course sont au même rythme que moi et marchent dès que ça monte.

Le sentier sous le col d'Illoire commence à 3 kilomètres du village : c'est le cirque de Vaumale, une merveille. C'est une torture pour les pieds, mais un vrai ravissement. Quel paysage avec la lumière du matin ! On était prévenus, il est impossible de courir ici : des blocs, et des blocs et encore des blocs, à tel point que mes bâtons me sont complètement inutiles. C'est un single étroit qui parcours les gorges rive droite, plutôt en descente. Déjà une chute dans les premiers kilomètres : sur les mains et les genoux. Mon genou gauche me fait souffrir mais il plie normalement. Ensuite, je perds un bâton qui dévale de quelques mètres et je descends le rechercher, heureusement qu'il a été stoppé par des buissons...

Premier ravitaillement, et l'impression se confirmera tout au long du parcours : il n'y a pas grand chose à manger... A boire à profusion, mais pour ceux qui comptaient sur le ravito pour la journée, ça a été compliqué ! Je suis un peu inquiète car j'ai oublié mes sandwiches dans la glacière au camping (pain de mie et roquefort : plein de sel c'est ce qu'il me faut !).

Les ravito sont tenus par des jeunes de Toulon qui sont en sport études rugby ou handball, tous tres serviables et aux petits soins. Il y a très peu de bénévoles : ça s'explique sans doute par le fait qu'il n'y a aucun village dans le coin et que la population est très peu dense dans le Verdon.

Je connais bien la descente vers le Verdon au lieu dit Les Cavaliers : quand j'ai fait ce trail en 2014 on passait par là (engagée sur le parcours du 110 km j'ai abandonné au km 70 à cause de l'orage). Les blocs de pierre sont très hauts, parfois je m'assois pour descendre. Un peu avant, j'ai vu un concurrent avec une cheville cassée qui attendait l'hélicoptère. Il n'y a pas du tout de réseau téléphonique dans les gorges, ni de GPS : ça fait réfléchir... Les concurrents sont éparpillés, je suis seule pour un petit moment. Bientôt, la traversée du Verdon sur la passerelle : ça bouge pas mal. Quel beauté ces eaux si bleues : j'irai bien me tremper dans l'eau tellement il fait chaud !

Vers le 15ème kilomètre, on arrive au sentier Martel : c'est la première fois que ce trail emprunte ce sentier, rénové et réouvert en 2015. Je n'y suis jamais venue alors j'ai vraiment hâte ! Je suis surprise de ne voir personne, quelques rares randonneurs et coureurs, alors que je pensais qu'il faudrait faire la queue dans les échelles !  En parlant d'échelles, il ne faut pas avoir peur du vide... c'est vertigineux parfois ça monte, parfois ça descend, quel travail ... je suis impressionnée. Un grand pierrier est aménagé pour le passage, sans doute qu'il a du emporter le sentier plus d'une fois !  Et pour terminer, voici les tunnels : je sors ma lampe frontale, un peu faiblarde je l'avoue... Un concurrent, Thierry, me suit et me propose de partager sa lampe bien meilleure. Je finirai la course avec lui. Les deux tunnels sont très longs et très noirs, avec parfois une ouverture sur le Verdon.  Le sol est très humide : j'étais déjà très sale de poussière collante, me voilà avec les chaussures trempées.

A la sortie, nous sommes au Point Sublime, retour sur la route et un ravito où je remplis pour la 2ème fois mon camel bag de 2 litres avec poudre isotonique fortement dosée. J'ai eu des crampes aux deux derniers trails que j'ai faits, alors je tente tout pour les éviter cette fois-ci et ça va marcher ! Je transpire tellement que la sueur fait des rigoles le long de mes jambes sur la poussière noire et je vois un goutte à goutte qui tombe de ma visière...

Dès que j'ai du réseau j'appelle Mark. Il est en vélo et me rejoint vers le Point Sublime. Son vélo confié aux bénévoles, il me rejoint à pied et nous faisons quelques kilomètres ensemble. C'est très bon pour le moral ! Je repars pour une longue montée dans la forêt avec 600 mètres de dénivelé d'un coup. Heureusement que nous sommes à l'ombre.  Thierry sur mes talons, on ne parle pas beaucoup mais je sens qu'il  lutte pour s'accrocher.

Comme d'habitude, les doutes s'insinuent dans mon esprit. Je me demande si je vais réussir à terminer ce trail dont la fin est très difficile avec un très fort dénivelé. Après tout, pourquoi pas m'arrêter à 45 km au ravito des Amandiers ?

