Récit de la course : Off - Corse GR20 en courant 2012, par boucanier

L'auteur : boucanier

La course : Off - Corse GR20 en courant

Date : 22/7/2012

Lieu : Calenzana (Haute-Corse)

Affichage : 1250 vues

Distance : 180km

Objectif : Faire un temps

3 commentaires

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Tentative ratée GR20 en solo et non stop par un poireau

J’ai un peu attendu avant de rédiger ce CR. Le temps de faire passer l’amertume du loupé de ce 1er gros objectif de l’année et surtout de voir comment allait se dérouler le 2ème gros objectif. Maintenant que le Tor des géants s’est terminé sur une très belle note (malgré l’arrêt forcé à Bosses), il est possible de revenir sur ce GR20.

Prenez une famille X qui découvre la Corse en 2010 par hasard, par le biais d’une promo SNCM (1€ pour la traversée de la voiture) et qui en tombe amoureuse. Prenez le papa, traileur du dimanche qui découvre la boucle de Bavella et la boucle Lozzi-Monte Cinto- lac Cinto- Lozzi. La révélation ! Le prochain objectif à moyen terme est fixé pour deux ans plus tard : le GR 20 en 2012.

Janvier 2012 : le ferry est réservé ainsi que la location, en mixant vacances familiales pendant deux semaines et GR20 à partir du 22 juillet à 20 heures sur quatre jours pendant que la famille profitera des charmes du golfe de Porto.
Fin du printemps 2012 : à force de lire des récits sur le web, le traileur du dimanche se voit un peu plus beau qu’il n’est en réalité. ; Au lieu de se contenter de l’objectif initial de quatre jours, il se convainc qu’il peut tenter le GR20 en 72 heures. Facile devant un ordi en consultant Openrunner ! Un énorme défi mais le GR20 c’est environ un demi Tor des géants donc cela constituerait un bon test.

Arrivée le samedi 21 juillet à Calvi avec 1h1/2 de retard (merci Corsica Ferries), je préviens le camping de Porto de notre arrivée qui sera très tardive. Le GPS de voiture n’a pas supporté la traversée. Un peu loin, inattentif, à un « té », je tourne à gauche. Les routes corses ne sont pas toujours larges mais ici, la route devient vraiment très étroite. Et nous finissons par arriver à un cul-de-sac, au pied du cirque de Bonifatu.
Bilan de cette inattention : arrivée à Porto à 23h30.
Le dimanche midi, depuis Porto, on voit que la montagne est très couverte et soudain les éclairs éclatent au loin sur les hauteurs. Renseignement pris sur la météo, la mort dans l’âme, le départ est reporté de 24 heures. http://www.kikourou.net/forum/viewtopic.php?f=19&t=24275#p538794
Le lundi c’est encore couvert mais mieux. La décision est prise : départ de Calinzana (alt. 230) à 20H.
Avec l’expérience de la PTL 2011, j’ai essayé de minimiser le sac à dos mais il me semble encore un peu trop lourd. Le GR20 en solo et en autonomie requiert un minimum de matériel.
Départ à 20H10 en compagnie de mes deux enfants et de ma compagne, que je devrais retrouver le lendemain midi au col Vergio pour la seule assistance que j’aurai sur les 180 km du parcours. Un peu de stress mais sans plus, il fait assez beau même si c’est très couvert sur les hauteurs.

Montée aisée jusqu’à Bocca Saltu - 22H22 malgré un vent très violent.

 

Refuge Ortu di u Pobbiu (alt 1568) à 0H21. Tout va bien, 40 mn d’avance sur la prévision, je finis par trouver la source, un peu après le refuge.

L’ascension se poursuit vers Bocca Pisciaghja (alt 2020) et je me retrouve dans un brouillard à couper au couteau sur cette ligne de crête. La recherche des balises est rendue compliquée par le brouillard car le faisceau de la frontale m’éblouit autant qu’il m’éclaire. Je rame, je rame, je rame.
Un exemple : à un collet je poursuis en face. Ça descend raide et sans balise. Demi-tour, je reviens au collet et vois les balises rouge et blanc qui montent à droite. « C’est de par là que je viens » me dis-je, je cherche donc d’autres balises que je finis par trouver. Avanti ! Pourtant un coup d’œil au GPS m’indique que je suis reparti à l’envers. J’accuse la technologie et pense que le GPS capte mal. Au bout de 15 mn, il faut se rendre à l’évidence, je suis reparti vers le refuge Ortu. Demi-tour, retour au collet, et je comprends que les balises d’où je croyais venir sont en réalité celles de la suite de l’itinéraire.
Soudain, une pancarte apparaît : « Col Avartoli ».

Coup à l’estomac, il est 5 H, j’ai accumulé un retard « monstrueux ».
Je descends à donf sur le refuge Carozzu où j’arrive à 6H27 au milieu des randonneurs qui replient leurs tentes. 3H30 de retard sur la prévision, je suis dégoûté !
Au lieu de me poser devant un bon petit déjeuner, je ravitaille en eau « à la volée » pour essayer de combler mon retard. Grosse erreur !
Un peu plus loin, à l’approche de la passerelle de Spasimata, un gros bruit sur ma gauche. Je jette un œil, le temps de voir une pierre grosse comme une tête débouler de la montagne, voler juste devant moi et tomber dans la rivière dans une grosse éclaboussure. Gasp ! le périple a bien failli se terminer ici.

