Récit de la course : FestaTrail - Hérault Trail 2017, par Coureur du 34

L'auteur : Coureur du 34

La course : FestaTrail - Hérault Trail

Date : 20/5/2017

Lieu : St Mathieu De Treviers (Hérault)

Affichage : 964 vues

Distance : 75km

Objectif : Pas d'objectif

2 commentaires

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Herault Trail : Stone, le monde est stone !

Presque 2 ans après mon seul et unique 75 kms aux Hospitaliers, je remets ça sur l’Hérault Trail, un 73 kms (qui fait 2 kms de plus en fait, sûrement la faute au passage à l’Euro) et 3100m D+.

Je pars pour un objectif de 13h si tout va bien, voire 12h si les planètes veulent bien s'aligner.

 

Après une nuit blanche (mais pourquoi je n’arrive jamais à fermer l'oeil les veilles de grandes courses), je pars avec des potes coureurs et nous voilà tous à 9h du mat’ « j’ai des frissons, je claque des jambes, on monte le son » (une fanfare de percussions brésiliennes met l’ambiance) rassemblés sous l’arche de départ à St Jean-de-Buèges, altitude 166m.


Les conditions météo sont franchement favorables : sous un grand soleil, non seulement c’est la journée la moins chaude de la semaine (22°C) mais un vent assez soutenu fera office de clim sur tout le parcours.


Nous partons tranquilles sur un long faux plat roulant qui permet au peloton de s’étirer à son rythme tout en s’échauffant.

Après être passés contre la magnifique source de la Buèges, nous quittons sa vallée au hameau du Méjanel pour nous élancer à l’assaut de la 1ère difficulté de l’Hérault Trail : Peyre Martine et ses 650m D+, séquence « Martine se met au trail ».

La marche s’impose et nous montons lentement dans les pierres, le leitmotiv de ce trail.

Arrivés sur le plateau de la Séranne (alt. 664m), nous courons alors en crêtes vers le sommet de Peyre Martine à 500m de là (alt. 782m) : le terrain n’est pas reposant pour autant avec une alternance de marche rapide et de trot pour sauter les failles dans le karst au milieu d’une végétation basse de buis principalement.

Les vues à 360° sont juste magnifiques : mer Méditerranée au sud, Ventoux à l’est, Cévennes et Larzac au nord. Nous apercevons même le Pic St Loup qui nous fait des clins d’œil ironiques tout au loin.

Avec de tels paysages, nous en oublions de regarder le balisage et en bons moutons, suivons des trailers égarés dans la pampa : demi-tour pour reprendre le tracé, quelques minutes de perdues, mais pas 10 de retrouvées, dommage.

Au sommet de Peyre Martine (km 8, 1h15 de course), nous redescendons vers une piste plus large et roulante avant de plonger vers St Jean-de-Buèges par un monotrace plein de quoi ?... de cailloux évidemment !!

Coincés derrière un grupetto, nous ne faisons pas l’effort de doubler, il faut se préserver.


A St Jean-de-Buèges (km 12.6, 1h52. Pointage PC1 : 131ème), c’est le 1er ravitaillo où je bois, grignote des quartiers de bananes et des TUC avant de repartir paisiblement vers la grosse difficulté du jour, l’ascension du Roc Blanc (alt. 911m et 850 m D+). Ça commence par la traversée d’une vigne dans du gravier fin et à sa sortie, la pente s’accentue méchamment. C’est la partie la plus raide de tout l’Hérault Trail. S’ensuivent 26 épingles de cailloux, toujours des cailloux, qui nous amènent sur la Séranne pour la 2nde fois : cela a un petit air d’Alpe d’Huez et même si la pente s’est adoucie, il nous est impossible de courir. Le peloton des coureurs s’étire en guirlande au-dessus et au-dessous et nous dépassons quelques trailers déjà à la peine.

Nous retrouvons les décors et les vues à 360°C et à la Coupette, nous continuons en crêtes vers Roc Blanc, alternant toujours marche et petit trot pour éviter les pièges calcaires : failles, trous, rochers, le refrain du coin.

