Récit de la course : Courmayeur - Champex - Chamonix 2014, par Mams

L'auteur : Mams

La course : Courmayeur - Champex - Chamonix

Date : 29/8/2014

Lieu : Courmayeur (Italie)

Affichage : 1029 vues

Distance : 101km

Matos : Sac raidlight 12l
Salomon xa pro ultra 2 3D
bâtons leki alu
veste Montane

Objectif : Terminer

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Mon premier Ultra: CCC 2014

 

Mon premier Ultra

AVANT

Tout a commencé en août 2013, quand je suis allée, pour la deuxième fois, encourager mon trailer de mari sur sa 3ème TDS : montée rapide sur Bellevue puis remontée du sentier qui descend du Tricot.

Ça faisait un moment que je courais (forcément en montagne vu où on habite), mais je n’aurais jamais osé me lancer sur des longues distances à cause de mon rythme de croisière.

Mon mari, lui, y croyait et n’arrêtait pas de me dire que j’aimerais ça. A force de le voir, de le suivre, d’accompagner, oui, ça m’a donné envie.

Du coup, je me lance dans les courses organisées en automne 2013 : la montée du Haut-Koenigsbourg (12km), puis celle du Hohlandsbourg (18km). J’y arrive, toujours dans les derniers, mais pas la dernière !! Clin d'œil) Comme je dis, je cours comme une mamie, avec les papis… c’est très sympa d’ailleurs !

Voilà, mais j’ai envie de faire un ultra sans attendre 3 ans… J’ai bien entendu les avertissements sur la santé, mais les problèmes de genou et de dos, je les ai déjà, indépendamment de la course. En fait, j’ai même moins mal depuis que je cours régulièrement, longtemps.

Avec les encouragements de mon mari, je me lance sur la Saintélyon (avec lui), histoire de gagner les 2 points nécessaires pour m’inscrire sur la CCC.

On fait la Saintélyon, je la termine en boitant sur plus de 25km (donc plus question de courir) en 13h, mais j’ai mes points !! Rigolant

Après un bilan médical et ostéopathique, il s’avère que mes problèmes sont posturaux et musculaires, donc ça peut s’arranger Cool

On définit un plan d’entraînement avec mon coach de mari, en parallèle d’un suivi chez l’ostéo, la révision des semelles et du renforcement-gainage.

Je fais un trail inclus dans la prépa, le Défi des Marcaires (31km et 1400m de D+), le reste se fait en « off » (jusqu’à 8h de sortie et des week-ends chocs + une rando engagée dans les Alpes en juillet) car je n’ai pas envie de cramer mes genoux inutilement.

Le plus dur a été d’enchaîner des montées-descentes sur une pente de 900m de D+ pour dépasser les 2500m de D+ en une sortie (Petit-Ballon)… Seulement c’était une bonne préparation mentale aussi !!

Je sens toujours mes genoux, alors je porte des genouillères qui font que ça tient.

J-15 : dernier passage chez l’ostéo, derniers conseils de massage et de travail du psoas.

Les dernières semaines sont terribles, j’en peux plus de me repasser le profil, les passages, le parcours 3D, la vidéo de Bruno Poulenard, je veux enfin la faire en vrai !

J-7 : on attaque la partie nutrition. J’ai pris les menus d’Alain Roche, qui nous ont déjà réussis, en remplaçant les pâtes par le quinoa. Je fabrique aussi des barres d’amandes-patates douces maison.

J-2 : on se rend à 14h15 (1h d’avance) à la remise des dossards. On passe sans queue, génial ! Surtout quand on voit la queue qu’il y a en ressortant à 15h !! En plus j’ai le bus de 7h15. Quelques minutes après, au terrain de jeux avec les enfants, je ne retrouve plus mon portable, horreur ! Je retourne au complexe, heureusement je l’avais laissé sur la table du stand sms. Un coup de stress qui finit bien !

Jour J : après une nuit bien agitée et très peu de sommeil, lever 5h45, bol de céréales, habillage et crémage, et hop, c’est parti direction le bus à Chamonix. Christophe, (qui a son départ de l’UTMB dans quelques heures) me rassure pour l’horaire, des bus y en a plein, on ne le ratera pas.

