Récit de la course : Le Tour des Glaciers de la Vanoise 2012, par ThomasL

L'auteur : ThomasL

La course : Le Tour des Glaciers de la Vanoise

Date : 1/7/2012

Lieu : Pralognan La Vanoise (Savoie)

Affichage : 888 vues

Distance : 62km

Objectif : Terminer

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Le fond de soi au col d'Aussois

Le samedi 30 juin au soir il fait étonnement chaud à Pralognan. Un bon 26°c à 1400m d'altitude à 20h c'est rare... Nous sommes avec JC au briefing du mythique trail du Tour des Glaciers de la Vanoise et on a du mal à imaginer la dégradation météorologique annoncée pour le lendemain. Philippe Delachanal annonce que le parcours est modifié, raccourci de 73 à 62 km, et passant par le col d'Aussois au lieu de celui de Chavière pour un dénivelé total de 3.500m. Cela permettra d'éviter de faire la moitié de la course sous les orages, et le passage du col d'Aussois renforce encore le caractère Alpin de la course puisque situé à 2.900m d'altitude. Philippe insiste: bien boire, car tous les éléments sont rassemblés pour accentuer la déshydratation, à savoir altitude+ vent + froid + effort long bien sûr.

 
Cette course mythique fait le tour de la plus grande calotte glacière d'Europe et se réalise normalement en mode trek sur 3 à 5 jours. Sur la course, le temps limite est de 16h, et à priori cela doit se faire en 12/13h max sur la version que nous allons avoir. En dehors du départ et de l'arrivée, l'intégralité de la course se réalise au dessus de 2.200m d'altitude, ce qui accentue la difficulté pour les coureurs de plaine que nous sommes. En parlant avec quelques concurrents, il semblerait que le Col d'Aussois soit réputé très raide et technique. Enfin, le moral est au beau fixe: Pralognan blottie contre d'impressionnantes parois est superbe, nous allons courir ce que certains ont qualifié de plus beau trail de France, et le maratrail de Faverges couru 3 semaines avant (CR:http://www.kikourou.net/recits/recit-13452-trail_de_faverges_icebreaker_-_42_km-2012-par-thomasl.html) a peaufiné une préparation sans encombre. C'est repus de bolognaises réglementaires que nous allons nous coucher pour une courte nuit. Le grondement du torrent qui traverse le village nous berce, et une fois n'est pas coutume en veille de course, j'arrive à m'endormir sans trop de difficulté.
 
3h30 le réveil sonne. Nous nous équipons et partons pour un petit dej frugal. L'organisation de la résidence ne doit pas trop réaliser ce que signifie une "balade" musclée de 15h à haute altitude. Heureusement j'ai du gatosport et JC a prévu du jambon. Nous rejoignons le départ sous quelques gouttes de pluies, mais d'après le speaker dès que nous changerons de vallée cela s'arrêtera. Le départ est enfin donné à la lueur de flambeaux rougeoyants, et en à peine 100m ça commence à grimper à un bon rythme. Je me sens au top, et comme à Faverges prend de l'avance sur JC dans la montée.  Après une heure de montée, les 2.400m sont atteints et un chemin en faux plat se dessine permettant de commencer à courir.
 
 
 
 
Le paysage est grandiose dans la lumière levante. Les montagnes environnantes sont gigantesques et minérales. Au bout du chemin arrive un lieu à couper le souffle: le lac des vaches. Profond quelques centimètres, il est traversé par une suite de dalles sur lesquels les coureurs passent en file indienne. Au dessus d'une énorme calotte glacière, la Grande Casse trône de ses 3.855m. L'émotion me prend, et je m'arrête pour faire quelques clichés de cet endroit magique.
 
 
 
Mais de grandes rafales de vent glaciales me remettent en route vers le Col de la Vanoise où se trouve le premier ravito.  Il y a un premier névé à traverser, faisant pressentir beaucoup de passages enneigés pendant la journée. J'arrive au ravito 15' avant le temps limite. Bigre, il ne faut pas trainer sur cette course. JC me rejoint et repart aussi sec, avec un sourire qui en dit long. Pour l'instant tout va bien et nous courrons le long d'un petit torrent, le chemin alternant passage de gués et névés. 
 
 
 
 
Je laisse JC partir pour remettre mes bâtons sur le sac. Pas une très bonne stratégie ces manip avec le sac, il vaut mieux être régulier quitte à garder les bâtons à la main en courant. L'immobilité est l'ennemi N°1 du trailer surtout quand les barrières horaires sont serrées. Nous croisons la Vallée d'entre deux eaux, et l'instant est sublime. Le soleil rasant laisse passer un rayon au milieu des montagnes, survolant une petite rivière. Je me laisse prendre par une douce euphorie...
 
 
 
Après avoir traversé un pierrier fait de grosses dalles, nous arrivons sur un névé en descente sécurisé par une corde, passage assez ludique et glissant.
 
 
 
Suit ensuite une côte dans laquelle je ressors mes bâtons (re perte de temps).Arrivé au sommet un monotrace nous emmène sous un nouveau glacier. On se sent vraiment tout petit sous ces amas de glace et de roche.
 
