Récit de la course : Trail Verbier St-Bernard - 111 km 2016, par trailaulongcours

L'auteur : trailaulongcours

La course : Trail Verbier St-Bernard - 111 km

Date : 10/7/2016

Lieu : Verbier (Suisse)

Affichage : 902 vues

Distance : 111km

Matos : Salomon XT-Wings

Objectif : Terminer

9 commentaires

Faire connaître ce récit sur Twitter :

Faire connaître ce récit sur Facebook : Partager

Le récit

X-ALPINE 2016

Verbier, Suisse

110K / 8400m D+

 

Parcours

 

Il est souvent difficile de juger le parcours d’une course à partir d’un profil, d’une carte, de récits et autres aides disponibles en ligne.

 

X-Alpine : Le nom est évocateur et m’avait bien mis la puce à l’oreille mais la réalité était autrement plus alpine qu’escompté.

 

Voici quelques éléments de préparation pour ceux tentés par l’aventure.

 

Le départ se fait de nuit du centre du village de Verbier. Une fois sorti du village, le peloton s’engage sur un chemin bien tracé pour prendre 300m de D+ avant de basculer vers le fond de la vallée (1000m de D-). La descente est plaisante mais poussiéreuse par temps sec. Je n’ose imaginer la difficulté par endroits en cas de pluie.

 

Sembrancher, premier ravitaillement avec des tables bien garnies disposées en pleine rue de ce petit hameau situé à l’ombre du Catogne (pas d’ombre à 3h du mat’, évidemment). Important de faire le plein d’eau et de manger un morceau car la montée est longue et raide. 1900m de D+ en quelques kilomètres.

 

Les deux premiers kilomètres se font en pente douce puis l’inclinaison devient plus prononcée même si le chemin est large et aisément praticable.

 

Le Catogne, 2598m (Photo JCDUSS)


Arrivée à l’alpage Catogne située à la sortie des arbres avant d’entamer la partie finale de l’ascension, bien plus pentue, minérale et exposée. Possibilité de refaire le plein en eau et de grignoter.

 

Passage sur les premiers névés sans aucune difficulté. Montée sur la crête avant d’atteindre le sommet pour profiter d’une vue à couper le souffle à 360°. Lever du soleil, moment d’émotion.

 

L’accent avait été mis lors du brief de la veille sur la technicité de la descente. Elle l’est. Technique, longue et raide mais gérable néanmoins car en début de course. Quelques brefs passages très exposés avec des chaînes pour éviter toute chute.

 

Arrivée à Champex. Ravitaillement sous tente bien fourni en sucré et salé. Ce ravitaillement est important et il convient de le quitter avec suffisamment de réserves pour affronter l’interminable montée vers la cabane d’Orny. Cette dernière longe d’abord un bruyant torrent de montagne dans des sous-bois absolument magnifiques. Un environnement d’une beauté rare et préservée. La pente devient rapidement raide et le reste jusqu’au bout avec à peine un répit aux environs du col de Breya. Comme sur le Catogne, la dernière partie est minérale. Le chemin est tantôt visible tantôt inexistant ou presque. L’immense section entre Breya et la cabane d’Orny est en fait un gigantesque pierrier.

 

Les paysages sont absolument somptueux. Dignes des plus belles cartes postales des Alpes qui déploient leur immensité à 360° autour de nous. La neige est omniprésente et accentue le caractère alpin des lieux. Le Mont Blanc domine en face.

 

La cabane se mérite. On y croise peu de randonneurs et pas de familles. Ces lieux ne sont accessibles qu’au prix d’un effort long et difficile. La récompense en est d’autant plus savoureuse. Un spectacle incroyable s’offre de là haut.

 

La descente vers Saleinaz est longue, raide et parfois encombrée par de gros rochers. Malgré tout elle se fait assez facilement en lacets ce qui permet d’observer les concurrents qui nous précèdent en contrebas. La pente est raide. Très raide.

 

Saleinaz propose un ravitaillement en eau. Le parcours jusqu’à la Fouly se fait sur de larges chemins carrossables avec peu de difficultés.

 

La Fouly, cœur de village. Une des grosses étapes de la course. On en repart…ou pas. Ravitaillement bien fourni là encore. Soupe chaude aux vermicelles. Possibilité de se faire soigner les bobos ou encore de se reposer.

