Récit de la course : L'O'Rigole - 75 km 2012, par NicolasTrail

L'auteur : NicolasTrail

La course : L'O'Rigole - 75 km

Date : 8/12/2012

Lieu : Perray en Yvelines (Yvelines)

Affichage : 721 vues

Distance : 75km

Objectif : Pas d'objectif

2 commentaires

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Première Origole - 12H de souvenirs

Première Origole.

Cela fait plusieurs années que je suis les récits des kikoureurs, depuis ce jour de 2009 où j'ai découvert par hasard sur Internet qu'existaient des courses de très longue distance, avec du dénivelé, des conditions parfois difficiles, des paysages plus ou moins superbes mais toujours surprenants. Bref, 3 ans que j'ai découvert le sport qui alliait ce que je recherchais: performance, plaisir, liberté.

Après un off en 2011, ce n'est qu'en 2012 que je commence les compétitions.

Avril: terrasses du Lodévois, j'ai terminé au milieu du peloton, mais j'ai eu des crampes très vite. Superbe parcours, varié, des embûches, beau paysage. Je retiens qu'il ne faut pas que je parte trop vite et que je boive bien plus.

Juillet: ITT, Val d'Isère, trop de dénivelés pour le paysan de plaine que je suis, arrêt à la BH de 18h, après 14H d'efforts pour environ 55 km. J'ai donné ce que je pouvais, je reviendrai mieux préparer. Je pense que j'ai fait une erreur entre le trentième et le marathon, croyant que le soleil me réchaufferait, mais à 3000m, mon corps s'est épuisé à se chauffer.


Septembre: trail des Fauvettes, concept original, on fait de 1 à 5 tours de 10 km dans le sud-ouest parisien. Dépaysant, sympathique, je planifie en faire au moins 3 pour voir où j'en suis au niveau  préparation origolesque, 5 si je me sens bien. Au bout de 2 j'ai des crampes, je suis parti vite et j'ai eu un problème avec ma poche à eau, j'arrête au bout de 3, avec quelques questions dans ma tête.

Octobre-Novembre: finie la rigolade. Je m'entraîne 3-4 fois par semaine aux Fausses-Reposes, généralement moins d'une heure, je n'ai en tout que 2 sorties de plus d'une heure trente. Mais je fais pratiquement toutes mes sorties de nuit, entre 22h et 3h, après les obligations familiales. Heureusement, je n'ai pas besoin de beaucoup de sommeil. Je fais quelques séances de côtes, très dynamiques, y compris en descente. C'est court en dénivelé mais je prépare l'Origole pas un trail de montagne. Denier week-end en Allemagne au marché de Noël de Trèves, donc pas d'entraînements, mais de la pâtisserie allemande. Dernière semaine: une sortie tranquille de 35 minutes le mercredi.

 

8 décembre, 21H45 dans le gymnase. Il y a du monde, mais je n'attends pas pour retirer mon dossard, tout le monde est souriant. Pardon, pas tout le monde, les bénévoles oui, les coureurs beaucoup moins. La bonne humeur est teintée d'inquiétudes et de concentration.

23H, ligne de départ, je suis au milieu 2/3. Ca part tranquillement, chacun trouve son rythme, ça me va. J'ai travaillé l'allure "lente", j'arrive à m'en contenter. Puis arrivent les kilomètres à faire en file indienne, je ne dépasse que lorsque j'ai l'impression que la personne devant ralentit. C'est agréable, les chevaux sont lâchés donc tout le monde est plus détendu, on est prévenu et on prévient des troncs d'arbre, des branches, des trous qui surviennent devant nous. Je me dis que ça ne va pas durer 12H, mais que pour le moment ça fait partie des charmes du trail. Après les premiers 10 kms, vinrent les difficultés. Je suis raisonnable, je cours toujours dans les montées, mais sans forcer, sachant que je ne suis pas un bon grimpeur. Pourtant, je passe nombre de personnes, souvent déjà à la peine, je me dis que le travail de ces dernières semaines paie, j'en suis heureux. Passée cette mise en bouche vallonnée, on revient vers le Perray par du plat très boueux. J'en perds même une chaussure. Je trouve cette partie usante, peut être plus moralement que physiquement, mais bon, j'étais prévenu. J'ai du mal à expliquer ce coup de mou alors que j'ai été prudent, que je ne me suis pas mis dans le rouge, je me surprends à penser que c'est parce que mon corps m'a fait payer le fait de traîner dans les premiers kilomètres. Passons.

Ravitaillement, j'y reste 25 minutes. C'est énorme. Mais je n'ai pas eu l'impression de traîner. Je me recharge en gels et en poudre. Je pense à ma femme qui me dit que je traîne toujours sous la douche. Je prends la direction de la sortie quand une bénévole me dit qu'elle appellerait bien un docteur, je lui réponds que ce n'est pas la peine "Je tremble toujours avant de sortir dans le froid." La vérité c'est que je me crois non frileux, mais que mon corps grelotte bel et bien vigoureusement dès qu'il fait frais.

