Récit de la course : SaintéLyon 2003, par amibugs

L'auteur : amibugs

La course : SaintéLyon

Date : 7/12/2003

Lieu : St étienne (Loire)

Affichage : 3752 vues

Distance : 65km

Matos : De haut en bas :
- Bandeau polaire
- Petzl tikka + (insuffisante par temps de brouillard)
- T-shirt Aasics respirant col zippé
- Gore tex Millet
- Sac trail Décathlon contenant couverture de survie + chausssettes de rechange + micro polaire + barres BIO
- Collant Rohnill
- 2 paires de chaussettes (1 fine + 1 plus épaisse)
- Chausures Reebok trail Premier

Objectif : Terminer

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Le récit

Après beaucoup d'hésitations et pour finir de me convaincre de participer à cette 50ème édition de la SaintéLyon, je poste un message sur notre forum préféré (UFO) mi-novembre et vous fais part de mon éventuelle participation. Devant les réponses d'encouragements, mon inscription est postée le lendemain même...

Mon entraînement physique n'est pas optimum et quelques séances plus appropriées m'auraient sans doute étaient nécessaires mais ma force morale est au top et ce défit me semble accessible ; d'autant plus que c'est mon 1er Ultra officiel et qu'il me permettra, en cas de réussite de pouvoir porter le fameux t-shirt UFO (n'est ce pas Phil ? Merci de ta réponse reçue par mail)
De plus, des amis que je n'ai pas vus depuis plusieurs années habitent à proximité de Saint-Etienne et cette occasion sera celle de nos retrouvailles. Appels téléphoniques et RDV pris pour ce samedi soir. Une soirée agréable, sympa, à parler du passé et de l'avenir et une petite lumière dans les yeux de mon ami Bernard à l'arrivée dans ce gymnase pleins de coureurs et que je devrais très rapide convaincre de rejoindre " notre " communauté d'UFO. Bernard souhaite rester à contempler ce fourmillement de sportifs et rejoint sa petite famille seulement 10 minutes avant le départ.

Ces 10 minutes me permettent de me plonger dans la course, de vérifier une dernière fois mon équipement et à vider mon esprit de tous soucis extérieurs. Pour cette première ultra-course, je porte mes Reebok Trail, deux paires de chaussettes (une fine et une un peu plus épaisse) et mes pieds sont recouverts de NOK ; un collant, un t-shirt manches longues respirant et, après hésitation entre une micro-polaire et ma veste gore-tex, j'opte pour la veste ; une paire de gants fins Aasics et une paire en laine ; un bandeau polaire ; une Petzl 4 leds ; mon sac de trail Décathlon dans lequel je porte ma micro-polaire, un t-shirt respirant de rechange, ma couverture de survie.