En bas d’un monotrace joueur, nous effleurons un menhir paumé par Obélix puis remontons dans un bois et un chemin plus facile, parenthèse terreuse dans cet univers minéral. Le rocher nous rattrape plus loin avec un passage en bord de falaise à couper le souffle au pied du Roc Blanc. Nous devons mettre les mains pour grimper les derniers mètres qui nous en séparent et voilà, nous arrivons au 2ème ravitaillo (km 21, 3h35. Pointage PC2 : 117ème).

Celui-là est super bienvenu et nous sommes nombreux à y faire une pause récupératrice. Je bois énormément car vent et chaleur nous assèchent.

Nous repartons tranquillement pour une légère montée vers le sommet de Roc Blanc avant de bifurquer dans un monotrace en descente pas si évident. Il débouche sur la large piste et nous dévalons dessus une paire de kms faciles avant de s’en écarter à nouveau par un monotrace technique et casse-gueule. Nous ressortons une fois encore sur le DFCI pour le quitter quelques centaines de mètres plus loin : s’ensuit une longue descente en sous-bois, assez roulante malgré les branches des arbres qui forment un tunnel végétal jusqu’au Parc de Brissac, km 28 et un 3ème ravitaillo (km 28.9, 4h40. Pointage PC3 : 96ème). J’ai géré la descente pour économiser les cuisses, elles peuvent encore servir même si les plus grosses difficultés sont déjà derrière nous.

Je refais le plein du camel, mange un peu mais ne m’attarde pas.


A peine quelques centaines de mètres dans les rues du village avant de grimper vers le château de Brissac par quelques épingles raides et puis nous repartons sur les chemins de traverse vers Notre Dame de Suc. C’est globalement roulant à part un petit coup de cul vers les bâtisses religieuses. Je pensais que le tracé rejoignait la statue de la Vierge plus haut mais non, alléluïa, nous quittons le goudron au niveau des bâtisses et redévalons un sentier peu carrossable.

Plus bas, nous traversons la route vers le hameau de Mastargues où nous quittons le goudron pour un long faux plat descente vers le pont de St Etienne D’Issenssac. C’est une partie pleine de kms « gratuits », c’est-à-dire qui ne coûtent rien ou si peu en énergie. Je tape un bout de discut’ avec une féminine de Bretagne qui regrette son granit rose par rapport aux doses de calcaire local que l’on vient d’avaler (« et c’est pas fini » je lui dis).

Plus loin, le tracé traverse un rucher bien animé : qui osera improviser un ravitaillo de miel ? Je double quelques coureurs et savoure les kms qui passent sans y laisser de plume, pourvu que ça dure.

Je discute avec un autre coureur sympa de la commune de Mayenne (en Mayenne, on s’en serait douté). C’est cool pour ça le trail, on fait des rencontres et le temps passe plus vite. Il va m’accompagner jusqu’au ravitaillo de la Guichette pour un bout de chemin ensemble à échanger sur notre expérience mutuelle en course.

Petite descente sur des plaques de calcaire pour rejoindre le bitume à nouveau et traverser le joli pont de St Etienne d’Issensac sur l’Hérault (km 38, 5h45) sous les encouragements de nombreux spectateurs. Ça aussi, c’est sympa.

Virage à gauche, 500 mètres de route puis à droite pour la longue montée vers le Ravin des Arcs, appelée Combe Pluvieuse, la mal nommée. Nous marchons à petite allure avec le Mayennais, le vent est tombé dans cette zone encaissée et il fait chaud. Un relayeur nous dépasse en trottant, comme d'autres de ses congénères le feront tout le long de l’Hérault Trail, faut juste se dire que c’est normal.

Nous rattrapons un groupe assez conséquent à l’abord du ravitaillo de la Guichette (km 40.5, 6h15. Pointage PC4 : 79ème #remontada). Je refais le plein, grignote bananes et TUC (sponsor officiel) et ne m’attarde pas là non plus. St Martin de Londres est annoncé à 15.5 kms.

Quelques coureurs vomissent là leur 4 heures en bord de chemin, dur, dur…


Une large piste plate en sous-bois débouche sur une descente caillouteuse jusqu’à l’entrée du Ravin des Arcs, ravin dont nous n’aurons finalement rien vu. Nous le traversons, enfin, à cet endroit-là, cela n’a rien d’un ravin, puis commence un long passage montant doucement, un joli sentier balisé dans les cailloux. J’essaie de relancer par endroits mais je sens que je coince et j’ai surtout du mal à m’alimenter : plus rien ne passe, sucré comme salé, je recrache même une pâte de fruits que je laissais fondre contre ma joue. Même la boisson me reste en travers de la gorge. Je connais bien ces sensations, un classique chez moi vers les 40èmes kms. C’est là que je commence à me sentir pas top, entre l’inconfort du bide et les kms qui passent si lentement.


