Récit de la course : 24 heures du Quai du Cher 2011, par jp75018

L'auteur : jp75018

La course : 24 heures du Quai du Cher

Date : 8/10/2011

Lieu : Vierzon (Cher)

Affichage : 895 vues

Distance : 0km

Objectif : Objectif majeur

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24H du Quai du Cher 2011 : Essai transformé en Circadie

Préambule


Cette première tentative sur le double tour d'horloge est mon objectif principal de l'année 2011, et est une étape importante dans mon parcours d'ultra-marathonien, notamment en vue du Spartathlon, car cela va me donner des indications quant à mon aptitude (ou pas) à passer la nuit.


Jusqu'à présent tout s'est déroulé comme prévu: 12 heures des Yvelines en Mai (127,2 km) et préparation effectuée sans fatigue, conformément à mon plan d'entraînement, dont le 100K de Theillay à VS-24H qui a été digéré en quelques jours.


Lors de mes entraînements à VS-24H, j'espérais faire baisser ma vitesse moyenne initiale vers 9,7/9,8 km/h, mais la tendance a plutôt été vers une légère augmentation au fil de la préparation. Je partirai donc sur une base de 10 km/h pile, soit une vitesse de course de 10,4 km/h compte tenu de 45" de marche à 6 km/h tous les 2 km.

Cette vitesse de départ permet théoriquement de viser 216 km (9 km/h de moyenne) en prenant en compte une perte de 1 km/h, c'est à peu près le maximum que je pense être en mesure d'atteindre dans un bon jour...


Coté ravitaillement, j'ai préparé 120 doses de 14 grammes d'Effinov Hydraminov (80 doses menthe et 40 doses soupe de légumes). Une dose tous les 2 tours (2 km), à diluer dans 0,12 litre d'eau (plate ou St-Yorre), ce qui fait un apport d'environ 250 Kcal par heure pour 0,6 litre d'eau (la météo prévue est fraîche). J'ajusterai la quantité d'eau en fonction des besoins.

Voir : Logistique et stratégie de course


Je ne sais pas si cette alimentation exclusivement liquide tiendra 24 heures... Si ça ne va pas, je me rabattrai sur le ravito solide de l'organisation.


Je ne me mets pas trop de pression pour cette première, désirant surtout rester sur le circuit toute la nuit, et si tout va bien devenir "double centbornard".


J'avais initialement l'intention d'effectuer ces 24 heures sans assistance, mais devant l'enthousiasme de J2J et son efficacité prouvée avec Didier à Theillay, je n'ai pas hésité, au moins cela me donnerait une bonne raison de ne pas m'arrêter!


Denis (Gack) avec qui j'avais brièvement fait connaissance à Feucherolles m'ayant contacté, je lui ai proposé de "partager" J2J pour l'assister ainsi que de faire le trajet depuis Paris ensemble.

C'est vraiment une chance pour J2J et moi de pouvoir passer du temps avec un tel champion (100 km et Comrades notamment).



Veille de la course


Départ de chez moi en début d'après midi (je travaillais le matin), je passe prendre Denis à son domicile, puis J2J au RER non loin de là, et nous roulons ensuite vers Vierzon.

Evidemment, ça cause ultra, enfin c'est surtout Denis qui narre quelques courses et anecdotes: une vraie bible vivante du 100 bornes, sans parler de sa superbe course aux Comrades en Afrique du Sud (récit sur le forum ADDM).

Nous parlons également un peu du 24 heures à venir: vitesse de départ, ravitaillement, météo, ...


Après avoir déposé les bagages à l'hôtel, nous nous rendons sur les lieux des réjouissances: Le Parc des Expositions de Vierzon.

Dès notre arrivée, nous rencontrons Sylvain et son épouse, Nadine et Jean-Luc, ainsi que JP Guyomarc'h.

Nous allons retirer nos dossards. L'organisation est sympa en nous permettant de nous placer Denis et moi sur la même table, ainsi que Pa77 et Mico77 sur la table d'à coté, comme cela ça sera pratique pour Renaud et J2J pour nous assister et assurer suivi sur le forum ADDM.

Je repère également le point où placer ma poubelle, 75 mètres après ma table (45" de marche à 6 km/h), soit un peu après la sortie du hall.


Puis direction la pasta party où nous retrouvons d'autres coureurs dont Franck qui avale une quantité impressionnante de pâtes sans gluten, ainsi que Christophe Rochotte qui va courir 100 km avec nous avant de suivre la course pour VO2.


Nous ne traînons pas trop tard, direction l'hôtel avant 22H, où nous discutons un peu avec Christophe Rochotte. je me rappelle que Denis lui a dit en plaisantant de m'interviewer car il pensait que je pouvais gagner...


