Récit de la course : Grand Raid 73 - Le Petit Savoyard 2006, par samontetro

L'auteur : samontetro

La course : Grand Raid 73 - Le Petit Savoyard

Date : 20/5/2006

Lieu : Cruet (Savoie)

Affichage : 2189 vues

Distance : 56km

Objectif : Pas d'objectif

4 commentaires

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Ca c'est du trail!

Il est 4h30 du matin et dans la salle des fêtes de Cruet une centaine de courreurs ont répondu présent pour une course de montagne de 75Km avec 4500MD+. Les prévisions météo ne sont guère optimistes nous annonçant la pluie à la mi-journée mais dehors la nuit est étoilée. De mon coté, j'ai vu sur une météo locale, non officielle, des prévisions bien plus pessimistes: 2 degrès à 2500m, beaucoup de vent et... de la pluie dès le début de journée. Du coup j'hésite: short ou collant ? finalement ce sera collant et short dans le sac.


Pendant que nous sirotons un ultime café avec quelques tartines de confiture l'organisation vérifie le matériel: coupe-vent, 1.5l d'eau mini, sifflet, lampe frontale avec piles de secours et une couverture de survie. Puis elle nous fait un court brieffing sur le parcours et ses quelques passages techniques. Le terrain est annoncé "gras".

Le Grand Raid by night:

5 heures, nous partons a la frontale pour traverser le village et tout de suite la pente se redresse, d'abord dans les vignes, puis sur un étroit sentier en direction du col du Mont. Pas question de se griller dans la première cote et tout le monde progresse en marchant tranquillement. Enfin, peut être pas la tête de course. Le jour se lève comme nous atteignons le col à 1014m et nous offre une superbe vue sur la vallée de l'isère et les sommets environnants. La descente sur le magnifique lac de la Thuile et le premier ravitaillement au Km 5 est quasiment sèche. Je prends le temps de manger, le prochain ravitaillement est dans... 30Km.

Le Grand raid roulant:

Nous partons sur une longue traversée en direction du col de la sciaz avec quelques montés sévères, parfois boueuses, sur des chemins forestier. Mais c'est une section très agréable où il fait bon de dérouler la foulée après cette première cote. A mis parcours de cette longue crête se trouve un point d'eau stratégique au Km 17. Il, précède 18Km en autonomie totale avec le sommet du Colombier à 2045m au milieu. Je perd donc un grosse minute à recharger ma poche à eau et j'en profite pour me ravitailler. Cela fait 2h30 déjà que nous courrons et je vois passer la première féminine pendant que je referme mon sac. Nous repartons sur cette crête qui en quelque bosses et beaucoup de sentier roulant nous ammène au col de la Fullie après l'ascension du Mont Morbié pendant que le ciel commence sérieusement à se couvrir. Je profite de mes grandes jambes pour repasser devant la première féminine sur une partie très roulante.

Le Grand raid montagnard:

Du col de la sciaz au Colombier il va falloir s'élever de plus de 700m. Petit ravitaillement avant de se lancer dans la bagarre et je commence l'ascension de la prairie qui mêne au sentier du Tour des Bauges. Sans grosse difficulté je me rapproche du col de la Cochette où je sais que vont commencer les... difficultés: 400m D+ en moins d'un km soit une pente de 40%. Je croise a cet instant les premiers qui redescendent sur cette courte portion à "double sens". Au col les aiguilleurs nous encouragent. Le vent s'est levé, il fait frais et le sentier monte droit en bordure de falaise. Je progresse lentement. Le froid m'engourdit les doigts et j'ai du mal a pousser sur les batons. Cette monté parfois aérienne est terrible pour l'organisme mais magnifique. Je passe plusieurs concurents, certains sans batons, qui grimpent plus lentement que moi. Je commence a appercevoir des concurents sur le sentier ouest qui redescendent: le sommet ne doit plus être très loin. La descente est terriblement pentue, aérienne, parfois glissante. En deux mots technique et superbe. De la vrai course de montagne. Après un pointage aux chalets de Rossane le chemin nous ramène au col la Cochette où nous croisons des concurents qui débutent l'ascension. Il commence a pleuvoir. Ce que j'ignore, c'est qu'en haut il tombe un mélange de pluie et de neige maintenant.