 

Le plus dur est fait. On est au KM47 avec 4200 de D+ soit la moitié des 8400 annoncés.

 

Dès la sortie du village, le ton est donné : ça monte. L’ascension vers le Col de fenêtre est cependant moins raide et technique que le terrible Catogne ou la montée d’Orny. Le parcours emprunte tantôt de larges chemins agricoles tantôt des singles sans aucune difficulté particulière. La vue sur la vallée est spectaculaire alors que s’alignent au deuxième plan les multiples sommets au-dessus de 3000 mètres. Moins technique mais longue. Et lorsque l’on croit y être, enfin, quelle surprise de voir qu’il en reste encore. La dernière partie de l’ascension se fait entre les lacs puis sur la neige assez abondante cette année.

 

Une fois le Col de Fenêtre franchi, nous basculons dans la descente vers Grand Saint Bernard pour lequel il faudra cependant consentir une dernière petite montée de 100m avant de pouvoir prétendre au ravito.

 

Le parcours s’arrête là pour moi. Pris par la BH, je suis forcé de mettre le clignotant au KM63.

 

Ma course

 

Je connais le distance, mais je n’ai jamais effectué une course présentant un ratio km/D+ aussi copieux.


Je prends beaucoup de plaisir dans la descente vers Sembrancher puis dans la montée du Catogne. L’arrivée au sommet est un moment fort. Je verse une petite larme devant le spectacle fabuleux du soleil qui se lève à notre gauche et qui projette déjà ses rayons sur les sommets au dessus de 3500m situés à notre droite. Un drône nous survole. Pose photo avec Patfinisher et Raya.

 

Sommet Catogne  (Photo JCDUSS)

 

Une espagnole me les brise menu en n’arrêtant pas de commenter chaque caillou, chaque fleur, chaque virage dans un anglais inbitable….lol, je me marre…elle est la seule à parler. Depuis le début de l’ascension, j’ai été frappé par le silence. Très peu de mots échangés entre coureurs pendant les 3 heures de montée.

 

La descente sur Champex est terrible et technique, le chemin étant parsemé de rochers, de racines et parfois de passages très exposés.

 

A mi-pente on nous signale que les premiers arrivent. Le temps de planquer les bâtons (le chemin est étroit) et hop, voilà trois chamois qui débarquent. Nous descendons péniblement à 4km/h, je pense, sans exagérer, qu’ils sont à 9/10km/h. C’est très impressionnant. Ces gars-là ne sont pas comme nous. Ils glissent, volent, s’offrent un exercice d’équilibriste permanent, jouent avec le feu, risquent de partir dans le décor à chaque foulée. Semblent si fragiles et sont si forts.

 

A Champex on se refait la cerise avec Pat. Raya n’est pas bien. Phi-Phi nous rattrape. C’est un grand sage. Il a remarqué qu’il faisait chaud et nous suggère tout en retenu de ne pas oublier de porter une casquette. Je le remercie tout en lui faisant remarquer qu’il n’en porte pas, lui de casquette, ce à quoi il me répond que lui, ben c’est pas pareil. Il finira 21ème le Phi-Phi, premier V2, donc il avait raison : lui, ben c’est pas pareil !

 

Vous connaissez le sketch de Coluche « On a pas eu d’bol » ? Mais si, sa femme, c’est les tonneaux qu’elle a pas aimés. Ben moi, c’est la montée d’Orny que je n’ai pas aimée. Sa race ! Je viens de la plaine, moi, et je n’avais jamais eu le mal des montagnes. Ben j’y ai eu droit ! J’ai la tête qui me joue des tours dès que nous dépassons les 2200m. Je m’endors sur mes bâtons. Je vois trouble. Elle est où cette putain de cabane ? La montée est interminable même si j’ai l’impression d’être en pleine séance de projection d’un film sur la haute montagne à la Géode. Y’en a partout. De la neige, de la roche, du chemin défoncé, du piège à bâton, du traileur qui transpire et qui en chie. Pat, attend moi, faut que je boive un coup. Pat, ralentis, j’ai la dalle. Pat, merde, j’ai envie de chier. Bref, c’est long.

 

La cabane d'Orny est enfin en vue (Photo JCDUSS)

JCDuss nous rattrape avec TomTrailRunner et comme promis me balance des boules de neige ! Bon ça me redonne momentanément le sourire mais il me faudra encore de longues minutes avant d’atteindre la cabane.