Réveil réglé à 7H. Je m'endors assez facilement, bien aidé en cela par le bouquin offert lors de la remise des dossards (l'histoire du rugby à Vierzon...).



Avant la course


Puis panique, il fait jour, grand soleil, je regarde ma montre: 16 heures, des coureurs tournent sur le circuit. C'est mort avant même d'avoir commencé, j'ai raté le départ!

Ouf, je me réveille en sursaut, ça n'était qu'un cauchemard, il est 6H45, tout va bien!

J'ouvre la fenêtre il fait frais, mais pas froid.


Je retrouve Denis et J2J et nous faisons le court trajet vers le Parc des Expositions, enfin pas évident d'en trouver l'entrée car les accès sont déjà bloqués.

Je ne sais pas trop comment mais la voiture cale, et impossible de redémarrer, la commande électronique ne fonctionne plus, j'ai dû la heurter dans la manoeuvre.

Après avoir en vain tenté de faire fonctionner cette commande, nous nous finissons par garer la voiture à l'extérieur du parc en la poussant, puis nous nous dirigeons vers la salle pour prendre le petit déjeuner tout en nous demandant comment nous allons bien pouvoir rentrer à Paris près la course...


C'est avec ces pensées que je déjeune très léger: une petite part de gatosport (merci Denis), un thé, un peu de confiture.


Quand J2J, qui sait décidément tout faire, me tend la commande qui fonctionne enfin, on ne saura jamais comment il a réussi à raisonner l'engin... MERCI, au moins nous allons tous pouvoir débuter la course l'esprit serein.


Après avoir garé le véhicule et sorti tout le barda, nous nous installons tranquillement à la table de ravitaillement. Renaud et pa77 sont déjà là.


Je  briefe J2J sur l'utilisation des doses préparées (80 doses d'Effinov Hydraminov menthe et 40 doses d'Hydraminov soupe de 14 grammes chacune) et du mesurage de la quantité d'eau grâce à un verre doseur gradué, je me prépare soigneusement.

Comme il fait frais, j'opte pour un serre tête, des gants, et un coupe vent, mais je garde un short.

Je noke quelques points de frottement sans plus, et je prends le temps de bien positionner les chaussettes et de ne pas trop serrer les lacets.

J'ai également une fiche pour J2J pour qu'il note mes tours / km heure par heure (il y a même une colonne avec la progression de Vincent70 à Grenoble une semaine plus tôt...).


Nous apprenons que la longueur précise d'un tour est de 1031 mètres (au lieu des 1000 mètres pile annoncés), ce qui ne change pas vraiment la donne au niveau hydratation ou énergétique, mais il faut réajuster les temps de passage: 12'20" au lieu de 12'00" pour 2 tours, soit environ 6' pile pour les tours intégralement courus, et 6'20" pour les tours avec ravitaillement.


Le 1/4 de finale France - Angleterre a débuté et les Français mènent!

Nous faisons une photo des ADDMS présents, avant de nous diriger vers la ligne de départ qui se situe à l'extérieur.

Les ADDM avant le départ

Nous sommes un peu plus de 60 à vivre cette aventure temporelle, dont beaucoup d'habitués des circuits, même s'il n'y a pas de "grosse pointure".

Sur la ligne de départ

Pour moi, c'est un peu comme un premier rendez vous: un mélange d'excitation et d'appréhension, mais globalement je reste "zen".


Pas le temps de tergiverser, il est 11 heures et le coup de feu retentit, c'est parti pour un double tour d'horloge, enfin je l'espère...



1ère - 6ème heure


Immédiatement, ça part très vite devant, quasiment la moitié du peleton est devant moi, pourtant je suis pile dans mon allure de course: 10,3/10,4 km/h.


Je profite de ces premiers tours pour prendre mes marques et étudier le circuit.

Plan du circuit

Depuis le portique "compte tours" situé juste avant l'entrée dans le hall :


  • 60 mètres à l'intérieur du hall (béton) : chrono à l'entrée, tables de ravitaillement réparties tout le long, ravito officiel et panneau de classement à la sortie
  • U tournant à droite à l'extérieur sur bitume 230 mètres pour revenir dans le hall de l'autre coté
  • 60 mètres à l'intérieur du hall (essentiellement moquette), toilettes à gauche à la sortie
  • 30 mètres en légère descente (bitume)
  • 2 virages à gauche à 90° sur 20 mètres pour arriver sur la portion en chemin blanc (faux plat légèrement montant) sur 250m
  • "raidillon" de 20 mètres (bitume) terminé par un virage à gauche à 90°
  • Faux plat descendant (bitume) sur 200m (léger vent de face quasiment en permanence)
  • Virage à gauche puis 100m de bitume le long du cher
  • Virage à gauche avant de revenir sous le portique (bitume 60m)


Je me ravitaille dès le premier passage aux stands. Pendant ces premières heures, je tourne à la menthe / 120 mL d'eau plate dans un gobelet tous les 2 tours, et je marche d'un bon pas mais décontracté jusqu'à ma poubelle avant de relancer tranquillement.


