Récit de la course : Ultra Trail de la Brie des Morins - 87 km 2017, par bubulle

L'auteur : bubulle

La course : Ultra Trail de la Brie des Morins - 87 km

Date : 30/4/2017

Lieu : St Cyr Sur Morin (Seine-et-Marne)

Affichage : 760 vues

Distance : 87km

Objectif : Pas d'objectif

2 commentaires

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Orgie de colza...

PUTAIN DE COLZA !


Janvier 2017, j'ai un problème...

Je devais faire le 5 jours de la NFL au mois de mai et ce devait être ma dernière course avant les gros morceaux de l'été : 80km du MB, Silverheels 100 et Tor des Géants (sous réserve de tirage au sort pour ce dernier). L'idée était d'avoir une préparation du mental pour tenir sur de la durée (pour le Tor) et sur du parcours (relativement) roulant (pour le Silverheels).

Sauf qu'une superbe surprise en forme de places pour la finale de la Champions Cup de rugby s'est profilée sur le week-end de la NFL. Je me retrouvais alors avec un gros trou entre les 2 Amants début avril et le 80km du MB fin juin. 9 semaines sans course.

D'où exploration du calendrier. Après élimination, pour cause de week-ends réservés, de classiques (GR73, Cerfs, etc), j'ai fini par converger sur cet Ultra de la Brie des Morins.

Un Ultra de plus de 80km en Île de France (limite, limite, mais c'est encore l'Île de France), ce n'est pas si fréquent. Et, à la lecture des récits précédents, je sais que je trouverai ce que j'y cherche : un challenge personnel sur un terrain qui n'est pas précisément "le mien".

Les retours sur l'organisation sont au top, ce qui est un bel argument. Le parcours a ses défenseurs....et quelques détracteurs (pour son côté roulant et ses longues sections en plaine.....la Brie, c'est la Brie, hein, même quand on zigougouite autour d'une de ses vallées).

Le truc bien avec les roadbooks, c'est que l'échelle dilate toujours un peu les reliiefs....



Bref, me voilà parti à traverser toute la région parisienne à une heure indûe pour me rendre en la charmante bourgade de St-Cyr sur Morin. Fort heureusement en compagnie de Caro, ce qui rend le trajet moins monotone et sera probablement précieux pour le retour après la course, le soir.

Un parking parfaitement organisé à deux pas de la zone de départ/arrivée, une récupération de dossard sans soucis, nous retournons déposer à la voiture le lot de bienvenue : un magnifique Coulommiers qui va mûrir tranquillement toute la journée dans une voiture au soleil...:-). Le retour sera peut-être douloureux, mais il sera parfumé !

Départ sans stress, toujours avec Caro. Nous nous sommes positionnés aux 2/3 du peloton, pour éviter l'éffet d'entraînement : l'objectif est de partir lentement, de gérer sans bouger une oreille jusqu'au 30ème kilomètre minimum.....et d'aviser ensuite.



J'ai un peu révisé le parcours et me suis fait une anti-sèche : je préfère toujours savoir ce qui m'attend quand je découvre une course.

Nous restons sages avec Caro sur les deux premières côtes (des aller-retour sur le flanc Nord de la vallée du Petit Morin) : à la marche dès que ça monte, des relances molles en haut de côte. Malgré tout, au bout de 3km environ, Caro relance un petit peu plus que moi et adopte une allure légèrement supérieure sur les plats et faux plats. Je vois donc s'éloigner progressivement ses grands compas tout roses...

Quel peloton compact.....au bout de 500m de course.



De manière analogue, je me fais ponctuellement passer par quelques coureurs, mais globalement l'allure s'est stabilisée et, de toute manière, au bout de 5km il n'y a déjà plus de peloton et les écarts se comptent vite en dizaines de mètres. La journée va être longue.....et solitaire !

Totalement sur la réserve, je m'évertue toujours à ne pas tirer trop fort sur la machine. Parfois même à faire quelques mini séquences de Cyrano sur les faux plats, totalement à l'économie. Même la redescente assez longue sur la vallée, aux alentours du km 10, est prise sans forcer.