Quand nous basculons vers l'Artuby, Mark a fait le contour en vélo et me rejoint à nouveau à pied avec du ravitaillement : un salvateur sandwich jambon fromage qui me sauve de l'inanition. J'ai laissé entendre à Mark au téléphone qu'il se pourrait que je n'aille pas au bout : je me vois déjà nous baigner dans le lac de Sainte Croix... Mais Mark est venu avec un ravitaillement et un ultimatum. J'ai deux solutions me dit-il : "Quand tu vas passer sur le pont de l'Artuby, je t'ai payé un saut à l'élastique. Tout est prêt, ils t'attendent. Alors soit tu sautes, soit tu termines ce trail." Ah ! non, tout mais pas ça : je crois que je ne pourrai pas survivre à un saut à l'élastique ! Sur le Pont de l'Artuby, je passe vite devant le stand de saut, je ne regarde même pas les gens qui se préparent, ni qui sautent... et bien entendu, personne n'a rien payé pour moi !! Je fuis.
 
Quand Mark me quitte après le pont, le moral est au beau fixe, mais pas pour longtemps. Nous entrons dans le camp militaire de Canjuers, le plus grand d'Europe, exceptionnellement ouvert pour l'occasion. Et nous voici à grimper des pistes à tank, larges de 10 mètres et qui montent tout droit sous une chaleur de plus de 35 ° vers 14h, sans aucune ombre. Des kilomètres.. nous sommes 5 ou 6 à nous relayer, je lâche le groupe, je m'assois sur une pierre, je mange encore un peu et repars. C'est vraiment difficile. J'aperçois de très loin une tente blanche, encore un ravito : j'y fonce. Maintenant, les ravito seront tenus par de jeunes militaires sympathiques mais qui n'ont pas grand chose à nous proposer sauf des tucs, des oranges, du pain de mie, un peu de fromage et jambon qui ont du tourner dans cette chaleu et à boire (coca, eau gazeuse, eau plate). Je m'asperge entièrement plusieurs fois, ça fait refroidir l'organisme.

Aux Amandiers, km 45, plus question d'abandonner  : il n'y aucun rapatriement possible, puisque les voitures n'entrent pas dans le camp. Avec Thierry, on se motive et on repart... Nous avons 10 km de montée devant nous, pas trop raide mais très très long. Une bonne pluie orageuse nous rafraichit pendant une heure. C'est vraiment bienvenu ! Encore un ravito en eau à mi pente, les organisateurs sillonnent les sentiers en quad. Et il y a de la casse... Sur cette portion, les concurrents du 80 km nous ont rejoints. On voit beaucoup de souffrance, de gens allongés à l'ombre ... Sur le sommet l'hélicoptère fait des aller retours, on voit un hélitreuillage, c'est complètement inaccessible à pied pour le secours.

On arrive enfin au sommet de cette interminable montée. Je n'ai pas eu de crampes et je suis vraiment contente d'avoir si bien pu me ravitailler en liquide (8 litres environ) et en nourriture. Le Sporténine et les pastilles de sel semblent efficaces.

Dans ces conditions, j'appréhende énormément la descente. Je n'ai pas les jambes trop raides, mais cette descente de 4 km fait perdre 800 mètres de dénivelé, vous imaginez le pourcentage... sur un sol glissant, des blocs, des cailloux ronds... Bref, je mets une heure à descendre... Mark remonte vers moi, ce fut une journée très sportive pour lui avec près 60 kilomètres en vélo dans les gorges et 3 randonnées avec du dénivelé !

Enfin nous arrivons à hauteur du camping d'Aiguines, et je suis super contente et motivée pour passer la ligne d'arrivée en courant à 20h30 !

Total : 62 km, 14h34 de course, 3700 D+, 78 classés sur 100 partants, je suis 2ème V2F  et à part un genou endolori, pas de bobo ni de courbatures le lendemain !
C'est aussi mon 3ème Dodefondo  : reste plus que 9 !


Sur mon blog, le même récit avec des photos !

3 commentaires

Commentaire de Byzance posté le 25-06-2017 à 20:57:16

Bravo à toi ! l'adaptation à la chaleur de la semaine précédente était bien nécessaire ... imagine les "nordistes" !

Commentaire de lanailledu13 posté le 26-06-2017 à 08:21:44

Bravo pour cette course dantesque ! Je n'étais que sur le 34km et j'ai autant souffert, il fallait une sacrée dose de courage et de ténacité pour se lancer sur le 60 ou le 80 ! En tout cas, je suis d'accord avec toi, j'ai trouvé les critiques difficiles pour l'organisation...En même temps, on sait pourquoi on signe quand on vient courir dans le Verdon le dernier we de juin...

Commentaire de chorizo13 posté le 26-06-2017 à 19:44:55

Bravo felicitation pour ta course
Un voisin d'Aubignosc......

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