Récit de la course : 24 heures de Grenoble 2011, par raspoutine 05

L'auteur : raspoutine 05

La course : 24 heures de Grenoble

Date : 1/10/2011

Lieu : Grenoble (Isère)

Affichage : 503 vues

Distance : 111km

Objectif : Pas d'objectif

6 commentaires

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Les 24 Heures de Grenoble en solo

Salut les kikoureurs,

On a parfois l’habitude de commencer ses récits par un petit chapitre expliquant pourquoi aller à telle course plutôt qu’à une autre. Satisfaire de vieux rêves ? De la curiosité ? Accompagner des amis ? L’utilité pour en préparer une autre ? Parce qu’il faut l’avoir faite ? Pour l’inscrire à son tableau des trophées ? Pour pouvoir interpréter un jour  « Forest Gump » sans être minable ? Pour être en forme ? Allez ! Parce que c’est une drogue ? … Et encore des dizaines d’autres raisons, assurément… Des raisons, on m’en aura demandé à plusieurs reprises lorsque j’ai annoncé à mon entourage ma participation aux 24 heures de Grenoble. Il s’agirait d’un profil de course qui semble attirer l’incompréhension chez les personnes qui ne sont pas adeptes de l’endurance. Ça n’a pas raté ! Malheureusement pour eux, loin de moi l’envie de sombrer comme par le passé dans d’inutiles justifications.
« Mais… Tel est mon bon plaisir », leur répondis-je.
Et là, il n’y a plus rien à ajouter,
si ce n’est que les kikous comprennent parfaitement
ce que cela signifie.

Courir un 24 heures, je découvre cette compétition bien que l’ayant fréquentée de près l’an passé, car je me trouvais pile au même endroit. L’an passé, j’ai participé au 24 heures de Grenoble par équipe de 6. Certes, nous ne courons pas à la même vitesse car nous nous relayons. (D’ailleurs, n’étant pas parvenu à faire un récit de la course l’an passé, j’en profiterai pour insérer ici un petit chapitre pour l’évoquer car ce format se révèle tout aussi intéressant.) En définitive, l’avantage des 24 heures de Grenoble est qu’il y a deux courses en une qui se déroulent au même endroit, sur la même piste. Il y a donc du spectacle pour ces amateurs de cap ! Dans un sens, comme dans l’autre, le coureur en individuel, comme le coureur en relais se trouvent tous deux aux premières loges pour observer, analyser la course qu’on ne fait pas. (Ça n’a pas raté au cours des deux années.) 

Découverte de l’épreuve

L’an passé, j’ai découvert le site, un anneau de 1044 m extraordinairement plat. (Allez ! Je ne suis pas sûr qu’il y ait plus de 40 cm de dénivelée vers le parc et on la ressent surtout en descendant. J’imagine, un terrain judicieusement choisi pour un 24 heures.) J’ai donc découvert et… GLOP ! GLOP !
 
Au départ... 
 
Il s’y passait toujours quelque chose. Outre les aspects visuels (ces courses vous tiennent en haleine), il y avait là, apparaissant dans les deux courses, un énorme travail de gestion de l’effort dans la longueur. En définitive, exactement l’activité alternative pour compléter à merveille une saison de triathlon déjà finie en automne. (À moins de changer d’hémisphère…) 
 
... Nous tournons à droite derrière les tribunes... 
 
 
... Pour arriver sur le stand de ravitaillement collectif du 24 heures... 
 
 
... Puis nous repartons le long de l'avenue... 
 
 ... Une insignifiante montée sur la fin avant de prendre à gauche...
 
... Nous contournerons le parc... 
 
... Avant de rejoindre l'anneau de roller
et boucler le tour. 
 
 Et puis, je comptais bien me préparer un peu pour le rendez-vous de Marignanes début décembre. Sur une plus longue échéance, l’exercice dans la durée le séduisait. Bien qu’ayant progressé dans mon alimentation en très long, je ne m’imagine pas encore m’engager sur des courses dépassant un certain laps de temps. Alors, Grenoble, aussi un bon endroit pour tester de nouveaux modes alimentaires ?
Entraînement

