Récit de la course : Ultra Trail de Madère 2015, par cyrilloof

L'auteur : cyrilloof

La course : Ultra Trail de Madère

Date : 10/4/2015

Lieu : Funchal (Portugal)

Affichage : 850 vues

Distance : 115km

Objectif : Terminer

Faire connaître ce récit sur Twitter :

Faire connaître ce récit sur Facebook : Partager

MIUT 115km : traversée de l'Atlantide

Madeira Island Ultra Trail 115km

Le départ se fait de porto moniz, nous sommes environ 300, il est minuit. La route s élève très rapidement à travers les petites routes du village de pêcheur , le fracas des vagues sur les falaises volcaniques en fond sonore. Les pentes sont déjà très violentes , le ton est donné . Nous redescendons rapidement à travers les potagers du village dont les odeurs se mêlent à celles de l océan .

Après cette première et courte ascension , une seconde nous dirige vers des forêts tropicales humides. Manu me fait remarquer qu' il y a peu de frontales derrière nous , nous sommes dans les derniers...le choc!
Nous suivons pendant plusieurs kilomètres un(e) levada, c est un réseau d irrigation qui parcourt l île , fait de canaux réalisés avec de petites pierres méticuleusement ordonnées , il nous dirige à travers une végétation très dense. 
La brume vient parfois brouiller le faisceau de la frontale et des cascades murmurent le long du chemin.
Je suis toujours avec Manu , on trottine à travers ce parfait jardin botanique , les barrières horaires sont serrées mais vu notre rythme on devrait être à l abri d une élimination.

Après environ 1000d+ la première vraie descente s amorce. Le chemin descend très rapidement , ce ne sont que des pierres humides , ça glisse énormément , les nombreuses chutes devant moi m'obligent à rester très attentif et me permettent d arriver en bas tranquillement . 
J attend Manu quelques minutes au ravito , cette première partie très technique à déjà fait quelques blessés.

On repart ensemble vers une seconde ascension qui s annonce difficile , je prend mon rythme la première barrière horaire est au sommet , 1200m plus haut. Je remonte pas mal de coureurs , mais plus de traces de Manu . La végétation disparaît petit à petit , le ciel est rempli d étoiles , j éteins ma frontale pour marcher un peu au clair de lune , elle est à moitié pleine mais ça suffit . J arrive au ravito , 1h15 avant la barrière horaire , ça ne devrait plus être un souci dorénavant .
Ces 30km et 3000d+ m ont un peu assommé , je repars, sonné . Le ciel change de teinte , je déroule sur une piste 4•4 , entre dans une forêt de petits arbustes et poursuit par un petit sentier ludique, le cadre est superbe.
Le jour s est levé , la descente m'entraîne dans une forêt d eucalyptus au parfum puissant , le sentier en terre est moelleux , et dégage des arômes de café, c est un délice . 
On arrive dans un village au cœur d une petite vallée verdoyante, ses jardins en terrasse et ses maisons toutes propres me donnent l impression d être dans un paysage idyllique de manga japonais.

Des marches puis du bitume me mènent jusqu au ravito km 47 . J'essai de me préserver car les prochains 30 km s annoncent rudes.
Le paysage change , plus abrupt, plus sec .
Mon genou droit commence à me faire mal , je crains cette douleur car je sais qu'elle peut s amplifier jusqu à devenir ingérable. Pas de panique , on verra. Après une courte montée brutale faite de marches gigantesques, un long sentier s élève progressivement et découvre une superbe vallée , il commence à faire chaud . Je devine enfin le col, derrière je serai à mi parcours . 

 

 

1509226_10205781434948682_6178921097675227449_n.jpg11146210_10205781433468645_4013356621181733758_n.jpg11099283_10205781435868705_3291366882396662379_n.jpg
Mon genou me fait soudainement très mal, plus moyen de courir. J essaie de descendre , c est la catastrophe , j ai vraiment mal. Je me pose sur un rocher et pense peut être devoir abandonner , avec cette douleur et tout ce qu il reste à parcourir, ça ne serait pas raisonnable . Je regarde dépité passer des coureurs , ils ont de la chance de pouvoir gambader ainsi.
Je repars, me force à plier le genou petit à petit en trottinant , ça a l air de passer, ça va de mieux en mieux , je reprends du monde dans cette descente sinueuse , on approche un village , plus question d abandon pour le moment!