 

Nous prenons le temps de faire une photo puis je dis à Patrick de prendre les devants. Inutile de m’attendre, je suis scotché comme une mouche sur un attrape-mouche adhésif. J’ai besoin de me requinquer un peu.

 

Allez go, assez perdu de temps. C’est parti pour la longue descente vers Saleinaz (dont les Suisses ne prononcent pas le Z) : 1600D-. Curieusement, dès qu’il repasse les 2200m d’altitude dans l’autre sens, il reprend des forces le pépère. Je sais que je ne dois pas faire le con et en garder sous le pied mais je prends quand même un malin plaisir à desserrer un peu le frein à main et doubler quelques concurrents. Ca faisait longtemps.


 

Descente d'Orny vers Saleinaz (Photo JCDUSS)


Nous passons Saleinaz puis entamons la lente remontée en pente douce vers la Fouly. Je me mets en mode MN, ça fait du bien. J’en sèche trois ou quatre qui me rattrapent dès la première descente mais je fais mine de ne pas les voir en tournant ostensiblement la tête de l’autre côté.

 

Quelques encablures avant la Fouly j’aperçois Pat devant. Il s’étonne de me voir en bonne forme et me dit qu’il est dans le dur. Chacun son tour !

 

Nous faisons une pause (trop) longue à la Fouly. TomTrailRunner vient d’y faire une sieste et s’apprête à repartir. On mange bien et passons un quart d’heure à papoter avec les passants dans la rue pendant que nos gambettes baignent la fontaine de la rue principale. Un coup de Nok et c’est reparti.

 

Je me rends compte que je n’arrive pas à accélérer du tout. Je ne suis pas cramé, mais impossible d’aller vite. Pat décide de partir devant et petit à petit je le perds de vue dans l’interminable montée vers le Col de Fenêtre. Je croise 3 coureurs venant en sens inverse et qui ont visiblement décidé d’abandonner. Ils retournent à la Fouly. Je sais que je frôle les BH et que je risque de ne pas arriver à temps au col. Je fais désormais équipe avec un suédois que j’avais déjà croisé entre Saleinaz et la Fouly. Il parle un anglais impeccable après avoir vécu plusieurs années aux Etats-Unis. Y ayant vécu également, nous partageons nos expériences et faisons ainsi passer le temps. Il s’entraîne pour le TOR.

 

La BH au Grand Saint Bernard est à 21h15. Je passe le Col de Fenêtre à 20h08. Il me reste à descendre puis à rejoindre le ravito que j’atteins finalement à 20h06 en compagnie de mon ami scandinave. Nous savons que les dés sont jetés. Il pense comme moi qu’il nous sera impossible de parcourir les 14km suivants en 3h30. Inutile donc d’aller se mettre la pression.

 

Le bénévole me dit que j’ai 6 minutes pour décamper. J’ai froid, nous avons perdu 18°C depuis la Fouly. J’ai faim, je ne me sens pas d’attaque pour bâcler le ravitaillement et partir en sachant que je n’ai aucune chance d’atteindre Bourg Saint Pierre dans les temps.

 

Je rends mon dossard.

 

L’orga

 

Les plus :

 

- Remise des dossards (attention, le matériel est strictement contrôlé)

- Le bunker ou nous avons passé la nuit. C’est un peu lugubre mais les lits sont confortables.

- Les ravitos que j’ai trouvés bien achalandés (d’autres coureurs ne sont pas de cet avis)

- le balisage. Rien à dire.

- le T-shirt CompressSport offert au retrait des dossards

- Les bénévoles qui sont adorables

 

Les moins :

 

- la signalétique de l’événement est mauvaise. Il faut cherche pour trouver le départ, pour trouver l’endroit ou les sacs doivent être déposés, pour aller au retrait des dossards, pour trouver le bunker, bref, c’est un peu light. Idem pour les douches d’après course qui sont à l’autre bout de Verbier et difficiles à trouver.

 

Ressenti :

 

Ce n’est pas la première fois que j’abandonne, mais c’est la première fois que je suis contraint à arrêter pour cause de BH.

 

Rétrospectivement, j’aurais dû aller un soupçon plus vite dès le début et passer moins de temps aux ravitos. Mais avec des si, on ne finit pas des courses.