Ça va aller très vite, autant le dire, il n’y en a pas eu de spécifique. Je me projette dès à présent sur un gros rendez-vous en août 2012, et le peu de sorties que j’aurai accomplies depuis la rentrée sont axées en mode trail. (Une sortie longue par semaine d’un semi avec un km de d+ ; juste de quoi entretenir un peu la machine.) Bon, la raison première de ce laxisme est naturellement due à ma chute de vélo de ce printemps, elle m’aura pourri toute la saison. La saison de triathlon a été limitée : abandon sur l’AltriMan par manque d’entraînement à cause d’une coupure de plus de deux mois, un EmbrunMan achevé en demi-teinte, alors que j’en avais fait mon objectif majeur de l’année. J’ai appris que je devais être opéré de l’épaule, chose faite le 29 novembre dernier. Depuis, je suis en convalescence (jusqu’en mars 2012 ?), ça non, il ne fallait pas non plus s’attendre à des miracles en termes de résultats.
Quant à Grenoble, 3 semaines avant l’opération ?
Bof ! J’avais dit que j’y serais, comme pour l’AltriMan, alors me voici.
 
 
 
Après l’EmbrunMan du 15 août, je suis retourné à mes plaisirs premiers, j’ai donc recommencé à courir en montagne de manière plus soutenue. (Si l’on peut dire…) Je n’avais pas oublié, mais presque, étant concentré sur d’autres types d’entraînements. (Une priorité +++ à la transition natation-vélo qui a été payante.) Par contre, j’ai été bien heureux de remplir le rôle de serre-file sur le trail de Guillestre, après l’avoir été sur la petite Sky Race cet été. Des courses ressemblant plus à des entraînements en termes d’efforts accomplis. En résumé, un entraînement cap quasi-nul entre la chute de vélo et Embrun, un entraînement de montagne sûrement peu adapté à mon engagement grenoblois.
Pourtant, les sensations en montagne sont vite revenues et j’abordais l’épreuve avec sérénité, me disant qu’avec le triathlon, j’avais assuré l’essentiel, à savoir l’endurance. (Une méthode ayant fait ses preuves pour aller au Népal courir le SoluKhumbu Trail, il y a moins d’un an.)

Objectifs

Encore une fois, je ne m’attendais pas à des miracles. Une forme relative, un bras qui risquait de me causer des soucis (ce qui aura été le cas) et puis, avant tout, l’inconnu. J’envisageais donc de fixer des repères que je connaissais, ce qui n’a guère de sens en la matière, donc de courir deux marathons et si possible de passer les 100 bornes. A mon idée, bien suffisant pour un premier essai. Je me disais également que je stopperais immédiatement la machine si mon épaule se réveillait et me faisait souffrir. Inversement, si ça se passait bien, j’irais le plus loin possible avec les 24 heures de Marignanes en ligne de mire 6 semaines plus tard. (je ne savais pas encore que j’allais me faire opérer deux jours avant.)

En route !

Je pars avec le S.O.H, mon ancienne équipe avec laquelle j’ai toujours des liens très forts. C’est Sabine qui nous a concocté le déplacement à Grenoble et plus généralement l’organisation générale, et elle sait y faire ! On aura été cocoonés du début à la fin ! Le S.O.H. se sera déplacé en force pour l’occasion, puisque pas moins de trois équipes relais (Monpépère est de la fête dans une des équipes) et deux coureurs en individuel, Lionel et moi-même. Voyage sans histoires et dans la bonne humeur, nous sommes accueillis à Grenoble par Nathalie et Piero Lattarico (Piero chez les kikoureurs) organisateurs du 24 heures. Nuit calme. Je partagerai ma chambre avec Lionel qui, lui, se révèlera plus impliqué que moi dans sa préparation d’avant-course, bien plus que moi qui comptais sur le petit fond finalement acquis en fin de saison et puis ce que je croyais être mon expérience vécue sur la pratique du « long ».
Ça ne sert a rien de chercher des excuses, de dire avoir manqué de temps pour la préparation, il me restait seulement à réfléchir sur ce que je pouvais encore réaliser à mon niveau comme course à supposer que mon épaule tienne le choc. Je parvenais à courir sans problèmes pendant trois ou quatre heures en montagne, alors, Grenoble, à voir, non ?
Dans ma tête, je partais avec le même état d’esprit que j’avais au départ de l’AltriMan quatre mois auparavant. J’y allais parce que j’avais annoncé la couleur et, de partager de bons moments avec des potes sur une course, ça compte beaucoup, tant pis si ça cassait en cours de route. La seule idée de voir vivre une telle course est une raison suffisante de se déplacer.
Je reviendrai sur mes propos à l’issue du récit.

