Récit de la course : Eco-Trail de Paris® Ile de France - 80 km 2017, par marathon-Yann

L'auteur : marathon-Yann

La course : Eco-Trail de Paris® Ile de France - 80 km

Date : 18/3/2017

Lieu : St Quentin En Yvelines (Yvelines)

Affichage : 658 vues

Distance : 80km

Objectif : Pas d'objectif

12 commentaires

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Floc floc

Pour ma deuxième participation à l’Ecotrail 80, j’ai décidé de mettre toutes les chances de mon côté dès le matin. Un de mes profs de biochimie nous disait que, si on était perdu dans le désert, il valait mieux avoir 1 kg de beurre qu’1 kg de sucre. Il parlait bilan énergétique, bien sûr. Maintenant que c’est moi  qui enseigne la biochimie, j’ai décidé de m’appliquer ce principe, en m’offrant comme petit-déjeuner un kouign amann, parachevant ainsi deux bons mois de préparation, à peine pollués par une toux tenace. Au goût en tout cas, cela vaut tous les Gatosports !

Je me suis aussi décidé à demander à mon épouse de me conduire en voiture au départ, confort non négligeable qui m’offre le temps d’arriver sans stress, et largement à l’avance, de m’habiller tranquillement, de boire un peu de thé, et surtout de discuter avec mon ami Laurent qui enchaine les ultras. Comme pour mes premières courses, j’éprouve une excitation mêlée d’anxiété. L’objectif du jour est de finir dans un temps proche des 8h21 réalisées l’an dernier, qui avait constitué pour moi une belle performance.



Dernier bilan dans le sas de départ. J’ai bien emporté tout le matériel obligatoire, à commencer par les 1,5 L de boisson, répartis en 3 bouteilles (je n’aime pas les poches à eau). Ca me semble beaucoup, mais puisque c’est demandé je vais les promener, avec d’autant moins d’hésitation que l’on ne manque pas de nous rappeler au briefing que cet équipement sera vérifié (ce qui n’aura pas été le cas en ce qui me concerne). J’ai aussi un petit papier, sur lequel j’ai griffonné mes temps intermédiaires de l’an dernier.

Et les fauves sont lâchés ! Enfin, à propos de fauves, j’ai plutôt l’impression de passer derrière un troupeau de bovins, si j’en crois les trous marquant le sol des premiers hectomètres. Attention aux entorses ! Le peloton est dense, les 7 premiers kms ne sont pas superflus pour l’étirer. Les jambes répondent bien, je m’installe à une allure confortable, sans lambiner. Je pense aussi à me ravitailler, en prenant ma première Pompote (empruntée à ma fille) dès la passerelle dansante. En ce début de course, ma pensée se fixe sur une phrase de Giono : «  si tu n’arrives pas à penser, marche. Si tu penses trop, marche. Si tu penses mal, marche encore. » Je me dis que cette phrase fonctionne aussi bien avec « cours », et en profite pour exorciser certaines pensées liées au travail. Le temps de faire ce cheminement (mental), j’arrive déjà à Buc : 23 km en 1h56, presque 12 km/h, c’est suicidaire sur une telle distance ! Je profite du ravito pour remplir mes bouteilles, manger deux bouts de fromage, et échanger deux mots sur le parcours à venir avec un coureur en gris, bien décidé maintenant à me concentrer sur ma course.

Je le sais, le tronçon suivant est le plus difficile : 23 kms de montées et de descentes, il va falloir gérer. Je gère à ma façon, sans me soucier du chronomètre (ou chrono-maitre, pour reprendre l’expression des revues de running), marchant lentement quand le relief monte, reprenant ma course (et les coureurs qui me dépassent dans les montées) quand le chemin s’aplati ou redescend. A ce petit jeu, ce sont toujours les mêmes coureurs que l’on croise. L’un d’entre eux m’épate en courant dans les côtes, même si je le reprends régulièrement ensuite. Au bout d’un certain temps, je décide de lier conversation :

(moi, amusé) : - Salut ! Ca va faire 10 fois qu’on se dépasse !