L'espacement entre coureurs est désormais conséquent : je n'ai parfois personne devant à plus de 100-200 mètres, plus de point de mire. Vigilance, donc, sur le balisage car on a vite fait de partir dans une mauvaise direction....ce qui arrive d'ailleurs à un petit groupe devant moi, que je vois revenir à une intersection qu'ils ont manquée.

Ici, je n'ai rien à vous montrer, alors je case ma photo du fromage offert à tous les coureurs. Ça va meubler....



Le parcours remonte en direction du plateau au Sud de la vallée. Je reprends quelques places dans cette côte, mais je sais....que ça ne va pas durer.

C'est en effet une section ultra-plate de plus de 10km qui nous attend, juste ponctuée par la bosse de la butte de Doué où sera le ravito du km 21.

La couleur est annoncée dès qu'on débouche sur le plateau : une immense ligne droite, sur un chemin agricole, traverse des champs tout aussi immenses en direction d'un bois lointain que je sais que nous traverserons....en ligne droite.

Berk, berk berk berk berk berk. Tout ce que j'adore, un truc fait pour des marathoniens gorgés de fractionnés, accros aux "5 minutes au kilo". Bref, pas pour les guignols dont les entraînements sérieux comportent au minimum 1000 mètres de dénivelé sur une colline de 59 mètres de haut.

Bin, quand faut y aller, faut y aller. Je m'attaque à la Brie à défaut de m'attaquer au Brie. On est déjà aussi espacés que les coureurs de l'UTMB au bout de 150 kilomètres et, en plus, je les vois tous revenir sur moi, ces pénibles, c'est désespérant.

Il y a en fait 6 kilomètres à se taper comme ça, avant d'arriver au village de Doué au pied de sa butte. Un calcul a posteriori m'indique que je tiens un rythme de 6'16"/km. Bon, au final, sur une course de 90km, c'est plutôt honnête, peut-être même un peu rapide. Et pourtant, j'ai l'impression de me traîner. Mais surtout, qu'est-ce que c'est chiant...:-)

La butte de Doué....et, au fond, loin loin loin loin, la forêt d'où on vient



Doué est un peu un genre d'espèce de délivrance. UNE CÔTE ! Bon, OK, c'est pas le Tricot depuis les Chalets de Miage, mais immédiatement j'y gratte 2 places, alors que, juste avant, j'avais l'impression d'être tout seul.

Le ravito du km 20 est sympathique : on voit enfin quelques humains et pas juste des lapins briards (certes sympathiques, mais peu causants).



J'y hurle ma détestation du plat, ce dont se contrefichent allègrement les bénévoles (les pauvres, ici, ils ne connaissent que ça : la butte de Doué c'est comme qui dirait une montagne, localement). J'ai l'impression d'être loin loin loin dans le peloton. Or, j'ai en fait 20 minutes d'avance sur mon roadbook de 11h30, le plus optimiste. Je sais cependant que je n'ai guère soigné le calcul du roadbook, qu'il est basé sur une vitesse constante, ce qui est quand même rare sur une distance pareille.

Descente rapide de la butte et.....c'est reparti pour le plat. Il y en a "seulement" 4 kilomètres. Pour un peu on trouverait cela court.

Les maisons tout au fond ? Oui, bien sûr, on y va....



SURTOUT PAS. C'est encore pire qu'avant. La preuve, les organisateurs (qui savent bien que leur parcours est chiant, on dirait....) nous ont mis de la distraction sur une ligne droite, avec des encouragements individuels pour chacun des finishers de l'an dernier qui sont là à nouveau. Rigolo, d'ailleurs, c'est un Christian qui avait le dossard 99. Bon, l'avantage, c'est que ça occupe car je ne sais pas si je vous ai déjà dit que ce plat est très très chiant ?