Stratégie de course 

Ben oui, on en a tous une, non ? La mienne : Courir à 8 km/h. Rappelons que l’anneau choisi fait 1054m (et 71cm !), ce qui par ailleurs ne facilite pas les calculs. Pour obtenir la moyenne sur une heure, connaissant bien mes allures, je me suis donc concentré sur ma montre, pas sur la distance. Je courais par périodes de une heure, elle-même découpée en période de deux demi-heures. Par demi heure, je courais pendant 21 mn et marchais les 9 minutes suivantes. Les éventuelles poses administratives et l’alimentation solide se déroulaient pendant la marche et l’alimentation liquide durant la course à chaque tour. (Comme on peut le constater sur les photos, Grenoble nous aura réservé une belle et chaude journée d’été Indien.) J’étais cependant convaincu que je n’irais pas très loin mais à supposer que tout fonctionne comme dans le meilleur des monde jusqu‘au bout, ce qui n’arrive jamais, je partais ainsi pour plus de 180 bornes ! 23 x 8 km/h  = 184 km… Je me doutais bien que, même sans casse, j’allais m’épuiser. Et le repos ? Ben non, pas prévu.

C’est parti !

Inutile de préciser qu’au rythme où je partais, je n’allais pas figurer dans la ligne de tête ! Les équipes trustaient naturellement l’endroit vu qu’elles partaient en trombe. En définitive, j’étais même persuadé que j’allais me retrouver dernier, au rythme que je prévoyais; Le fait est que certains sont partis en marchant et peut-être même pour marcher la totalité de l’épreuve, j’avoue ne pas m’en être franchement inquiété mais je regrette ce flou de ma part, à plus forte raison quant on sait ce qu’on peut parcourir avec une marche soutenue sur 24 heures.

Je me suis quand même retrouvé parmi les derniers mais qu’importe !
J’allais accumuler les km à ma façon, une façon métronomique à souhait.

Voici le tableau des temps de passage horaires, précisément :
 Juste avant les heures complètes (1e  colonne),
sont indiqués les derniers temps de passage (2e colonne), 
le kilométrage parcouru lors du dernier passage (3e colonne)
et pour finir l’évolution du classement personnel dans la course (4e colonne).

1h 00h 51’ 45’’ 7,4 km 65/85e 
2h 01h 53’ 55’’ 15,8 km 66/85e 
3h 02h 59’ 13’’ 24,3 km 68/85e 
4h 03h 54’ 23’’ 31,6 km 63/85e 
5h 04h 49’ 39 km 60/85e 
6h 05h 55’ 47,5 km 53/85e 
7h 06h 50’ 54,8 km 46/85e 
8h 07h 58’ 63,3 km 43/85e 
9h 08h 57’ 70,7 km 40/85e 
10h 09h 56’ 75,9 km 42/85e 
11h 10h 56’ 81,2 km 45/85e 
12h 11h 51’ 86,5 km 43/85e 
13h 12h 53’ 92,8 km 40/85e 
14h 13h 54’ 98,1 km 42/85e 
15h 14h 17’ 100,2 km 43/85e 
16h ……… ………. 47/85e 
17h ……… ………. 51/85e
18h ……… ………. 53/85e
19h ……… ………. 57/85e
20h ……… ………. 62/85e
21h ……… ………. 67/85e
22h 14h 17’ 100,2 km 68/85e 
23h 22h 56’ 105,5 km 68/85e 
24h 24h 111,367 km 68/85e 

Les p’tits com’s qui vont avec :

Avant d’analyser un minimum ces résultats horaires, il faut bien prendre en considération le fait qu’il ne s’agisse pas de temps chronométrés à heures fixes. Sinon, de deux choses l’une : 1) La porte-chronomètre se déplace avec toi en permanence, légèrement en aval pour passer pile les heures fixes… Hum, pas pratique… Sinon, 2) Autant regarder son Chrono/cardio/GPS qui peut le faire pour les heures fixes et là, c’est déjà un peu plus pratique. Bon, je ne suis pas sûr d’avoir vu grand monde regarder sa montre, il doit y avoir une raison. Personnellement, j’avais choisi de ne jamais regarder de près le kilométrage, me contenter d’une simple montre et de m’en tenir à mon cycle horaire. (21 mn cap / 9 mn marche / 21 mn cap / 9 mn marche)
 
Il m’arrivera cependant de faire régulièrement des entorses au cycle horaire que je m’imposais, histoire de me trouver en position favorable pour me ravitailler en solide. En tournant sur l’anneau, il m’est arrivé de décaler la période marchée, voire de l’allonger de deux ou trois minutes. Dans ce cas, le « temps perdu » était immédiatement rattrapé sur la période suivante de manière à conserver le cycle préétabli dans la stratégie de course.
 
