Récit de la course : Saintélyon 2016, par Khioube

L'auteur : Khioube

La course : Saintélyon

Date : 3/12/2016

Lieu : St étienne (Loire)

Affichage : 1648 vues

Distance : 72km

Matos : Adidas Raven Boost
Sac salomon avec 2 flasques
Sous-couche manches longues
Maillot Adidas manches longues
Cuissard Kalenji
Short Ronhill
Lampe Armytek Wizard 3

Objectif : Terminer

13 commentaires

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Balade nocturne entre amis !

Qu'il est loin, le temps où la boue avait à peine eu le temps de sécher sur mes chaussures que le récit de ma course était déjà en ligne ! Depuis la naissance de ma petite fille en août, j'ai été débordé (même si elle est un ange et fait de très belles nuits). Contrairement à mon habitude, je n'ai donc rien écrit sur les quelques courses auxquelles j'ai participées. Il y aurait pourtant eu des choses à dire, notamment sur Run in Lyon où j'avais eu l'agréable surprise de ne dépasser mon objectif d'1h30 que d'une poignée de secondes et où j'avais ensuite accompagné ma maman sur le 10km pour son tout premier dossard...
Aujourd'hui, cependant, je m'empresse de raconter ma nuit de Saintélyon : après tout, ce n'est pas tous les jours qu'on se lance dans l'ultra ! Et puis je dois bien cela à mes camarades de course qui apprécient toujours d'avoir une trace écrite de leurs aventures...
Cette Saintélyon, en effet, est une aventure collective. L'an dernier, j'avais participé au relais à 4 avec mes amis Clément, Charles et Tom sous le nom magnifique de "Capots ouverts". Ayant déjà couru plusieurs fois la Saintexpress, Tom et moi souhaitions nous lancer sur le grand parcours. Clément, lui, avait déjà donné il y a quelques saisons et préférait retenter l'aventure en relais avec d'autres camarades (les "couleuvres ardéchoises" termineront à une très belle 17e place en 2016). Quant à Charles... le pauvre n'avait rien demandé mais s'est retrouvé inscrit à la Saintélyon sans le vouloir. Il faut dire que le bougre a la fâcheuse tendance de tergiverser jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de dossards ; et, ayant répété plusieurs fois que "la Saintélyon, pour moi, c'est cette année ou jamais", il nous a convaincus de l'inscrire pour son anniversaire - un cadeau empoisonné comme on en fait peu.
Aucun d'entre nous ne s'est jamais aventuré au-delà de la distance du marathon. Nous sommes donc parfaitement incapables de prédire comment les choses vont se passer, d'autant plus que la Saintélyon présente toujours son lot de surprises (froid, boue, sommeil, verglas) et que nous ne sommes pas ultra-préparés.
Après nous être retrouvés chez moi pour une petite collation, nous filons à la Halle Tony Garnier à 17h30 afin d'éviter l'attente aux navettes. Tout se passe comme prévu, nous arrivons donc très tôt à Saint-Etienne. Au moins, nous aurons tout le temps du monde pour nous préparer, dîner, remplir nos flasques... et puis le temps passe vite quand on est entre amis !



Encore sereins...


L'idée est de prendre le départ ensemble et de voir comment les choses se passent. Tom, étant un diesel et n'aimant pas trop le "roulant", prévoit de partir très lentement. Charles et moi souhaitons démarrer à environ 12km/h, histoire d'en garder sous le pied. L'idée de passer la nuit seul n'étant pas très séduisante, nous décidons avec Charles d'aller ensemble jusque Sainte-Catherine voire Soucieu et d'aviser alors, selon l'état des jambes.

L'heure du combat a sonné !


Grâce à notre petit piston Team Mizuno, nous avons l'honneur de partir au premier rang de la troisième vague, c'est-à-dire à minuit. L'ambiance au départ est excellente. J'en profite pleinement car, à ma grande surprise, je suis bien moins anxieux que les années précédentes : en 2014 j'étais parti très stressé parce que je n'avais pas eu le temps de préparer mes affaires convenablement à la sortie de la navette et, en 2015, l'idée de pénaliser mon équipe par ma performance m'avait plongé dans un mutisme profond. Cette année je pars tranquille, conscient des obstacles qu'il faudra surmonter mais surtout heureux de partager l'aventure avec mes deux amis.
Contrairement à ce qui était prévu, Tom nous suit dans les rues de Saint-Etienne. Visiblement il est en jambes, à moins que ce ne soit 
son enthousiasme qui lui ait imposé un faux rythme ou fait changer de stratégie. Les premiers kilomètres sont aussi inintéressants que prévu sur le plan touristique, mais ils permettent de se mettre doucement en jambes. Au bout de 300m je constate que j'ai un point de côté, voilà une manière idéale de commencer ! Heureusement, je n'ai pas le temps de m'inquiéter, il disparaît aussi rapidement qu'il est arrivé. C'est avec plaisir que nous découvrons le nouveau tracé et ses sentiers ; Charles, qui ouvrait le relais l'an dernier, confirme que le parcours est plus agréable. Déterminés à être sages, nous marchons lorsque le parcours monte et nous nous attendons en bas des descentes pour que chacun puisse avancer à sa manière sans avoir à mettre le frein à main (rien de pire pour se ruiner les cuisses). Finalement, c'est plutôt Tom qui mène le bal, au point que Charles et moi nous étonnons régulièrement de sa forme et l'invitons à avancer à son allure - invitation qu'il décline à chaque fois. Nous arrivons finalement au ravitaillement de Saint-Christo à 1h45, ce qui correspondait à l'estimation la plus optimiste pour Tom même si nous n'avons pas beaucoup forcé sur la machine.

