Récit de la course : Trail des Pyramides Noires - 105 km 2016, par Bertrand MAILLOT

L'auteur : Bertrand MAILLOT

La course : Trail des Pyramides Noires - 105 km

Date : 28/5/2016

Lieu : Oignies (Pas-de-Calais)

Affichage : 1591 vues

Distance : 105km

Objectif : Terminer

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L'Enfer du Nord (Pas de Calais)

L’enfer du Nord (Pas de Calais)

Aujourd’hui je pars en voyage, destination le bassin minier de Ch’Nord Pas de Calais avec visites de ses terrils, de son musée du Louvre-Lens, de ses cités minières et autres corons. Je vais à la rencontre d’un territoire en pleine reconversion, qui transforme ses friches industrielles en somptueux parcs urbains.

Léger retour en arrière : mai 2015 abandon sur l’Ardennes Méga Trail. Le verdict avait été sans appel : trop de dénivelé conjugué à une préparation tronquée par une blessure. Il me fallait donc une course plus roulante. En furetant sur internet, je tombe sur le Trail des Pyramides Noires (TNP) qui présente, outre le profil de la course,  plusieurs avantages:

*c’est long et je suis tenté de passer pour la première fois au-dessus de la barre symbolique des 100 bornes,

*je joue quasi à domicile car j’habite la métropole lilloise donc je pourrai reconnaitre le parcours.

Mis à part une petite alerte au talon d’Achille et une grosse chute en vélo, ma préparation s’est plutôt bien déroulée. Elle était basée sur une sortie longue, une de seuil et une d’assimilation par semaine. J’ai terminé la prépa plus cool avec des sorties en entrainement croisé VTT sur les chemins du TPN.

Comme pour la 6000D, je vais profiter d’une assistance personnelle sur tout le parcours : mon épouse, qui aura entre autre pour mission de me transmettre la positive attitude en cas de pensées négatives.

La nuit a été courte avec un réveil à 1h du mat’ et une arrivée sur le site de la Chartreuse des Dames de GOSNAY vers 2h30 pour le briefing. Très belle ambiance, avec des flambeaux : les visages sont concentrés. Même si certains rigolent fort, tout le monde connaît la difficulté du parcours et les efforts à accomplir pour arborer la veste personnalisée nominativement de finisher.

Le départ est donné à 3h, la journée va être longue… Je cours dans la deuxième partie du peloton, le rythme me convient bien. Après un passage en sous-bois, nous attaquons la première montée ; celle-ci se fait en marchant, comme toutes les suivantes d’ailleurs. La température est clémente et les sensations plutôt bonnes. Le peloton s’est étiré et à part de légers ralentissements, chacun peut aller à son rythme.

Petite parenthèse : je suis équipé comme une vingtaine d’autres trailers, d’un tracker (il s’agit d’une balise GPS qui donne ma position en temps réel à l’organisation). Sur le site internet du fabricant, mes proches peuvent donc suivre ma progression et notamment mon épouse, pour être prête pour les ravitos, au nombre de six.

Retour à la course : après le gentil terril de LAPUGNOY, nous suivons un single descendant qui permet de dérouler un peu la foulée. Pas très longtemps toutefois, car un beau terril se dresse devant nous.

L’ascension nocturne est un plaisir pour les sens. Je prends quelques secondes en haut pour profiter de l’instant et bascule sur la descente.

Dans les chemins qui suivent, je suis avec un groupe d’une petite dizaine de coureurs : des espaces se sont créés dans le peloton et la tête de course est déjà bien loin.

Nouveau terril, avec une montée facile, mais une descente surprenante : les ruissellements d’eau de pluie ont engendré des ravines profondes de plus d’un mètre. Eclairé des seules frontales, ce passage est délicat à négocier. Un coureur chute d’ailleurs lourdement juste devant moi. Après vérification, il va bien, mais le ton est donné : c’est un vrai trail engagé.

Après un long cavalier (anciennes voies de chemin de fer des mines de charbon aujourd’hui reconverties en sentiers pédestres), nous arrivons au premier ravito. Le moral est bon, je refais les niveaux et repars.

Nous empruntons des chemins ruraux pour enfin contourner les terrils jumeaux d’HAILLICOUR, dont la montée n’est finalement pas effectuée par refus des autorisations administratives adéquates. Le jour s’est levé et depuis le plateau, la vue est déjà belle et dégagée.