 
 
 J'ai l'impression de participer à une quête un peu comme dans le Seigneur des Anneaux. Pris par le paysage, je m'économise de moins en moins. Je me sens bien et me prend à courir tous les faux plats. Quel manque de lucidité... Il reste encore 45km et je gambade comme si j'étais sur un 30 km en région Parisienne. Evidemment à ce rythme je double du monde et fini par apercevoir JC en train de traverser un torrent. Je redouble mes efforts et le rejoins. Dans ma lancée je fini par le doubler et avance à bon rythme avec un autre coureur. Au loin de gros nuages noirs nous menacent. De grosses gouttes commencent à tomber, et à 1 km du ravito... je m'arrête pour sortir ma veste imperméable. "qu'est ce que tu fous, on est presque au ravito?!" JC qui me redouble... Et ca ne loupe pas 5 minutes après: rayon de soleil et je transpire dans ma veste. J'arrive au refuge de l'Arpont, et là... les ennuis commencent: très compliqué de m'alimenter, et je peux à peine boire. Depuis une heure un léger mal de crâne était apparu, je n'y avais pas prêté attention. Clairement pas assez bu avec l'effort et l'altitude. JC est déjà reparti. 5 minutes après avoir remis ma veste dans le sac, je repars en sentant que mon premier coup de moins bien est bien là.
 
16km séparent le refuge de l'Arpont du prochain ravito et la barrière horaire du refuge de Plan Sec. Il faudra quitter ce dernier avant 13h, soit 3h00 pour couvrir le parcours. Je ne me rend pas compte si il y a beaucoup de dénivelé, mais une chose est sûre: ce n'est pas la grande forme en ce moment. Et comme je traîne un peu des pieds... PLAF! Gamelle dans la caillasse... Je vois 36 chandelles. J'ai le genoux gauche explosé, heureusement ce ne sont pas les torrents et ruisseaux qui manquent. Je peux nettoyer et glacer l'articulation.
 
 
Le redémarrage est terrible, douleur dans le genou et une bonne vieille côte des familles se présente. Je suis à 2 à l'heure au sens propre, et n'arrête pas de me faire doubler. Mais je m'accroche en me disant que ça finira bien par passer. J'atteins enfin le sommet, et recommence à trottiner dans la descente. Je finis par arriver à un croisement de sentier avec un panneau GR sur lequel il est indiqué: ''Refuge de Planc Sec: 4h30''. Là c'est officiel, le moral plonge dans la vallée: il ne me reste que 2H30 avant la barrière horaire... Je pense déjà aux 4h de bus sur routes tortillantes pour rejoindre l'arrivée le tout avec le silence de mort de ceux qui n'ont pas pu finir. argh: tout mais pas ça... Allez quand je m'entraîne je mets en général la moitié du temps indiqué sur les panneaux, donc cela ferait 2h15, rien n'est perdu. Je me mets de la musique et zou. Une demi heure plus tard je suis sur un faux plat montant, sous un superbe éperon rocheux en surplomb. Le moral et les jambes sont revenus, et j'avance de nouveau. Le sentier croise un pierrier gigantesque puis arrive une descente en lacet, dans laquelle un type me double en les coupant: '' faut speeder on est juste sur la barrière horaire''. Je continue à respecter les règles et de toute façon suivre le sentier est moins cassant que de descendre dans le raide. Arrive un endroit vraiment étonnant: une casse déserte. Tout est sec et la végétation devient Méditerranéenne. Pourtant nous sommes toujours à 2000m. Pour la première fois depuis des heures je me sens mieux et descend à un bon rythme sous les encouragements de randonneurs. Encore une ligne droite de quelques centaines de mètres puis à un croisement je vois le refuge de Plan Sec plus haut sur la droite. J'y arrive avec une demi heure d'avance sur la barrière horaire soit finalement 2H pour couvrir le tronçon depuis le panneau des ''4h30''. Comme quoi, il ne faut jamais lâcher. 
 
Au refuge de Plan Sec, la galère gastrique continue. Seul un quartier de pomme passe, accompagné d'un peu de soupe. Le responsable de la barrière horaire commence à faire des cercles sur le ravito avec quelques dossards d'abandons à la main. Hmmm il vaut mieux repartir... Direction la plus grosse difficulté du jour: le col d'Aussois. Le sentier surplombe le lac du Plan d'Armont, ce qui me donne une excuse pour m'arrêter à nouveau le temps d'une photo.
 
 
 
Nous continuons sur le plateau du Fond d'Aussois en faux plat, le long d'une petite rivière. Au loin la montagne se présente comme un véritable mur.
 