Bin, si je ne vous l'ai pas déjà dit, je le redis, comme ça, ça s'ra dit (rose). Du coup, d'ailleurs, je suis passé à 6'27" au kilomètres (soyons précis). Mais, curieusement, personne ne me dépasse : je ne dois pas être le seul à en avoir plein les bottes de ce plat....:-)

Ou peut-être que si : de toute façon, je suis tout seul. Plus personne à 500m derrière et vaguement un coureur à l'autre bout du champ, là-bas, tout loin.

Enfin, ce pensum se termine au km 24 : on amorce une petite descente qui marque le retour à la vallée du Petit Morin. Le parcours du 66km nous rejoint à cet endroit là, c'est leur km 2, seulement. Or, ils sont partis à 10h30 et il est plus de 11 heures. Le peloton est donc probablement passé depuis 20 à 30 minutes : autant dire que je ne suis pas près d'en rattraper les derniers coureurs. De même, le 30km est parti voici 1h30 et la marche nordique il y a 1h15. Il est donc probable que je commencerai par retrouver d'abord les derniers marcheurs.

Faire tous ces calculs m'occupe bien l'esprit. Il vaut mieux car, à part avoir rattrapé le coureur que je voyais au loin (il m'a suffi d'une descente..:-) ), je n'ai pas grand chose à faire. Nous sommes à présent dans la vallée et c'est toujours aussi roulant.

Rien devant.....et mon coureur dépassé derrière que j'entends...doucement s'éloigner. J'attends l'animation que vont nous apporter les quelques côtes que je vois sur mon profil entre les km 29 et 38. En attendant, c'est la douce monotonie d'un chemin de fond de vallée....

J'ai compté 5 côtes sur le profil : autant dire que je les attends comme pain bénit. En pratique, elles consistent à monter dans le bois sur le coteau, pour certaines presque jusqu'au plateau, puis à redescendre, faire quelques centaines de mètres sur le chemin roulant en bas, et recommencer.

C'est dans la 3ème que l'animation recommence : je rattrape 2 ou 3 coureurs du 87km (héhé, vivent les côtes) et les derniers marcheurs. Les côtes sont prononcées sans être très difficiles et c'est là où je peux envoyer à grand pas comme j'aime bien.....sans parler des descentes que je dévale comme un mort de faim.

Tout de même, une des côtes nous ramène pour un petit moment, sur le plateau, pour ce qui ne paraît être rien sur le profil, mais s'avère être un grand crochet dans les champs de colza tout plats, sur 2km. Pffffff.

En plus, le vent s'est levé, tiens. Et on l'a en pleine face sur ce fichu plateau.

Détail amusant : du côté du hameau de Coton, le traceur s'amuse à nous faire bifurquer à droite sur une des côtes les plus raides suivie d'une descente pleine de racines.....pour revenir environ 20 mètres plus loin sur la même route, après 1km de boucle.... Bon, à cet endroit, quand même, il y a une bénévole pour éviter toute envie de gruger...:-)

La côte qui ponctue cette série nous amène enfin sur le ravito de La Trétoire, le plus gros ravito de cette course, puisque les 3 courses y passent. Jolie ambiance "accordéon" dans la tente, d'autant plus que nous sommes désormais sur le "gros" du peloton de marcheurs nordiques. C'est également là que j'aperçois les premiers dossards mauves de concurrents du 66km.

Alleeeeeeez, viens boir' un p'tit coup à la maison !

 

On croirait presque que c'est la foule sur ce trail.......mouhahahahaha, on va vite déchanter !

 

On nous a mis des décorations pour nous occuper en repartant. Je vous ai déjà dit que c'est plat ?

Ne rêvez pas, là c'était le passage du gros du peloton du 30km. Pour moi, c'était "pas un chat à l'horizon"



J'avais prévu un arrêt conséquent, mais finalement je n'en éprouve pas le besoin et je repars finalement au bout de 3 minutes : je préfère rester dans mon rythme.......rythme de Cyrano, désormais, sur ces plats interminables. Rythme adopté,d'ailleurs, maintenant, par tous les coureurs du 87km (on approche de la mi-course).