Les lignes 4h, 6h et 8h semblent éloquentes à ce sujet, puis que je suis très proche respectivement des 32km, 48km et 64km, cela confirme par ailleurs la régularité de mon allure à 8 km/h. (Bon, j’ai aussi révisé mes tables de multiplication, notamment celle par 8... Ouarfff !)
 
… Et on mange quoi sur un 24 heures ?
 
Au stand de ravitaillement collectif de la course, il doit y avoir tout ce dont un coureur de 24 puisse rêver. (Pour les recettes de Grand-Mère, il faut par contre aller jeter un coup d’œil au stand personnel de chaque coureur.) De multiples aliments au stand Grenoblois : sucré/salé, chaud/froid, de multiples boissons. (Dont le mix coca/eau pétillante, je m‘y arrêterai notamment pour ça. Après tout, je ne connais pas cette boisson sur le long terme.) Au cours de la nuit, nous verrons apparaître du chaud et consistant: pizzas, purée, saucisses, potages aux pâtes, qui viendront varier moult fruits secs, gâteaux, jambons et fromages de toutes sortes… Heu… Je me demande si je n’ai pas grossi au cours du weekend…
(Mais… La vérité serait-elle ailleurs ?)
 
… Et on mange quoi à la cantine du Raspa ?
 
Je me suis senti tellement éloigné des régimes alimentaires des autres athlètes des 24 heures…
- Déjà, on boit de l’Hydrixir, histoire de faire attention au magnésium… et au reste ! Lol ! Je me promenais régulièrement sur l’anneau avec ma gourde. (J’en avais pris trois que les copains me remplissaient régulièrement (Merci !). 
 
- J’avais également pris avec moi des canettes de taurine.
(Des fois que je tombe de sommeil en courant, mais ça n’a pas servi.)
 
- Des Tucs, on a des habitudes tenaces, j’en ai mangé qqs uns.
 
- de la pâte de dattes bio que je trouve chez moi. Pour Raspa, l’ultime nourriture, je ne m’en serai pas lassé après trois semaines passées au Népal et c’est-ce que j’utilise à vélo sur mes I.M. Imparable !
 
C’est tout, pas de gels (j’ai pu voir qqs coureurs en utiliser), et puis… Je connais la cantine du 24 heures de Grenoble ! Bon, pour résumer, je suis venu pour regarder, apprendre, et puis tester l’alimentation. Alors, je n’allais pas non plus arriver avec 500 aliments inconnus… J’y aurai notamment testé et apprécié les aliments chauds de toutes sortes, les mêmes que l’on retrouve sur les ultra-trails… L’alimentation ne doit plus être une barrière à mes courses.
 
Profitons de l’instant ravitaillement pour remercier les cantinières* attentionnées qui auront sans relâche alimenté les estomacs des coureurs. (* Une référence plus que méritée à la Grande Armée de Napoléon, of course !)
 
Matériel 
Juste les chaussures; Ce n'est pas trop mon habitude d'évoquer la chose, cependant,
il m'avait semblé pertinent de "chausser confortable" pour l'occasion
si j'étais parti pour 24 heures "non stop"...
 
 
... Et j'ai repris le système de "double laçage" (moitié vers le haut, moitié vers le bas)
que je n'avais plus utilisé depuis le Népal. Imparable,
le laçage ne se détend pas vers le haut ou le bas
et donc ne comprime pas l'opposé.
 
 
Quelques précisions sur le laçage...
je le coupe en deux ,
chaque lacet démarre du milieu de la chaussure
et reste indépendant de l'autre.
Les multiples bobos passés ont laissé des traces
et le dessus de mes pieds peut aussi enfler*
comprimant le serrage.
Ouarfff ! y'a pas que le dessus de son pied qui enfle chez le Raspa !)
A la longue, il y a  bien sûr aussi le phénomène répété des chocs  en cap
qui déplace le serrage vers le haut ou le bas.
Mes pieds sont aussi certainement plus hauts dans leur chaussure
à cause des semelles orthopédiques (parfaites).
En attendant, 0 bobo sur les montagnes Népalaises !
Et puis, j'ai le sentiment de courir en charentaises
tout en ayant le meilleur maintien possible :
léger sur terrain plat,
tenant durablement au pied sur terrain accidenté...
J'ai aussi la version sans lacets spéciaux,
mais celle-ci reste trop cool à enfiler... 
Le pied !.
 