Ravitaillement au 60ème kilomètre il est environ midi . Il fait chaud , les sommets environnant sont tous vertigineux , je vais en gravir un , mais lequel? 1200d+ m attendent.
Je fini mon riz bolognaise , change de chaussettes et c est reparti. Ça va être dur mais je suis tellement heureux de ne pas devoir abandonner pour le moment que j ai le moral . 
Ça grimpe fort, patience , je discute un peu avec quelques personnes en allant , la vue commence à être très impressionnante. Le sentier longe une crête , les parois sont vertigineuses, la végétation aride, la roche rouge , c est très volcanique. 
J arrive au pico ruivo. 

 

11081134_10205781436348717_643976107161801283_n.jpg11146288_10205781445148937_3413466585537569044_n.jpg11041780_10205781445468945_1505962389471629376_n.jpg11144929_10205781445788953_3026218356509717751_n.jpg11129909_10205781446068960_9149356054459890433_n.jpg11150332_10205781441028834_6878605700317764946_n.jpg


Le chemin bascule entre différentes crêtes , la brume apparaît par intermittence , on emprunte des petits tunnels , des escaliers énormes , ça monte ça descend, cette partie est extrêmement aérienne mais toujours sécurisée par une main courante, heureusement , une chute serait fatale.
Comment les habitants ont ils fait pour réaliser ce sentier improbable. Surréaliste et superbe , je crois ne jamais avoir parcouru de tels chemins , c est époustouflant .

J arrive au pico de ariero . Il est environ 16h30.
Encore 40km avec beaucoup de descentes. Ça va être dur , mais si mon genou me fiche la paix , ça va le faire. La douleur est revenue mais reste supportable. J appelle Charlotte , elle me raconte sa journée , ça me fait du bien.
J entame la longue descente dans la brume, mes jambes se dérouillent mais la fatigue est bien là. Je suis un petit sentier le long d un levada bordé de fleurs jaunes , arrivé à une intersection , pas de signalisation. Merde! Je me suis planté .. 
Demi tour , heureusement ici c est plat. Ça me donne un coup de fouet, je trottine et retrouve mon chemin . J ai du perdre 20 minutes, c est pas si grave.Je retrouve des coureurs que j avais déjà doublés. Je reste dans un groupe qui descend bien , je m accroche . Je me fixe comme objectif d'arriver avant minuit, c est jouable , ça me motive. Je repars rapidement du ravito du km 88 pour la dernière ascension.
une nouvelle longue descente se présente , la nuit tombe , miracle, plus rien au genou , j en profite pour accélérer , un dernier sentier technique et vallonné finira de m épuiser .
Encore 10km.
J ai bien ralenti, mais j avance. A quelques kilomètres de l arrivée mon genou m envoie une douleur foudroyante dans une descente très abrupte. Je suis stoppé net. La claque !
Je continue en boitant , avec une branche comme béquille . Des oiseaux marins aux cris abominables se manifestent, la situation me semble ridicule. 
J entend la mer , c est bon signe , je me réjouis que cet ultime avertissement de mon genou arrive si prêt du but. Hors de question d abandonner , il doit rester 4 ou 5 km. 
J arrive à marcher sans me faire trop mal ,je me débarrasse de ce gros baton encombrant. 
Une ville apparaît petit à petit, mais je ne reconnais pas Mâchico, j essai de trottiner un peu , on longe un levada entre les maisons, la pente est très faible mais je dois gravir la colline devant moi. Machico doit être derrière et il faudra tout redescendre de l autre côté .Un panneau m indique une autre direction , bizarre.. 
Je regarde mieux cette ville , je vois mon hôtel !! L arrivée est toute proche! Je m accroche dans les dernières pentes herbeuses , j arrive sur le front de mer, il ne peut plus rien m arriver, c est gagné!
Une longue haie d honneur attend les coureurs , je passe la ligne d arrivé anonyme mais très ému , 24h07, nquel bonheur. Manu termine également la course , quelques heures plus tard.

A l arrivée un bon buffet m attend , steak , frite , bière , miam miam ..
Mon hôtel et mon lit à 200m , le pied .

 

11150414_10205781432388618_802655689231535245_n.jpg

Ce trail est d'une rare beauté, les paysages variés, et l'organisation exemplaire permet de profiter sereinement de ce cadre taillé pour le trail

Aucun commentaire

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

Accueil - Haut de page - Version grand écran