Lorsque l’on sort des cailloux (ouaiiiis) pour une piste roulante, le moral marque un timide regain qui me fait avancer au petit trot jusqu’à l’ancienne Carrière de la Suque et un mini-ravitaillo (km 48.1, 7h15) où je lâche « Ils sont loin devant les kényans ? » parce que « L’ascenseur est encore en panne » ne fait plus rire personne. Erreur grossière de ma part, par manque de lucidité, excès de fatigue, je zappe ce ravitaillo et je vais le regretter.


Je traverse la route et repars en face dans la garrigue héraultaise : c’est la partie du trail qui m’a le plus éprouvé bien que ce ne soit ni la plus ardue ni la plus technique. A ce moment de la course, la moindre difficulté me fait mal et il y en a eu beaucoup : des cailloux, encore des cailloux et l’impression de ne jamais en voir la fin bien qu’à vol d’oiseau, de moineau même, St Martin de Londres ne soit jamais bien loin. Ces chemins de calvaire s’appellent Puech Coubiou, Puech Ferrié ou Puech Agut (puech = petite montagne en occitan), autant de bosses qui usent à la longue.

Des vaches nous encouragent à coups de tintements de cloches : ça me bous(t)e le moral. Je croise et reconnais en bord de chemin un spectateur qui attend ses potes de la Team Tracteur : il a fait lui aussi l’Hérault Trail en 2015 (sa vidéo) pour glaner les points nécessaires à la Diagonale des Fous la même année. Nous échangeons quelques mots sympas.

Ça monte, ça descend, ça tourne, jamais très méchant mais répétitif et un sentiment pénible d’être loin de tout : un air me revient en tête « égaré dans la vallée infernale, le trailer s’appelle Bob Morane »

Et puis la panne d’eau arrive fatalement à 5 kms du prochain ravitaillo : je n’aspire plus que de l’air dans la tétine. Je commence alors à gamberger grave : et si je venais à cramper, et si je tombais en déshydratation ? Malgré tout, par abnégation, je me force à trotter sur les rares sections plates. Une piste en terre telle une oasis dans un univers de cailloux me redonne du baume au cœur. Je dépasse une paire de coureurs à la dérive, c’est compliqué pour tout le monde. A contrario, une féminine que j’avais rattrapée à La Guichette me met un vent avec le sourire.

Les derniers kms sont ch..nts et interminables, empruntant ici un improbable monotrace en sous-bois pavé de caillasse, là un ru que même l’eau a déserté mais malheureusement pas la rocaille.

Je serre les dents, j’ai même envie de dormir, je me dis que je vais piquer un roupillon mérité à St Martin de Londres. Même si je n’ai plus rien à boire, la soif ne me plombe pas et de toute façon, j’ai d’autres problèmes à gérer, le bide qui fait la grève de la faim.


Finalement, je croise des promeneurs pour un retour progressif à la civilisation : nous longeons la clôture d’une villa et voilà enfin St Martin de Londres. En 1 km de goudron, j’arrive dans la salle des fêtes pour le ravitaillo du km 58 en 8h45 (pointage PC5 : 58ème).

Mais c’est pas vraiment la fête dans la salle éponyme : à ma surprise, pas grand monde n’est là et les quelques regards que je croise sont défaits. Je bois comme une éponge breto-polonaise, enfin de l'eau, et grignote bananes et TUCs, antiennes de mon trail. Je snobe par contre les potages servis dans des gobelets plastiques, peu ragoûtants. Est-ce que je traîne encore un peu ou je repars direct une fois rassasié ? C’est cette 2nde option qui l’emporte et 10 minutes après mon arrivée, me revoilà marchant dans les rues de St Martin vers la sortie du village en direction du Pic.

Je réalise que sauf chute d’astéroïde ou attaque subite d’aliens, je devrais toucher au but avant la tombée de la nuit jour, ma frontale ne servira donc à rien.