 
Mais revenons à la course.
 
En résumé, un début de course au rythme d’un métronome, je me suis moi-même surpris d’être parvenu à tant de régularité. Au cours de ces 24 heures, je me serai toujours senti dans la course, jamais un instant de lassitude. Pourtant, je m’y attendais dès les toutes premières heures de course !

Près de 10 heures de course, la première rupture !
Bon, il fallait bien que ça arrive !Alors que je commençais à me dire que j’étais sur le point d’atteindre mon objectif initial de courir deux marathons, je reçus une décharge intense dans le bras gauche, remontant directement à l’épaule. OK ! Je m’y attendais et je m’y étais préparé comme je l’avais annoncé. Je passais donc en mode « marche » pour achever le tour que je venais de commencer et cesser la course. J’avais alors réalisé 70 km sans aucune histoire. C’était déjà ça, et puis, je pourrais remettre le couvert l’an prochain, on s’y sent bien à Grenoble, je n’ai pas fini de le dire.
 
Allo New York ?!
Passez-moi donc le 22 à Asnières...
  
Un des aspects de ma course que je n’avais jusqu’à présent pas abordés dans ce récit est mon utilisation plus qu’intensive des SMS. J’aurai été en ligne avec beaucoup de mes proches. Une autre nouvelle expérience à Grenoble, je communiquais dès que je me mettais à marcher. En tout, j’aurai reçu plus de 120 SMS. (Je n’en suis plus trop sûr.) Démarche inspirée directement par les exploits de mes deux amis, « la Tortue » et « le Lapin », sur leur Paris-Brest-Paris ; une cyclo’ qui les aura fait voyager plus de deux jours non-stop. Ainsi est-il aisé de suivre, d’un côté comme de l’autre, la progression de la course. En définitive, une arme contre la lassitude et la fatigue ! Ouarfff ! Déjà que je passais mon temps à prendre des photos sur les courses !
 
Je lance donc un paquet de SMS pour annoncer que j’arrête la course et je reçoit de suite un coup de fil de Marina, ma vieille complice de cap, qui me demande de mes nouvelles en direct. Je lui raconte donc que les chocs répétés de la course ont fini par avoir raison de mon épaule et que, comme prévu dans ce cas, je m’arrêtais de courir.
« Et tu fais quoi, là, maintenant ?
- Je termine mon tour en marchant et je rends mon dossard.
- Et pourquoi tu ne continues pas en marchant ?
- ??? »
 
Mince ! Je n’avais pas envisagé ça sous cet angle ! Non pas que je voulais à tout prix atteindre un objectif en particulier, le mien restait modeste. Mais il était 19h30 et il restait plus de 15 heures de course ! En dehors de mon épaule, tout était en parfait état de marche, j’étais frais, même au bout de 70 km de course. 
… Un rapide calcul, reste 15 heures. J’imagine alors en marchant, même à faible allure… 
5km x 14 = 70km
Je pouvais, avec une bonne marge de manœuvre, doubler mon kilométrage parcouru et parvenir sans trop de risques à 140 bornes en 24 heures.
 
Ma décision aura été rapide, les voyants du mode « marche » étaient tous au vert, mon épaule ne me faisait pas souffrir sans le choc de la cap. Alors, j’allais continuer cette course, mais en marchant.
Remerciements à Myrtille pour sa clairvoyance et auto flagellation de rigueur. Comment en étais-je arrivé là ? Manquer d’imagination à ce point ? Comment ne pas improviser la plus élémentaire des adaptations de mon allure alors que j’étais parvenu à boucler l’EmbrunMan 2011 sur un souci assez similaire ?
C’est reparti !
… Et je repartirai ainsi pendant près de 25 km et une moyenne horaire de 6 km/h, une marche assez énergique qui me permettait d’allonger efficacement le kilométrage parcouru.
Vers le 95e km, un autre type de douleur est apparu… Ben non, toujours pas les jambes, encore le bras gauche, mais cette fois, la douleur se localisait au niveau du biceps. (Je crois, là où mes ligaments sont distendus depuis ma chute du printemps.) Au contraire du premier bobo à l’épaule se déclarant d’un coup, la douleur au biceps montera lentement et sûrement. Elle se réveillera au 95e km et augmentera jusqu’au 102e km, moment de douleur assez forte et je stopperai la casse. A priori, ai-je commis l’erreur de balancer mes bras en marchant, cela aura sans doute un peu trop échauffé les ligaments. (?)
Un arrêt définitif ? Non. Il est minuit quinze lorsque je stoppe la marche, je regarde la piste, l’agitation c’est bien calmée depuis un moment.
 
