Récit de la course : Les Aventuriers de la Drôme - 65 km 2012, par the dude

L'auteur : the dude

La course : Les Aventuriers de la Drôme - 65 km

Date : 12/5/2012

Lieu : Crest (Drôme)

Affichage : 1440 vues

Distance : 65km

Objectif : Pas d'objectif

7 commentaires

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En route pour de nouvelles aventures!

Quelques semaines après mon passage à Mirmande – très bon souvenir – me revoici dans la Drôme, pour une sortie un peu plus longue.

Par où commencer le récit de cette belle et longue journée ???


Par la veille peut-être ?

En effet le départ doit être donné à 03H30 samedi matin, du coup le vendredi soir je cogite un peu, à quelle heure se coucher ? à quelle heure manger ?

Finalement je mange vers 18H00, fais une petite sieste de 18H30 à 19H30, me réveille, n’arrive plus à me rendormir, me relève puis me recouche à 22H00.

Quand le réveil sonne à minuit, je me maudis de m’être inscrit à cette course, il faut un treuil pour me sortir du lit.

Petite collation.

En route vers Crest.


 

Eh non, la Drôme c'est pas plat!

 

Quelques heures plus tard je suis prêt à en découdre, curieusement sans appréhension alors que ce sera tout de même mon deuxième plus gros trail jamais couru et réputé plutôt dur; même si je ne fais que le 65km, tandis que les vrais aventuriers s'élanceront en même temps que nous pour 105km.

Enfin quand je dis « sans appréhension » je frime un peu, j’ai quand même quelques doutes sur divers douleurs et résidus de blessure qui me pourrissent plus ou moins la vie, mais globalement je suis assez confiant.

Nous sommes regroupés à l’espace Soubeyran, mais le départ de la course se fera de l’autre côté du village, Jack va donc nous emmener en courant 1.5km plus loin (un moment donné j’ai cru qu’il allait nous ouvrir le parcours jusqu’à Saillans).

 

 En route vers l'aventure!

 

Arrivé en haut de la colline qui surplombe le village, il nous annonce simplement « c’est parti, bonne course » !

Un peu surpris, je m’attendais à un truc plus officiel, je me retrouve par pur hasard à m’élancer en deuxième position sur le petit single qui se présente à nous.

Rapidement un coureur nous dépasse à bloc et disparaît dans la nuit : super fort ou tout fou ???

10 minutes de course, le coureur devant moi tourne du mauvais côté, je le rappelle, mais le temps qu’il revienne je me retrouve en tête !

PUTAIN JE ME RETROUVE EN TETE !!! 

Bien sûr on est à des années lumières de l’arrivée et je sais pertinemment que très bientôt j’aurai retrouvé ma vraie place dans l’anonymat du peloton et me maudirais de m’être cramé bêtement, mais en attendant je profite, c’est grisant d’ouvrir la voix pour ce peloton de 140 coureurs, d’autant que la course nocturne dans le petit single au milieu des collines est vraiment super ludique.

Quel moment de bonheur, on entend à peine la foulée des coureurs qui suivent en silence, le chemin est sinueux mais impeccablement balisé, il fait doux, ça valait le coup de sortir du lit.

 

Les bonnes choses ayant une fin, on finit par rejoindre un large chemin carrossable, là une fusée me dépasse, puis une deuxième, oh et puis zut, je prend sa foulée.

Le gars est facile dans la descente, moi pas du tout à l’aise, je lui fait remarquer que son lacet est défait, histoire de l’inciter à freiner, il me remercie mais ne ralentit pas le moins du monde.

La piste devient plus plate, on va toujours vite, trop vite, le Garmin oscille entre 12 et 13 km/h.

Derrière :une petite cassure avec le reste du peloton s’est faite.

Devant : on aperçoit la frontale de celui qui était parti à bloc au tout début, on va très vite le rejoindre et le lâcher, je ne comprend toujours pas ce qu’il a voulu faire ???

Enfin la pente redevient positive, le rythme est toujours très soutenu, les sensations sont bonnes de même que l’entente avec le coureur qui m’accompagne : il est très rapide dans les parties roulantes, je passe devant dans les montées.

 

Voila déjà le premier ravito à Ourches - km 13 -  après 01h18 de course, nous sommes 1ier et 2ième du 65km !!!

Je ne me fais aucune illusion car je sais que la course n’a pas vraiment commencé, mais ça fait quand même un drôle d’effet pour un coureur « moyen » comme moi d’être en tête après plus d’une heure de course, on y prendrait presque goût.