La France a gagné, on est en demi-finale!


Des concurrents et concurrentes commencent à me prendre un tour bien avant la fin de la première heure, je reste concentré sur mon allure, ce qui est important en début de course. Je sais que la grande majorité d'entre-eux sont partis bien trop vite pour leur niveau.

Mon premier objectif est d'arriver le plus frais possible à 23 heures à la mi-course, avant d'attaquer les "choses sérieuses" tout en gardant une allure la plus constante possible.


J2J me chronomètre parfois sur les tours courus, j'ai tendance à être légèrement trop rapide, mais de moins de 5 secondes en général.

Je trottine tranquillement dans l'unique côte du circuit.


J'ai bien quelques légères tensions musculaires, mais c'est dû au relatif sevrage de course de ces 2 dernières semaines, je ne m'inquiète pas car je connais ces sensations: il faut juste laisser le temps à l'organisme de trouver l'équilibre.


J'ôte rapidement le bandeau, puis les gants, le coupe-vent un peu plus tard, pour le maillot manches longues.


Vers 14H (3 heures de course)

Le temps passe assez vite, en tout cas bien plus vite qu'à Theillay où j'étais seul les 3/4 du temps dans de longues lignes droites.

Ici il y a beaucoup plus de "distractions" : discuter un moment avec un coureur allant à la même allure (je suis régulièrement avec Sylvain à ce moment de la course), encourager des concurrents doublés, regarder le panneau de classement (mis à jour toutes les 30 minutes).

Le moment attendu est bien sûr le passage dans le hall, et surtout à la table de ravitaillement pour voir J2J et Renaud. En ce début de course, les 6 minutes que durent un tour passent à "toute allure", et 10 tours c'est un peu plus d'une heure.


Depuis le début ma fréquence cardique est assez élevée et monte régulièrement pour dépasser les 70% FCM (65% à l'entraînement).

Je ne me préoccupe d'ailleurs pas de ma position dans la course, enfin je regarde juste par curiosité, je suis 20e environ durant les 3 premières heures, je dois bien être à 5 tours de la tête après 4 heures de course, mais je commence déjà à remonter rapidement sans changer ma vitesse (je suis en mode "frein à main" depuis le début).


L'après midi est relativement douce, quelques rayons pointent même par moments: j'opte pour le t-shirt manches courtes et les lunettes de soleil, histoire de rester bien concentré.


Le changement de tenue se fait tranquillement mais rapidement sans précipitation, J2J a tout préparé pour le tour suivant, c'est un peu comme en F1...


Je demande à J2J d'augmenter la dilution pour passer de 120 mL à 140 mL tous les 2 tours car il fait plus doux, et le seul paramètre qui m'inquiète un peu la FC continue de monter pour atteindre 75% FCM ce qui est énorme par rapport à l'entraînement ou encore aux 100K de préparation à Theillay.


J'ai maintenant franchi la distance du marathon (passé en ~4H13), et je commence à être totalement "en équilibre" : Plus aucun tiraillement musculaire, sensation d'extrême facilité comme en promenade, maîtrise du rythme à quelques secondes près.

Vers 16H (5 heures de course)

Je commence à prendre de plus en plus d'eau Gazeuse (Saint-Yorre), toujours avec de l'Hydraminov menthe.


J2J pousse parfois le zèle à venir chronométrer mes pauses techniques, pas moyen d'avoir une quelconque intimité...!

Je ne cherche aucunement à "rattrapper" le temps passé lors de ces arrêts, ce qui fait que je dois pointer à 59,8 km au 1/4 de la course, un poil plus rapide que prévu et j'entre dans le top 10, mon écart avec la tête commence à se stabiliser, voire à se réduire, plus personne ne me double.

Classement après 6H de course


7ème - 12ème heure


Mon état d'esprit est de poursuivre sur ce rythme, ou quasiment, jusqu'à la mi-course sans m'occuper du classement, juste en m'appliquant à courir relâché et à bien m'économiser pour arriver le plus frais possible aux 12 heures.


Je suis toujours aussi bien, aucune lassitude, je cours toujours en retenue sinon j'aurais tendance à accélérer.


D'autres ADDM tournent aussi très bien: Sylvain et PA77 notamment. Denis a dû s'arrêter au kiné, mais il repart fort.