J’ai finalement décidé d’emmener l’appareil photo pour filmer et en fait ça m’aide bien, ça m’empêche de rester sans rien faire et de stresser.

Ça me fait tout bizarre d’être là, à mon tour au milieu des coureurs, j’ai du mal à passer de l’autre côté… Embarrassé

Arrivée à Courmayeur, je file dans les premières toilettes publiques que je trouve (conseillées par Christophe au niveau des escaliers), et pour une fois, il y a beaucoup moins de queue chez les femmes que chez les hommes !!

Puis je me rends sur la ligne de départ, je dépose mon sac, et je rentre dans mon sas (3ème, je suis une tortue).

               PENDANT

Il y a vraiment une ambiance sympa. Je discute avec un groupe de potes qui se trouve à côté de moi. Tout le monde s’étonne de me voir parler français avec mon dossard finlandais ! C’est que, au cas où, j’ai utilisé ma double nationalité pour doubler mes chances d’être prise !

Je filme les différents départs, je ne suis pas stressée, juste sur un nuage. Aucune question quant à l’issue : je suis là et je compte bien profiter de chaque instant.

Courmayeur – 0 km  – 9 :23

Ça y est , c’est parti. On court, aussi longtemps que la pente le permet. Je retrouve un gars du groupe, Olivier. Ce sera comme ça tout au long de la course.

Dès que ça commence vraiment à monter, je marche, car le cardio est déjà bien haut.

Mes résolutions, c’étaient de ne pas dépasser les 80% de ma FCmax, sauf au début, car ça monte toujours trop avant de se stabiliser.

Je me prépare mentalement à respecter mon programme boisson (2 gorgées toutes les 10’) et alimentation (demie-barre au bout d’une heure, voire d’1/2h).

Au bout de 20’, on se retrouve stoppés nets, et je retrouve Olivier. On attend bien là 15’ au moins, que ça se dégorge. Ensuite on avance doucement jusqu’au bas de la montée de la Tête de la Tronche. Après, c’est l’horreur et je me parle mentalement pour ne pas m’énerver : patience, patience, après la montée, ça ira mieux. C’est que je vois le chrono qui défile… On fait 3 pas, puis on s’arrête, on attend, puis 10 pas et rebelote. On mettra 3h20 au lieu de 2h40 à arriver en haut !

Tête de la Tronche – 10,4 km  - 12h43 – 1902ème – 1435m D+ - 3h20 de course

Là, je commence à stresser pour la BH. Olivier est parti devant dans le début de la montée, je le reverrai à Bonnatti.

Ma politique, c’était de ne pas courir dans les descentes raides, mais là, sans me mettre à courir, faut vraiment pas que je traîne. Je calcule mon eau pour voir si je sèche Bertone ou Bonnatti.

J’avance vite, aussi vite que je peux sans forcer pour ne pas me griller ni cramer mes jambes et genoux. Je ne m’attendais pas à doubler dans les descentes, mais ça commence là et ça ne s’arrêtera plus. Pour l’instant, mes jambes sont nickels, je me sens en pleine forme ! Faut dire qu’à la montée je me suis bien économisée Langue tirée !

Refuge Bertone – 14,7 km - 13h29 – 1864ème – 1460m D+ - 4h06 de course

Arrivée à Bertone, je décide de prendre un verre mi-coca mi-eau. Un bénévole me propose de remplir mon bidon d’overstim (avantage d’être en fin de course), j’accepte bien sûr, je pourrai sécher Bonatti ! et je repars, je n’ai pas passer 3’.

Ensuite, c’est un sentier super sympa, qu’on passe sous le soleil alors que du départ jusque là le ciel était bien bouché. Je trottine et je marche dans les montées, je surveille mon cardio, faut que je m’économise quand même. J’en profite pour filmer. Le Mont-Blanc est là, mais la moitié supérieure est cachée. J’avance comme ça tranquille jusqu’à Bonatti, je sais que ça commencera à devenir dur après Arnuva et  que si j’y vais trop fort maintenant, ce seront mes jambes qui paieront plus tard, et je veux aller au bout, moi !