A la suite d'une nouvelle redescente vers la vallée, nous lâchons les marcheurs du 30km et c'est à nouveau une course très solitaire qui s'offre à nous, avec une très longue descente sur l'ancienne voie ferrée du Tacot Briard : 1 kilomètre et demi pour perdre 40 mètres.....roulant, isn't it ? Bin, ici, ils appellent cela des descentes....

Le profil m'indique un ènième retour sur le plateau....mais m'annonce aussi une section plaaaaaaaaate qui va être pour moi un des moments les plus difficiles de la course. C'est extrêmement monotone, et surtout le vent de face souffle fort : autant dire que c'est désagréable et qu'on n'en voit pas la fin. Ces presque 4 kilomètres entre le 45ème et le 49ème sont moralement très durs.

Un arbre, un arbre, un arbre, un arbre, un arbre, un champ, un arbre, un arbre, un arbre, un coureur, un arbre, un arbre, un arbre, un arbre



Plus ça va, d'ailleurs, plus je rattrape progressivement des coureurs qui ne font plus que marcher. J'arrive encore à en rester à du Cyrano et c'est donc plutôt satisfaisant de voir qu'il y a plus mal en point que moi. Mais que les cuisses sont dures de devoir entretenir en permanence cet trottinement infernal !

I'm a poor lonesome cowboy.....

 



La descente qui ponctue ce chemin de croix me fait penser à mon cher Puy-Firminy : elle se déroule entièrement sur bitume. Roulant mais.....hyper cassant pour les cuisses. Et c'est une vraie délivrance que d'arriver enfin dans une descente un peu plus technique après une ènième remontée sur le plateau, vers le km 52. On dévale dans le creux d'un vallon et notre sentier serpente autour du ruisseau au fond de ce vallon, ruisseau qu'on traverse plusieurs fois...et pas toujours à pied sec.

Luca fait la chochotte pour pas mouiller ses chaussures



Cela tout juste avant le ravito de la piscine de Bellot qu'on atteint avec un petit aller-retour (sur 100 mètres, on croise ceux qui en repartent). Clairement, c'est à ce ravito là qu'il faut envisager de faire une grosse pause. Il est à peu près à mi-parcours, à un moment où on en a allègrement soupé des chemins agricoles, il n'y a pas trop de monde (seuls le 87km et le 66km y passent) et j'ai même l'impression qu'il y a de quoi avoir quelques soins en cas de souci bénin.

Par contre, être juste à côté de la piscine, quand on baigne dans son jus (même s'il y a du vent, il fait bien chaud), ça c'est de la torture mentale, clairement. On n'a qu'une envie : aller piquer une tête dans cette belle eau bleutée, mais ça n'a pas l'air permis...:-). Faut dire que j'imagine la tête des responsables de la piscine après qu'une centaine de trailers décatis et puants aient pollué leur belle eau....

Le piège, c'est aussi de s'asseoir, ce que je fais pourtant, pour déguster une soupe aux pâtes qui est un vrai délice à ce moment de la course. Certes un peu moins un délice quand, de l'autre côté de la vitre, un coureur un peu mal en point se met à vomir ses tripes en direct live, pour le plus grand bonheur des secouristes. Si on est soi-même à la limite du vidage d'estomac, l'effet est garanti. Mais j'ai cette chance de ne jamais avoir ce problème. Cool.

Repartir est moins simple...:-). J'ai révisé le parcours et ai noté qu'on va une ènième fois remonter sur le plateau, qu'on va encore avoir un bout de plat qui se remarque à peine sur le profil mais qui fait bien 2 bornes, puis redescendre une N+1ème fois dans cette vallée pour ensuite partir dans un immense plat montant très régulier...et très peu montant (je commence à avoir l'habitude) qui nous amènera au ravito du Point du Jour. La bonne nouvelle, c'est qu'ensuite, il n'y aura plus ces chemins de croix dans les champs mais qu'on fera plus ou moins le yoyo sur les coteaux jusqu'à l'arrivée. En résumé : arriver au Point du Jour est l'objectif : après il restera à dérouler (et on commencera enfin à revenir en direction du départ).