 
... ça ne s'arrête jamais...
 
Un fait notable, depuis ma première rupture de rythme, mon classement n’aura que peu évolué. J’ai perdu 3 places entre la 9e heure (fin cap) et la 15e heure (arrêt marche) de course. J’ai même ponctuellement progressé en mode « marche », ça devait correspondre à des athlètes allant se reposer un peu. Voici qui est chargé d’enseignement, le résultat final aurait été bien sympathique.
J’irai prendre une douche et… Ah si ! Je sentirai un peu mes jambes, quand même. Je me disais que je dormirais un peu, puis reprendrais le lendemain au réveil, histoire de finir qqs km et être présent jusqu’au bout sur cette belle course.
Réveil vers 7 heures, prise de température de l’épaule et du bras. Ils étaient redevenus supportables. Je sentais par contre mes cuisses un peu dures, normal,
mais ça allait disparaître en recommençant à marcher.

Reprise à 8 heures :
Je bouclerai encore un peu plus d’une dizaine de tours, prenant le temps de marquer d’emblée un arrêt au stand car il me restait deux heures d’effort, donc, pas de blague ! Et puis, je marcherai en me bloquant la main gauche dans la ceinture de ma « banane », empêchant ainsi tout mouvement. 
Je parcourrai 11 km supplémentaires jusqu’au bang final, à une moyenne de 5,8 km. A peine moins vite que sans se bloquer le bras. Dommage de ne pas y avoir pensé avant, mais bon, pas de regrets ! Entre temps, j’aurai perdu 25 places.
 
 
 
... Le Fontanil s'envole... 
 
Résultat final : 68e/85 et 111km 367 parcourus.
 
Un quart d’heure avant la fin, on nous remettra un petit marqueur à poser à nos pieds
au moment du bang final des 10 heures du matin.
 
 
Et puis, quelques minutes à patienter que l’on vienne mesurer la distance totale parcourue. Et retour sur la ligne de départ. J’y retrouverai les grands acteurs de la course et puis les amis. Félicitations au Fontanil pour sa brillante première place par équipe, aux trois glorieuses équipes du SOH,  
à Lionel, mon camarade de Galère,
 
Et puis...
 
... salutations chaleureuses au Blueb’ et au Boss. 
 
 Sans tarder, le SOH pliera bagages et saluera ses hôtes,
car le train de 12h 30 n’attend pas.
Merci, merci, merci…
 
Nathalie et Piero, que d'énergie ! (photo 2010) 
 
Merci à Sabine, à Piero et Nathalie pour leur accueil,
 
Mention spéciale au DJ local
pour nous avoir proposé une musique de qualité
durant toute l'épreuve... 
 
à tous les bénévoles de Grenoble qui rendent cette course si sympa…
Un merci tout particulier à Myrtille
pour m’avoir sorti de mon fatalisme sportif d’alors.
 
Les 24 heures de Grenoble ?
La meilleure façon de commenter tous les aspects de cette grande, grande course
serait de dire simplement que, non seulement je serai bien présent à sa troisième édition
mais pas en touriste !   Encore merci !
 
... Les 3 équipes du SOH
Un chaleureux merci à tous mes amis Ovillois,
pleins d'attentions et d'écoute,
ils auront été constamment à mes côtés durant la course ...
 
  
La seconde photo date de 2010 
 
 
Débriefing 
 
1° Un objectif plus qu’atteint, ce qui est plaisant après une saison bien foirée et encore avec application à cause d’un accident bête au printemps. Mais on ne m’y reprendra plus.
2° Heureux d’avoir expérimenté ce genre de course qui me plaît et que je renouvellerai dans une meilleure forme. Je n’hésiterai pas à élever mes objectifs de courses de façon plus conséquente tout en restant cependant réaliste. Ainsi vais-je mettre la barre à 140 km en 24 heures pour l’an prochain. (Autrement dit, ce que j’escomptais parcourir finalement après avoir cessé de courir au bout de 9 heures cette année.). 160 km serait alors une belle réussite personnelle. L’avenir le dira.
3° Retrouver une juste combattivité :
 
Je reste contrarié, voire consterné, d’avoir manqué à ce point d’ouverture d’esprit au moment de la première rupture. C’est incroyable comme on peut brider son imagination dans certaines circonstances. Attention aux idées préconçues ! A force de passer mon temps chez les médecins depuis 6 mois, j’avais échafaudé un scénario unique en cas de douleur, n’imaginant aucune alternative autre que celle de l’abandon si la douleur apparaissait. (Curieux, car pour l’EmbrunMan, c’était l’inverse, j’étais prêt à souffrir jusqu’au bout pour passer la ligne.) Plus de limites chez Raspa !
 