Refuge Bonatti – 22,1 km – 14h54 – 1860ème – 1746m D+ - 5h30 de course

A Bonatti, finalement, vu le peu de monde, j’avale une soupe, ma boisson coca-eau. Je retrouve Olivier qui a un coup de moins bien. Je le salue et je repars.

De Bonatti à Arnuva, même rythme, je fais gaffe dans la descente sur Arnuva de ne pas aller trop vite pour mes genoux. Je sens que mes genouillères ne sont pas du luxe dans ces descentes raides, mais du coup, tout va bien.

Arnuva – 27,4 km – 15h53/16h05 – 1806ème – 1851m D+ - 6h29 de course

J’attaque de nouveau avec ma soupe et mon coca/eau. Pour ne pas perdre de temps (je suis à 35’ de la BH), je me sers d’abord, ensuite je me pose à une table et en même temps que je mange, je fais des étirements.

Je prends un peu de salé, de la banane et des raisins secs. Un petit massage de pieds (je commence un peu à sentir une gêne au pied gauche), et je repars, mes bidons sont suffisamment pleins. Et puis je trouverai de l’eau avant La Fouly. Je veux récupérer du temps sur les BH, mais ça va être dur !

C’est parti pour la montée du Grand Col Ferret : quand je vois le mur devant moi, ça fait un peu flipper, surtout que le mauvais temps se rapproche (y a pas que les BH). J’adopte mon rythme de croisière montée : grands pas, ralentissement du rythme, respiration « afghane » ou à peu près… surtout, j’essaye d’avancer sans m’arrêter, quand les autres me le permettent. Mon cardio se maintient, tout va bien ! Du coup, je me fais doubler et je double : beaucoup commencent trop fort, font des pauses, accélèrent puis ralentissent… ça m’énerve un peu, mais j’essaye de faire preuve de compréhension et de bienveillance ! (m’enfin, ils ont pas appris à marcher en montagne ou quoi !! – les pauvres, ils ont l’air d’en ch… !). Clin d'œil

Bientôt au col, la pluie arrive, mais je ne veux pas m’arrêter avant d’être en haut, et puis ça peut vite se calmer. Je continue donc en T-shirt malgré la pluie, le vent et le froid.

Grand Col Ferret – 31,8 km- 17h32 – 1766ème – 2605m D+ - 08h09 de course

Arrivée en haut, je me demande si je mets la veste. Un bénévole nous dit que c’est plus calme en-dessous. Je continue donc un peu la descente en T-shirt. Seulement, loin de se calmer, la pluie arrive de derrière. Je mets la veste en marchant, l’entraînement de la prise en main du sac a bien servi, pas d’arrêt nécessaire !

Je descends comme ça, tranquillement, sans forcer pour m’économiser, en essayant de marcher le plus vite possible. Je dois arrêter le cardio, sinon la batterie ne tiendra pas, et je voudrais avoir l’altimètre pour les 3 dernières montées.

On devrait être à La Peule, c’est où La Peule ? Aucune indication, bon on ne descend pas plus loin, on continue sur la même courbe, ça devait être là où il y avait la yourte et le photographe…

Bientôt, Petit Ferret et son robinet. Je remplis mes bidons. Je croise et je recroise souvent les mêmes, notamment un couple qui monte vraiment bien. Je dois vraiment progresser dans mon rythme de montée. Par contre, les descentes, c’est tout bon, je maîtrise, et sans me faire mal aux genoux.

En route pour La Fouly ! La BH est à 20h30, j’aimerais y arriver avec 1h d’avance, histoire de pouvoir me changer, car à Champex, ce sera trop tard.

Je retrouve Olivier sur la route, il a bien réussi sa montée du col et rattrapé son retard.

On papote et on trottine dès qu’on peut. Il veut prendre son temps au ravito, je lui dis que je ne veux pas dépasser 20’. De toute façon, il me rattrapera dans la montée.