Maintenant, direction la forêt d’OLHAIN, qui me rappelle le trail des poilus et de bons souvenirs. Malheureusement, dans une descente, je sens mon genou droit qui donne des signes de faiblesse. C’est un gros coup au moral, car à aucun moment je n’avais envisagé, en préparant ce trail, rencontrer un pépin physique aussi tôt dans la course.

 

 

Au deuxième ravito de BARLIN, j’en fais part à ma femme qui me rebooste en me disant qu’elle ne s’est pas levée à une heure du matin pour que j’envisage d’abandonner ! Mais après seulement 32 km de course, je dois reconnaître que l’idée m’effleure l’esprit, bien vite repoussée par mon amour propre. Je repars du ravito en compagnie d’une bonne surprise : un trailer rigolo qui a la super patate. J’adore ce mec. Clairement, il est plus fort que moi, donc je ne cherche pas à m’accrocher à tout prix à sa foulée, mais quelques kilomètres en sa compagnie me font le plus grand bien. On papote des courses déjà réalisées et des difficultés à venir, c’est une belle rencontre, très « esprit trail », qui me remet sur de bons rails.

A l’issue d’un passage urbain (traversée de NOEUX LES MINES), nous sommes au pied d’un célébrissime terril, celui de Loisinor, qui a été aménagé en piste de ski synthétique. Je le gravis en compagnie de ma femme, à qui j’avais donné rendez-vous. OK, il y a plus romantique pour un rencart, mais l’ascension commune de ce terril me rappelle sa présence et le fait que je peux compter sur elle. Elle m’indique que le tracker fonctionne à merveille, et me fait part des messages d’encouragements de mes supporters à distance. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça fait chaud au cœur. Malgré une descente toujours aussi douloureuse, je repars gonflé à bloc, direction BULLY LES MINES.

 

Après un long cavalier, nous arrivons au troisième ravito. Le temps est dégagé, il commence à faire chaud. Je décide de mettre la saharienne. Ce choix se révèlera judicieux, car le mercure grimpe en flèche sur la suite du parcours…

Heureusement, les deux terrils suivants sont ombragés car largement arborés. Ici, la nature a repris sa place. Les paysages sont superbes et je découvre des sentiers qui ont un goût de reviens-y. Après la traversée de la cité minière de GRENAY, le point culminant de la course se découvre à nous : les terrils jumeaux de LOOS EN GOHELLE, les plus hauts d’Europe ! Habitué à les pratiquer depuis leur autre versant, je suis surpris par la perspective. Ils sont vraiment majestueux, et depuis ce nouveau point de vue, ils semblent bien plus hauts que d’habitude… C’est seul que je les gravis en deux temps : une arrête effilée jusqu’au plateau, puis le chemin habituel pour accéder au sommet. Le temps est au beau fixe  et offre une vue à 360° sur le bassin minier, ponctué de nombreux terrils. Certains, côté ouest, ont déjà été vaincus, et plusieurs, à l’est, restent à conquérir.

La traversée de LENS ne m’enchantait à la base guère, mais le moral est au top : mentalement, je me dis que c’est jouable, que je peux le faire. Equipé de mes bâtons, je me mets en mode « marche nordique », qui permet de maintenir un rythme correct, et de moins solliciter mes articulations. Le passage dans les jardins du Louvre Lens est sympa, je m’y fais aiguiller par un couple britannique sans l’aide duquel j’aurais probablement perdu du temps.

Suite à la traversée d’un parc, le quatrième ravito se découvre. Il est implanté dans une maison de retraite, avec tous les Ch’ti vieux qui nous regardent passer ! C’est très sympa et original. D’autres trailers sont là, et je ne suis pas le seul à avoir les genoux en vrac. Il y a du boulot pour les épouses, qui sont nombreuses à suivre les coureurs… Au menu, massage des jambes ! Avec la chaleur, je commence à avoir du mal à m’alimenter et l’eau, à force d’en boire, devient écœurante. Je décide de remplir une flasque de jus de pomme. Cela se révélera être une bonne alternative à l’eau et je fonctionnerai comme ça jusqu’à la fin. Je mange aussi un nombre impressionnant de quartiers d’orange en répétant sans cesse « C’est trop bon les oranges ! » Ça doit être un peu bizarre à voir de l’extérieur, mais à ce stade de l’aventure, je suis à mort focalisé sur mon objectif : finir à tout prix. En plus, je sais que la prochaine portion, bien que rectiligne et monotone, ne présente pas de difficulté majeure, alors let’s go !