Nous caressons la nationale par une butte débroussaillée à notre intention puis passons sous cette route de Ganges pour prendre une voie plus buissonnière vers Mas-de-Londres. Les forces m’ont un peu abandonné et je marche même si c’est plat. Un coureur me dépasse et je m’accroche à ses basques tant bien que mal, plutôt mal d’ailleurs. Nous traversons le petit village et ses vieilles pierres avant de repartir en « course en sentier » comme disent les Québécois. Et ce retour à la terre me remet en selle :  je retrotte enfin et le moral redevient mon compagnon de route.

Nous descendons dans le long Ravin du Patus que je connais par coeur, effleurons le Lac de la Jasse pour rejoindre le GR 60 qui fait le tour du Pic. Ça fait du bien de courir sur des sentes connues. Le virage en équerre à droite et la courte grimpette en sous-bois qui enchaîne me rappellent à la réalité : le Pic, ça grimpe. Encore un coureur en relais qui me dépose, pffff…


Quelques épingles plus tard, j’atteins enfin la bascule au col des Tours Ruinées (encore plus ruinées que moi) pour redescendre sur Cazevieille et son tout dernier ravitaillo (km 67, 10h14. Pointage PC6 : 56ème position qui ne bougera plus). Je m’assoie sur une chaise de camping, manque plus que le parasol et le monoï, alors que des bénévoles féminines nous proposent de nous masser : cool !


Je ne traîne pas trop cependant et repars pour l’ultime bosse, la montée du Pic St Loup jusqu’à la Croisette. Le pourcentage est coriace durant les premiers hectomètres et les cailloux omniprésents comme toujours. Une fois le GR 60 rejoint, le cardio se calme et les jambes suivent. Je tape une nouvelle discut’ avec un gars sympa qui a fait la Diagonale des Fous 2016 en 44h, une machine. Je lui demande ce qu’il fout là avec moi alors qu’il devrait pointer très très loin devant : il était malade la veille et a failli ne pas venir, ah ouais quand même… Nouvelle bascule à la Croisette (où je me sens en cannes #festivaldelhumour) et ce n’est désormais que du dénivelé négatif jusqu’à l’arche d’arrivée. Mais entre la vigilance de mise devant les pièges lithiques et la paranoïa de cramper comme au Marathon de l’Hortus l’an dernier à cet endroit, je retiens ma foulée, ce serait dommage de faire le coup de la panne à quelques encablures de la délivrance.

Quand le terrain redevient moins technique (c’est-à-dire que l’on passe de 10 tonnes de cailloux au centimètre carré à 1 tonne à peine), je retrottine et me sens bien, fatigué certes mais dans une allure 9-10 km/h confortable.

Et c’est comme ça que la ligne est franchie en 11h30 tout pile et sans douleur à St Mathieu de Tréviers.

Je retrouve pour un brin de causette un autre coureur sympa croisé au Vinotrail et aux Terrasses du Lodévois : le monde du trail est décidément petit.

Bon, voilà, mon 2nd 75 kms est dans la boîte. Très satisfait de mon temps mais sans euphorie particulière, j’ai l’impression d’avoir bien géré et de ne jamais avoir douté d’y arriver. L’Hérault Trail est plus technique (les cailloux !) et plus chaud (Hérault en mai contre Aveyron fin octobre, il n’y a pas match) que celui des Hospitaliers, mais il est bien moins ardu avec très peu de gros « murs » contrairement aux Causses qui se succèdent aux Hospitaliers.

Côté organisation, si le balisage pourrait être un peu plus conséquent (quelques hésitations par endroits), les bénévoles ont été constamment adorables, plein de bonne humeur et de support : merci ! Avec un tee-shirt à l'inscription et un autre pour les finishers, je suis habillé pour l'été!

 

2 commentaires

Commentaire de Macaron posté le 04-06-2017 à 14:05:54

Beau récit, on a faillit se voir, pas loin derrière, 2 places à l'arrivée 58°, tu as dû aller plus vite sur les premiers cailloux !!
Je te donne rdv à l'UTMC en juillet, moins de cailloux quoique !

Commentaire de KourSurMars posté le 06-06-2017 à 14:12:17

Merci, j'ai bien eu le sentiment de vivre cette course avec toi, sans les petits cailloux dans la chaussure et sans les bosses, les cols, les pics, les collines, les montagnes et autres puechs à gravir !

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