Après avoir rempli les flasques avec du thé bien sucré et mangé quelques biscuits (j'ai eu l'impression de manger les meilleurs cookies du monde, ce qui tend à démontrer que les plaisirs du palais dépendent largement du contexte), nous nous lançons dans le tronçon suivant qui nous conduit au départ de cette bonne vieille Saintexpress, à Sainte-Catherine. Le premier hic survient sur une des premières descentes verglacés du parcours : Charles, qui ne se sentait déjà pas en grande forme, chute assez lourdement et se fait un peu mal au genou. La douleur n'est apparamment pas trop vive, mais elle le gêne et l'agace fortement. Il ne le cache pas, il prend pour l'instant très peu de plaisir sur le parcours et peste régulièrement. Tom et moi l'ayant entraîné dans ce qui s'apparente désormais à une galère, nous convenons qu'il est de notre devoir de l'amener au moins jusque Sainte-Catherine. Nous parvenons au ravitaillement à 3h30, en ayant perdu quelques 400 places au classement mais l'important n'est pas là. A nouveau nous faisons une pause de 5 minutes, le temps de nous ressourcer (soupe, thé, biscuits). Pour mon alimentation, j'ai choisi de partir avec de la boisson sucrée et de la nourriture très salée (tucs et viande des grisons). Pour l'instant cette stratégie fonctionne, pas de soucis gastriques ou de défaillance.
Nous reprenons notre route, en veillant avec Tom à ce que le moral de Charles ne chute pas plus encore. Finalement, les rôles s'inversent subitement : alors que Charles commence à reprendre du poil de la bête, Tom connaît une grosse défaillance dans le bois d'Arfeuille, lui qui affectionne tant cette partie du parcours et qui a l'habitude de la dévaler en doublant un grand nombre de coureurs. Il est pâle, je me demande s'il ne va pas nous faire un malaise en pleine forêt mais il tient le coup. La montée qui suit, tout droit dans la pente, est assez impressionnante. Je suis content de voir que je me fais peu doubler sans trop forcer, au moins je ne puise pas trop dans mes réserves. Arrivés en haut nous repartons tout doucement, Tom a besoin de se remettre. Un gel plus tard, nous repartons en trottinant doucement, avec pour seul objectif d'atteindre Saint-Genou. J'essaie de les encourager comme je peux, en leur rappelant à quel point ils seront fiers de passer sous l'arche de la Halle Tony Garnier après avoir connu toutes ces péripéties. Nous atteignons le ravitaillement du km39 à 5h27, tout le monde est prêt à continuer. Encore quelques petits kilomètres et nous aurons tous trois franchi notre distance record, l'inconnu commence maintenant. En ce qui me concerne je suis agréablement surpris de voir que tous les voyants sont au vert. J'ai la sensation de bien m'alimenter et de bien m'hydrater, je n'ai pas vraiment mal aux jambes, le froid ne m'a jamais gêné, je ne suis pas du tout fatigué et l'idée d'abandonner ne m'a pas encore traversé l'esprit. Pourvu que cela dure !
Une fois de plus, nous quittons le ravitaillement avec pour seul objectif d'atteindre le point de passage suivant - d'autant plus que le gymnase de Soucieu sera l'occasion de faire une pause conséquente. Pour Tom, la course continue à être un chemin de croix : maintenant que le gros coup de fatigue est passé, ce sont les cuisses qui le font souffrir (comme c'est souvent le cas, malheureusement). Courageux, il trouve la force de ne marcher qu'en montée - ce que tout le monde fait parmi les coureurs qui nous entourent, de toute façon. Charles trompe l'ennui et la douleur en écoutant de la musique (belle playlist composée de Booba, Céline Dion, PNL ou encore Doc Gynéco...). Je m'efforce à être le moteur de l'équipe, moi qui suis généralement le premier à vouloir jeter l'éponge. Je leur rappelle que le jour ne va pas tarder à se lever, que c'est maintenant que la course prend sa dimension mythique... Puisque nous continuons à nous attendre en bas des descentes, je me fais plaisir sur quelques portions. La course est encore longue et il s'agit de garder du jus, mais il est toujours bon pour le moral de se faire plaisir !
Quand nous arrivons à Soucieu, nous sommes accueillis par les proches de Tom, ce qui lui redonne un peu de courage. Tom nous prévient qu'il a besoin de faire une vraie pause pour s'étirer, Charles en profite pour se changer. Pour ma part, je n'ai pas prévu de tenue de rechange, j'enfile juste un surpantalon pour ne pas trop me refroidir. Nous tombons sur un ami coureur, Philippe, qui est au bord de l'abandon à cause d'un genou très douloureux  ; nous le convions naturellement à se joindre à notre petit groupe. Il n'est pas facile de quitter le gymnase après une pause d'une vingtaine de minutes, car le froid nous saisit d'emblée et il faudra bien un quart d'heure pour nous réchauffer. Les jambes commencent un peu à tirer mais notre allure est suffisamment tranquille pour que la douleur reste très supportable, au moins de mon côté. Le jour s'est levé, le soleil révèle des paysages givrés d'une grande beauté - c'est au moins aussi pittoresque que ce que j'imaginais en faisant la course dans ma tête ! Grâce aux joyeux drilles de la 180 l'organisation a détourné le parcours pour ne pas que nous soyons obligés de traverser la rivière. Au lieu de tourner à droite, nous filons tout droit, ce qui est exactement ce que j'avais fait l'an dernier en suivant comme un idiot un coureur peu vigilant (faisant ainsi perdre près d'un quart d'heure à mon équipe). Quel souvenir...