Le Grand raid: retour vers la civilisation:

La descente vers la station d'Aillon commence par un chemin sinueux qui laisse vite la place à un magnifique sentier avec de grandes traversées horizontales. Le cheminement en sous-bois laisse percevoir cependant une météo qui se dégrade. Il pleut de plus en plus et le vent se renforce. Mais le sentier reste très pratiquable et je pense encore a cet instant que le coté "terrain gras" tant annoncé est un peu surfait. Un petit Km de goudron nous ammène à Aillon où nous attend le second ravitaillement. J'en profite pour refaire le plein d'eau, mes 3l de réserve ayant été sérieusement entamés.

Le Grand raid: quand le terrain devient gras

Nous reprenons la route pendant quelques Km, ou peut être moins, mais avec la pluie et le vent de face cela parraît long. Puis biffurcation à droite pour attaquer le col de la buffaz. Le chemin, puis sentier, argileux ruisselle sous la pluie qui tombe de plus en plus fort. La progression se fait en cherchant l'adhérence dans le sous-bois quand c'est possible ou en s'arqueboutant sur les batons. Cela va être très dur pour ceux qui sont partis sans ce matériel d'apoint! Nous formons un petit groupe rejoint par la première fille et nous progressons laborieusement jusqu'au chalet de la Buffaz. A ma grande surprise, le col n'est pas là et il faut repartir sur une petite traversée très boueuse vers le nord pour l'atteindre. Je pense avoir un peu de répit en franchissant le col mais je ne sais pas a quel point je me trompe. Derrière, le sentier étroit et sinueux n'est qu'une émulsion d'eau et d'argile! La descente extrèmement glissante devient très technique ponctuée de "yooouup!", "yaarrrggh!" en tout genres, immédiatement suivits de "et mer....!" ou "put....!" Aucun d'entre nous n'échappera a la chute. Nous rejoignons le fond du vallon couverts de boue mais sans casse!

Le Grand raid: les éléments se déchaînent:

Nous repartons sur un chemin forestier plus stable, toujours en descente et retrouvons avec plaisir le point de contrôle où nous attend un thé chaud. Le petit groupe n'a pas éclaté dans la descente. Le chemin vallonné nous mêne ensuite au pied de l'ascension de la Galopaz, annoncée comme difficile. Il pleut toujours autant mais j'hésite a sortir le K-Way. Le sentier et le fidèle jumeau de la descente: étroit, pentu et boueux. Je commence a avoir les jambes lourdes et je laisse partir le petit groupe pour me ravitailler tranquillement et monter sur un rythme plus raisonnable. Je progresse seul sur un rythme régulier enchainant les lacets dans cette partie boisée. Une brève traversée horizontale franchit une barre rocheuse et je débouche dans l'alpage. Je n'y ferai pas plus de 100m: les éléments sont déchaînés avec un vent glacial très violent et cette pluie qui redouble d'intensité. Le sentier est effrayant: il monte droit dans la prairie en direction du sommet, 300m plus haut, et la pente avoisine ici les 55%. Je me replis sagement à l'abris dans le bois pour enfiler le K-Way, serrer le capuchon et après avoir avalé une dernière poignée de fruits secs je pars dans la tempête. Tout la haut, un petit point rouge est planté sous le sommet: un signaleur. Chapeau les bénévoles. Le sentier est impraticable tant l'argile gorgée d'eau est glissante et il faut progresser dans l'herbe. Cela n'en fini pas. Je me retourne régulièrement pour voir ce que j'ai fait, ce qu'il reste a faire. J'ai les mains engourdies par le froid et l'humidité. Le vent fait claquer l'imperméable comme s'il voulait me l'arracher. Enfin j'atteind le signaleur, emmitouflé dans sa parka, beret vissé sur la tête. Nous échangeons quelques mots. Il faut obliquer horizontalement sur le col, on ne passe plus au sommet: trop dangereux, trop glissant derrière pour redescendre.