 

On ne s’attarde pas trop  et on reprend notre route.

Une portion encore assez roulante, mais les jambes commencent à tourner un tout petit peu moins bien.

Un coureur du 105  nous rejoint, puis nous lâche dans une montée, mon comparse part sur ses traces, je le laisse partir, il est temps de commencer à gérer un peu.

Seul sur ce large sentier assez roulant, j’en profite pour « me reposer » un peu.

Au bout de quelques minutes je vois encore un coureur revenir sur moi, hé mais je le connais celui-là !

En fait il s’agit du coureur avec qui j’ai fait tout le début, il me rejoint et me dit souffrir d’une gastro, d’où un certain nombre d’arrêts forcés…

Un peu plus loin nous rejoignons également le coureur du 105 qui revient sur le parcours juste devant nous après une erreur d’orientation.

On chemine donc tous les 3, mais je sens bien que les 2 autres sont beaucoup plus faciles que moi.

Je me dis que notre groupe va de nouveau exploser lorsque Bruno Perret, futur vainqueur du 65 nous double, et en effet le coureur du 105 (qui finira deuxième) part avec lui.

Mon collègue du 65 ne suit pas.



Des supportrices en folie

Alors que le jour commence à poindre et que nous nous approchons de Barcelone, un nouveau coureur du 65 nous rejoint et c’est espacés les uns des autres d’une dizaine de secondes que nous arrivons au ravito de Barcelone km25, après 2H37 de course.

A cet instant il y a donc devant nous 2 coureurs du 105km et le futur vainqueur du 65.

Cette fois-ci je prend mon temps, c’est que les vraies difficultés vont commencer juste après, et le prochain ravito, à Cobone, semble bien loin.

 Tout en sortant mes bâtons je discute un peu avec Jack.

Il est partout, supervise tout, cocoone les coureurs, déborde d’énergie et d’enthousiasme, je pense que ce soir il sera plus fatigué que les coureurs !

 



Lorsque je quitte enfin Barcelone, mes 2 compères du 65 sont déjà loin, un coureur du 105 m’accompagne un peu puis me lâche dans la grimpette bien raide qui mène au pied de la tour de Barcelone.

Un autre, tout en noir, me suit de loin, il finira par me rejoindre au bout d’une dizaine de minutes ; j’ai un peu de mal à me mettre en mode « grosse montée » après ce début de course très (trop ?) rapide.

Un autre coureur du 65 en profite pour me passer, me voila 5ième ; puis un homme en rouge revient sur nous à grande vitesse : Frédéric Desplanches, futur vainqueur du 105, impressionnant de facilité et toujours souriant.

Lorsque nous sortons des bois pour rejoindre les alpages, la pente devient très forte, ça monte en ligne droite, je suis le all black à quelques mètres.

Il va compter jusqu’à 30 secondes d’avance, je prend des temps intermédiaires et essaie de maintenir l’écart stable, ça me force à avancer

On arrive sur un premier sommet, on aperçoit au loin l’antenne relais qui marque le point culminant, encore une belle montée en perspective, mais avant d’arriver là une jolie portion roulante et même descendante à travers les prés !

Je suis un peu surpris de rattraper assez facilement le all black et encore plus étonné en constatant que dès que ça remonte il décroche, il avait pourtant l’air facile dans la précédente montée.

Le montée vers l’antenne est un mur sur un single super étroit au milieu des buis qui longe de très prés le bord de la falaise.

Des bruits derrière moi, retour du all black ? non, je vois apparaître Emmanuel un coureur avec qui j’avais fait un bon bout de chemin à Mirmande, très bon grimpeur, il est sur le 105.

Je le laisse passer et le vois disparaître aussitôt dans les buis.

Enfin le sommet !!!

J’aborde ensuite un trèèès long passage sur les crêtes, la vue est splendide mais le sentier très usant : pierres, racines, branches basses, montées, descentes.

J’ai une soif terrible que l’eau de mon camel n’arrive pas à épancher, j’ai envie d’eau claire et fraîche.

Soudain bonne nouvelle je retrouve Emmanuel encore moins à l’aise que moi sur type de chemin.

On va faire ensemble toute la partie sur les crêtes ainsi que la terrible descente jusqu’à Cobone.

Descente droit-dans-la-pente-accroche-toi-aux-branches, ça tire sur les quadris, les genoux, les chevilles, bref ça fait mal !

Lorsqu’on arrive enfin sur un chemin carrossable on est bloqué par 2 gros 4X4, on les double, et à bord du premier 4X4 : Jack !!!

