Récit de la course : FestaTrail - Marathon de l'Hortus 2014, par Coureur du 34

L'auteur : Coureur du 34

La course : FestaTrail - Marathon de l'Hortus

Date : 17/5/2014

Lieu : St Mathieu De Treviers (Hérault)

Affichage : 794 vues

Distance : 42km

Objectif : Pas d'objectif

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Marathon de l'Hortus, un jardin extraordinaire...

La météo de ce dimanche 18 mai: temps clair et ensoleillé, températures de saison agréables, un soupçon de vent et... avis de grand trail sur l'Hortus!

Les conditions s'annoncent donc favorables quoiqu'un peu chaudes mais moins que la veille et mille fois mieux que le lendemain pluvieux et venté. Bref, la fenêtre de tir est bien calée sur le marathon de l'Hortus 2014.

 

La nuit a été moyenne comme souvent avant une course et je me suis levé dès 6h15. Deux tartines de miel, une banane et un café plus tard, je pars pour Teyran récupérer un collègue coureur puis direction St Mathieu de Tréviers pour le retrait des dossards. Entre temps, vers 7h, je grignote péniblement un quart de Gatosport en grand renfort de St Yorre, pas pour la rime riche mais pour la déglutition.

Dans mon camelback, j'emporte 2 litres de boisson de l'effort Hydrixir goût thé pêche, 2 gels antioxydants Overstim goût pomme verte et 2 plaquettes salées Journey Bar, amandes grillées et romarin (pour le côté garrigue peut-être). Une barre de pinolé (recette héritée des Tarahumara) donnée au départ par mon autre pote coureur Virgil complètera la cargaison. J'ai aussi quelques cachets de Sporténine pour conjurer les crampes (1 absorbé par heure) et mes Brooks Pure Grit qui vont passer le test du karst abrasif et des plus de 30 kms. J'ai enfilé le t-shirt du trail de Mireval car il est très léger et surtout blanc, le seul en cette couleur de ma collection. Et je ne chausse pas les bas de contention, il va faire chaud.

 

Surprise au retrait de mon dossard, alors que je lui tends une photocopie du certificat médical, le bénévole annonce que "votre dossier est complet, tout va bien, monsieur".

 

Nous laissons une voiture sur place et nous rendons au village de départ, Claret en une 10aine de minutes: combien nous faudra-t-il d'heures pour revenir en courant?

 

L'arche de départ est au centre du village et nous avons droit au traditionnel et sympa  briefing"Attention à la chaleur, pensez à vous hydrater. Hier il y a eu de la casse sur l'ultra'draille et l'Hérault trail" ainsi qu'un mot spécial du maire "S'il vous plaît, ne vous blessez pas sur notre commune, cela nous rendrait triste" Message reçu, on se blessera sur la commune voisine alors. C'est l'édile aussi qui compte à rebours le top départ et c'est parti, mon quiqui, pour les 44 kms du Marathon de l'Hortus.

 

Quelques centaines de mètres dans le village, virage à gauche et c'est déjà la terre sous nos semelles, un DFCI bien large et montant qui permet au peloton de s'étirer sans jouer de l'accordéon. Je craignais des bouchons d'entrée de trail mais il n'en est rien: merci aux organisateurs, c'est bien vu.

 

On se cale sur un rythme tranquille mais la grimpette, même cool, ça fait monter le palpitant dans les tours. Alors au premier monotrace bien pentu, vers le 3ème km, je marche enfin. Et c'est là que mon pote Virgil plante une accélération dont il a le secret pour s'extirper du bouchon: je ne le reverrai qu'à St Mathieu!

 

Après quelques bosses, nous voilà sur le plateau, par la crête de Tout Auras puis de la Taillade d'où la vue sur les Cévennes au nord et tout le sud est magnifique et ce n'est qu'une mise en bouche.

Un peu inquiet en haut de cette première grimpette, je retrouve une foulée et un souffle normaux sur la portion plate ainsi que dans la descente technique sur des plaques rocheuses, en escalier, faite sans risque. Nous traversons le hameau des Embruscalles au son d'une troupe rock et quelques applaudissements, tout cela est bien sympa.

Puis sur le goudron à travers les vignes, nous rejoignons le Lac de la Matane où se trouve le premier ravitaillement. Cela fait 55 minutes que je cours.

