Récit de la course : Ultra Trail du Vercors 2012, par Knet

L'auteur : Knet

La course : Ultra Trail du Vercors

Date : 8/9/2012

Lieu : Autrans (Isère)

Affichage : 763 vues

Distance : 42km

Objectif : Pas d'objectif

4 commentaires

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Je voulais être astronaute et grâce à l'UTV, j’ai marché sur la lune !

Tout a commencé fin mai... Guillaume, un collègue de boulot, grimpeur, randonneur, trailer, etc. parle de l’Ultra Trail du Vercors à une pause-café et du relais à 4. Quelques oreilles attentives, d’autres (beaucoup) qui haussent les sourcils d’un air de dire « ils sont tarés... ». 

De mon côté, je suis bien motivée. Il y a un an, je craignais en m’inscrivant à une course de 8 km et 400m de dénivelé (étais-je capable de finir ???!!!) mais là, les 20km ne me faisaient pas peur. Deux autres coureurs de l’entreprise ont l’air motivés pour le relais... mais ils se désistent 2 semaines plus tard... C’est à ce moment-là que Guillaume me dit : « ben, on a qu’à le faire en duo »...  je rigole moins d’un coup, on ne joue plus dans la même catégorie... mais je relève le défi.

On se fait un planning d’entrainement, 2 sorties ensemble par semaine, puis une autre en « individuel ». Je suis confiante. Ça sera dur, mais je suis capable de faire le relais. On tire au sort pour savoir qui fera le 1er relais. Je gagne la Grande Moucherolle...  ok... ça va bien s’passer...

Là où ça se passe moins bien, c’est le samedi précédent la course : on se programme une dernière petite sortie de 18 bornes au départ de Bois Barbu. 2 km avant l’arrivée, petite descente tranquille, rien de technique, mais manque d’attention : crac, la cheville droite qui part. Ça fait mal. Très mal. On finit en marchant. Rdv chez l’ostéo 2 jours plus tard qui me déconseille de courir. Sauf que je suis en relais à deux, je n’ai pas envie de pénaliser Guillaume. J’enchaine les poches de glaces, et le Flector en compresse.

Veille de course, petit footing pour voir comment tient la cheville : je « sens » mais ça fait pas mal, ça devrait le faire...

Départ pour Autrans vendredi en fin de journée.
Réveil à 4h30 samedi matin. On part vers le gymnase à 200m du gite où on logeait... j’adore cette ambiance avant le départ, les yeux encore fatigués mais pétillants de ceux qui vont prendre le départ, les encouragements des familles ou des relayeurs, les petits rituels, l’odeur des crèmes que certains étalent sur les gambettes. Guillaume est motivé, et moi, j’ai déjà hâte qu’il finisse son relais pour prendre aussi mon départ, et ressentir cette montée d’adrénaline !

Le départ est donné à 6h, il fait frais. La lumière des frontales s’éloigne, et je retourne au gite.

A 8h je suis au ravito de St Nizier, Guillaume passe à 8h10 (j’ai failli le rater !)... Peut-être un peu vite pour un départ. Il est émerveillé par les paysages, le lever de soleil, la mer de nuage lorsqu’ils sont passés sur les crêtes. Il sent un peu son genou mais rien d’effrayant. Il prend le temps de s’alimenter, et repart avec un grand sourire.

Je reprends la voiture direction Lans en Vercors. Je discute avec les bénévoles, avec des relayeurs en duo qui attendent aussi leurs coéquipiers. On encourage les solos qui reprennent la course après un arrêt de quelques minutes au ravito, pendant que quelques fusées en dossard jaune passent sans s’arrêter.  Guillaume arrive à 10h au ravito. Il prend plus de temps au ravito, il a ressenti quelques crampes et sa douleur au genou a changé de jambe. Mais le moral est toujours là, et c’est bien là le principal.

Il repart, j’attends Pierre pour covoiturer jusqu’à Villard, un parisien qui fait également le relais en duo. Son collègue arrive peu de temps après. Arrivée à Villard, je me prépare et commence à boire régulièrement : il fait chaud et ce n’est pas sur la première partie du relais que l’on va trouver de l’ombre ! Je discute 5 min avec Toto38 qui trépigne d’impatience en attendant son co-équipier ! Il part d’ailleurs comme une balle dès qu’il récupère la puce !

Moi aussi, je deviens impatiente, j’ai envie d’y aller, j’ai le sourire, j’ai peur de rien et je ne pense même plus à ma cheville que j’ai protégé d’une chevillière par précaution. Guillaume arrive, blanc comme un linge. Il boucle son relais en 6h24. Je profite de ce récit pour le féliciter... il a été incroyable : des crampes et des douleurs dans les jambes sur le dernier tronçon, il a fait les derniers km au mental. Chapeau pour ce premier « maratrail »...

Je récupère la puce, et je pars. Le chemin se met à grimper, j’ai un bon rythme mais je ne m’enflamme pas : je n’ai jamais couru cette distance et je me mets en mode marche rapidement. Je veux finir, et pas question de me cramer trop vite. Je double plusieurs solos dans la montée, toujours un mot d’encouragement, dans un sens ou dans l’autre, je trouve ça génial. J’aime les trails pour ça aussi, pour cette solidarité entre coureurs, pour les petites discussions qui s’engagent dans des moments difficiles.