Il est partout, je vous dis !

Il nous laisse prendre un peu d’avance et nous emboîte les pas caméscope en main.


 

Eh ouais le Dude est sur tes traces (pas pour longtemps Déçu)



Soigne ta foulée, Jack te filme!



Samontetro file à grandes enjambées vers le podium du 105, quel champion!


Cobone km40 4H50 de course.

Avant de m’alimenter je me trempe dans la fontaine du village.

Ça y est je commence à être dans le rouge, la montée dans les alpages puis l’enchaînement sur les crêtes m’ont fait mal ; je paye aussi mon départ euphorique.

2 minutes plus tard, voici un visage connu : Samontetro qui est sur le 105 et terminera à la troisième place, un énorme bravo à lui.

En attendant il papote tranquillement, il semble connaître tout le monde dans ce village.

Je prends beaucoup de temps pour m’alimenter, boire, faire le plein du camel, je ne suis pas pressé de repartir.

Je laisse Emmanuel et Samontetro repartir ensemble, de toute façon essayer de les suivre c’était le burn out garanti ; ils vont former un sacré duo.

 


Cette fontaine m'a sauvé


Je me décide enfin, ça commence par une petite portion de bitume avant une nouvelle montée.

Je ne garde pas trop de souvenir de la partie suivante, je suis seul la plupart du temps mais arrive à maintenir une allure honnête malgré la fatigue bien présente maintenant, j’ai même failli me faire flasher !!!



Ils sont fous ces Drômois ?!?


Quand je dis que je garde peu de souvenirs c’est pas du bluff, j’ai même oublié le nom du village du ravito.



Un espace "soutien moral" pour les coureurs en difficulté...


Ravito 4 km51 6H15 de course.



Nouvelle longue pose, j’appréhende un peu les 2 difficultés qui restent, en particulier la dernière qui semble bien raide.

Au moment où je me décide enfin, Francesca Canepa fait son arrivée.

Après le ravito on repart sur du bitume pour environ 2km, d’abord en descente puis sur du plat.

Je rejoins un coureur du 105, derrière j’aperçois Francesca encore loin, mais je sais que dans la prochaine montée je vais la voir de beaucoup plus près, comme à Mirmande.

La montée se présente enfin, pas la mer à boire sur le papier – environ 350 m D+ sur 5km – mais avec la fatigue accumulée, ça devient vraiment dur ; et surtout très usant mentalement : on a toujours l’impression d’arriver au sommet : un petit replat, un début de descente et…ça remonte.

Le coureur du 105 est dans ma foulée et refuse de prendre le moindre relais, vu ce qui l’attend après Saillans je ne lui en veux pas.

            Comme prévu, Francesca finit par nous rattraper et nous déposer, je suis une nouvelle fois impressionné par la légèreté de sa foulée, alors que mes pieds sont en plomb.

Enfin, après quasiment une heure de montée nous sommes au sommet de la colline sans fin.

Je bascule dans la descente toujours suivi par le coureur du 105.

Arrivés en bas, nous nous arrêtons de concert pour nous tremper dans un petit ruisseau frais.

Le type du 105 se décide enfin à passer devant, cool.

Hé non pas cool ! il me plante sur place le salop ! Dire que ça fait 01H30 que je le tracte.

Bon tant pis, il va falloir finir seul.

Une dame qui attend son mari, m’encourage : « Allez encore une petite montée et vous êtes à Saillans ».

Arrivé au pied de la montée, je suis tout de suite refroidi par un des nombreux panneaux posés par Michel (merci à lui) qui indique de la montée à 20%.

(Après l’arrivée j’aurai l’occasion d’expliquer – avec le sourire – à la dame sus citée que quand ça grimpe à 20% pendant 3 km on ne parle pas « d’une petite montée »).

Pour couronner le tout voila la pluie.

Evidemment je scotche totalement dans cet enfer, j’avance à pas de fourmi, essaie de ne jamais m’arrêter, ce que je parviens à faire dans la première moitié, mais ensuite c’est encore plus raide et en + on passe vraiment très du bord de la falaise, trop près à mon goût.

Je me console en me disant qu’à part les cadors de devant, tout le monde doit plus ou moins vivre le même bonheur que moi.

Plus j’approche du haut, plus je stresse à l’idée que la descente soit du même style dré dans le pentu, mes quadris me crient déjà pitié !!!

40 minutes pour avaler 470m D+, c’était pas de la tarte mais j’y suis.

