Récit de la course : Challenge Val Drôme - Les Aventuriers du Bout de la Drôme - 123 km 2017, par Jérémie C

L'auteur : Jérémie C

La course : Challenge Val Drôme - Les Aventuriers du Bout de la Drôme - 123 km

Date : 13/5/2017

Lieu : Crest (Drôme)

Affichage : 743 vues

Distance : 123km

Matos : Altra Lone Peak 3, Ultimate Direction AK Mountain Vest, Black Diamond Ultra Distance

Objectif : Terminer

4 commentaires

Faire connaître ce récit sur Twitter :

Faire connaître ce récit sur Facebook : Partager

Les Aventuriers du bout de la Drôme

Les comptes rendus concernant les Aventuriers du Bout de la Drôme ne sont pas extrêmement nombreux, j’en rédige donc un pour faire part de mes impressions à propos de l’organisation et du parcours en lui même.

Préambule: Ça fait plusieurs années que je suis attiré par ce trail. C’est un peu inexplicable, je pourrais également cité le Vulcain qui me fait la même sensation, mais à chaque fois j’hésite, sûrement un peu par peur de ces épreuves assez précoces, surtout pour ma Haute Savoie enneigée. Cette année, j’ai décidé d’arrêter de me poser des questions et d’y aller en réalisant la meilleure préparation possible sans oublier que nous seront donc seulement en Mai.

Je me suis rendu à Valence en train (gare TGV) et me suis fait transférer par une bénévole au petit soin, comme 5 autres coureurs, jusqu’à l’espace Soubeyran de Crest. Sur place, dépose des affaires au gymnase qui sert de salle de repos pour les coureurs de l’ultra et du challenge et promenade en ville pour devenir spectateur de la course du donjon. Le soleil brille maintenant, il y a encore une demi heure, il pleuvait des trombes et le tonnerre grondait! Ensuite, dernier repas, patience discutions et repos avec les camarades présents sur place (il y a une pasta party mais très peu fréquentée). Autour de minuit, les coureurs se regroupent pour la dépose des sacs disponibles à Saillans et nous nous rendons au pont Frédéric Mistral pour le départ. Bonne petite ambiance conviviale, Ludo Collet n’y est pas pour rien, ni les quelques loustiques qui ont bien utilisé le bar à proximité! Minuit trente, c’est parti dans les ruelles endormies à la lumière des feux de Bengale et des torches des bénévoles.

La première section jusqu’à La Baume Cornillanne et vallonnée et agréable, nous avons même droit à un feu d’artifice tiré pour nous dans un des premiers village traversé. C’est par contre plutôt gras suite aux grosses pluies de la semaine précédente mais le parcours reste largement praticable avec un peu d’attention. Je pars à mon allure sans me soucier de ce qui se passe autour, bien dans ma tête et mes baskets, heureux d’être la après une préparation qui s’est parfaitement déroulée. Je rempli mes flasques avec de la poudre isotonique Apurna conditionné en petits sacs congélations attrape deux morceaux de pain d’épices et part vers la première bosse sérieuse du parcours. Celle ci a été modifiée à cause de l’état du terrain et nous prenons un peu plus large pour arriver au même point haut sur la Raille. Température limite sur le haut à cause du vent et je ne traîne pas pour ne pas à sortir ma veste (j’ai un tee-shirt manches longues sur un tee-shirt manches courtes). Une belle descente souple et une autre petite bosse avant d’arriver sur la route montante qui nous mène au golf de Sagnol pour le second ravitaillement.

Au plus froid de la nuit, la majorité des coureurs opte pour de la soupe ou du thé, je me fais de mon coté un premier petit sandwich pain/fromage afin de retarder l’écœurement lié au sucré. Remplissage d’une seule flasque, la section suivante est la plus courte de la journée, il faut environ une heure pour atteindre Plan de Baix principalement par de larges pistes avec pas mal de faux plat montant. Le ravitaillement se situe au pied de la grimpée à la croix, cette dernière s’atteint en montant au début dans un champ puis sur une courte portion de route, le pointage chrono est en haut, pas question de tricher en coupant cette boucle! La frontale n’est plus très utile mais il m’arrive de l’allumer encore quelques secondes quand la végétation se fait trop dense au dessus de moi. J’attaque la grande partie descendante suivante derrière un groupe de copains, c’est agréable de suivre d’autres personnes et de pouvoir échanger quelques mots. Il faut pratiquement deux heures pour rejoindre Montclar sur Gervanne, nous traversons de jolies villages et la relative fraîcheur musculaire autorise encore à dérouler quand il le faut et ça tombe bien, il le faut…

