Récit de la course : Marathon de Paris 2012, par Guit0u

L'auteur : Guit0u

La course : Marathon de Paris

Date : 15/4/2012

Lieu : Paris 16 (Paris)

Affichage : 1303 vues

Distance : 42.195km

Matos : Nike LunaRacer

Objectif : Terminer

6 commentaires

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Marathon de Paris 2012

Tiens, un dossard !

23 mars 2012, je suis en cours. C’est la pause de 12h, on discute avec notre prof, quand vient dans la discussion le sujet de la course à pied. LouLou raconte qu’il vient de courir le semi-marathon de Paris, et qu’il va faire le marathon. Je l’admire. Courir un marathon, chapeau ! Je ne sais pas si j’en serais capable aujourd’hui. Quand tout à coup (roulement de tambour) mon prof me propose son dossard pour le marathon de Paris car il a un empêchement. Je dis oui, en rigolant, ne le prenant pas vraiment au sérieux étant donné que le marathon se court dans 3 semaines.
Puis on va manger. A la fin de la journée, après 6h de cours avec notre prof, celui-ci me propose de nouveau son dossard. Là je réponds oui de manière sérieuse. Zut alors, me voilà avec un dossard pour le marathon de Paris. Et je n’ai que trois semaines pour me préparer. C’est court... LouLou va le courir, et pourquoi pas moi ?!
Bon, et bien let’s go.

Semaine 1
Motivé comme jamais, j'enchaîne entraînement sur entraînement. Un coup de fractionné par-ci, une sortie seuil par-là. Je me sens bien. Je suis motivé.
Mais je cours avec mes vieilles chaussures qui ont plus d’un an. Je me dis que c’est l’occasion parfaite pour les changer. Allez hop, un tour des magasins, et je reviens avec une paire de Nike Lunaracer. Paire de chaussures pas forcement profilée pour le marathon mais je suis un poids léger, ça va le faire. Le lendemain, je décide de les tester. Ben oui, il va bien falloir que je cours avec si je veux faire le marathon. Pour ce faire, je décide de faire 20 km avec. Les premiers kilomètres sont parfaits. Chaussure légère et bon amorti. Je me dis que ce marathon se profile de mieux en mieux.
Zut, au 10ème kilomètre je commence à avoir des ampoules et des douleurs au-dessus des talons. 13ème kilomètre, la douleur commence à être vraiment insupportable. Je décide de rentrer chez moi et de voir l’état de mes pieds.
Arf, la peau est carrément arrachée et je saigne au niveau de l’ongle de l’orteil. Finalement, elles ne sont pas si bien ces chaussures.

Semaine 2
Je continue quand même les entraînements, un coup avec mes vieilles chaussures sans amorti mais tellement confortables, et un coup avec les nouvelles : il faut bien “les faire”.
La douleur est toujours présente quand je mets mes Nike. J’enfile une double paire de chaussettes pour limiter les frottements, ainsi que du strap.
Je commence à les mettre la journée afin de les habituer plus vite à mes pieds, le marathon est bientôt là.
Fin de cette semaine. J’en profite pour tester un entraînement bi-quotidien. C’est dimanche, j’ai le temps. Un entraînement le matin et un le soir. C’est plutôt sympa, bien que fatiguant.
Aie, en fin de cette semaine une douleur au genou est apparue ! Alors là, ça devient embêtant. Autant des chaussures pas super confortables ça passe, autant là c’est plus délicat.
Je mets du Voltarène sur cette saleté d’articulation en espérant que la douleur disparaisse.

J-7
Voilà, j’y suis presque. Dans 7 jours, je serai en train de courir le marathon. Cette semaine je ne quitte plus mes chaussures et je lève le pied sur l'entraînement. Durant cette dernière semaine, je vais faire du jus. Je me dis deux entraînements, trois maximum, et toujours cool.
J’ai toujours cette douleur au genou. Pas franchement gênante, mais ce n’est pas très agréable... Je change de technique, j’arrête la crème et passe à la glace !