La Fouly – 41,9 km – 19h17/19h39 – 1739ème – 2803m D+ - 09h54 de course

Comme d’hab, je me sers de soupe, de coca/eau, je me fais le luxe de pain-fromage-saucisson et je vais m’asseoir. Je mange en m’étirant puis je me prépare à me changer déjà pour le bas. Comme j’ai un corsaire, j’ai juste les chaussettes de compression à mettre et les chaussettes à changer. Oui, mais voilà, je suis toute crottée ! Enfiler les compressions sur 2 cm de boue, ça le fait pas. Je pars en quête de serviettes en papier et je rencontre un mi-finlandais comme moi parmi les bénévoles. On discute 5’ en finnois et en français et j’en profite pour prendre un thé sucré. Je me masse à nouveau les pieds et je mets mon gilet.

Quand je reviens m’asseoir, je vois une japonaise prête à abandonner, son ami journaliste tente de l’encourager ! Je passe à l’anglais pour l’encourager aussi, en lui disant qu’il faut au moins aller jusqu’à Champex. J’adore cette course où on croise tellement de nationalité et où on peut passer d’une langue à une autre ! (au final, j’aurais parlé : finnois, anglais, italien et même allemand !!)

Olivier soigne ses pieds, et moi je repars, ça me laisse presque 1h sur la BH. Je sais que ça ne sera pas de trop pour la suite… Quelques minutes après il me rattrape et on continue à papoter. En cours de route, la nuit tombe et on sort nos frontales.

Il m’a bien prévenue pour la montée à Champex, ça paraît interminable. On reste ensemble pendant un bon bout, puis il me lâche quand la montée devient plus raide, on sait qu’on se retrouvera au ravito. Mon rythme est toujours aussi régulier et aussi lent quand c’est raide et plusieurs me repassent devant.

En fait, c’est juste à la fin que ça devient pénible, on entend la musique, mais on arrive toujours pas. Enfin le village et le ravito !

Je suis contente d’être arrivée à mi-course en me sentant aussi bien !

Champex-Lac – 55,9 km – 22h27/22h51 – 1689ème – 3370m D+ - 13h03 de course

Je retrouve Olivier et la japonaise au ravito. Je fais mon petit rituel (boisson-alimentation-étirements-massage). L’ambiance est sympa, mais je n’ai pas le temps de regarder ce qui se passe autour de moi, le temps file !

Je commence à avoir un peu froid, donc je change de T-shirt : je mets mon T-shirt HH manches longues.

Au moment de repartir, je crains le froid et la pluie, alors je mets le gilet finisher 2011 de mon mari et ma veste. Olivier me prévient que j’aurais trop chaud, mais pour l’instant, je caille !

On repart ensemble cette fois, à 40’ de la BH. Ça se resserre ! Enfin, rien ne sert de stresser, faut juste être réguliers !

Alors on discute, on fait plus ample connaissance. La pluie tombe plus fort. On s’arrête au bord du lac : je mets mon pantalon k-way et Olivier se crème à un endroit incongru Embarrassé les hommes ont des soucis que nous n’avons pas !

Dans le début de la montée de Bovine, Olivier me lâche à nouveau, je n’arrive pas à suivre son rythme. Ça nous va très bien comme ça de toutes façons, on sait qu’on se retrouvera plus loin.

J’ai bientôt trop chaud, alors même si je n’ai pas envie, je m’arrête pour enlever le gilet et le pantalon k-way, je ne le regretterai pas. Comme ça commence à être dur, je ne dois pas me laisser aller à des pensées négatives, alors, avant qu’elles viennent je sors le mp3 avec ma playlist éclectique CCC et ça repart !

A mi-côte, je croise les deux finlandaises qui finiront la course juste avant la BH à Chamonix, elles ont du mérite, surtout vu les conditions d’entraînement en Finlande (côte de 60m de D+) ! Elles sont étonnées d’entendre parler finnois tout d’un coup Rigolant

Plus on monte, plus c’est boueux et ça patine sévère ! On nage dans des couches de boue mêlées de bouse… c’est ragoûtant ! Beaucoup de ceux qui m’ont doublée en montée ont ralenti et avancent trop doucement pour moi. Alors aidée de mes bâtons et de mes xa pro, je fonce ! Surtout que vu mon rythme en montée, je ne peux pas me permettre de traîner si je veux finir…

Je mettrai 2h56 de Champex à La Giète, vraiment bien pour moi à ce stade de la course, presque du 4 km/h. En haut de Bovine, je suis complètement excitée : ça y est, je l’ai passée cette fameuse montée, et sans difficulté ! Plus que 3 descentes et 2 montées.

