Récit de la course : Trail du Pain d'Epices 2004, par amibugs

L'auteur : amibugs

La course : Trail du Pain d'Epices

Date : 16/5/2004

Lieu : Velars Sur Ouche (Côte-d'Or)

Affichage : 787 vues

Distance : 54.7km

Matos : Voir le compte-rendu

Objectif : Terminer

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Le récit

Trail du Pain d'Epices 2004

Il est 16h15 ce 16 mai lorsque je franchis la ligne d’arrivée de mon premier trail de l’année 2004. Parti depuis 08h00 ce matin, je n’éprouve aucune joie particulière ; une personne s’occupe de me retirer mon dossard, une autre de me remettre mon Pain d’Epices, un polo aux couleurs du club local et me demander « la journée a été difficile ? » Après quelques secondes de réflexion, je lui réponds sincèrement « non ! » et elle ajoute « la chaleur, pas facile ? » ; « Non plus ! Cette journée était simplement une journée sans ! » Sans envie de courir.
La majorité des participants est déjà rentrés chez elle, la table de ravitaillement est pratiquement rase, le parking s’est vidé de ces voitures ; les derniers arrivants franchissent la barrière finale sous les applaudissements timides de leurs amis et famille.
J’appelle chez moi pour annoncer mon arrivée, récupère 3 quartiers d’orange, rejoints ma voiture, mets la musique et tente de trouver un début d’explication à cette journée si particulière. Flash back..

Nous sommes le 01 mai. Une légère douleur au pied gauche me conduit à échanger une sortie longue par une sortie VTT relaxe ; occasion pour moi de reconnaître une petite partie du parcours de mon premier objectif de l’année : le Trail du Pain d’Epices, ses 53 km et ses 1500 mètres de dénivelé positif. Cette sortie vélo de 03h30 se solde par une amplification de la douleur au niveau du côté gauche du haut du pied gauche. Je m’impose une semaine de repos avant disparition totale de cette douleur. Reprise de l’entraînement le 08 puis le 10 et enfin, dernière séance le 12 avant le jour J.
Le 15 mai est consacré à la préparation de mon sac ; mon principal objectif de l’année étant l’UTMB, je décide de considérer cette course comme une première mise au point. Gore-Tex, bâtons, gants de VTT, couverture de survie, petite pharmacie, appareil photo, lunettes de soleil, ravitaillement solide, deux bidons de liquide seront du voyage. Ma tenue restera classique : « le maillot qui fait aller plus loin », cuissard, chaussette fine, chaussette épaisse, Polar, GPS (Forerunner 2001) et la première course officielle pour mes NB 780 de trail.
Levée à 06h00 le 16 mai. Petit déjeuner léger : café sucré + pain confiture sans beurre. Eau à volonté. Petite touche finale à l’équipement, couche épaisse de NOK sur les pieds, granules d’Arnica 9 CH pour la douleur et de Ruta 4 CH pour les crampes. Passage sur la balance : 67,7 kg : tous les voyants sont au vert. Je quitte la maison à 07h15.