J-5
La course se rapproche. Je commence à manger des pâtes. Et mon genou me fait toujours mal. Je commence à me faire à l’idée de courir avec cette douleur.
Quelques doutes s’emparent de moi. Et si je n’étais pas prêt ? 42,195 km, c’est quand même quasiment le double de la distance maximale que j’ai déjà courue ! En plus, la météo a l’air capricieuse, il parait qu’il va pleuvoir, tout ça avec une dizaine de degrés seulement. Ça ne m’arrange pas non plus étant donné que je n’ai qu’un short et une coupe-vent. Rien de plus chaud.
Non mais non, ce ne sont pas quelques gouttes et un genou fainéant qui vont me faire rater un super évènement où se réunissent 40 000 coureurs, dont une bonne partie d’étrangers. La musique, la super ambiance, et surtout la médaille qui m’attend au bout des 42,195 km me remettent du baume au coeur. C’est décidé, rien ne me fera douter !

J-3
Ah, une chouette journée ! C’est le jour où je récupère mon dossard. J’ai tous les papiers en main. LouLou et moi arrivons vers 14h45 et là devant le Hall 4, une grande file d’attente. On regarde un peu nos futurs adversaires/partenaires. On les reconnaît facilement les coureurs avec leurs running au pied et leurs vêtements techniques ! On entend beaucoup de langues étrangères. On remarque de nombreux pères avec leur famille venue les encourager. Il y a déjà une chouette ambiance. 15h, les portes s’ouvrent et on avance rapidement. En quelques minutes nous sommes à l’intérieur du Hall. Un coup de tampon pour valider le certificat médical, et on récupère rapidement nos dossards. On a également droit à un sac plein de goodies ! On fait le tour des stands. On s’achète le même tee-shirt, spécial marathon de Paris 2012. Un beau souvenir. On récupère quelques flyers pour de futures courses. Et on repart vers 15h30 car nous avons un cours à 16h, cours dans lequel nous arriverons avec 30 min de retard...
Fin de journée, je décide d’aller faire un entraînement de 50’ allure marathon, du moins j’essaie. Pas facile de rester à 5’/km. Je serai plutôt en-dessous, dans les 4’40’’/km. Si j’ai cette allure dimanche, je ne suis pas certain de pouvoir finir le marathon, il va falloir que je me contrôle ! Heureusement qu’il y a des meneurs d’allure.

J-1
Samedi 14 avril 2012. Aie aie aie, demain c’est le grand jour. Je décide de faire un petit entraînement de 20 minutes le matin, mais je me perds, et finis mon entraînement au bout de 40 minutes, les jambes un peu lourdes et raides. Je m’étire à la fin, ce que j’oublie de faire souvent ! L’après-midi, je vais m’inspirer à la Running Expo, là où j’ai récupéré mon dossard. Il y a toujours ces dizaines de chaussures, et pleins de stands ! Je récupère de nouveaux goodies, discute avec des pros, puis rentre chez moi.
Le soir, je me couche tôt. Mais avant, je prépare mes affaires. Je mets de côté mon short, mes manchons, mes chaussettes, mon sac avec dedans de l’eau, des abricots secs, un gel. De l’autre, je mets mon coupe-vent. Je ne sais toujours pas si je le prends. Je verrai demain. Je termine par quelques étirements.
Je finis par régler mon réveil sur 5h45. Demain je partirai de chez moi à 7h15, j’arriverai ainsi à 8h, 45 minutes avant la course. Ca me laissera le temps de m'imprégnerde l’ambiance, de me placer tranquillement dans mon sas, et peut être même de retrouver LouLou !
Juste avant de m’endormir, je pense à la course de demain. Sur le papier, ce n’est pas gagné : je n’ai pas fait de sortie de plus de 1h30, et cela fait seulement 3 semaines que je sais que vais faire ce marathon. De plus, je vais courir avec des chaussures neuves, elles ont seulement 50km, et mes vêtements ne sont pas appropriés pour le temps prévu (pluie et vent). Je décide donc de ne penser à l'abandon qu’au bout de 4h de course, pas avant !!!