Il n'empêche que je suis bien scotché en repartant. Même sur la bonne côte qui suit le ravito, je ne peux reprendre de terrain aux coureurs devant et j'en vois même se rapprocher insensiblement. En pratique, je le verrai plus tard, c'étaient surtout des coureurs qui s'étaient arrêtés beaucoup plus longtemps que moi, jusqu'à 15 ou 20 minutes, et qui repartent clairement plus frais. Et ce sont surtout des coureurs du 66km....

Pour ma part, je me suis arrêté moins de 10 minutes alors que j'ai eu l'impression d'énormément prendre mon temps. Et j'ai encore 15 minutes d'avance sur le roadbook. J'apprendrai plus tard que j'y suis pointé 69ème sur 113 passages.

Ce dernier plat "foutus champs de colza de merde" est avalé à peu près à 8'15"/km en mode Cyrano. La descente qui suit ma voit (évidemment) rattraper deux coureurs qui, par contre, s'arrêtent à la traversée d'une petite route car un autre coureur est allongé sur le bitume.

De loin, il a l'air mal en point et il est évidemment normal qu'ils prennent de ses nouvelles même si c'est probablement juste un type qui a des crampes. J'entends de loin "non non, ça va, j'attends juste quelqu'un". Ah, OK, cool, pas de soucis....

"Ah justement, le voilà celui que j'attendais !"

Comment, allô ? Il y a quelqu'un derrière moi ? Mais non...le type se lève et vient vers moi : "t'es pile dans ton roadbook". Non mais je rêve : c'est Ilgigrad qui est venu me retrouver. Alors ça, c'est une bonne surprise. Il a fini son 30km et plutôt que de glander à l'arrivée, il a repris sa voiture exprès pour essayer de me retrouver sur le parcours. Il m'a apparemment raté à Bellot, mais il a bien visé pour me faire cette agréable surprise.

On ne dira jamais assez la remontée en flèche du moral quand tu retrouves quelqu'un de connaissance comme cela...et qu'en plus il fait un bout de chemin avec toi. Ce n'est pas pour rien que les ricains adorent les pacers.

Du coup, ces 2 premiers kilomètres de plat montant vont passer sans que je n'y réfléchisse. Je montre ma belle technique de Cyrano à David qui me confirme encore ma précision actuelle par rapport au roadbook de 11h30. Comme je n'avais quasiment jamais regardé jusqu'ici, cela me confirme....que je devrais faire dans les 12h, sauf écroulement final. En effet, j'ai fait ce roadboook de manière assez "bourrine" avec une vitesse moyenne constante tout au long de la course, ce qui sera évidemment impossible à faire.

Allez, on dirait que je ferais semblant que je cours...

 

Et je pars à l'assaut de la terrrrible côte du Point du Jour : 7km, 120D+



Ce petit quart d'heure de compagnie va passer vite....trop vite, mais il aura été important. David me laisse donc face à un ènième chemin agricole en plat montant et avec......mon habituel coureur au maillot rouge qui me suit plus ou moins depuis plusieurs heures, en courant plus souvent et plus vite....mais en marchant moins vite.

Ce coureur me rattrape une fois de plus, mais cette fois-ci, il entame la conversation. Jean-Pierre m'explique qu'il est plus coureur sur route, notamment sur 100km et a peu l'habitude des trails. Effectivement, je lui confirme que cela se voit bien par sa belle constance à courir et qu'en fait nous faisons le yoyo depuis un sacré moment....ce que nous continuons d'ailleurs à faire tout aussi régulièrement jusqu'au ravito du Point du Jour que je suis quand même sacrément content de voir arriver ! J'ai marché sur les 4 derniers kilomètres et il devient très difficile de courir même sur les plats. Pour autant....eh bien, mes 15 minutes d'avance sont toujours là, la compagnie reçue sur cette section m'aura bien aidé. Autre avantage : on commence petit à petit à revenir sur plus de coureurs du 66km, ce qui permet de se trouver une motivation à ne pas baisser les bras. Et je me retrouve aussi à rattraper quelques "petits numéros" (donc du 87km) ce qui veut donc dire, en gros, que même si j'ai l'impression de me traîner, le pacman a démarré.