Arrivée sur les lieux, j’essaye de retrouver Ufoot (Christian) qui participe à ce trail ; occasion de rencontrer un UFO jusque là connu pour ces interventions sur notre forum préféré. Ce sera chose faite à 10 minutes du départ à quelques mètres de la ligne en compagnie de son épouse et son cousin ; je suis toujours étonné avec quelle facilité les UFOS partagent leur passion commune, sans prétention, avec simplicité, avec un total relâchement et toujours avec le sourire.
Le départ est donné et les premiers déjà loin devant que nous décidons de prendre la queue de peloton. Les 8 premiers km essentiellement constitués de côtes se feront en discutant… d’Ultra ! Ufoot me parlera de son expérience confirmée de triathlète, de sa préparation au GRR et de tout ce qui nous rassemble dans cette passion commune qu’est l’Ultra.Le premier ravitaillement sera l’occasion de se séparer et d’entrer chacun dans sa course.
Rapidement, je me trouve à courir seul, sans personne en vue ni devant, ni derrière : la situation que je préfère. Je suis seul avec les éléments, seul avec la nature, seul avec mes sensations ; le soleil naissant, le bruissement des arbres et buissons, les odeurs printanières ; le sac est maintenant bien calé sur mon dos, les pieds bien chauds et la respiration régulière et rythmée. Le paysage est à la hauteur de mes espérances ; couleurs magnifiques, ciel éblouissant, petite brise rafraîchissante ; l’itinéraire est vallonné ; de courtes descentes succèdent à quelques belles montées. Rien ne semble pouvoir m’arrêter.
Km 16. Du haut de la falaise, je vois la suite du chemin plusieurs dizaine de mètres plus bas ! La descente est raide, très raide. Le terrain est recouvert de cailloux instables et très glissants par leur sécheresse. Les coureurs précédents ont laissé de belles traces de dérapages confirmant mon appréhension. A voir les branches cassées autour de cet étroit chemin, je me doute que les glissades comme les rattrapages ont été nombreux. Je m’engage, progresse, glisse, saisi une branche de la main gauche et ressent une douleur ; le bout de cette branche était recourbé et un beau pic bien pointu est venu s’enfoncer au centre de ma main. Quelques gouttes de sang sans aucune gravité me permettent de continuer ma progression sans autres pensées que celle d’arriver au bas de cette première difficulté.
Km 18. Ravitaillement solide et liquide. Quelques verres d’eau, morceaux de banane, granules d’Arnica, de Ruta et je repars. Les km défilent sans difficultés, l’allure est régulière, la motivation bien présente ; j’écoute mon corps : aucune douleur à signaler. Déjà 02h30 depuis le départ, la journée s’annonce sans encombre. Passage à Fixin, légère montée dans un sous-bois de sapins et arrivée aux « 100 marches ». Une centaine de marches d’escalier creusée à même la falaise, toutes irrégulières et nécessitant une enjambée différente ; « Qu’est ce que c’est dur ! Mais qu’est ce que c’est beau ! » Cet effort impose une montée en régime du cœur et le cardio est heureusement là pour me le rappeler. Arrivée au sommet, je préfère marcher quelques minutes afin de retrouver un rythme cardiaque moins élevé ; deux coureurs me passent, puis un troisième ; je décide de relancer la machine. Après quelques centaines de mètres, je ne parviens pas à retrouver mon allure de métronome : je marche. Check-up général : le moral est bon, la météo agréable, je viens de m’hydrater, j’assure le coup en avalant quelques gorgées de lait concentré sucré, tous les muscles répondent présents, aucune douleur. C’est pas grave, simplement un petit coup de « j’ai plus envie ». Autant marcher et attendre le retour de « j’en veux encore ! ». Les minutes passent, les mètres deviennent des hectomètres et je continue à marcher (6 km/h). Je me pousse à reprendre la course alors que le terrain est descendant. J’ai l’impression d’être une voiture sans batterie que l’on pousse après avoir enclenché la 1ère ; si ça ne redémarre pas, la moindre côte va être difficile. Après quelques balbutiements, la machine se remet en route, les pas s’enchaînent, les arbres se mettent à défiler un peu plus vite, j’ai en ligne de mire deux personnes qui m’ont dépassé 30 minutes plus tôt. Peut-être la fin du « j’ai plus envie » ?
Soudain, une racine me ramène à la réalité ; je ne lève plus assez les pieds. Je plonge en avant et me rattrape par je ne sais quel miracle. Mon orteil droit est sonné et cet accout imprévu m’oblige à stopper la course et à marcher. Pas glop ! Je reprends une foulée plus énergique, décolle les pieds du sol. J’ai un rythme lent mais je cours. 500 mètres suffisent avant que je tape une belle pierre pourtant bien visible. Pas glop, pas glop ! Dommage, ce n’est pas mon jour ! A quoi bon forcer, s’entêter et à terme peut-être se blesser ? Aucune envie d’abandon, je suis venu, j’ai vu et j’irai au « bu » ! A mon allure, à mon rythme, en alternant course et marche, en prenant le temps de profiter de tout ce qui m’entoure, de respirer, d’embrasser la nature. Je suis bien physiquement, moralement alors j’en profite et j’apprécie.
Km 23. Passage dans un sous-bois bien ombragé couvert de feuilles et de mousse. Le sol est mou et silencieux. Je cours lentement depuis quelque temps quand 5 mètres devant moi, un chevreuil, magnifique, me coupe le chemin. Je suis aussi surpris que lui. Je bloque des deux pieds alors que lui accélère comme un avion. A quelques mètres près, enfoui chacun dans nos pensées, nous aurions créé un original accident forestier !