Le Grand Raid: le moment difficile

Deux courreurs m'ont rattrapé au col et nous entamons la descente. Elle n'est pas si pentue que cela mais extrèmement glissante et l'un après l'autre, parfois même ensembles, nous nous étalons lourdement dans cette boue collante. J'ai pourtant l'habitude de courrir dans les pentes enneigées mais ce n'est rien a coté de ce terrain gluant! Notre petit groupe éclate au moment ou nous rattrapons deux courreurs couverts de boue (eux aussi) accrochés aux branches d'un arbre qui essaient de progresser tant bien que mal. Je suis à nouveau seul au moment de plonger dans la forêt. Cela glisse moins, il pleut toujours, mais surtout il n'y a plus de vent et cela suffit à mon bonheur. Je rattrappe très vite la première féminine. Elle marche lentement, envellopée dans sa couverture de survie. Je me rends compte au moment ou je la double qu'elle est frigorifiée, recroquevillée sur elle même. Je m'arrête. Elle a du mal a répondre a mes questions et est prise de tremblements tellement elle a froid. Ca va mal, très mal. Je quite mon K-Way et l'aide à l'enfiler. Il est trempé, mais chaud. Il faut bouger maintenant, elle pour se réchauffer, moi parce que je sens le froid s'insinuer à travers mes vêtements humides. Je reste avec elle pendant cette longue descente où nos chaussures disparaissent parfois profondement dans la boue. J'utilise mes batons en permanence pour faire bouger les bras afin de ne pas avoir froid. Elle commence à se réchauffer et nous reprenons progressivement un rythme de course. Elle me dit qu'elle a peur de chuter et de salir ou déchirer la veste que je lui ai prété. Comme si cela avait de l'importance. Je la rassure, c'est une vieille veste qui n'a rien a craindre!

Le Grand Raid: c'est fini!

Nous rejoignons une jolie (et stable surtout) piste forestière qui nour ramène vers le col de la Marocaz. La discussion aidant, nous avons repris un moral d'enfer dans la descente: elle est toujours en tête du classement féminin et le fait que j'ai ralenti pour courrir avec elle m'a permis de récupérer. Les 25Km et 400m de D+ qu'il reste a avaler et surtout la grande descente sur Chignin ne seront qu'un formalité. Deux aiguilleurs nous atendent en haut d'une petite cote mais ils n'ont pas le sourir encourageant des précédents. Et la nouvelle tombe: "La course est neutralisée". Les conditions sont trop mauvaise en haut de la Galoppaz (nous confirmons!) est surtout la descente sur Chignin par la Savoyarde et devenue dangereuse dans ces conditions. Que faire ? Attendre une navette pour être rapatrié ? Nous sommes trempés et s'arréter serait une erreur. Avec l'accord des aiguilleurs nous repartons en direction du village de la Thuile à 5km, dernier ravitaillement avant la zone délicate qui a motivé l'arrêt de la course, pour y attendre au chaud notre rapatriement à Cruet. Juste parce que cela faisait trop mal au coeur de s'arréter maintenant. Nous serons les derniers a emprunter cette portion du parcours.


Que dire de ce parcours... Montagnard, grandiose et très technique. On y a trouvé tout ce qu'un courreur de trail recherche: Du roulant et du très "alpin", de longues parties en autonomie, des chemins forestiers, de superbes sentiers et très peu de goudron, des paysages à vous couper les souffle tellement c'est beau. Certe, la montagne nous a rappelé qu'elle n'était pas un terrain de jeu facile mais c'est aussi pour cela qu'on l'aime. Et juste pour terminer, un sacré coup de chapeau aux bénévoles.

4 commentaires

Commentaire de akunamatata posté le 25-05-2006 à 21:14:00

beau récit et félicitation pour le geste galant à la 1ere feminine
Akuna

Commentaire de Olivier91 posté le 26-05-2006 à 09:30:00

SYmpa ton CR. Y'a pas, on était bien à la même course! Cet hiver j'inclus le patinage artistique dans ma prépa!

Commentaire de samontetro posté le 27-05-2006 à 15:35:00

Juste pour répondre à akunamatata:
J'étais bien, j'avais chaud. Un(e) concurent(e) était dans une situation difficile à cause du froid intense: n'importe quel courreur aurait fait ce geste. J'ai déjà vécu de grands moments de solidarité en trail, quand c'est moi qui étais en difficulté.... j'ai pas oublié.

Commentaire de Sandrine74 posté le 30-05-2006 à 14:03:00

Merci pour ton récit qui ne fait que rappeler que c'est une course de la solidarité surtout dans de tel condition !
Alors je te dis à la fin Août, décidément on était beaucoup à venir se préparer !
Et merci pour la féminine... qui je pense se rappellera du geste et le transmettra à son tour !
Amicalement
Sandrine74

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