En fait, je crois bien qu'à partir de Bellot, aucun coureur du 87km ne m'a dépassé, à part Jean-Pierre, justement, qui y est arrivé un peu avant moi (mais il était en fait pointé avant moi à l'intermédiaire, donc ça compte pas...:-) ).

je n'ai pas trop envie de m'éterniser sur ce ravito. Dans ma tête, ça sent un peu l'écurie, donc je commence à être en mode "vivement que ça se termine". Donc, hop, quelques saucissons, quelques fromages, de la soupe dans le gobelet, et je repars avec mon petit resto ambulant sur moi.

Pendant les 10km qui suivent, je vais bien me faire plaisir. Pourtant, j'ai mal partout. Mais, en pratique, je ne cesse de rattraper des coureurs des deux courses. Plus personne ne court, désormais, sur les plats et encore moisn dans les côtes....et marcher vite, ça je sais bien faire (je m'essaie même un moment à une espèce de pseudo marche athlétique).

Et, surtout, dans les courtes descentes, j'ai encore suffisamment de jambes pour bien "envoyer" (tout relativement, quand même), ce qui fait allègrement la différence.

Juste avant la grosse et violente côte du km 72, c'est lutin93 que je rattrape, qui m'indique qu'il se bat depuis un moment avec son estomac. Je ne peux effectivement que constater les dégâts en l'avalant dans un petit single, le pauvre, mais je sens qu'il me faut profiter de ce moment de mieux (je n'irai pas dire "euphorie" car j'ai toujours autant envie d'arriver).

J'ai d'ailleurs d'autant plus envie d'arriver que le temps se fait, comme prévu, menaçant et que chaque minute désormais gagnée sera une minute de moins sous la pluie à la fin, c'est clair !

Le dernier bon moment sera la grosse descente qui précède la section de près de 3km de plat avant le ravito de La Forge, section qui me nargue bien sur le roadbook (foutu plat !).

Une fois arrivé dans la vallée, plus de coureurs au loin, très loin et un looooong chemin barbant en fond de vallée. Soudain, mon corps a décidé qu'il n'a plus envie de courir. Voilà que le dur est là. Je vais avoir l'impression que cette section n'en finit pas, que ce ravito de La Forge n'arrive jamais (alors qu'il restera ensuite encore 3-4 bonnes côtes).

Et c'est franchement en pas très bon état que j'y arrive, alors que 15 minutes plus tôt tout allait si bien. 23 minutes pour un peu plus de 2,5 kilomètres, j'ai déjà fait mieux...:-)

Arrivé au ravito, je reconnais un peu l'état où je me trouve : probable petite hypoglycémie (pourtant, la gestion des compotes a été idéale, avec régularité, et je pense m'être bien alimenté et hydraté). Les moments d'"euphorie", cela a quand même le défaut qu'on puise dans les réserves sans s'en rendre compte.

Donc, deux objectifs : embarquer le plus possible de quoi me requinquer, ne pas oublier la soupe...mais par contre, impossible de profiter des grillades si renommées de ce ravito. J'envoie un SMS bref "Épuisé" qui, je sais, ne sera pas trop rassurant pour ma chérie, mais je me fais toujours un devoir de ne pas lui cacher comment je me sens. Et elle sait, aussi, que j'ai appris à gérer ces moments plus difficiles.

Déception, par contre, quand les bénévoles, ultra précis, annoncent qu'il reste 14km jusqu'à l'arrivée. Je ne sais pourquoi, mais j'avais mémorisé plutôt 11 ou 12, donc ça met un petit coup au moral. "Bon, allez deux heures, quoi", c'est ce que je me dis car je pense que je vais devoir tout faire en marchant.