Je remets les écouteurs du mp3 qui m’accompagne depuis le dernier ravito et je trace  direction le prochain ravito situé au Parc des îles d’HENIN BEAUMONT. Les longues lignes droites s’enchaînent, le moral est bon, d’autant plus qu’un terril a été supprimé, ce qui, à ce stade de la course, n’est pas pour me déplaire.

Je tombe dans ma playlist sur une chanson inédite : ce sont mes deux p’tits gars qui ont enregistré, en secret, le tube de l’été à la gloire de leur papounet préféré. Ça me fait chaud au cœur et me transmet plein d’ondes positives. C’est dans ces bonnes dispositions que s’offre à moi le ravito 5. Je refais le plein de jus de pomme et englouti un max d’oranges. Un coureur, avec qui je jouais à « tu me doubles, je te double » depuis les terrils jumeaux de LOOS, a choisi d’arrêter. J’essaie vainement de le faire changer d’avis mais sa décision est sans retour : il reviendra l’année prochaine. Dommage, car un peu de compagnie m’aurait fait le plus grand bien. Je sais que le plus dur reste à venir, avec deux séries de trois terrils à gravir. Ma femme m’accompagne dans le magnifique Parc des îles jusqu’au pied d’un gros terril qui le surplombe. Ça promet, mais je suis venu pour en découdre, alors je suis servi !

La montée se passe à un bon rythme, sans problème et la vue du haut est sublime. Le Parc des îles est animé de plusieurs dizaines de cerfs-volants, vu d’ici c’est encore plus beau. J’appréhende la descente qui, bien que pas trop raide, me fait souffrir. Mon organisme donne des signes de fatigue : mon genou droit me supplie d’arrêter tout mouvement vers le bas. J’ai remarqué la présence derrière moi d’un trailer qui me suit à distance depuis quelques temps. Je pensais d’ailleurs qu’il allait allègrement me doubler dans la descente, mais il rencontre des difficultés similaires aux miennes. Nos rythmes de course sont proches. Je lui propose de faire course commune et il accepte avec joie : il voulait abandonner au dernier ravito, mais son fils l’avait fait changer d’avis. Je salue son courage et lui dis qu’on va aller au bout ensemble. Les barrières horaires sont encore assez larges, ça va se jouer au mental. Je connais la fin du parcours et lui explique les difficultés nous séparant de la ligne d’arrivée.

Ne pouvant plus courir ni l’un ni l’autre, nous adoptons une marche qui se veut rapide, car à force de papoter, nous nous sommes transformés en vrais escargots. J’ouvre la voie et vérifie de temps en temps que mon padawane me colle aux basques. Ça devient franchement très dur physiquement, mais dans un rôle de meneur, que j’endosse pour la première fois, le moral tient bon.

Après en avoir terminé non sans mal avec la première série de trois terrils, nous avons deux cavaliers à parcourir. Nous débranchons notre cerveau et passons en mode « robot déconnecté » pour parvenir au premier terril de FOUQUIERES LES LENS. Il n’est pas trop méchant et bien négocié. Puis nous enjambons par une passerelle la voie rapide de la rocade minière. Le dernier gros morceau de la course s’offre alors à nous : un immense terril qui ne paye pas de mine du côté par lequel on l’aborde, mais qui présente une pente vertigineuse côte ouest. Il faut serrer les dents car plusieurs séries de pentes excessivement raides s’enchaînent. Dans la montée, j’ai senti avoir décroché mon acolyte. Après avoir traversé le sommet du terril, je me retourne une dernière fois mais je ne le vois malheureusement pas. La décision est dure à prendre, mais la marge que nous avions sur les barrières horaires s’est réduite comme une peau de chagrin, et c’est la mort dans l’âme que je décide de poursuivre seul. J’arrive miraculeusement à courir quelques dizaines de mètres dans le début de la descente de ce fameux terril et rencontre un buste d’homme qui semble dans le vide…. Il s’agit d’un trailer en rage contre l’organisation. Après avoir parcouru un mètre dans une pente abrupte, il est bloqué et n’arrive pas à descendre tellement la pente est forte ! Pour ma part, j’ai toujours été, malgré mes pépins physiques au genou, un très bon descendeur. Le cerveau étant en mode débranché, je trace dans la pente, en glissant sur les talons, et m’aidant des bâtons en version ski (clin d’œil au terril de Loisinord…). Une seconde descente du même type m’attend, franchie selon la même méthode.