Le départ est donné à 00h10 ; l'arche de départ se dégonfle et commence à tomber sur les coureurs qui se relaient pour la maintenir en l'air ! Bonne humeur assurée et blagues à tout va. Quelques spectateurs sont présents, applaudissent, encouragent avant que la horde de participants quitte définitivement la ville stéphanoise pour traverser les zones industrielles et commerciales. Mon rythme est lent et régulier ; je regarde autour de moi, observe les coureurs, les écoute discuter. Tout le monde est optimiste et se laisse bercer par ce rythme de croisière par un temps sec, sans brouillard, sans vent et lumineux ; la température est proche de zéro.
C'est en ce début de course que je me retrouve à courir à côté d'Electron, identifié comme UFO grâce à son béret des " zoos " et son inscription UFO. Quelques sympathiques paroles échangées avant que chacun se replonge et poursuive sa course. On se rattrapera l'un et l'autre à plusieurs reprises durant ce début de parcours.
La première côte ne se fait pas attendre et les plus prudents marchent alors que je préfère continuer à courir ; vais-je le payer plus tard ? Je me dis que ce qui est fait n'est plus à faire et continue à cette allure régulière, gardant sensiblement la même foulée en montée et en descente.
KM 7. Premier ravitaillement. Je n'ai pas faim, pas soif et me force à avaler un verre de thé et un verre d'eau ainsi que deux tranches de pain d'épices. L'ambiance est toujours gaie et joyeuse ; on est content d'être là !
500 mètres de bonne grimpette et Saint-Etienne et sa banlieue sont définitivement abandonnées pour la nuit et ses chemins de terre. Je porte ma Petzl depuis le départ et tente de l'allumer : impossible ! J'ai pourtant vérifié les piles avant de départ, fais un essai mais rien à faire, elle ne veut pas fonctionner. Je la retire une première fois de mon front, la trifouille, l'ouvre, la referme et miracle, ça fonctionne. Je la replace sur mon front et elle s'éteint ! A 3 reprises je ferais cette manœuvre tout en continuant à courir sans regarder où je mettais les pieds, puis elle finira par rester allumée... Mais à quoi bon ? Avec le brouillard, je ne vois même pas mes pieds. Cette Petzl est inefficace par ce type de temps. Mais bon, il ne reste plus que 55 km à parcourir alors...
Les chemins sont boueux mais je m'y attendais. Plusieurs centaines de coureurs sont passés avant moi et la terre est devenue boue et par endroit boue profonde. Après 10 km, mon pied gauche est trempé alors que le droit est encore à peu près sec.
Je m'accroche à des coureurs ayant des lampes plus efficaces que la mienne, mais la différence de rythme, plus lent ou plus rapide, me conduit souvent à me retrouver seul, en tête de colonne avec plusieurs coureurs à mes trousses rencontrant le même problème de vision nocturne que moi. Je cours à l'aveugle sans voir où je mets les pieds ; je suis ouvreur, éclaireur (paradoxal dans cette situation !). Mais je me sens bien alors j'avance, glisse, me rattrape et continue à mon rythme, constant.
KM 16. Deuxième ravitaillement. Premier relais. Beaucoup de monde mais il y a ce qu'il faut. Je ne touche surtout pas à ma lampe ; bien que très peu efficace, j'ai peur de ne pouvoir la rallumer. Je n'ai toujours pas faim ni soif. Néanmoins, un verre de Pepsi et d'eau gazeuse sont avalés ainsi que deux gâteaux secs. A cela, 5 granules d'arnica 7 ch, un petit pipi, je ressers mes lacets et c'est reparti. Total, 5 minutes d'arrêt et 01h50 depuis le départ. Je me sens toujours bien, aucune douleur hormis quelques écœurements qui de temps en temps font leur apparition sans savoir pourquoi ni comment.
Les 20 km suivants ne comportent quasiment que du chemin boueux en forêt et le long des champs où quelques vaches regardent les trains de coureurs. Mon rythme baisse légèrement ; mais je suis là parce que je l'ai voulu et j'encaisse parfaitement ces désagréments ; je pense positif, pense à ma petite famille restée à Dijon et qui doit tranquillement dormir ; pense à mes amis rencontrés quelques heures plus tôt. Cependant, plusieurs coureurs commencent à jurer contre les organisateurs, la boue, la météo... La fatigue commence son œuvre.
Le ravitaillement intermédiaire suivant se passera sans encombre me forçant toujours à boire et manger. Je m'impose quelques étirements suite à un début de crampes aux mollets de chaque jambe. Je ne suis pas inquiet et avale quelques granules d'arnica avant de poursuivre mon petit bonhomme de chemin.
Mon pied gauche est presque sec et à peine m'en suis-je rendu compte que je me retrouve les deux pieds dans une marre de boue ! Splotch, splotch... mes chaussures sont pleines ! Qu'importe, je continue avec quelques grammes supplémentaires dans chaque pieds !
1 heure plus tard après une descente à slalomer entre les pierres, racines, marres de boue, le ravitaillement et deuxième relais est en vue.
KM 30. Saint Catherine. 03h45 depuis le départ. 08 km/h de moyenne. De rapides calculs me laissent espérer de rester sous la barre des 8 heures d'autant plus qu'il reste une majorité de parcours goudronnés et descendants. Mon objectif initial était de finir et je me mets à rêver d'un temps inférieur à 08h00 ! Inespéré ! Mais j'oublie un peu vite qu'il me reste aussi 35 km à parcourir ! Comme à tous les ravitaillements, je me force à boire et manger ; un verre de menthe + un verre de thé à Sainte-Catherine + 2 tranches de pain d'épices que je ne parviendrais pas à finir. L'ambiance est moins détendue, plus de coureurs assis, les traits tirés et la fatigue qui se fait de plus en plus sentir. Je repars sans m'attarder, fais de nouveaux quelques étirements mais oublie de resserrer mes lacets couverts de boue.