 

La vérité, c’est que l’X-Alpine c’est du très lourd. C’est du trail velu à souhait. C’est de la vraie bonne montée. De la vraie bonne descente. C’est du rocher, de l’altitude avec au final pas beaucoup de répit pour l’organisme. Les efforts sont longs, à l’image des ascensions et des descentes.

 

Alors je suis déçu, évidemment mais pas de manière excessive. Le corps a tenu. L’entraînement en amont malgré une entorse début mai avait été solide.

 

Est-ce que je suis capable de finir l’X-Alpine ? Impossible à dire. Je sais que je n’ai pas beaucoup de latitude et dois reconnaître qu’en montagne, je ne suis pas un rapide.

 

Bravo à Pat d’être allé aussi loin sur son premier vrai ultra de montagne.

 

Bravo à Philippe et Alex d’être allés au bout. Zetes des champions !

 

9 commentaires

Commentaire de JCDUSS posté le 12-07-2016 à 17:22:21

A mon avis 1 ou 2 week-end chocs en montagne en altitude de permettrons d’être plus a l'aise.
Sinon vous aviez le bon entrainement, même pas de courbatures.
Comme déjà dit, vous avez fait le plus intéressant ...
C'est quoi la prochaine alors ?

Commentaire de trailaulongcours posté le 12-07-2016 à 18:16:06

La prochaine c'est l'Imperial Trail en septembre....sans polaire ce coup-ci!

Commentaire de Jam posté le 12-07-2016 à 18:00:04

J'me disais que cette coursette me faisait de l'oeil en regardant les magnifiques photos. Après la MH, je me disais que ça doit passer. Après avoir lu ton CR, ben, heu, comment dire, suis plus très sûr d'en avoir envie :) L'altitude me fait un peu peur aussi. Nous les campagnards de la plaine Mordorienne, on a un peu de mal avec ces hautes montagnes. C'est quand même top ce que tu as fais, je ne doute pas que tu y reviendras et en finisher cette fois-là. Bravo Bart.

Commentaire de trailaulongcours posté le 12-07-2016 à 18:15:16

Hello Jam! Félicitations pour pour ta montagn'hard. Pas évident non plus j'imagine. J'ai fait le 60 il y a deux ans clairement la X-Alpine est un cran au-dessus niveau technicité. Quand je vois mes vitesses, c'est juste la grosse honte...

Commentaire de Tonton Traileur posté le 12-07-2016 à 19:55:22

raaahlala ... Bart. Quel sacré morceau ce Verbier !
va falloir qu'on mette des barrières horaires à la colline, maintenant, pour encore mieux se préparer ;-) ... et pourtant, on avait bien testé les frontales :-)
Bravo à toi, bravo à vous, la Magic Dream Team 'Bart-Pat' est lancée ... y'a pu k'à !

Commentaire de Bérénice posté le 12-07-2016 à 23:41:12

Bravo pour ce récit bien agréable à lire. Tu as quand même fait preuve d'un sacré courage pour enchaîner se profil monstrueux pendant un paquet d'heures ! Et comme d'habitude, je me dis que je ferai bien ce type de trail mais sur 5-6 jours en mode randonnée !!!!

Commentaire de patfinisher posté le 13-07-2016 à 00:04:05

Impression de revivre la course.... top ! rien de plus à ajouter, c'est bien retranscrit...tout y est. Une course en duo extra, fous rires, yeux de gamins devant dame nature, une forme physique confirmée par l'état général pendant et après au poil ! "La montagne ça vous gagne" pas d'objection je confirme ! ;-)
A très vite sur le terrain ....de la Mérantaise ou de la colline ;-)

Commentaire de PhilippeG-573 posté le 13-07-2016 à 13:37:55

Bravo Bart pour ton récit, super agréable à lire, très bien écrit !
Chapeau quand même malgré ton arrêt, content de t'y avoir croisé avec les autres kikous même si c'était bref mais il y avait encore du chemin ;)
Je me doutais quand même des difficultés en regardant le profil.
(C'est sympa de m'avoir cité)
A la prochaine !
@+
Philippe

Commentaire de Grego On The Run posté le 01-08-2016 à 09:56:33

Bravo de t'être confronté à ce monstre. Oui la X-Alpine c'est beau et énorme à la fois. Je te souhaite d'aller au bout une prochaine fois ; à la fin tu auras les larmes en sus.

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

Accueil - Haut de page - Version grand écran