Le jour J
Je me réveille à 5h21. Je décide de rester dans mon lit jusqu’à la sonnerie de mon réveil. 5h45, je me lève. Je déjeune quatre tranches de pain de mie, deux avec du miel, et deux avec de la confiture. Je bois un verre de coca. Pas terrible dès le matin, mais si cela m’évite des problèmes gastriques durant le marathon, c’est parfait. Hop, je file sous la douche. Une fois sorti, je m’habille puis prépare mes pieds en mettant du strap à l’arrière et autour d’un orteil. J'enchaîne avec une double paire de chaussettes. 7h10, il est temps de partir. Brrr, dehors il fait froid et de la buée sort de ma bouche ! J’ai bien fait de mettre mon coupe-vent. Une fois arrivé à la gare RER, je vois que mon train n’arrive qu’à 7h33, zut un quart d’heure à attendre ! Je commence à avoir froid. Le train arrive, je monte et m’assois en tentant de me réchauffer les jambes. Les stations s’enchaînent, et je ne vois que cinq ou six coureurs. Serais-je en retard ?? Le train arrive à Charles de Gaulle - Etoile. Ah bah voilà les coureurs sont là et provoquent des bouchons aux escalators, ils pourraient prendre les escaliers ces fainéants.... Me voilà sorti, et je vois les Champs-Elysées aussi remplis que d’habitude, sauf que là il n’y a plus de voitures mais plein de types vêtus en fluo qui marchent sur la route. Je sors mon téléphone, je vais essayer de retrouver LouLou. Il me dit qu’il est déjà en place, je vais le rejoindre, même si ce n’est pas le même sas. Dur dur de se faufiler entre les coureurs. Je suis bloqué dans mon sas par un type de l’organisation. Ben oui, je n’ai pas le bon dossard, tant pis, je courrai seul -enfin presque-. “Dans 5 minutes le départ des handisports” dit le speaker. La tension commence à monter. Je tends l’oreille et entends une musique que je connais ‘The Black Eyed Peas - I gotta feeling’. Ça me fait marrer. C’est la musique que j’entends quasiment à chaque trail que je fais. Une petite pensée pour JP. Bon la musique suivante, c’est Johnny Hallyday, moins fun.
8h45, le départ des élites. Des cris et des encouragements retentissent. Les départs se font par sas. Étant dans le 4ème sas, je vais attendre une trentaine de minutes avant de pouvoir franchir la ligne de départ, et ainsi lancer mon chrono. Entre deux sas, le speaker annonce des chiffres assez fous : 220 000 spectateurs, 17 tonnes d’oranges, 18 tonnes de bananes, 440 000 bouteilles d’eau... Ça doit être une sacrées organisation.
Je repère les meneurs d’allures, mais ne pense pas les utiliser.
C’est notre tour, c’est parti.

0km - 5km
L’ambiance est là, je suis surexcité. Je cours un peu vite, à 4’40’’min/km. Je me dis que cette allure est beaucoup trop élevée et que je vais le payer à un moment ou à un autre. Mais je m’amuse, je zigzague entre les gens tout en les doublant. Par moment je ralentis, puis ré-accélère, je n’arrive pas à trouver mon rythme “marathon”. Je souris et fais signe au public. Il y a des fanfares tous les 500 mètres. C’est incroyable, il faut une bonne dose de motivation pour venir jouer de la trompette à 9h un dimanche matin.
Mon genou me fait un peu mal, mais j'espère que cela passera.
Vers le 4ème kilomètre, je décide d’enlever mon coupe-vent, car cela me tient un peu trop chaud. Je me bats avec mon sac et mon coupe-vent. Je finis par le rouler en boule et le mettre dans une des poches. Malheureusement, je perds mon Grany à la pommeDommage.
Voilà le ravitaillement, je décide de ne pas m’arrêter, car il n’y que des bouteilles d’eau, et que moi je suis déjà équipé en eau !

5km -10km
Je passe les 5km en 26’34’’. Je jette un coup d’œil à mon guide des temps (un bout de plastique que j’ai eu avec mon dossard, qui permet de connaître les temps parfaits tous les 5km).
Je continue donc sur ma lancée. Toujours autant de musique et de gens qui nous applaudissent. J’ai toujours le sourire. Tout va bien. Mon genou est “chaud”, il ne me fait plus mal. Que du bonheur.
Nous sommes dans le bois de Vincennes, et c’est la pause pipi pour beaucoup de coureurs dont moi !
Je passe le 10km en 52’18’’ j’ai une minute d’avance sur le temps prévu. Génial !
Encore une fois, je ne m’arrête pas au ravito, toujours pas utile pour moi.