La mi-parcours passe allégrement et toujours pas de fatigue particulière. Mes pieds commencent à sécher et le plissement du bout de ma chaussette gauche m'inquiète ; je décide de ne pas m'arrêter et tente de penser à autre chose. J'aperçois au fond d'une vallée un serpent de lumière qui vacille et me dis que j'y serais dans environ 30 minutes ; c'est beau et motivant ; mon esprit positive toujours et c'est bon signe. 30 minutes plus tard, je suis à mon tour au fond de cette vallée, lève la tête et distingue une guirlande scintillante... Il y a du monde derrière et ça motive davantage encore.
Peu de temps avant d'arriver au ravitaillement de Saint Genoux, une glissade un peu plus marquée que les autres m'oblige à appuyer sur mon pieds gauche afin de ne pas chuter ; ce mouvement et cette contraction brutale déclenchent immédiatement une crampe violente au niveau du mollet que je compense par un appui sur ma jambe droite qui à son tour déclenche une crampe subite et douloureuse. Je continue de courir avec une crampe dans chaque mollet et m'imagine la scène. J'ai l'impression de rassembler à une danseuse étoile entrain de faire des pointes et qui court ; c'est con mais ça me fait rire. Quelques minutes plus tard, un mur salutaire me permettra de m'étirer et de retrouver une allure un peu plus virile !
Saint Genoux. Le panneau indique qu'il reste 28 km. Dans 5 km, je passe le marathon et je rentre dans l'ultra ! Et tout va bien ! Granule d'arnica, Pepsi, thé, gâteaux et c'est reparti pour une longue descente goudronnée. A ma surprise, j'ai du mal à retenir mes jambes ; mes foulées se succèdent à un rythme toujours plus rapide ; je suis maintenant à plus de 10 km/h après 40 km parcourus sans éprouver de difficultés ; je me laisse avancer, je ne me retiens pas, je déroule. Je passe au moins 50 coureurs et marcheurs, double des relayeurs (si si !) et arrive au ravitaillement suivant alors que la fatigue commence à se faire sentir après ces 10 km parcourus en moins d'une heure. Les premières lumières lyonnaises sont visibles.
KM 47. 05h51 du départ. Toujours pas envie de manger ni de boire. Je me force et repars. Un peu plus de 2 heures pour parcourir les 18 km restant et rester sous la barre des 08h00. C'est jouable si je réussis à conserver l'allure tenue sur les 10 derniers km.
Les 3 à 4 kilomètres suivants se passent sans encombre. Je m'étonne moi-même. Cependant, une légère brise se met à me glacer malgré ma Gore-tex ; je ne m'en inquiète pas et continue au même rythme. Mais quelque chose ne va pas ; ou ne va plus. Je perds mes sensations ; mes pensées deviennent négatives ; il ne me reste pas " plus que 15 km " mais " encore 15 km " ; je rentre dans le " mur " ; la moindre difficulté est prétexte à marcher et je ne m'en prive pas. Chaque période de marche est allongée ; je progresse par objectif " au prochain poteau électrique, je cours ". Je ne vais plus du tout. J'ai envi de vomir. J'ai soif. A cela, de nombreux coureurs me repassent ; je m'accroche en vain et suis pressé d'arriver au ravitaillement suivant qui me paraît inaccessible.
Le panneau " reste 10 km " apparaît. Sans ravitaillement. Je suis de plus en plus inquiet. Je commence à penser qu'il n'y a plus de ravitaillement jusqu'à l'arrivée. J'ai la gorge sèche. J'englouti une barre Gerblé et une Ovomaltine. Ca me fait du bien. A peine fini d'ingurgiter ces barres que le panneau " ravitaillement à 1 km " apparaît. Je repars. Je recours. Je me précipite sur le premier verre de boisson : du Pepsi ; ça me brûle la gorge. Je mange du chocolat, des gâteaux, pleins de gâteaux. Arnica et c'est reparti. Avenir moins sombre, l'arrivée est au bout. La côte de Sainte Foy ne m'impressionne pas et je la gravis en discutant avec un autre coureur habitué qui me décrit le reste du parcours. Mon inquiétude disparaît peu à peu ; le " mur " est franchi. Maintenant, la tête et le moral doivent reprendre la main et le physique suivra. La barre des 08h00 est oubliée depuis déjà plusieurs km. Mon objectif initial que je n'aurais jamais du abandonner remonte à la surface : finir. Et je vais finir.
Je trottine sur le faux-plat suivant la côte de Sainte Foy. Je ne suis pas bien mais j'avance. Maintenant, les km sont décomptés un à un. Le compte à rebours a commencé. Rien ne m'empêchera d'aller au bout. Mes chaussures mal lassées me font souffrir les gros orteils, surtout lors de la descente vers l'arrivée. Descente interminable, je vais m'arrêter, je le sens, j'en peux plus ; mais tout le monde court alors je cours aussi ; je sers les dents (pas longtemps car je ne peux plus respirer !) Reste 5, 4, 3 km. Les fameux escaliers redoutés par certains coureurs sont passés sans difficulté. Reste 2 km. Beaucoup d'automobilistes dans les rues, peu d'encouragement : il est encore tôt pour un dimanche matin et il fait meilleur sous la couette ! Un motard nous fait de grands signes amicaux. Encore 1 km. Une ligne droite, au deuxième feu à gauche, puis tout droit. Je vois le panneau 150 mètres. J'ai la gorge qui se noue, les larmes me viennent aux yeux. 100 m, 50 m. La foule applaudi. Je les applaudis aussi. J'ai réussi, je suis au bout. 08h35 à ma montre depuis le départ.