(lui, étonné) : - Ah bon ? (puis, semblant me reconnaitre) ah oui, tu es floc-floc, c’est comme ça que je t’appelle !

Note pour plus tard : reconsidérer l’usage de la poche à eau.

Un peu plus loin, dans  la même côte où j’avais fait l’an dernier la connaissance de doubleU, je discute cette fois avec une concurrente. Je lui fais part de ma crainte d’être parti trop vite, elle me rassure : « moi je me dis que ce qui est fait n’est plus à faire », je me range facilement à ses arguments et oublie définitivement mes craintes.

Nous progressons comme ça jusqu’à Meudon. Je réalise au ravitaillement, tenu par des jeunes qui ne demandent qu’à aider, que j’ai bu mon litre ½ de boisson depuis Buc. Je constate aussi qu’à 2 min près, je suis toujours dans les temps de l’an dernier. Je me prends au jeu de la course : tout est réuni pour que je fasse aussi bien que l’an dernier. Ceci sera mon objectif de la deuxième partie de course.

J’alterne les moments difficiles avec des moments où je me sens très bien, gérant ces transitions sans trop savoir comment. Toujours est-il que je ne panique pas quand c’est difficile, et ne m’enflamme  pas quand ca va mieux. Bizarrement, je me répète en boucle Cyrano (la pièce, pas la méthode de CAP) : « Marche, Gascon, fais ce que dois » (pourquoi tant de référence à la marche aujourd’hui ?) Au ravitaillement de Chaville, je suis encore dans les mêmes temps que l’an dernier, à 1 min près ! Après 56 km de course, c’est assez étonnant. Je ne reste pas longtemps, le temps de prendre deux morceaux de fromage, d’entendre les bénévoles demander la démission de Guy Noves (j’en déduis que la France a perdu au rugby, à tort), d’entendre aussi quelqu’un saluer l’arrivée au ravitaillement de la 6ème fille, ce qui me semble incroyable  (mais plausible, puisque je finirai peu après la 7ème fille).



Direction Saint Cloud ! Depuis Meudon, les ravitaillements s’enchainent tous les 10 kms, c’est assez facile à gérer. Tous les 5 kms, je m’accorde une pause intermédiaire, le temps de vider mes bouteilles. Cela fait longtemps que j’ai « franchis le mur », j’avance dans un état semi-automatique, sans me soucier de mon allure. Les coureurs sont espacés, pendant de longs kms je dois surveiller le balisage, ce qui est d’autant plus agréable qu’il est parfait.

Arrivée à Saint Cloud en 6h59. Je sors mon antisèche : l’an dernier, j’étais passé en 7h ! Remplissage de mes bouteilles, fromage, orange, un coup d’œil sur Paris, je sors la frontale et me remets en route. Comme toute l’après-midi, les souvenirs de l’an dernier sont incroyablement précis. Dans ce virage, un spectateur m’avait encouragé (« belle allure »). Ici, mon frère m’avait fait la surprise de venir me voir. Cette année, il n’est pas là… Il est 300 m plus bas. Nouvelle surprise, après ses 30 km du matin. Cette année, il va m’accompagner en vélo pour me suivre jusqu’à l’arrivée.  Moments fantastiques, sur ces quais qui sont parfois si longs, si déserts, je me sens aujourd’hui fort, sans savoir si c'est grâce à mon frère ou au kouign amann. De fait, je vais gagner 10 min par rapport à l’an dernier, sans même emprunter le vélo du frangin ! (il n’a pas voulu). Nous discutons avec mon frère, de sa course, du parcours (il me donne de nombreux points de repères), il prend des photos qu’il postera sur Facebook avant même que je sois en haut de la Tour Eiffel. Il me compare à un automate, je me vois comme un robot qui fait floc-floc et en souris. Je remonte quelques coureurs, et vois dans ma ligne de mire le coureur en gris avec qui j’avais discuté à Buc, il y a 6h. A lui, je ne reprends plus rien, jusqu’à ce qu’il entame au pied de la Tour une danse de joie qu’il ne veut pas arrêter, malgré ma réticence à le dépasser dans ces conditions.