10km - 15km
Pour l’instant je gère parfaitement ma course. Niveau chrono, je suis dans les temps. Et niveau alimentation, je bois deux à trois gorgées d’eau par kilomètre, et je mange un abricot tous les 3 km environ. Je suis bien. Le ravito du 15ème kilomètre, la même.
A force de ne pas m’arrêter pour les ravitos, je dépasse les meneurs d’allures des 3h45 et me retrouve dans le sas des 3h30. Je lève un peu la tête pour repérer LouLou. Avec un peu de chance, on finira la course ensemble.
Génial, je passe le 15ème kilomètre avec 3 minutes d’avance, en 1h17’30’’. Si ça continue, je vais finir en 3h30’, pas mal pour une première.

15km - 20km
Tiens, je commence à m'ennuyer. Car bon courir c’est bien, mais pas besoin d’énormément de concentration pour mettre un pied devant l’autre... Je me mets à lire les tee-shirts des autres concurrents. Tiens, il y a une équipe qui prône les bienfaits du lapin dans l'assiette, ils portent tous des casquettes avec de grandes oreilles. Je les aime bien ! Il y a pas mal de pompiers qui courent. Quelques triathlètes, plusieurs personnes avec des tee-shirts finishers d’autres marathons, notamment celui d’Amsterdam, où il y a écrit dans le dos “I ‘amsterdam”. Bien trouvé !
Le public est toujours là.

20km - 25km
Je passe le semi en 1h47’34’’, j’ai 5 min d’avance. Pas mal, je m'impressionne pour quelqu’un qui n’a pas d'entraînement spécifique.
On est de retour dans le cœur de Paris, on longe la Seine.
Au kilomètre 23, je me dis que chaque pas que je fais, fait partie de mon record perso de distance maximale courue.
Par contre, le vent s’est levé, ce qui n’est pas très agréable quand on est plein de  transpiration. Les muscles de mes jambes commencent à être durs, mais pas de crampe en vue.
Tiens, voilà le ravitaillement du 25ème kilomètre. Je me prends une banane. Il n’y a pas grand-chose, soit des quartiers d’oranges, soit des bouts de bananes, soit des raisins secs, soit de l’eau. Pas de salé, pas de petit gâteau qui croque sous la dent.

25km - 30km
Je passe le 25ème kilomètre en 2h07’17, encore 6’ d’avance. Parfait, en cas de coup dur, je pourrai franchement ralentir et quand même finir en 3h45 !
Je continue donc mon “échappée”. Par moment, le public est tellement prêt de nous que je me prends pour un cycliste du tour de France en pleine ascension, c’est marrant.
On longe toujours la Seine. On passe dans un tunnel où la température est nettement supérieure. On entend retentir des “On n’est pas fatigués” en écho ! Les salauds, ils ont encore de la voix, et pour peu, il reste plus d’une dizaine de kilomètres !
Après ce long tunnel, on en enchaîne deux autres. Problème, à chaque tunnel, à l’entrée il y a une petite descente qui fait du bien aux jambes, mais pour en sortir il y a une cote. Ah bah enfin, un peu de dénivelé -certes de quelques mètres, mais du dénivelé quand même-. Je pousse donc un peu, et double plusieurs dizaines de personnes à chaque cote.
Même si j’ai 30 bornes dans les jambes, celle-ci poussent toujours ;)
Voilà encore un ravito. J’ai terriblement envie de quelque chose de dur que je puisse croquer et mâcher, mais toujours rien que des fruits. Ah si je n’avais pas fait tomber mon Grany sur les premier kilomètres. Je m’en veux. Tant pis, je ferai sans.

30km - 35km
Voilà le kilomètre 30, je regarde ma montre et voit 2h34’24’’, j’ai toujours 6 minutes d’avance, incroyable ! Qui l’eut cru ? Pas moi en tout cas...
32ème kilomètre, on rentre dans le bois de Boulogne, et moi j’ai un coup de mou, un coup de moins bien. C’est le mur ? C’est fort possible. Je ne trouve pas ça très violent. Tout un pataquès pour ça. Je ralentis un peu mon allure, et m’hydrate un peu plus. Les gens sont toujours présents pour nous encourager. Je vois plusieurs coureurs marcher et s’étirer. Eux aussi doivent être au pied du mur. Comment se fait-il que je puisse encore courir ? Pourquoi ne suis-je pas en train de marcher, tentant de faire disparaître mes crampes ? Certes, j’ai les muscles contractés, mais pas au point d’avoir des crampes. Je continue ma course, tout en encourageant les “marcheurs”.
Toujours pas de gâteaux ou des trucs salés au ravito, je continue mon chemin.