En longeant un canal, j’arrive au dernier ravito. Je flippe un peu car nous n’avons pas fait le troisième terril et j’ai peur d’avoir raté le balisage nous y dirigeant. Je rencontre alors un trailer qui a déjà couru ce trail, il m’indique qu’il n’y a pas de soucis et qu’on peut aller tranquille au dernier ravito. Je le suis et profite de quelques instants de répit. Je décide de repartir avec lui, car la route passe plus vite en échangeant avec d’autres coureurs. Après quelques kilomètres, je le laisse prendre le large en courant. Ce mode de déplacement ne m’est malheureusement plus permis, et j’entre dans la ville de COURRIERE seul, en marchant.

La barrière horaire ne semblant plus une menace, je divague dans un parc boisé. Arrivé sur le bord d’un canal, je reprends un rythme légèrement plus élevé, pour en finir au plus vite. En traversant le pont qui traverse le canal, j’aperçois alors un coureur sur le chemin que je viens d’emprunter. C’est mon compagnon lâché dans le terril aux pentes très raides ! Je décide de l’attendre pour finir ensemble.

La partie finale semble interminable, ça peut être long, très long un kilomètre… Un dernier terril en version montée/descente et la ligne d’arrivée se dévoile à nous. Nos épouses respectives, ainsi qu’un de ses fils, sont là et nous profitons de cet instant magique. 21h16, après 18h16 de course, j’esquisse quelques pas de danse et passe la ligne d’arrivée. Je serre chaleureusement la main d’un des membres de la mission du bassin minier, organisatrice de l’épreuve, et donne l’accolade à mon compère. We did it !

Malgré l’heure tardive, l’organisation est aux petits soins : nous profitons d’un très long massage des kinés mobilisés pour l’épreuve, c’est trop bon ! Merci à eux !

Mon épouse me ramène la veste finisher floquée à mon nom, je suis fier d’être allé au bout de mon challenge : terminer le Trail des pyramides Noires !

 

10 commentaires

Commentaire de Yvan11 posté le 02-06-2016 à 09:51:47

Bravo pour la course et pour ce récit si détaillé.

Commentaire de Bertrand MAILLOT posté le 02-06-2016 à 20:25:53

Merci, il y a aussi une version 50 km, une belle manière de découvrir la région!

Commentaire de brague spirit posté le 02-06-2016 à 17:51:23

Comme quoi,il n'est pas nécessaire de courir à Cham,pour vivre une belle journée.
Lecture très agréable.Bonne récup.

Commentaire de Bertrand MAILLOT posté le 02-06-2016 à 20:28:51

Oui, bien d'accord avec toi: 150 coureurs pour une troisième édition,c'est un Trail à taille humaine ...

Commentaire de Titleist posté le 02-06-2016 à 20:14:39

Superbe récit de cette longue épreuve. Moi qui n'ai fait que les 22 km, je ne peux qu'être admiratif, surtout avec la chaleur, bravo

Commentaire de Bertrand MAILLOT posté le 02-06-2016 à 22:18:10

Merci, belle performance pour toi aussi malgré les températures élevées.

Commentaire de jllas posté le 03-06-2016 à 06:55:45

Très beau récit qui montre la réalité de ce beau trail
J'étais derrière toi à 1/4 h avec mes 2 copines
C’était aussi notre premier +100 kms
A faire
jlouis

Commentaire de Bertrand MAILLOT posté le 03-06-2016 à 17:47:18

Bravo à tous les trois, j espère que vous avez eu la veste Finisher...

Commentaire de jllas posté le 06-06-2016 à 15:48:43

oui , ils nous ont attendu :)

Commentaire de tommies posté le 03-06-2016 à 07:03:49

Bravo.

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