Km 26. 03h25 depuis le départ. Magnifique passage en haut d’une falaise surplombant une route cerclée par la végétation. Non, c’est trop beau ! Je m’arrête, pose le sac, récupère l’appareil photo et prend quelques clichés. Deux coureurs me passent. Je repars et croise un groupe de randonneurs marchant d’un bon pas qui bien gentiment s’écarte pour me laisser passer sur ce chemin étroit. Echange de « bonjour ». Quelques mètres plus loin, j’aperçois le deuxième ravitaillement solide et liquide lorsque j’entends derrière moi « Tiens, le maillot qui fait aller plus vite ! ». Je me retourne et reconnais Ufoot, le sourire aux oreilles, m’expliquant son plantage et ses 4 km supplémentaires ! On papote un peu au ravitaillement puis on repart ensemble pour quelques centaines de mètres avant que son rythme et son punch le conduisent à me distancer. Sans le savoir, Ufoot sera dans ma ligne de mire durant plusieurs km, mon lièvre. Certes, l’écart se creuse, mais le moindre dégagement est pour moi le prétexte à repérer sa tenue jaune.
Km 35. Petit coup de fatigue. Les portions de marche s’allongent alors que celles de course se ralentissent encore. Pas grave ! J’ai mon joker ! Mes bâtons jusque là inutilisés et fermement fixés à mon sac me laissent espérer un avenir un peu plus clément ; d’autant plus que je suis en vu du ravitaillement suivant qui précède une belle côte en plein soleil à la sortie d’un village que plusieurs coureurs tentent « d’escalader » en s’appuyant fermement sur les cuisses. Je demande au ravitaillement s’il y a encore du monde derrière et d’après son pointage, environ 25 coureurs sur 110 ne sont pas encore passés. Les bâtons ne sont pas indispensables sur cette épreuve et je suis d’ailleurs le seul à en posséder. Mais je garde l’UTMB comme objectif de l’année et leur utilisation doit être rodée, réglée et instinctive pour le 27 août 20h00 ! A ma surprise, je monte cette côte raide d’environ 500 mètres avec une relative aisance me permettant même de rattraper et passer un coureur ; merci les bâtons. A compter de cet instant, ils ne me quitteront plus jusqu’à l’arrivée. Seules petites gênes, la transpiration des mains me contraignent à les serrer de plus en plus fort et les dragonnes se desserrent trop facilement. J’attendrai donc quelques km avant de mettre mes gants de VTT me laissant les doigts à l’air et éviter ainsi le glissement du à la transpiration ; le réglage des dragonnes fera l’objet d’une sortie ultérieure.
La suite du parcours est roulante jusqu’au km 41. Je continue d’alterner marche et course, n’hésitant pas à m’arrêter pour prendre des photos, m’alimenter, admirer le paysage et respirer toutes les odeurs que nous offre la nature. Je réfléchis sur le déroulement chaotique de ma course et me rends compte que le problème essentiel vient sans doute du fait qu’à aucun moment je ne suis parvenu à dissocier mes pensées de mes actes de coureur. Toutes mes réflexions depuis le départ tournent autour de ma course. Je n’ai pas réussi à « oublier » que je courrais, je ne suis pas arrivé à perdre de vue le cardio, le chrono, le GPS, les contractures, la soif, les débuts de crampes, la fatigue, les racines qui me font trébucher, les cailloux qui me rentrent sous la plante des pieds. J’ai complètement intériorisé cette épreuve ; je suis dedans sans parvenir à en sortir. Le moral est bon ; le « psychologique » est à revoir. Je reste certain qu’un Ultra est gagné quand on a oublié qu’on le courrait.
Km 42. Tiens, tiens ! Je score à la CTU (Merci Yoyo). Quelques verres d’eau avalés à cet avant dernier ravitaillement liquide et j’attaque la dernière difficulté. Raide montée d’environ 2500 mètres dont 800 mètres sur route et le reste en sous-bois. Je me rends compte une fois de plus de l’utilité des bâtons. Je connais cette fin de parcours et suis conscient de ces dernières difficultés. Je continue sur mon rythme lent et régulier. Personne devant, personne derrière, je suis bien ; état d’esprit paradoxal car je suis pressé d’en finir. Je suis bien mais j’en ai marre ! Damned !
Les 2 derniers km ne sont que descente. Je ne cours même plus. Je compte les minutes et m’aperçois qu’elles passent vite au regard de la distance parcourue. Mon allure est escargotuesque.
500 mètres de l’arrivée. Je ne vais tout de même pas arrivé en marchant. Alors je cours. Sans prétention, juste pour l’honneur, pour mon honneur. Je suis parti en courrant alors je franchirai la ligne en courrant. Reste 200 mètres ; le guide ne me voit pas et je continue sur ma lancée alors qu’il fallait tourner à droite pour rejoindre les 5 dernières marches et couper l’arrivée. Il me rappelle s’apercevant de son erreur. Je fais demi-tour ; il se sent gêné mais je ne lui en veux surtout pas et lui adresse un large sourire amical et complice. Je franchis la ligne simplement, sans déception, sans gaieté, sans joie. Je ferai moins mal la prochaine fois.
54.740 km au GPS / 6.4 km/h de moyenne. Les 3 dernières heures à 5.5 km/h de moyenne…
Environ 5500 calories de grillées et 2 kg de poids de perdus (après réhydratation et repas d’arrivée)

Aujourd’hui, 20 mai à 14h45, j’ai envi d’aller courir. Les muscles sont retapés, les kilos perdus repris et je ne ressens presque plus aucune douleur ; seule ma jambe gauche me rappelle cette épreuve lors de mouvements brusques. Mais pas de précipitation. Je laisse l’organisme se reposer, récupérer, colmater les petites brèches.
Je réfléchis… nous sommes le vendredi 27 août, il est 19h59…

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