 
 
Des nuages noirs se pressent au dessus du col à 2.900m. A nouveau je ne me sens pas bien du tout. Je ne cesse de me faire doubler... Décidément je suis en train de payer au prix fort mon insouciance des 20 premiers km. Je passe le refuge du Fond d'Aussois et là, pour la première fois, je songe sérieusement à abandonner... Je n'en peux plus, le tocsin sonne dans la caboche et juste avant de démarrer l'ascension du col, je me pose sur un rocher. Je sens que je vais être malade. Je sors mon téléphone portable, et essaie de joindre Florence. Pas de réseau. Tant mieux en fait... Ca aurait servi à quoi, à part l'inquiéter? Personne ne m'a obligé à me mettre dans une telle situation. Plus un seul concurrent ne passe, je dois être le dernier. Assis depuis 5 bonnes minutes, je commence à avoir froid. Evidemment à 2.500m d'altitude en t shirt, les rafales de vent... Quessque... ''OH? Ca ne va pas? Faut que tu bouges là!'' Je lève la tête, et vois 2 trailers en face de moi. ''-Tu veux me suivre? Je n'avance pas bien vite, mais il faut bien passer ce col, non?-Ok tu as raison, merci...'' Et me voilà à emboîter le pas derrière Philippe, un autre coureur parigot. La montée est terrible. Pas vraiment de sentier en fait. On chemine entre des cairns en s'arc-boutant sur nos bâtons, voir en s'aidant des mains tellement l'endroit est raide. Le souffle court, le palpitant dans la gorge, on se traîne, mais finalement nous progressons et les mètres se cumulent les uns par dessus les autres sur l'altimètre. A 200m sous le sommet ,des traces de balisage réapparaissent. Mais que c'est dur... Bizarrement je me sens mieux. Nous nous relayons. Juste avant de passer un long névé raide, je suis obligé de m'arrêter pour enfiler une polaire sous ma veste. Il y a des rafales de vent glaciales. De la fumée sort de nos bouches... Malgré l'effort on commence à méchamment se cailler. Plus bas j'aperçois un autre groupe de trailers à la lutte dans ce paysage minéral. Peu avant le sommet nous croisons un gars de la gendarmerie qui assure la sécu. Le pauvre est emmitouflé, obligé de résister au froid immobile. Ca y est nous passons devant la croix  au sommet, et sommes à nouveau en pleine ambiance Seigneurs des Anneaux. C'est le début du domaine de la Haute Montagne, et on sent qu'il ne faut pas lambiner sur ce col venteux. Quelques clichés et nous voilà partis dans la descente.
 
 
 
Et quelle descente... La sécu a carrément installé des cordes pour passer d'énormes blocs rocheux. On se retrouve à faire du rappel sur quelques mètres! Puis traversée de névé en mode ski d'été. Puis course en ruisseau...
 Nous finissons par emprunter un sentier plus roulant. Nous sommes revenus à 2400m d'altitude et il fait... chaud! Je laisse Philippe partir, pour ranger veste et polaire, et là le miracle se produit: j'ai faim! Après ne rien n'avoir pu avaler pendant 6h, je me retrouve à engloutir une énorme barre de céréale... et évidemment qui dit alimentation dit retour de l'énergie! Je me retrouve à courir sur le sentier jusqu'au dernier ravito qui se trouve à 2000m d'altitude. Arrêt coup de vent le temps de dire au revoir à Philippe, et me voilà reparti avec des jambes neuves. Il reste 10km, je ne ressens aucune douleur, et galope comme si je n'avais pas parcouru 50km et grimpé plus de 3000m de dénivelé pendant les 12h précédentes. Je redouble quelques concurrents qui marchent et arrive à Pralognan en une heure! Quelle sensation bizarre en passant la ligne d'arrivée: je suis content d'avoir fini, sachant que quelques heures auparavant j'ai bien failli abandonner (merci encore Philippe). Pourtant j'ai l'impression qu'il me reste encore plein de ressources pour aller bien au delà de ces 62km et 3500m de denivelé. Ma prépa physique était donc bonne, mais alors que s'est-il passé? Mauvaise gestion de course? Mal d'altitude? Déshydratation? Probablement un peu des trois. En tout cas il est clair que j'ai manqué de d'humilité au départ. Là où sur Faverges j'ai réalisé la course parfaite à mon niveau, j'ai l'impression de l'avoir subie sur les trois quarts du TGV. L'inverse de JC qui lui a souffert sur Faverges, et qui sur le TGV met une heure de moins que moi en prenant son pied  du début jusqu'à la fin.
 
Enfin reste l'essentiel: la plus belle course que j'ai faite à ce jour. 13h d'aventure sportive et humaine forte. Le souvenir de l'ascension du col d'Aussois avec Philippe restera gravée dans ma mémoireIl n'y a quel le trail pour créer une telle solidarité entre des individus qui ne se sont jamais rencontrés.
 
Merci à Philippe Delachanal pour son parcours, ainsi qu'à toute l'équipe du TGV pour leur super organisation! Je reviendrai c'est sûr!
 
Ci dessous la suprbe vidéo de JC en caméra embarquée sur la course:
 
 

2 commentaires

Commentaire de Jean-Phi posté le 22-07-2012 à 13:29:54

Sympa ton CR et en + tu boucles en terminant bien ! Bravo ! J'ai cru un moment que tu aurais vraiment du mal puis non... Les hypo, c'est vraiment terrible (ça y ressemble en tout cas) !

Commentaire de ThomasL posté le 23-07-2012 à 09:01:26

Merci Jean Philippe. Effectivement a force de rien avaler, l'hypo a du débarquer!

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