35km - 40km
Et l’inévitable se produit, je passe le 35ème kilomètre en 3h07’17’’. La tendance s’inverse, j’ai maintenant 1’ de retard. Ce n’est rien.
Zut le voilà le vrai mur, c’est maintenant. Me voilà dans l'incapacité de courir. Je me mets à marcher. Je refuse de m'arrêter, je me dis que je ne pourrais jamais repartir si je posais mes fesses. Au moment où je marche, je sens mes jambes lourdes, très lourdes. Qui m’a attaché des poids aux pieds ? Je ne trouve pas ça drôle !!! J’essaie de repartir. Tout d’abord doucement, je trottine, et... Pas plus, je ne peux pas augmenter la cadence. A leur tour, les autres coureurs m’encouragent.
Je vois sur le bord de la route de petits rondins en bois qui ont l’air d’être parfaitement à ma taille. Je vais en essayer un. Me voilà assis, sur le bord de la route, dans le bois de Boulogne avec des jambes très lourdes, et plus beaucoup d’énergie. Je reste assis quelques secondes, peut-être 30”, voire 1 minute. Je me décide à repartir, de toute façon, je ne vais pas rester là !
Je me remets à trottiner, quand tout à coup je sens une douleur dans mon épaule gauche. A bah la voilà la crampe tant attendue. Bon, elle n’est pas dans les jambes mais dans le haut du corps. Pourquoi pas après tout. Problème, je ne sais pas comment m’étirer cette satanée épaule. Ça devrait passer à force. Mais non, que nenni. Je dois donc mettre mon bras en écharpe en l’accrochant à une sangle de mon sac. Bon, faisons un bilan. J’ai beaucoup de mal à courir à plus de 6’/km, et je ne peux plus bouger mon bras. Je me dis que ça pourrait être pire.
Je dois m’arrêter, encore... Je me pose 1 minute sur le trottoir. Malgré les encouragements du public et des autres coureurs, j’ai énormément de mal à repartir. Je n’ai plus d’énergie, et j’ai soif, malgré les grandes gorgées que je prends. Je me dis que je ne peux pas abandonner maintenant, de toute façon si j’abandonne, je n’aurai ni la médaille, ni le tee-shirt finisher, mais j’aurai quand même les courbatures. Allez hop, c’est reparti. Au bout de quelques secondes debout, ça va mieux mais ce n’est pas encore ça. J’oscille entre 5’30’’/km et 6’/km. C’est lent mais ça me permet d’avancer.

40km - 42,195km
Voilà, j’y suis presque. Les gens nous crient : “encore 2 kilomètres, le plus dur est derrière vous”. Si j’avais l’énergie, je leur dirais que le plus dur est maintenant !
Nous revoilà dans Paris, on voit des barrières, et le public est encore plus nombreux.
De mon côté, chaque pas que je fais émet une vibration qui résonne dans toute jambe. C’est franchement désagréable. Mais je lutte.
Voilà le 41ème kilomètre. Je jette un coup d’œil à ma montre. Elle affiche 3h56’. Arf, 4 minutes pour faire un peu plus d’un kilomètre, c’est perdu d’avance. Ah non, mon objectif après finir le marathon -ce qui est presque gagné- était de passer sous la barre des 4h.
Allez, j’y vais à fond et je sprinte, un kilomètre et des poussières à courir ce n’est pas la mer à boire. J'accroche un peu mieux mon bras qui me fait mal à mon sac, et j'accélère le rythme.
Me voilà en train de courir à 2’50’’/km (chose que je ne saurai qu’une fois rentré chez moi). C’est incroyable. J'aperçois au loin la ligne d’arrivée, et je regarde le temps, 3h59. Je me dis que c’est fichu, mais je n’abandonne pas, je continue d’accélérer, et je le ferai tant que ma montre n’affichera pas 4h00. Je mets un pied devant l’autres, zig-zig entre les coureurs, je donne absolument tout ce qu’il me reste comme force.
Aaaaaa voilà, je franchis la ligne d’arrivée. Je m’accroupis pour reprendre mon souffle, quand un bénévole me dit de continuer, car sinon je ne pourrai pas repartir (je pense que c’est plutôt car je vais gêner les prochains arrivants). Bref, je continue ma route, et arrête ma montre, 4h00. Bon, je ne l’ai pas arrêtée tout de suite. J’espère que je suis passé avant les 4h de course.
Je continue de marcher, en remontant l’avenue Foch. Je suis quelque peu désorienté et me laisse guider par les bénévoles. Je souris.
J’attrape mon tee-shirt finisher. Je remets, avec difficulté, mon coupe-vent, mon épaule toujours contractée. Je fais la queue, ça bouchonne. Ah bah oui, c’est ici que l’on récupère sa médaille. On me l’accroche autour du cou, ce n’est pas très solennel mais avec 40000 participants, je vois mal comment faire autrement.
Je continue mon chemin, choppe une bouteille d’eau, et rien d’autre, il n’y a toujours que des oranges et des bananes. Ils pourraient varier quand même.
Je vais m’assoir quelques minutes, car bon je suis fatigué, limite épuisé...
Je veux rentrer chez moi, mais ce n’est pas évident de sortir, c’est la bousculade. On dirait que les gens ont perdu leur esprit “fair-play”. Je suis dans la foule, j’ai chaud, j’ai l’impression d’être tout blanc. Je sors de là vite fait, et retourne m'asseoir. Finalement, je suis plus qu’épuisé. Au bout de 3-4 minutes, je me relève et fais la queue. J’arrive enfin à sortir de la foule. Je pars à la recherche d’une station de métro pour rentrer chez moi. Je traverse la rue, encore une, je tourne autour de l’arc de Triomphe. Je n’ai pas encore repris tous mes esprits. J’ai froid, le vent est glacial.
Hop, je vois une station. Je m’y précipite. AAAA plein de monde ! Et moi, je dois aller dans le sens inverse de la foule. Je me faufile tant bien que mal, choppe mon RER, et me pose.
Arrivé chez moi, une douche chaude, et un bon repas... Me voilà en pleine forme, ou presque !