En définitive, il convient surtout de se demander pourquoi on vient sur les courses, ce qui nous ramène en quelque sorte à l’introduction du récit. Au mois de juillet dernier, j’abandonnais sur l’AltriMan. J’ai stoppé la course environ aux 3/5e du vélo, il me restait environ 70 km à parcourir et je savais que je serais rattrapé par les barrières horaires. Je n’étais bien sûr pas en forme, certes, mais franchement, qu’est-ce qui a bien pu m’empêcher de les faire ces 70 bornes ? Je pouvais encore rouler, j’aimais rouler, j’étais dans une superbe région, une fête permanente cette épreuve ! Le lendemain, je roulais déjà pour accompagner et photographier les triathlètes ; le surlendemain, je grimpais le Ventoux ! N’avais-je donc fait près de 2000 km pour me rendre à cette course que pour ne prendre que le départ ???
Je revois encore les têtes du Papy et de la Tortue consternés par mon abandon mais je crois surtout n’avoir pas compris immédiatement ce qui m’arrivait. Déjà au moment de mon abandon, mon ami Patrice, me rattrapait et me proposait de poursuivre au moins le vélo, mais j’étais déjà barré dans ma bulle de défaitisme ! En définitive, il m’aura encore fallu plus de six mois pour comprendre qu’on peut aussi s’endormir avec de belles paroles et se laisser bercer de discours qui deviennent des certitudes, en deux mots, sombrer dans la facilité. Six mois nécessaires, pas moins, pour ouvrir les yeux, ça nous amène à la fin de l’année, exactement au 31 décembre. Le jour qu’a choisi Patrice pour boucler son 52e marathon de l’année, une belle façon de fêter ses 52 ans, non ? Et puis, quelle classe !
Comme je disais deux paragraphes plus haut,  « On ne m’y reprendra plus! »
 
 
 
RRRRR.....ssssszZZZZZZ  ! 
 
Récit dédié à ceux qui m’ont rouvert les yeux, et faites que ça dure !
 
Raspa 

6 commentaires

Commentaire de LtBlueb posté le 31-01-2012 à 00:03:03

ahhh mais je me disais bien que je ne l'avais pas vu celui-la !joli souvenir en tout cas !!!! un CR de raspa ? serait ce que l'épaule va mieux ????? je crois les doigts :))
voilà sinon pour l'objectif, les 150km te tendent les bras.... :)

Commentaire de domi81 posté le 31-01-2012 à 05:54:30

tu as pris du plaisir...c'est l'essentiel !
tu n'as pas à rougir du résultat,il va te servir pour ton prochain 24h.
une chose est sûre, il ne faut pas s'arrêter...marcher, marcher encore et encore !
super CR et bonne continuation. ;)

Commentaire de Papy posté le 01-02-2012 à 10:49:21

J'avais envie de revenir sur ce 24h, la vie en a décidé autrement, mais je garde Grenoble dans un coin de ma tête car j'avais imaginé demandé au Blueb' son assistance.
En plus, avec mon ami Kriké fervent arpenteur des 6jours d'Antibes, je développe de plus en plus l'image de l'ultra "horaire" comme un navigateur solitaire.
Du coup, aucune préparation "sportive" n'est techniquement nécessaire, un simple entretient suffit.
En effet, les pbs d'un navigateur solitaire sont, dans l'ordre, le sommeil et la préservation des blessures(L'hydratation participe à cette prévention). Du coup que l'on soit affuté ou moins spécifiquement préparé, ne se verra finalement qu'à la marge, la ou le résultat de la course se joue presque au mêtre près.
C'est loin d'être notre cas.
Grâce à la fraicheur du triathlon et des ses IM, il nous est possible de nous présenter à la débotté au départ d'un 24h en ayant réfléchi aux 2 postes, sommeil et blessure (ton laçage y participe aussi).
Maintenant penses encore à ta convalescence pour profiter à plein du parcours vélo des 2 compétitions magiques qui t'attendent cet été et SURTOUT, ne négative pas tes abandons. La vie est longue et pour ce qu'il est d'accompagner notre ami Koé, l'occasion reviendra rapidement.