Je récupère un t-shirt, mon sac, vais prendre ma douche, ne m'étire pas car je n'en ai pas la volonté, téléphone à ma femme, à mes amis. Je vais m'attabler dans cette grande salle où la majorité des personnes présentes marche en boitant, en canard, en se tenant les cuisses, en grimaçant ; d'autres dorment sur les tribunes ; le speaker parle dans son micro mais je n'entends pas ou plutôt je n'écoute pas. Je vais chercher mon repas mais manque de vomir en voyant ces pâtes bolognaises. Impossible d'avaler ou de boire quoi que ce soit. Un coureur me propose de partager un café avec lui. Je l'accepte mais manque de vomir à la troisième gorgée.
Je reste là jusqu'à 11 heures avant de me diriger vers la gare ou m'attend mon train pour rentrer. Je règle mon alarme pour ne pas manquer la gare de Dijon, m'assois et après 30 secondes m'endors, réveiller seulement par l'annonce de l'arrivée dans les différentes gares.
Entre mon dernier ravitaillement à Sainte Foy vers 08h00 et 16h00, il me sera impossible d'avaler du liquide ou du solide.

A part Electron, je n'ai rencontré aucun UFO. Mais ce n'est que partie remise. Je crois être contaminé par ce virus pour lequel aucun vaccin n'a encore été et ne doit être trouvé : l'ultrafond. Malgré ma modeste performance, je tire mon chapeau à tous les UFO.
Merci de m'avoir lu.

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Stéph de Dijon

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