La Giète – 67,1 km – 1h46 – 1479ème – 4208m D+ - 16h23 de course

Je desserre mes lacets (heureusement c’est un zip) pour la descente, je commence à gonfler un peu à la cheville gauche. Je recharge ma frontale avec des piles neuves en marchant et voilà t’y pas que je vois Olivier devant moi ! On descend ensemble, au bout d’un moment je passe devant et l’entraîne dans mon sillage, car j’arrive à descendre et avancer à un bon rythme : soit on fait de la marche rapide, soit on trottine. La descente est technique et boueuse dans la forêt, mais on trouve de bons appuis. On dépasse beaucoup de monde ; d’ailleurs on commence à croiser de plus en plus de nouvelles têtes.

 On entend bientôt la musique qui monte du ravito, c’est Trient. En arrivant au village, on voit au loin devant nous, sur la montagne en face, le zigzag des frontales dans la montée de Catogne. Ça fait peur cette grimpette ! Enfin, pour l’instant, remplissage des bidons, soupe et massage ! Heureusement, il y a de la tarte de Linz pour changer de goût, car ça devient lassant gustativement…

Trient – 72 km – 02h44/ 03h10 – 1425ème – 4284m D+ - 17h20 de course

Le temps file, Olivier ne stresse pas et veut changer de chaussettes, moi je veux avancer car je sais que la montée va être dure pour moi. Je le laisse et file. Enfin, file, ça monte tout-de-suite dur. J’avais arrêté le mp3 dans la descente, je le remets, histoire de passer en mode automatique au niveau du cerveau. Et ça marche ! Olivier me rattrape vite et passe à nouveau devant. Cette fois je le suis de pas trop loin. Par contre, cette fois, j’accélère dans la descente, je suis euphorique (2 montées de faite sur 3), pour la première fois depuis longtemps je retrouve le plaisir de ma jeunesse : faire des descentes techniques le plus vite possible  (enfin pour moi !) sans avoir mal aux genoux. Je dépasse et repasse, peste quand les gens refusent de laisser passer alors qu’il y aurait la place. J’entends le public en bas à Vallorcine qui nous encourage et nous pousse à ne pas traîner. C’est que la BH n’est pas loin…

C’est génial toutes ces personnes qui vous encourage au milieu de la nuit. Les plus touchants c’était la famille de Praz-de-Fort qui nous a servi du thé et du café au milieu de la nuit.

Vallorcine – 82,5 km - 06h05/06h16 – 1307ème – 5143m D+ - 20h41 de course

Quand j’arrive au ravito de Vallorcine, il n’y a que des nouvelles têtes. Je suis speed : soupe, coca, bidons et c’est reparti. J’ai juste le temps de croiser Olivier qui arrive. On se croise à nouveau : «  A tout’ ! »

Je suis reparti sur le chemin tranquille qui va au col des Montets, jusque là, tout va bien…

Après, ça se gâte. Heureusement qu’il y a du brouillard en ce début de matinée, ça cache le haut… du mur ! Ça monte très raide, mais surtout, il n’y a que des marches de rocher, et je sais que mes genoux n’aiment pas ça. Jusque-là, ils allaient très bien, là, à force de devoir forcer dessus à chaque pas, je commence à sentir tirer, en plus de la fatigue dans les jambes. C’est que je ne suis plus fraîche, là ! Et puis, la nuit nous a quitté, je réalise plus ce que j’endure. Allez, ma cocotte, un pas après l’autre. Je pense à ma sœur Nina, à qui j’ai dédié la course, qui se bat à coup de chimio contre son lymphome, dans sa chambre stérile. A côté de son combat, cette montée n’est rien. Je remets en route le chrono pour avoir l’altimètre et je garde les yeux dessus pour voir arriver les 2130m. Ça y est, j’y suis ! Quoi, ça continue ? Ça monte, ça descend, à travers des plaques de roche, ça n’arrête plus ! Entretemps, Olivier m’a rattrapée et dépassée. Je peste, elle est où cette Tête aux Vents ? Sale tête, oui ! Criant