Le sol commence à changer, de plus en plus de pierres, de moins en moins d’arbres... Pierre le parisien qui était parti après moi me double, il est dans la foulée d’un coureur du relais à 4... pour quelqu’un qui s’entraine surtout sur le plat, il a la caisse ! ça monte, encore. Oui, c’est difficile. Et il fait chaud. Mais un petit air permet de supporter la chaleur. Pour moi, cette grimpette se passe bien. Pour les solos avec qui je fais un bout de chemin, c’est bien moins supportable... j’en entends un souffler « y’en a marre de ces cailloux »... On arrive dans une section de lapiaz, je fais gaffe où je pose mes pieds. Ma cheville tient bien mais je ne suis pas fluide. Un peu plus loin, alors qu’on marche avec 3 solos, tout le monde s’arrête : 5 chamois déboulent des pierriers... l’un des solos lance « si on était des chamois, on ferait surement un podium » !

Les paysages sont somptueux, c’est aride, c’est dur, mais lorsque l’on arrive au sommet, c’est un régal... on ne sait plus où on est... je m’arrête quelques instants pour en prendre plein les yeux...  J’ai mis 2h10 pour faire les 11 premiers km. Je m’alimente, je bois régulièrement, pas de douleurs dans les jambes. Je me sens bien physiquement et dans la tête, dans ce lieu grandiose !

Puis la descente. De la caillasse partout. C’est à ce moment-là que je commence à galérer. Je commence à sentir des douleurs à chaque foulée sur le dessus du pied (côté entorse). Je ralentis pour limiter la douleur, ça ne change rien. Je marche. J’ai moins mal. Je me remets à courir et la douleur revient au bout d’une 10aine de secondes. Je commence à me dire que ça va être très dur. C’est à ce moment-là que je commence à sentir mon talon gauche (l’autre pied), de plus en plus, jusqu’à avoir l’impression de ne plus avoir de chaussure et de taper avec le talon à même le sol. Je mets trois plombes à descendre, je me fais doubler par des solos. On arrive enfin à l’ombre, dans la partie en forêt, plus que 3 km avant le ravito. Un solo est en galère : il n’a plus d’eau depuis plusieurs km, je le dépanne avec ce qu’il me reste. Et je repars en serrant les dents. Le dernier pierrier, à pic, juste avant Corrençon est un calvaire pour moi ! Et puis, un peu de route avant le ravito. J’ai mal aux deux pieds, et la cheville recommence à tirer. Il y a pas mal de gens au bord de la route en train d’applaudir les coureurs qui arrivent, alors je serre les dents, et je cours pour mériter ces encouragements, j’accélère jusqu’au ravito et je retiens comme je peux les larmes. Je passe le contrôle, j’arrête le chrono. Guillaume arrive à ce moment-là: « ça va ? ».

« Non, j’arrête »...

J’ai mis 3h40 pour rejoindre Corrençon, j’arrête là, très frustrée, mais comme dit le dicton : « pas de pied, pas de trailer » !

C'est une grosse déception, surtout vis-à-vis du co-équipier. Mais je ne pouvais vraiment pas faire plus.

En tout cas, je profite de ce récit pour féliciter les organisateurs, pour la qualité du marquage, pour le parcours, pour les ravitos, pour les animations, pour la météo aussi... 

Un grand merci aux bénévoles sur le bord des chemins qui encouragent les coureurs et redonnent le sourire aux ravitos.

Et aussi un bravo aux coureurs pour l’entraide et pour le respect du Vercors (je n’ai vu que 2 gels sur les chemins que j'ai ramassés, je ne sais pas si les autres coureurs confirmeront).

Quoi qu’il en soit, à l’année prochaine : je ne resterai pas sur un échec !!!

4 commentaires

Commentaire de the dude posté le 10-09-2012 à 11:42:17

Oui il était magnifique ce passage mais terriblement difficile, alors avec une cheville en vrac...ça devenait mission impossible.
En tout cas ça te fait une bonne raison de revenir l'an prochain :)
Pour la petite histoire, il m'est arrivé presque la même mésaventure que toi: je fais une reco de la fin du parcours et sur la dernière descente bien facile sur Méaudre, crac la cheville :(
Sauf que c'était 4 semaines avant la course du coup j'ai eu + de temps pour me soigner.

Commentaire de the dude posté le 10-09-2012 à 11:58:22

Oui il était magnifique ce passage mais terriblement difficile, alors avec une cheville en vrac...ça devenait mission impossible.
En tout cas ça te fait une bonne raison de revenir l'an prochain :)
Pour la petite histoire, il m'est arrivé presque la même mésaventure que toi: je fais une reco de la fin du parcours et sur la dernière descente bien facile sur Méaudre, crac la cheville :(
Sauf que c'était 4 semaines avant la course du coup j'ai eu + de temps pour me soigner.

Commentaire de samontetro posté le 12-09-2012 à 08:19:00

S'engager sur la section Villard-Corrençon avec une cheville en vrac.... fallait oser! Et forcément les impacts plus forts dans la descente ont réactivé la douleur. Mais tu as visiblement pris beaucoup de plaisir dans le passage très technique du clôt d'Aspre, alors aucun n'ai ni remord ni d'avoir tenté le coup ni regrets!
Soigne bien cette cheville et à l'année prochaine!

Commentaire de djerem posté le 13-09-2012 à 21:50:11

En tout cas, bravo pour cette belle performance!
Vous prendrez votre revanche l'année prochaine :)

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