Deuxième boucle, je cours/marche en mangeant une pomme, puis j'attaque les bois. La progression est lente mais régulière, malheureusement, je dois faire 2 arrêts très techniques, j'ai du attraper froid. J'ai du voir passer au loin une vingtaine voire une trentaine de coureurs. Je reprends quelques coureurs en montée/descente, j'ai du mal à relancer sur le plat, c'est l'exact inverse de ce que j'ai connu cette année. A un moment, je fais le yoyo avec un group de 4 très homogène dans l'allure. En regardant le ciel, les étoiles sont magnifiques, par contre je n'ai aucune idée de la beauté du site le jour. A 5-6 km du Perray, je pense que je vais finir dans de relatives bonnes conditions cette boucle, que je vais pouvoir commencer la boucle 3 et que donc rien ne pourra m'empêcher de finir cette course, je suis enthousiaste. Je pense immédiatement aussi que je manque sur le coup d'humilité, que le Ciel va me le faire payer... 2 secondes plus tard, je me tords la cheville droite. Je crie dans la nuit, je sais que ça permet d'atténuer la douleur, puis je me mets à marcher et enfin à courir. C'est une cheville qui est faible depuis cet été, qui ne fait pas mal quand je cours, mais qui est toujours d'une taille anormale. Je suis rejoint par le group de 4, on continue ensemble jusqu'au gymnase.

Ravitaillement, j'y reste 20 minutes. Je fais mon rituel alimentaire, mais cette fois je change de chaussettes.

Troisième boucle. Je sais que c'est LA terrible, la plus rebelle des 3, mais c'est également la dernière, donc en partant avec une belle avance sur la BH (je ne sais pas combien à ce moment, mais je me dis que je suis large car il fait encore bien  nuit), on va y arriver. Le début c'est du plat, je me force à courir mais le plaisir n'y est pas. Je me dis que les kilomètres pris ici ne seront plus à faire, c'est simple mais efficace pour le moral. Puis vint l'entrée des bois, un coureur me passe et me propose de prendre le train. Je le suis, merci à lui. Il m'a fait gagner du temps, par contre cette fois, je suis en difficultés dans les montées, et c'est sur le plat que je relance. J'essaie d'estimer à la louche combien de montées/descentes ont été effectuées, combien de D+ il y a par montée, et donc je finis par me dire, trop rapidement, que les 1000m de D+ dans cette boucle ne sont pas si loin que ça, surtout comparés à mon ressenti des 700m de la B1. Je me rends rapidement compte qu'on est toujours direction sud et donc pas encore sur le chemin du retour, (beaucoup D+ à manger). On finit par passer de l'autre côté. Je me retords la cheville, je m'assois sur un tronc d'arbre 5 secondes (sans doute bien plus), en fermant les yeux, je me remets debout car je vais m'endormir. Je vais le yoyo avec un groupe de 4 joyeux drilles. 2 sont à l'aise, les 2 autres sont plus à la peine. Ils finiront le parcours quelques secondes devant moi. Je rencontre un coureur qui remonte d'un pas assuré mais léger le parcours. "Bubulle?", oui c'est bien lui, il ne me connaît pas mais je lui tape dans la main lui signifiant ma reconnaissance de voir un être humain qui témoigne lucidement de nos souffrances. Je suis à un moment 2 personnes qui me permettent de relancer sur le plat. On s'inquiète un peu des BH auprès des personnes qu'on rencontre, mais au final on est rassuré. J'arrive à Auffargis, je laisse les 2 comparses s'éloigner, marche dès que la pente fait plus de 2 pour cent et cours quand le terrain est solide.

Je finis en 12H, heureux.

 

Notes:

  • fin de B1, début de B2 très usants
  • B3 très ludique
  • Entendre les coqs chanter à l'aube, c'est toujours distrayant
  • J'ai redécouvert petite et grandes ourses ce soir là, c'est impossible pour moi 300 jours par an
  • Les bénévoles ont été formidables
  • Les encouragements des compagnons de galère ont fait chaud au cœur
  • Une petite astuce : fermer les yeux quelques secondes en courant m’a souvent apporté l’idée que j’étais bien où j’étais. Pour la B3, ça ne marchait plus…

 

Merci à tous de nous permettre de vivre ces moments (organisateurs, bénévoles, coureurs, administrations)

 

 

 

 

 

 

 

2 commentaires

Commentaire de KB77 posté le 13-12-2012 à 20:55:53

Bravo, 2 fois la cheville pas de bol.

Commentaire de bubulle posté le 15-12-2012 à 06:57:44

Bravo pour l'avoir fini! Vous n'êtes pas tant que ça à l'avoir fait et il t'a fallu visiblement des ressources morales solides pour y arriver. Peut-être un peu plus d'expérience engrangée pour les prochaines fois, notamment sur la gestion. Courir sur les montées sur la B1 t'a peut-être un peu "cramé". À mon expérience, les montées, sur un trail difficile, ce sont des moments d'une certaine récupération, notamment au niveau de la concentration : on a moins besoin de faire attention à ses appuis, par exemple.

Et, je confirme, le ciel était beau. Il y avait notamment une lune magnifique. Mais, vous aussi, vous étiez beaux! Content d'avoir servi à quelque chose sur la B3. J'espère que je n'ai pas raté ta photo..:-)

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