Je bois un verre d'eau gazeuse et nous remettons ça dans un monotrace pentu, bords de vigne, puis grosse montée, la 2ème du trail, dans le ravin de Grattet jusqu'au Roc de Lafous que nous atteignons par quelques pas d'escalade facile dans la falaise. Dans la grimpette, nous récupérons 3 à 4 trailers qui s'étaient trompés de chemin, pourtant le marathon de l'Hortus est très bien balisé tout le long, peinture orange et rubalise omniprésentes.

Le décor est magnifique, je sais, je me répète mais qu'est-ce que c'est beau de trotter dans ces paysages de combes et de falaises calcaires. La chaleur fait exhaler les effluves florales de la garrigue, c'est le bonheur. Déjà 1h08 pour 10 kms tout rond à l'abord du plateau.

 

La portion suivante est très roulante vers le Domaine départemental du Mas Neuf que nous traversons pour rebasculer vers Lauret: une draille encadrée de vieux murs de pierre, une lavogne, les bergeries du Mas Neuf... vraiment du plaisir de courir dans cet environnement. Je tape la discut sur une paire de kms avec un V2 qui l'est depuis une semaine alors je lui souhaite un bon annif !

 

L'approche en descente et la traversée de Lauret constituent peut-être la partie la moins sympa par son accès par un large DFCI puis de la route. Quoiqu'il en soit, ça permet de trouver une foulée à l'aise et de se décontracter. Au ravitaillement de Lauret, je décide de faire le plein d'eau du camelback, par prudence car finalement, je n'ai pas autant bu que ce que je croyais. Je consomme aussi un des 2 gels sur place. A la montre, 1h30 et 14 kms du marathon de l'Hortus ont été avalés.

 

Nous sortons du village de Lauret en passant devant l'Auberge des Cèdres, magnifique cadre et excellent resto, et rejoignons un monotrace facile juste après un rucher sous les oliviers. Nous repartons pour une montée en sous-bois peu technique que je gère à l'économie encore jusqu'au Roc des Mates. La chaleur commence à se faire bien sentir et j'apprécie ma casquette bien vissée sur la tête. J'ai du mal à savoir si je suis dans un bon jour ou pas, avec un peu de pessimisme quand même sur ma condition car malgré le rythme cool, je n'ai pas de fourmis dans les cannes.

 

En haut de cette troisième montée en 1h50 pour 16.7 kms, nous enchaînons par un peu de section roulante avant de redescendre après un passage très escarpé et équipé de câbles au pied des falaises de grimpe de Valflaunès. Puis c'est plat un bon bout de temps avec traversée de vignes, la route D17, les vignes et l'arrivée au gros ravitaillement de Valflaunès où je refais les niveaux: cacahuètes et camelback au taquet! C'est la mi-course soit 22 kms en 2h24. Côté dénivelé, on vient de déguster 800m D+, il nous en reste donc 1100: le plat de résistance est à venir!

 

En sortant de Valflaunès, un long chemin champêtre en faux plat nous ramène au pied de l'Hortus. La vue est grandiose avec l'éperon du Pic St Loup fièrement dressé à gauche et les falaises de l'Hortus qui lui font face à droite. Je me sens soudain tout petit, et le "Morituru Te Salutant" des gladiateurs romains saluant l'empereur avant l'ultime combat me traverse l'esprit. Pas de doute, ça va être la guerre désormais.

 

Après quelques lacets entre vignes et zone arborée, nous passons devant les jolies habitations du Mas de Labau et abordons la 4ème difficulté. La pente s'accentue d'abord sur un DFCI très raide avant d'attaquer en monotrace rocailleux en sous-bois. Evidemment, je marche, rapidement certes mais je marche. Les cuisses brûlent et j'ai les premières alertes crampes au mollet: merde, je suis à peine au 25ème km. J'en profite pour enfiler un 2nd tube de gel. Arrivé enfin sur la crête de l'Hortus (kms 25.6 pour 2h57 de course), le spectacle est à la hauteur de l'effort avec des vues orientales et plein sud à couper le souffle. D'ailleurs, côté souffle ça va mais les crampes me lancent et je ne peux que trottiner, aïe crampe, remarcher, retrottiner, aïe re-crampes sur les roches de la crête avec à gauche le vide et à droite les barbelés qui gâchent un peu le décor (dans les chaînes, il n'y a pas de plaisir). Malgré cela, je ne suis pas cloué comme dans l'ascension du Roc Nantais au trail Larzac-Dourbie et le moral est plutôt bon, paradoxalement. D'ailleurs, il n'est pas facile de trouver une foulée régulière dans ce lapiaz. Alors je philosophe à 2 balles: le présent est la réalité dans laquelle il faut vivre, se satisfaire de chaque pas et apprécier chaque mètre avalé, ne pas anticiper sur les difficultés à venir ni sur les kilomètres restants, regarder autour de moi (et devant surtout!) et me dire que j'ai de la chance d'être (et de courir) là.