 

Alors cette descente ? Comment elle se présente ?

Eh bien, c’est exactement l’inverse de la montée !

Une pente trèèèès douce et des lacets en veux-tu en voila.

Je déroule comme je peux, mais j’ai maintenant très mal aux jambes et je suis totalement cramé, je passe les lacets quasiment à l’arrêt.

Et puis je rejoins enfin la route, longe le cimetière, c’est gai,  et me voila face à l’arche d’arrivée !

 

Saillans, 12H46 et des poussières, après 09H00 d’effort je viens de franchir la ligne, épuisé mais heureux.

Admiratif aussi devant les vrais aventuriers de la Drôme qui sont à peine à mi-course (au niveau horaire), dire que certains sont déjà en train d’en découdre avec la montée vers les 3 becs.

De mon côté je vais me faire chouchouter par une gentille kiné, je l’ai bien mérité, avant de repartir pour Crest… en navette, me régaler d’une succulente chorba.

 

A l’heure où j’écris ces lignes plus d’une semaine après la course, j’en retire un bilan très positif : une magnifique course dans des paysages vraiment sauvages et des villages pleins de charme, une ambiance chaleureuse et sans chichis, un parcours varié et exigeant voire piégeur, bref tout ce qui fait un beau trail.

Sur un plan personnel je suis très content de ma course ; d’abord j’en sors sans bobo et sans fatigue excessive ce qui n’est pas négligeable vu la suite du programme, ma gestion un peu fantaisiste avec un départ trop rapide m’a sûrement pénalisé sur la fin (après le ravito 4) mais je n’ai jamais « explosé » malgré plusieurs  passages à vide (particulièrement dans l’avant dernière et interminable bosse) et puis surtout je me suis vraiment éclaté sur tout le début : la partie à la frontale sur single était vraiment très agréable et le fait de faire la course en tête pendant plusieurs heures, de voir les cadors du 105 en plein effort était une expérience géniale.

Un grand merci à Jack et à toute son équipe pour leur énorme boulot !

Un grand merci également à Anne-Marie KERHORNOU pour les magnifiques photos.

(http://www.facilejogging.com/)

 

 

7 commentaires

Commentaire de BOUK honte-du-sport posté le 27-05-2012 à 16:11:20

Si le Dude se met à faire des courses d'hommes et à mener le tempo, on risque de se croiser vraiment moins !!!
Effectivement ça devait être vachement chouette... J'espère que tu me prêteras le magazine du ravito !!

Commentaire de samontetro posté le 27-05-2012 à 17:21:05

Je me disais bien que devant ça partait vite! C'est vraiment un parcours piégeux où les premières portions incitent à la relance permanente avant que les grosses bossent ne viennent nous achever! Avec un départ plus prudent tu aurais sans doute beaucoup mieux géré la suite!
Mais même avec quelques passages dans le rouge tu n'as rien lâché! C'est pas un tas de cailloux hérissé de buis, même gros, qui va arrêter The Dude! Bravo! Et le prochain coup on t'attend sur le 105, les trois bec ce n'est qu'un autre... tas de cailloux!

Commentaire de TomTrailRunner posté le 27-05-2012 à 20:55:44

Que des pièges ce parcours ; et cette petite colline qui monte sans jamais finir n'en est pas le moindre...... mais la satisfaction et ta narration montrent bien toutes les joies qu'on en retire : te reste plus que le 105 en effet.
Bravo

Commentaire de Byzance posté le 27-05-2012 à 22:03:20

Ça y est : t'es un cador !!! (du moins pour moi)

Commentaire de the dude posté le 28-05-2012 à 09:33:19

Merci à tous pour vos commentaires, effectivement ça vaudrait le coup de faire la boucle complète à condition de gérer un peu plus raisonnablement.

@Julien: pas de pb pour le magazine, mais pas un mot à Madame Dude!!!

Commentaire de le_kéké posté le 28-05-2012 à 22:07:00

Bravo Bruno, tu es bien modeste quand même, tu es plus prêt des premiers que des derniers en général ;-), alors c'est sur quand tu va sur des course au pays des dromadaires c'est normal que l'isérois, face la loi, non ?
En tout cas bravo pour la perf, quand tu sauras gérer les courses longues ça va chier !!

Commentaire de richard192 posté le 28-05-2012 à 22:39:12

Bravo Bruno, pour cette performance et pour ce récit très complet. Pas facile de gérer une telle course. Mais tant que le plaisir y est, c'est l'enssentiel.
J'attends avec impatience la sortie du prochain n°.

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