A 9h, nous arrivons à Chaponost, où nous profitons à nouveau du gymnase pour faire une pause. Bien que le père et la compagne de Tom soient là, personne ne cède à la tentation de jeter l'éponge et de rentrer en voiture. Cette fois, c'est sûr, nous serons finishers. Au début de la course, nous caressions l'espoir de finir en moins de dix heures ; désormais, nous savons que ce ne sera pas le cas et nous pouvons avancer sereinement sans regarder le chronomètre. Quel plaisir !
La dernière portion m'est familière, je tâche donc de servir de guide à Charles et Philippe qui ne connaissent pas bien les environs. Au bout de quelques minutes, lorsque mes muscles sont à nouveau chauds, je me rends compte que je n'ai pratiquement aucune douleur, que je me sens en pleine forme et que je double sans difficultés à peu près tous les coureurs autour de moi. Plutôt que d'accompagner Charles, qui a de toute façon l'esprit à sa musique, je cours devant avec Philippe (dont le genou a bien voulu le laisser tranquille) et m'arrête de temps en temps pour attendre mes amis et les encourager. A mesure que je continue de doubler, j'entre dans un état d'euphorie : comment pourrait-il en être autrement, je cours depuis près de dix heures et j'ai une pêche d'enfer ? Je me mets donc à faire le malin, quitte à être maudit par les autres concurrents (intérieurement, ils sont polis) : ainsi, je prends à fond la longue descente qui mène à la mythique montée de Beaunant avant d'attendre mes coéquipiers au pied de la côte, croisant ainsi le regard interloqué de tous ceux que je viens de doubler. Puis, je décide de me faire la montée de l'aqueduc en courant, sous les aimables encouragements de quelques coureurs plus sages. Je mentirais si je disais que j'étais parvenu au sommet, mais je ne m'en suis pas trop mal sorti ! Une fois en haut, je fais une petite pause pour prévenir ma compagne de notre arrivée imminente et en profite pour faire une petite photo du panneau annonçant que nous nous sommes plus qu'à 5km de l'arrivée. Le soleil brille, les passants nous saluent, voilà une fin de course très agréable !
J'avertis Charles et Philippe que les marches de l'accrobranche sont très glissantes, avant de constater que le parcours a changé et que nous n'aurons pas à les affronter. Tant mieux, je m'étais pris une belle gamelle l'année dernière. Un dernier coup de cul et nous arrivons en haut des fameux escaliers qui conduisent à la Saône. Là encore, je ne résiste pas à la tentation de dévaler ces marches deux par deux, ayant encore du mal à croire que je suis capable de cela après près de 70km de course. Une fois sur les quais de Saône, nous nous retrouvons tous les quatre et finissons ensemble. J'encourage une dernière fois mes camarades, je suis fier de voir qu'ils ont encore la force mentale de courir sur le pont Raymond Barre. Quel plaisir de parcourir ces derniers hectomètres sous les encouragements des promeneurs ! Je crois que j'ai rarement été aussi heureux de courir et remercie tous ceux qui nous félicitent pour notre belle performance.
Encore quelques virages et nous voilà sous l'arche, bras dessus bras dessous ! Nous nous embrassons et nous congratulons, je suis très touché quand Charles et Tom, les larmes aux yeux, me disent qu'ils n'auraient jamais fini sans moi. Et quel plaisir de retrouver ma chérie et mon bébé, qui ont tout juste eu le temps d'arriver à la Halle Tony Garnier pour nous accueillir !