La chaleur commence à poindre à partir de ce quatrième ravitaillement et il est maintenant important de bien faire le plein d’eau au départ de chaque section. Depuis le début de la course, je mange une demie Cliff Bar par heure quand je ne croise pas de de table de l’organisation et associée à ma boisson énergétique, cela fonctionne pour le moment bien, pas de coup de mou. Le dénivelé arrive sérieusement maintenant et nous enchaînons deux bosses, d’abord celle vers le col de Pourcheton déjà bien ardue et ensuite un espèce de KV pleine pente vers les Essarts. Ce n’est pas très long, mais avec l’impatience de la mi course et le soleil qui tape est affaibli l’organisme, il faut rester concentré et régulier. Je suis un peu déçu de constater qu’il n’y a absolument rien de notoire au sommet, pas de vue, pas de croix ou autre. Cela est compensé par une bascule agréable vers Saillans sur un sentier avec juste la pente qu’il faut pour être souple et efficace. J’arrive dans le village un peu avant le départ du 40k et croise des coureurs qui s’échauffent en prévision de celui ci. Je retrouve ma gentille assistance, je récupère mon sac coureur et prend le temps de vider mes Altra Lone Peak des petits cailloux accumulés. Après m’être ravitailler d’un petit sandwich pain/fromage et hydraté avec de la Saint Yorre, je passe à la visite médical obligatoire (mention très bien de la part du médecin) et part à l’assaut de la seconde partie du parcours! Honnêtement, à ce moment la, j’ai hâte de voir comment je vais réagir physiquement et mentalement, j’ai une sorte de curiosité qui plane sur moi depuis un moment: je vais déchanter rapidement…

Je fais une petite erreur stratégique en partant juste 4-5 minutes avant le 40k. Juste après la partie roulante qui même au pied de la difficulté suivante, je me retrouve dans le peloton. Je dois m’écarter sans cesse pour laisser passer et je perd de l’influx mental dans la manœuvre. Enfin, pas d’excuse, c’est surtout que j’ai un bon coup de barre, sûrement suite à mon arrêt un peu plus long qu’habituellement et cumulé à la chaleur qui commence à devenir embêtante, le mélange n’est pas très bénéfique pour moi. Je suis maintenant avec le dernier quart de le seconde course et j’essaie de suivre tant bien que mal. Un peu avant les rochers de Cresta, j’ai même les jambes flageolantes dans une descente: prudence! Finalement soulagé de voir la bifurcation des deux parcours, je me ravitaille un peu plus qu’à l’habitude et sens que mes forces reviennent doucement. Je n’apprécie pas trop la section suivante sur la Serre de l’Aup avec une longue partie en piste forestière faiblement descendante et je suis donc heureux d’atteindre le point haut sur la montagne de Farraud après quelques nouveaux efforts. J’y trouve deux concurrents faisant une petite pause et je suis bien content de les suivre dans la bascule. Passage à proximité d’une chapelle isolée et en bas, notre trio longe la rivière dans un champ afin de la traverser plus en amont. Nous nous rafraîchissons avec joie à genoux dans son flot avant d’entamer encore une piste forestière mais cette fois ci montante vers le ravitaillement de la ferme de Gauze.

Pas mal de monde sur place, je remplie directement mes flasques avec ma poudre énergétique et de l’eau et en prend une troisième d’eau pure à l’arrière du sac (j’avais fait la même chose à Saillans). Des coureurs prennent leur temps assis autour d’une table à l’intérieur, cela reste logique vu que les deux gros morceaux clés arrivent ensuite. Ce n’est par contre pas du tout ma stratégie, ni habituelle, ni immédiate car je repars rapidement après avoir grappillé dans les différentes assiettes proposées. Je pars un peu «comme un voleur» sans mes compagnons, mais il n’y a rien de calculé, je fais simplement ce que j’estime être le mieux pour moi à ce moment de la course. Je suis plutôt bien dans la montée jusqu’à l’épaule du grand Delmas, je reprends rapidement deux coureurs et fait la suite de la montée en solo. La traversée une fois arrivé hors des arbres et agréable, c’est un type de terrain dont j’ai l’habitude en Haute Savoie. Je regarde le ciel et me dis que nous allons certainement pouvoir grimper aux trois becs avant un éventuel orage. J’échange quelques mots avec des randonneurs Savoyards peu avant le véritable sommet. La descente et bien raide en son début, elle devient ensuite assez frustrante car nous nous éloignions du sommet suivant et du village de la Chaudière visible en contre bas. J’ai un doute sur le fait que d’avoir perdu la trace un peu plus loin, mais une balise vient me rassurer quelques minutes plus tard. Un pointage est présent car nous repassons à proximité de la ferme de Gauze après avoir effectué une belle boucle. Je retrouve ici un nouveau duo de coureurs accompagnés d’un chien errant. Le profil est semblable à celui du ravitaillement précédent dans le sens ou il faut remonter avant de le rejoindre, je positive en me disant que ça sera deux ou trois centaines de mètres de dénivelé à faire en moins ensuite. Un joli sentier en balcon m’amène au hameau, je suis à nouveau seul.