A 19h les résultats sont disponibles. Je tape mon numéro de dossard...
Ouf, je finis mon marathon en 03h59'55". Je trouve que ce n’est pas si mal pour un premier marathon et un mur assez virulent.

6 commentaires

Commentaire de petzel posté le 17-04-2012 à 17:27:58

beau récit et performance plus que correcte pour une préparation si courte sur cette distance. bravo !

Commentaire de petzel posté le 17-04-2012 à 17:41:50

beau récit et performance plus que correcte pour une préparation si courte sur cette distance. bravo !

Commentaire de CROCS-MAN posté le 17-04-2012 à 19:32:19

BRAVO Marathonien !!! Bon pour l'histoire de tes chaussures, normalement ça le fait ou ça le fait pas, si elles te blessent c'est qu'elle ne te vont pas. Un beau chrono et un récit très sympa, BRAVO et bonne récup. Il te reste plus qu'à programmer le prochain et bien te préparer.

Commentaire de bubulle posté le 17-04-2012 à 21:43:55

Hé bé. Drôle de façon de commencer, quand même. Totale improvisation, entraînement un peu à l'envers de ce qui se dit ou s'écrit partout....départ trop rapide, oubli de ravitos.....et tu finis quand même..:-). Moi, je dis "y'a du potentiel" car tu as du accumuler à peu près tout ce qu'il faut pour rater un marathon..:-). Et tu l'as réussi et en moins de 4h pour un premier.

Donc, clairement, avec un peu plus de méthode, de préparation (même sans être nécessairement ultra-scientifiqu) et en gérant un peu mieux la course, tu devrais faire exploser ce record.

Bravo, la course n'était vraiment pas facile, ce dimanche....

Commentaire de le Styx posté le 20-04-2012 à 14:57:04

Merci pour ce récit et quel marathon étonnant ! (tu dois avoir une bonne base sportive quand même !!!). Bravo à toi (et avec une bonne prep, tu vas faire des étincelles !!!)

Commentaire de Guit0u posté le 25-04-2012 à 00:27:11

Merci pour vos commentaires. Je pense effectivement que pour mon prochain marathon j'aurai une meilleur préparation; mais je ne pense pas en faire un autre d'ici un an, voir deux. J'ai quand même une préférence pour les trails. Je ne suis pas un coureur de bitume ! Heureusement qu'il y a de l'ambiance et du public :)
Et oui, je ne me suis pas mis à la course en trois semaines, je fait du sport régulièrement.
Pour les chaussures, maintenant qu'elles sont faite à mon pied, ce sont de vrai pantoufle !

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