 

Après un dernier effort, nous atteignons le point le plus haut, une borne IGN, puis la crête de l'Hortus s'aplanit et descend et j'arrive à trotter en décontractant ma foulée. Le côté positif de la situation, c'est que j'ai récupéré de la condition physique en gérant les alertes crampes . Un coureur est allongé en gémissant sous les genévriers et les chênes avec un bénévole à ses côtés: chaque coureur demande si ça va et a priori, ce n'est rien de grave... J'ai aussi récupéré le V2 et on retape une discut' comme de vieux amis.

 

C'est assurément la plus belle partie du trail, perchée sur ces balcons dominant la plaine, vue mer et le Pic qui semble à portée de main. Là-haut, on se sent "un peu plus près des étoiles au jardin (hortus en latin!) de lumière et d'argent"...

 

Mais quand on est dans les étoiles, il faut bien redescendre sur terre. Comment est-ce possible?

Par une faille, une brèche taillée dans la falaise, surgie de nulle part! Quelques dizaines de mètres de désescalade assez périlleuse sont nécessaires dans cette falaise abrupte où les cordes ne sont pas de trop et les bénévoles omniprésents pour aider les coureurs à trouver les bons appuis et éviter la chute. L'un des bénévoles m'apprend que ce passage caché et sacrément escarpé s'appelle "le pas de la chèvre" alors qu'il s'agit en fait du Pas du Loup. Une des difficultés consiste aussi à ne pas chopper de crampes malvenues en évitant les positions tendues des muscles de jambes. Bref, ça passe on ne sait trop comment mais tant bien que mal, nous voilà au pied de la falaise. Une fois en bas, la rigolade continue avec un pierrier très raide de quelques centaines de mètres que nous descendons tout schuss façon piste de neige où mes Brooks font office de ski (dommage que je me sois arrêté à ma 2ème étoile), en essayant de ne pas me vriller une cheville dans la glissade. C'est limite par moments. Les cailloux roulent et je sens quelques chocs sur les malléoles, pas glop pas glop.

En bas de ce passage de dingue (le pierrier, c'est fou, non?), nous traversons un gentil DFCI puis un monotrace en sous-bois en léger faux-plat, descente et montée. Nous passons aussi au pied des falaises de l'Hortus que nous venons de dévaler, ça paraît incroyable voire impossible d'arriver de tout là-haut. Et comme par magie, j'ai oublié les crampes!

 

Nous sortons du sous-bois au gros ravitaillement du 31ème km (3h48 dans les jambes) sous les applaudissements nourris des bénévoles, encore merci à eux, et les quelques curieux. L'émotion m'étreint la poitrine, je suis touché par ces marques d'encouragement, merde, manquerait plus que je craque!

Je refais à nouveau le plein du camelback, le dernier de la journée, quelques bouchées de cacahuètes et je m'enfile le pinolé qui manque m'étouffer tellement c'est indigeste. Avec quelques verres de Salvetat salvatrice, j'aval'tout et ça va l'faire.

 

Je repars requinqué comme jamais, courant tout seul pour la première fois du marathon de l'Hortus. Et maintenant Pic St Loup, à ton tour! Bon, faut se calmer un peu car le Pic version nord n'est pas de la tarte, et en avant pour la 5ème ascension de la journée.

 

La piste du trail nous amène à Mascla puis c'est le début d'une longue montée assez technique jusqu'au GR60. Au passage, je lance à une bénévole "J'espère que l'ascenseur n'est plus en panne" mais elle ne semble pas saisir le trait d'humour. Bon, c'est naze, je la comprends.

Là, ça devient bien plus roulant mais ça monte toujours. Le Marathon de l'Hortus, c'est dur, surtout les 44 derniers kms! Je rattrape un coureur derrière lequel je me cale car mes mollets me picotent, j'ai la crampe à fleur de muscle. Et boum, ça ne loupe pas, un instant d'inattention en sous-bois, je heurte un caillou, je me ramasse sur le côté, lance la jambe gauche pour me rattraper et la crampe s'installe pour de bon. Stop, j'ai appris du trail Larzac-Dourbie: je m'arrête complètement et je m'étire consciencieusement le mollet une minute avant de repartir, sans trop de bobos. Je m'en sors plutôt bien car ça semble tenir même si j'adopte un rythme encore plus cool. Pour tuer le temps, je mange une Journey Bar.