Quelques marches à monter, un dernier effort que je gère tranquillement, et me voilà à l’arrivée de cette course si belle, habité du doux sentiment du devoir accompli. Plus que le temps (8h11), ou que la gestion sereine de la course, que je retiendrai de cette journée ce sont ces derniers kms, ces multiples résurrections. Je verrai plus tard que je n’ai fait que gagner des places (mis à part une perdue dans l’escalier de la Tour), et serai tellement touché par les multiples post et commentaires Facebook que j’en manquerai ma correspondance RER ! 



12 commentaires

Commentaire de bubulle posté le 23-03-2017 à 20:04:07

Salut Floc-floc (faut que tu changes ton pseudo, maintenant..;-) )

En fait, tu as commencé à regagner du terrain sur l'an dernier à partir de Medudon. En effet, si tu arrive à Chaville dans le même temps...alors qu'il y a presque 1,5km de plus, tu imagines la différence !

Et donc faire 8h11, ça vaut environ 8h l'an dernier, c'est très très fort.....

Un grand bravo à floc-floc

Commentaire de marathon-Yann posté le 24-03-2017 à 08:10:40

Merci pour ces précisions, et pour les bravos. Venant d'un ancien vainqueur de l'Ecotrail, ca me touche :)

Effectivement la comparaison avec l'an denier est un peu moins linéaire que ce que je présente dans le récit, mais je n'étais pas très lucide sur les calculs et j'ai voulu raconter mon ressenti pendant la course. Avec les approximations liées à ce manque de lucidité.
A Buc j'avais 5 min d'avance par rapport à l'an dernier, cette avance m'a sembler diminuer jusqu'à Meudon, et elle s'est stabilisée jusqu'à Saint Cloud, et j'ai peu reprendre quelques min jusqu'à l'arrivée.

Pour le pseudo, il faudrait une véritable pétition de kikous pour que je le change, mais pourquoi pas ?

Commentaire de Fredinho posté le 23-03-2017 à 22:27:54

Belle course, très bien maîtrisée ! ;)

Commentaire de marathon-Yann posté le 24-03-2017 à 08:13:43

Je ne sais pas si on peut parler de maitrise, mais c'est vrai que j'ai eu le sentiment de mins subir les quais que les autres années. Merci de ton commentaire.

Commentaire de caro.s91 posté le 23-03-2017 à 23:09:28

Cela a l'air facile !!! Bravo ! :)

Commentaire de marathon-Yann posté le 24-03-2017 à 08:12:40

Merci ! En fait je me suis rendu la course facile en m’entraînant plus que l'an dernier, mais c'est un secret !

Commentaire de Double_U posté le 24-03-2017 à 10:43:05

Très sympa ce récit, et félicitations pour ta perf sur cet Ecotrail 2017 !
Au plaisir de se recroiser, peut-être l'année prochaine dans une côte entre Chaville et Meudon ? :-)

Commentaire de marathon-Yann posté le 27-03-2017 à 11:41:43

J'y serai probablement, et si on se retrouve je vais essayer de te suivre jusqu'au bout, cette fois !

Commentaire de Bikoon posté le 24-03-2017 à 11:21:30

On sait maintenant pourquoi de nombreux trailers bretons cartonnent sur les courses : le kouign amann !!
J'essaierai d'y penser la prochaine fois, et gustativement c'est autre chose que le gatosport...;o)
Bravo pour ta course qui semble avoir été très fluide, tout en améliorant ton chrono sur une distance un peu plus longue, le sub8 te tend les bras ;o)

Commentaire de marathon-Yann posté le 27-03-2017 à 11:39:57

Merci ! Le sub8 n'est pas forcément un objectif, mais on verra l'année prochaine.
Quand aux traileurs bretons, faut les dénoncer pour dopage !

Commentaire de KiL Lian posté le 24-03-2017 à 14:39:23

Superbe course !!

Le sub 8 est tout proche :-)

Commentaire de marathon-Yann posté le 27-03-2017 à 11:40:31

S'ils pouvaient supprimer la cote des gardes...
Merci à toi et bravo pour ton récit

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