Après une éternité, on voit un petit campement avec un contrôle, au milieu de la purée de pois qui nous cache le Mont-Blanc (il m’aurait bien remonté le moral, lui !). « On est à La Flégère ? » - « Ah non, là vous êtes à la Tête aux Vents ! ». En pleurs

Tête aux Vents – 90,3 km – 08h55 – 1266ème – 6000m D+ - 23h32 de course

Je râle intérieurement : c’est quoi ce profil qui indique le point de contrôle en haut de la côte, alors qu’en fait il est plus loin, grrrr. Allez, on avance malgré tout. J’ai pris du retard avec ce coup au moral, faut que je me ressaisisse, la BH se rapproche.

Je reprends courage quand il y a enfin de la descente, même si dans tous ces rochers, mouillés, c’est pas du gâteau.

Et puis au milieu du brouillard, je vois les remontées, super ! Oh non, encore une montée… je croyais qu’on descendait ! Mes émotions font du yoyo. Cette côte de rien du tout me paraît terrible avec la fatigue. Je retrouve Olivier.

Je branche gentiment les bénévoles qui m’annoncent la descente, « vous êtes sûrs ? j’y crois plus là ! ». Je prends vite un coca-eau et je repars. Je sens que cette descente va être longue…

Olivier me rejoint et on attaque le sentier. J’en ai marre de ces racines et de ces rochers. Et puis bientôt, les amis d’Olivier venus de Chamonix le retrouvent et nous changent les idées. On discute, on rigole et ça fait passer le temps. Le chemin s’élargit, mais il est toujours aussi raide. Olivier me dit : « allez, on passe la ligne ensemble. » Je l’attends, je bouts intérieurement, je veux passer cette ligne le plus vite possible, que cette course soit finie ! Il change de T-shirt et puis il m’entraîne : « Allez, on court ! ». J’essaye, mais mes jambes ont du mal. Devant le salon, ça monte mine de rien, je marche. Et puis il  m’entraîne à nouveau. Et voilà, on passe la ligne en se donnant la main, heureux !

Lui c’est sa 9ème CCC, 4 fois finisher, moi ma première. Je pensais devoir vivre toute ma course seule, n’ayant personne pour m’encourager, à part quelques amis par sms, mais finalement on l’a faite à 2 et j’ai pu partager mon bonheur avec quelqu’un à l’arrivée ! Rigolant

 

Chamonix – 101 km – 11h11 – 1261ème – 6109m D+ - 25h48 de course

Je demande à la speakerine si je peux faire une dédicace pour ma sœur, elle accepte, génial ! Je suis euphorique et donc pas claire du tout, mais j’ai pu le faire !

Et là, en cherchant ma polaire, qui je vois ? Un gars qui me salue, tout sourire et me montre sa casquette : « Bubulle ». Trop fort ! C’est super sympa ! Sourire

Enfin, séance photo avec ma polaire, j’ai jamais autant aimé le vert pomme ! Clin d'œil

               APRES

Direction la douche, les kinés pour ma cheville (il s’avère que c’est une tendinite du releveur) et puis manger un peu. Je n’ai pas le temps de traîner, je dois faire l’assistance de mon homme à Champex ce soir… Un dernier au revoir à Olivier et je tente de rejoindre Saint-Gervais sans m’endormir au volant. Après une petite sieste, difficile à faire avec le bruit des enfants, nous voilà partis pour la Suisse. Tellement morte et speed, je me suis trompée dans les horaires et on attendra presque 3 heures au ravito de Champex. Au moins, on aura pu l’encourager et il finira son UTMB, depuis le temps qu’il attendait de le faire ! Sourire

Un grand merci à tous les bénévoles, aux coureurs, au public pour cette super ambiance ! Un grand merci aussi à tous ceux qui ont fait des récits avant moi, ça m’a bien aidé dans ma prépa.

Et surtout un grand merci à mon frère qui a gardé nos 3 loulous pendant ma course!!