Dans la montée qui suit, Bocca di Stagnu, 887 m D+, je croise un mouflon très occupé à croquer son petit déj’. Je paie cash la fatigue nerveuse et physique accumulée pendant la nuit. Au col, il est 9H, désormais 4H de retard sur la prévision, ça se complique !

J’avais promis à ma compagne de rester sur le GR20 et de ne pas prendre la variante des crêtes (ancien GR dont le balisage n’est plus entretenu). Un diablotin me chuchote à l’oreille : «OK, tu l’as promis mais tu devais y passer de nuit. Désormais, il fait jour, cette promesse ne t’engage plus. Et la variante te ferait éviter la longue descente sur Asco et te ferait gagner au moins une heure ».
Je me range aux arguments du diablotin. Le début de la variante est correct mais très rapidement je suis emprisonné à nouveau dans le brouillard et avec le balisage bien souvent effacé, c’est vite l’enfer.

Je finis par arriver devant une petite brèche que la balise semble désigner. Serait en haut de cette brèche ? Quelques mètres d’escalade puis marche arrière en désescalade après avoir jeté les bâtons (sic !). Serait ce à droite dans cet éboulis ? Non, et il faut remonter l’éboulis. Je suis un peu désemparé quand trois randonneurs surgissent au milieu du brouillard, sautant comme des trolls d’une seconde petite brèche. Les premiers randonneurs que je croise sur cette variante. Ouf ! je sais désormais où est le « passage » qui me conduit rapidement à la jonction avec le GR20 (jonction atteinte à 11H20 au lieu de 6H27, retard de presque 5 heures). Il y a très peu de monde, à cette heure « tardive »,

Le GR monte tranquillement vers le col perdu atteint à 12H30 au lieu de 7H40.


Et voilà le fameux cirque de la Solitude.

Moi qui me prends pour un descendeur honnête pour un habitant de la plaine, je rame grave dans la descente. Mes XA PRO3D adhèrent mal sur les roches rendues glissantes par le brouillard. Une fugace ouverture se dessine vers la vallée du Fungo.

Ensuite, il faut remonter sur Bocca Minuta (300 m D+) et c’est la panne sèche.

Depuis Carozzu, j’ai eu beaucoup de mal à m’alimenter comme à chaque fois que je suis en surrégime. Et mes bidons sont quasiment vides. Je repense à la signature de Coureursolitaires sur UFO : « Ne craignez pas d’être lent, craignez juste d’être à l’arrêt ». Eh bien, il existe en réalité un continuum entre les deux. Je monte tellement lentement que je sais plus si je suis lent ou si je suis à l’arrêt !


Je finis assez épuisé au refuge Tighiettu en ayant décidé d’arrêter à Vergio. Un thé, un coca, des canistrelli et c’est reparti, de façon surprenante, assez bien requinqué.
Après ma perdition dans la montée de Bocca Minuta, je redoute la montée de Bocca Foggiale (700m D+). D’ailleurs, au pied du col, trois jeunes randonneurs avec gros sac reviennent sur moi.

J’accélère un peu, question de fierté non mais ! et les trois gars lâchent prise. Le Bocca est atteint à 18H27 dans une mer de nuages.


C’est très frustrant de penser que j’aurais traversé des paysages magnifiques toute la journée sans les voir.
Cette montée m’a revigoré et je ravitaille en eau au refuge Ciottulu à i Mori en un clin d’œil. Je suis resté sur le GR en balcon sans faire la coupe. Ô miracle, j’arrive à trottiner sur cette portion facile. Ensuite c’est la longue descente vers la bergerie de Radule

 

et le col Vergio que j’atteint finalement à 21H15 soit 7H45 après ma prévision.
Je suis pile synchro avec la famille (heureusement que le mobile passe souvent, j’ai réussi à les prévenir de mon énorme retard). L’objectif de 72 Heures est devenu intenable, j’ai perdu la gniaque à galérer dans le brouillard et les cannes ne sont pas au rendez-vous de ce sacré morceau. Sans regret, je monte dans la voiture pour redescendre à Porto. Un petit sms à Bottle qui avait proposé de me « pacer » vers Bavella pour le prévenir que c’est râpé.
Quelques jours plus tard, nous reviendrons ici pour une excursion au lac Nino. Je constate que le GR est beaucoup plus facile de ce côté-là que du côté des crêtes.

Bilan :
Grosse déception d’avoir bâché cet objectif auquel je rêvais depuis des mois.
Accumulation d’erreurs :
• avoir descendu l’objectif de 4 jours à 3 jours sans avoir effectué de reconnaissance
• avoir zappé le déjeuner du refuge Carozzu
• avoir zappé le refuge d’Asco pour une variante oiseuse.

Allez, ça le fera en 2013, mais en… quatre jours.

3 commentaires

Commentaire de xaxa posté le 12-10-2012 à 19:17:46

Ben alors on ne voulait pas écrire ses "mésaventures" ?!
Encore bravo pour tes aventures ! (et encore une expérience tentante ! :) )

Commentaire de Elcap posté le 16-10-2012 à 13:29:17

Tu as bien fait d'écrire ce CR. Ne serait-ce que pour alimenter les fantasmes de ceux qui ont envie d'aller dans tes traces.... ;-)

Bravo à toi !!!

Commentaire de Fironman posté le 20-12-2012 à 12:25:46

Bien essayé ! Ca ira mieux la prochaine fois, moi je partirais le matin de Calenzana plutôt que le soir. Après le refuge de Manganu, ça devient de nouveau très alpin, il n'y a qu'après Vizzavona que ça devient un peu plus roulant. Bravo et à bientôt.

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