Je retrouve mon assistance(te) ici pour un peu de soutien psychologique. Ce n’est pas pour autant que je modifie mes habitudes et redémarre rapidement après avoir fait le plein de mes deux flasques et rendu la troisième qui me sera maintenant inutile. Nous formons rapidement un binôme avec un nouveau coureur repris, nous serpentons en forêt jusqu’au pied des juges de cette fin de course: les trois becs et le passage de Picourère. Le départ s’effectue en foret dans un épais tapis de feuille, la pente se fait de plus en plus violente et chacun passe ici d’un mode ou on cherche encore l’efficacité en un mode ou on cherche simplement à rejoindre le sommet. Le seconde partie se fait minérale, on est ici clairement dans le domaine de la montagne, mais encore une fois, c’est une chose que je sais faire et qui ne m’inquiète pas d’autant plus que je n’ai pas mal pratiqué ce terrain en 2016. Arrivé au sommet, j’harangue mon binôme qui suis à quelques centaines de mètres en contrebas. Je me retourne pour profiter un instant de la vue et m’imprégner du chemin déjà parcouru. Je m’engage dans la descente, plutôt banale au début, mais après un morceau à plat sur une piste forestière, j’arrive dans une toute autre section: la forêt de Saou. Je pense que ça a été le moment le plus intense de ma course. La sente s’enfonce dans une forêt épaisse au milieu de parois abruptes souvent recouvertes de mousse, quelques fois, des lianes ou racines d’arbres descendent de ces parois donnant à cet endroit un aspect de forêt enchantée. Sur le bas, la pente s’adoucit pour quasiment disparaître mais je maintiens mon très bon rythme que j’ai depuis 5k et relance encore pour rejoindre le ravitaillement, simplement heureux de pouvoir parcourir des chemins comme celui ci.

Les bénévoles du poste m’indiquent le chemin que je vais devoir suivre ensuite car ils ont été victime de débalisage. Je n’ai plus le courage de remplir avec de la poudre énergétique et opte donc pour moitié cola, moitié eau. Une seule gourde suffira, je devrais mettre seulement une grosse heure dans cette avant dernier tronçon. Celui ci débute par un belle montée sur un petit sentier ou je ne sors pas les bâtons, j’ai encore suffisamment de force dans les jambes pour grimper efficacement. Au sommet, c’est maintenant une longue piste forestière en faux plat descendant qu’il faut avaler. Je reprends des coureurs qui ont bifurqué sur le 105k au niveau des rochers de Cresta et ça semble dur pour eux. J’échange quelques mots avec une féminine qui n’a plus la force de courir même dans cette partie pas spécialement compliqué, je la quitte en me disant que la fin va être interminable pour elle. La grimpée au pas du faucon se déroule globalement comme la précédente à la différence que j’utilise ici une dernière fois mes bâtons qui m’auront été bien utiles durant cette longue mais belle journée. Le vent se déchaîne sur le sommet et j’allume à nouveau ma frontale quand la végétation devient trop dense en basculant vers le centre équestre. C’est ici que l’orage éclate et comme d’habitude, je suis rapidement pénalisé par le trio lunette/pluie/ frontale. Ce qui m’inquiète le plus à ce moment, ça serait la neutralisation de la course alors je fais de mon mieux pour foncer à ce dernier contrôle afin d’enfin devenir intégralement maître de mon destin. Ce n’est malheureusement pas si facile et il me semble que la parcours fait milles détours, je rejoins tout de même le fameux centre tant attendu ou je suis accueilli par mon assistance et les deux jeunes bénévoles du pointage situé avant la Chaudière et qui sont toujours la sous la pluie à notre service!

Les traceur seront taquins jusqu’au bout et nous traversons encore une rivière avec de l’eau jusqu’aux chevilles (la cinquième ou sixième peut être). Nous devons prendre les derniers mètres de dénivelé d’abord sur une route goudronnée, ensuite, la trace tourne vers la droite et nous passons à une piste. A ce moment la, je visualise intérieurement l’approche de l’arrivée avec un beau panorama nocturne sur Crest et je me mets à attendre impatiemment cette chimère. Légère déception arrivé au point haut, la vision n’est pas au rendez-vous car la descente finale se trouve sur une route en pente plutôt faible ne permettant pas ce que je m’étais imaginé. Je reprends toujours des coureurs du 105k qui finissent en marchand, de mon coté, je continue à courir du mieux possible malgré le bitume qui commence à me faire sentir les releveurs des chevilles. Une fois l’entrée de la ville, je garde mon rythme souple et essaie de savourer du mieux possible cette belle réussite, consécration d’un travail sérieux et considérable de préparation physique et mentale. Bifurcation à droite, et l’espace Soubeyran quitté 22h plus tôt se présente à moi, je passe sous l’arche, grimpe le plan incliné et pénètre dans la salle heureux de mettre un point final à cette Aventure qui m’illumine depuis des semaines.

4 commentaires

Commentaire de Davitw posté le 06-06-2017 à 10:36:11

Bravo à toi, et mention spéciale à la Grande Combe de Saou qui produit toujours son petit effet... mystique !

Commentaire de jack26 posté le 07-06-2017 à 11:11:28

Félicitations !
Belle course ! Beau CR.
Au plaisir.
Jack

Commentaire de TomTrailRunner posté le 10-06-2017 à 15:54:43

Belle perf : on a dû navigués un peu ensemble avant la ferme et que tu ne t'envole :)

Commentaire de Jérémie C posté le 11-06-2017 à 18:05:27

Je pense plutôt que c'était juste après la ferme TomTrailRunner :-)

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

Accueil - Haut de page - Version grand écran