Finalement, je rejoins malgré tout le coureur lièvre jusqu'au col des tours ruinées. Clic clac, photo souvenir que je n'achèterai pas cette fois, j'ai celle de l'an passée beaucoup mieux avec l'Hortus en arrière-plan.

 

Au col (temps de passage 4h28 pour 35 kms de marathon), nous basculons vers Cazevielle et je reste prudemment dans le sillage du coureur durant la descente rocailleuse avant de le déposer à l'approche du goudron.

Surprise, un ultime ravitaillo nous attend au 36ème avant les 8 derniers kms: merci encore aux organisateurs du marathon de l'Hortus, vous avez vraiment assuré tout le long!

 

Le moral est carrément au beau fixe, je sais que je vais finir sauf chute, blessure, météorite ou tsunami (peu probable). Je bois un verre d'eau à peine avant de me lancer dans la der des der, l'ascension du Pic face sud6ème difficulté. Le goudron aura été de très courte durée. Je suis d'abord seul mais en quelques minutes je récupère 2 coureurs avec qui je vais terminer la course. Leur rythme est nickel et ça m'aide à ne pas voir passer les kms. Nous croyons nous perdre un instant mais c'est une fausse alerte. Nous discutons un peu, je me cale entre les 2 et le meneur fera pendant 7 kms environ un boulot énorme de régularité, de relance sur les sections plates ou légèrement montantes, de descente prudente mais en rythme. Il fait vraiment chaud, 50° à l'ombre et y'a pas d'ombre (humour), et nous croisons des promeneurs du dimanche, au premier comme au second degré. Cela me semble un poil moins dur que l'an passé.

 

Enfin nous arrivons sous le sommet, exactement à la Croisette, un festival de 5h05 et une palme à 38.8 kms et basculons vers St Mathieu pour 99% de descente. Je laisse échapper un "Yes" d'euphorie mais pas question de relâcher la vigilance sur ces 5 kms de pente très technique et piégeuse. Les roches saillantes pointent leur lame acérée. Ca ravine par endroits et les racines tendent des croche-pieds, c'est le parcours du combattant. Les cuisses me brûlent mais point de crampe. Je trouve le temps plus long que dans la montée, c'est paradoxal.

 

Et puis, alléluïa, une bénévole nous crie que "c'est fini avec les pierres" et nous sortons du parking du GR au km 42 (5h31) pour retrouver la civilisation et 2 kms de bitume qui déroule son tapis noir jusqu'à l'arche d'arrivée à St Mathieu de Tréviers. Le meneur du trio a pris quelques dizaines de mètres d'avance, le dernier compère a craqué en fin de descente. Je relance prudemment pour ne pas gâcher le final avec une crampe scélérate et j'accélère de plus en plus. Evidemment, c'est tout relatif quand on a 43 kms et 1900m D+ dans les guiboles mais j'ai une agréable impression de foulée facile. Une bosse, une épingle puis un grand escalier qui descend, virage à gauche, à droite et c'est l'arrivée derrière le bâtiment. Je jette un oeil derrière pour m'assurer de conserver ma place (m'ouais, c'est ridicule, mais ça ne tue pas) et sprinte en écartant les bras avec la banane sur le visage.

 

Heu-reux! Ca fait 5h40'47" que j'ai quitté Claret et je suis toujours vivant, pas trop marqué si ce n'est les cuisses en compote et le bide rétif à toute ingestion liquide ou solide.

 

J'apprends bien plus tard que je suis classé 51ème sur 279 arrivants et 29 abandons au marathon. Cela rajoute à mon plaisir. J'attends les potes en discutant avec Virgil l'extraterrestre qui a fait 18ème.

 

Je renouvelle un grand merci aux bénévoles, très présents, solidaires et plein d'encouragement. Les décors étaient juste énormes avec des passages en falaise totalement fous. Ce marathon de l'Hortus est probablement le trail le plus technique et cassant que j'ai couru. A l'instant où j'écris, la douleur semble loin et seule reste la satisfaction de l'avoir fait. Si cela a été très dur par moments, cela n'a jamais été terrible, avec des doutes mais pas de panique ni de désespoir, des coups de mou mais aucune défaillance.

Je termine aussi sans l'impression d'être allé totalement au bout de l'effort, probablement bridé par les crampes et courant donc en retenue pour garder une foulée aussi décontractée que possible. Et j'ai certainement bénéficié de l'expérience du Trail du Ventoux, avec une forme de confiance et de sérénité qui se sont installées au fur et à mesure des kilomètres.

 

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