Oui l'abandon sans douleur peut, à la limite se regretter pour les images perdus du coté de Ste Colombe sur guette, mais pas si l'on imagine que cela aurait pu aggraver ton souci épaule.
Et pour le futur, l'abandon raisonné doit rester un maitre mot pour nous qui avançons dans l'age, car les séquelles d'une trop grande souffrance seront de plus en plus difficile à s'estomper et cela nous fera manquer des r/v encore plus intéressant !
Même s'il n'y a que 52 WE dans l'année, il vaut mieux ne pas obérer les années qui viennent par une décision court terme qui ne satisfasse qu'un orgueil mal placé.

A bientôt Raspa ! ;-)

Commentaire de raspoutine 05 posté le 07-02-2012 à 07:58:53

Mon cher papy, ça fait une semaine que je me demande si je dois te remercier par mail ou directement en réponse à ton com', un com' aussi pertinent que tes récits, celà va de soi ! Eh bien je répondrai à ton com', un com' de com', donc, une première en ce qui me concerne.
Cette année, j'ai cottoyé les limites de l'abandon de plusieurs manières. J'ai bien sûr abandonné sur l'Altriman, mais qui n'a pas cottoyé cette limite de l'abandon un jour dans une course ? (une limite franchie ou non.) en 2009, je terminais en très mauvais état la 6000d, je le dis ici simplement, mais mon "orgueil mal placé" aura vraiment failli me jouer des tours.
je repense aussi à la Sky Race de Névache, près de chez moi. Un regard distancié sur cette notion de "limite de l'abandon" car j'étais le "serre-file" de l'épreuve. J'ai vu sous un temps désastreux des gens formidables se battre. (Faut vraiment que je fasse le CR de cette épreuve !)
Mais revenon à l'AltriMan. il me revient un des aspects de la course que je ne crois pas avoir évoqués. je suis grimpé dans la voiture-balai des cyclistes pendant qqs km, aussi un endroit privilégié pour observer une course.
Je vais donc compléter mon CR des 24 H par un petit chapitre final évoquant ce vécu de l'abandon sous tous les angles évoqués, et tant mieux si ça peut intéresser les lecteurs !
Encore merci à toi mon cher Papy !

Commentaire de Monpépère posté le 07-02-2012 à 11:09:16

Mon Raspa, après lecture de ton récit j'ai pliens d'images qui sont revenues dans ma tête.. Tu as formidablement bien retranscrit cette épreuve assez magique !
Je lisais les commentaires un peu plus haut et voulais te dire ( même si je l'avais déjà fait ) ... il faut parfois beaucoup de courage pour prendre la décision d'arrêter ! Le mot abandon a mon sens est assez dur car nous n'avons pas l'obligation de résultat mais juste du plaisir absolu...
J'ai moi-même abandoné... que dis-je arrêté dans le tri du Vantoux 2011 ! C'étais la première fois que ça m'arrivais... bien sur ça fait pas plaisir de voir ses camarades l'air joyeux franchir la ligne d'arrivée, mais rétrospectivement je pense que c'est un mal pour un bien ! Une preuve d'intelligence et de respect de sa personne j'ajouterais ! Mais je m'éloigne un peu des 24h00 ... beau récit mon pépère !! 2012 c'est l'année Raspoutine j'en suis sur .. la machine est en route et si tu dois t'ARRETER je pense que personne ici ne te jugeras !!
Bises
MONPEPERE

Commentaire de La_Gazelle posté le 14-02-2012 à 22:42:19

Beau récit, et félicitations, moi je pense que tu as bien géré au global, vu les pépins de l'année dernière. Après abandon, pas abandon, non tu as juste pris un peu de repos 'obligatoire' à cause du bras, mais qui sait ? sans cette 'obligation' tu aurais peut-être cassé quelque chose ? j'ai suivi de plus près l'entrainement de Lionel qui avait un 'plan' assez soutenu, mais moins d'expérience que toi sur le long. Vous vous en êtes très bien sortis tous les 2 !
Par contre, quand je vois les photos, j'ai du mal ... tourner sur une piste plate de 1044m, toi qui aime tant la montagne et la nature. Il doit y avoir quelque chose qui m'échappe. Comme dirait mon cher Papa, faudra que j'essaie un jour ce truc de fou pour voir ! (en fait il disait faudra que j'aille voir un jour à Paris chez les fous comment ça se passe !).
Bises

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