Finishers !


Bien que nous soyons tous les trois ravis d'avoir terminé, le bilan que nous tirons de la course n'est pas le même : Charles et Tom déclarent immédiatement ne plus jamais vouloir y participer (Tom parce qu'elle est trop roulante, Charles parce que c'est Charles), moi j'ai hâte de recommencer l'année prochaine, en espérant connaître le même bonheur.
Impossible de dire combien de temps j'aurais pu gagner si j'avais couru seul : 1h, 1h30, 2h ? Impossible également de savoir combien de temps j'aurais pu continuer comme ça, en n'ayant ni douleur ni lassitude ! Quoi qu'il en soit, je suis extrêmement heureux d'avoir participé à la Saintélyon et d'avoir couru auprès de mes amis pendant 10h43. Tom et moi craignions que Charles nous en veuille de l'avoir inscrit à la course à son insu, mais la fierté avec laquelle il est allé récupérer son tee-shirt de finisher a rapidement dissipé notre inquiétude. Le chrono a peu d'importance, la nuit a été belle, l'organisation a été excellente... Un vrai petit miracle !

13 commentaires

Commentaire de centori posté le 05-12-2016 à 14:54:45

la suite la suite :)

Commentaire de Khioube posté le 05-12-2016 à 15:51:15

Ça y est ! :)

Commentaire de Trixou posté le 06-12-2016 à 09:32:08

Bravo ! Une belle course plaisir entre amis, what elese ?

Commentaire de Jean-Phi posté le 06-12-2016 à 13:42:20

Un goût de reviens-y quoi ! Bravo !

Commentaire de Khioube posté le 06-12-2016 à 14:51:12

Complètement, je suis déjà à fond ! C'est plutôt bon signe, à J+2...

Commentaire de Arclusaz posté le 06-12-2016 à 23:09:49

On voit sur la dernière photo que comme les trois mousquetaires, vous étiez quatre !
bravo, tu as bien sélectionné ton équipe.
a bientôt j'espère.

Commentaire de Khioube posté le 07-12-2016 à 08:16:45

Effectivement, on a recruté en route ! The more, the merrier, comme on dit... Je n'avais pas vu ton message, alors je t'ai guetté en bas des marches, à ton poste habituel. Dommage de t'avoir loupé !
J'espère aussi pouvoir vous retrouver à l'occasion, ces jours-ci je joue les pères au foyer mais dès janvier une nounou me supplantera... C'est que j'ai une Saintélyon à préparer, moi !

Commentaire de Timthacel posté le 08-12-2016 à 07:21:16

Effectivement course similaire à la mienne !!!

Chouette récit !
Peut être aura t'on l'occasion de se croiser... :)

Commentaire de Khioube posté le 08-12-2016 à 09:15:49

Ce sera avec plaisir ! :)

Commentaire de Spir posté le 08-12-2016 à 18:01:52

Tu as expliqué à tes copains que la phrase "je n'y participerai plus jamais" est presque invariablement suivie d'une réinscription l'année suivante (ben oui, c'est ça l'ultra !). Belle course entre amis et très bien gérée de ton côté ! A une prochaine fois !

Commentaire de Khioube posté le 11-12-2016 à 16:25:22

Ha ha... effectivement ! Bon, l'un essaie déjà de motiver l'autre pour descendre sous les 10h, alors qu'il m'avait pourtant assuré que la Saintélyon est trop roulante pour lui. Le temps a bien commencé son travail sur son esprit... L'autre, en revanche, a l'air bien décidé à ne pas recommencer. Bon, il nous reste un peu de temps pour le convaincre, c'est l'avantage ! :)

Commentaire de The Breizh Runner posté le 12-12-2016 à 13:29:47

Bravo, expérience très similaire pour moi, pas de douleurs, que du bonheur et grosse envie de revenir. Je vais demander à l'orga de faire du Lobbying pour un vol direct depuis Stuttgart :)

Commentaire de Khioube posté le 13-12-2016 à 08:10:00

Tu peux toujours leur expliquer, je suis sûr qu'ils comprendront que c'est pour la bonne cause...

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