Le début me conforte dans cette idée. La première côte plutôt raide me voit un peu scotché, et me faire dépasser pour la première fois par un coureur de ma course....puis rattraper par un deuxième.

C'est ce deuxième coureur, Benoit, qui va me sauver la mise. Pendant quelques kilomètres, nous faisons le yoyo : il court un peu plus que moi, mais je monte un peu plus vite. Régulièrement, il me demande la distance qu'il reste et, du coup, nous finissons par adopter un vrai duo au moment où il commence à pleuvoir.

C'est finalement ainsi, à deux, que nous allons faire les 6 derniers kilomètres, en nous relayant, ce qui est une bonne motivation : quand le gars devant toi se met à relancer sur un plat, tu te sens plus ou moins obligé de faire pareil et, finalement, les deux avancent plus vite. Nous ne verrons d'ailleurs plus personne sur ces derniers kilomètres.

L'arrivée est quand même une délivrance car la pluie s'est accentuée et devient plus désagréable (même si nous avons échappé aux bourrasques qui ont quelque peu malmené la zone d'arrivée). Ce n'est que sur les derniers mètres que je ne peux plus suivre Benoît qui finit donc devant (mais, franchement, on s'en fiche un peu).

L'air de rien, sur la deuxième partie de course, après Bellot, j'aurai quand même récupéré 17 places, donc je peux me féliciter de ma gestion de course malgré le gros moment difficile. En fait, en comparant le classement à l'arrivée et l'intermédiaire....personne ne m'a durablement dépassé sur les 48 derniers kilomètres.

Je me retrouve au final en 11h45, donc 15 minutes derrière le roadbook qui était, mais je le savais, vraiment trop optimiste sur la fin de course.

Après réflexion, je pense que je suis à peu près à mon niveau sur ce type de course et qu'il est probablement difficile d'y progresser, sauf à effectuer du travail spécifique, ce qui n'est guère ma tasse de thé. Je sais donc toujours faire du "roulant", mais j'y ai mes limites, voilà ce qu'il faudra conclure. La preuve, d'ailleurs, Caro finit 3/4h devant moi, ce dont j'étais à peu près persuadé dès le départ : j'ai bien fait de ne pas la suivre..:-)

La surprise finale, quelques jours après la course sera de découvrir...que j'ai fait 2ème V2. Là, c'est clairement  une grosse surprise, probablement dûe à un concours de circonstances et quelques abandons (j'étais 6ème V2 au pointage intermédiaire). Le 3ème V2 est d'ailleurs mon "cent-bornard" Jean-Pierre qui aura un peu levé le pied sur la fin et qui finit une dizaine de minutes derrière moi.

Ces trails de la Brie des Morins sont, malgré tous les vilains mots que j'ai pu avoir ci-dessus, de belles courses avec une organisation bien maîtrisée, un balisage impeccable, des bénévoles au petit poil (mention spéciale pour ceux qui donnaient les distances restantes sur les 14 derniers kilomètres, distances parfaitement exactes).

Le parcours est ce qu'il est : il faut aimer les chemins à tracteurs et le colza. Et pourtant, je suis sûr que les organisateurs ont su exploiter le moindre bout de segment de single un peu rigolo qu'il y a dans le secteur. Il faut aussi noter qu'en période humide, ces chemins doivent être épuisants car certainement très boueux (demandez aux concurrents de 2016).

Sinon, voilà, le "roulane", c'est fait. Maintenant, direction Chamonix et du moins roulane, fin juin !

2 commentaires

Commentaire de Raphynisher posté le 25-05-2017 à 23:00:11

Merci pour ton récit Bubulle, j'ai souvent hésité à l'inscrire à ce trail, mais grâce à tes descriptions, je sais que je vais trouver du plat et de la monotonie, mais qu'à priori l'organisation est top, ce qui fera pencher la balance pour tenter l’expérience.

Commentaire de centori posté le 26-05-2017 à 11:05:03

je suis allergique au colza rien que la photo du début du récit j'ai failli éternuer et mon nez s'est bloqué !

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