Denis Gack

La fin d'après midi approche, toujours aucune fatigue ni douleur en vue, et aucune lassitude mentale: c'est assez normal car je suis en terrain connu pour le moment.


La température commence à baisser, ce qui enfin met un terme à ma dérive cardiaque inquiétante.

Je remets le coupe-vent puis décide d'abandonner la ceinture cardio car le risque de "surchauffe" est écarté et ça fera une raison de moins pour regarder la montre et risquer la tendinite du poignet...


A 8 heures de course, tout va bien, 1/3 de fait et la nuit va bientôt tomber, je commence à marcher (mais très rapidement) dans la côte afin de m'économiser musculairement, c'est même assez ludique car ça monte aussi vite qu'en trottinant.


L'envie de salé arrive, et je commande de la soupe tiède (Hydraminov goût légumes) qui est excellente, et j'alterne avec de la menthe /Saint-Yorre car je n'ai que 40 doses de soupes, et je dois les économiser.


J2J et Renaud sont toujours fidèles au poste, tout est bien huilé de part et d'autre.

Je discute un peu avec Gilles Perrault qui est encore en tête à ce moment: il me dit qu'il n'a jamais "passé la nuit" sur 24 heures (c'est rassurant...), et qu'il n'a d'autre ambition que de rester sur le parcours jusqu'à la fin.


Je dois passer les 100 km très peu après 21 heures (en 10H05 je pense), "plus que" 100 autres en presque 14H et je suis encore en pleine forme, encore mieux qu'à l'arrivée à Theillay, tout va bien! Je pointe même en 3ème position vraiment sans le chercher, la nuit est maintenant installée et va durer longtemps...

Le circuit est assez bien éclairé dans l'ensemble, hormis une bonne centaine de mètres dans la section chemin blanc, mais pas besoin de frontale.


Pour le moment je n'ai pas envie de marcher davantage qu'un tour sur 2, la vitesse de marche a sans doute légèrement baissé, mais pas la course, je suis toujours en mode contrôle pour ne pas aller trop vite. Arriver aux 12H comme ça, après on verra...


Je discute aussi avec Catherine Massif qui est en tête maintenant (je dois être un tour derrière), elle a une sacrée carte de visite: Trans Gaule, Mil'Kil, ... Je suis un bizuth à coté, respect! En plus elle tient assez bien malgré un départ rapide. Elle a une tactique très différente de la mienne car elle court longtemps sans marcher, puis elle marche longtemps en prenant une alimentation consistante.


Depuis un bon moment, j'ai des envies de bière fraîche, je sens qu'il ne va pas être possible d'attendre le lendemain 11H pour y goûter (j'avais amené des bières bio légères pour l'arrivée), je décide d'attendre la mi-course pour passer ma commande, je me sens un peu comme un marin qui franchit l'équateur pour le première fois...

Je guette la réaction de J2J quand je dis "bière" au lieu de "menthe gazeuse" ou "soupe tiède", mais il n'a pas bronché!

Le tour suivant n'est qu'attente du breuvage houblonné qui apparaît enfin dans son gobelet transparent...

J'ai rarement bu une bière aussi délicieuse, et je déguste les 18 cl jusqu'à la dernière goutte sur les 75 mètres en marchant tranquillement.

Par contre je n'ai jamais testé la bière en course... Heureusement il n'y a eu aucun effet secondaire et je décide de renouveler l'expérience à la 15ème heure, histoire d'espacer un peu les prises et de me motiver avec un objectif concret et pas seulement avec des chiffres!


Je totalise environ 118,5 km en 12 heures, soit un peu plus que les 117 escomptés initialement, mais surtout je suis encore en pleine forme, sans douleur ni gêne d'aucune sorte et toujours sans baisse d'allure.

Je suis même 2ème, et dans le même tour que la première.

Classement après 12H de course


12ème - 18ème heure


Cette 13ème heure me voit prendre la tête de la course, toujours facile et régulier, je dépasse également mon maximum de kilomètres (127,2 aux 12H des Yvelines) juste un peu avant les 13H de course.

Il est alors minuit, et je me demande quand le gros coup bambou va arriver, si je vais pouvoir éviter de faire "une Gouzy", si la machine va se dérégler au niveau digestif, si je vais avoir froid, si une tendinite va apparaître, ...


Mais rien de tout cela pour le moment, pourtant je vois de moins en moins de coureurs courir, de plus en plus qui marchent ou qui sont à l'arrêt.

J'avais initialement prévu de commencer à marcher tous les tours, mais comme ça va, je continue sur mon rythme de 75 mètres de marche tous les 2 tours. Je marche juste un peu moins vite, idem dans la côte.


Depuis qu'il fait nuit, je ne prends plus la peine d'aller aux toilettes, et je m'arrête au bord du circuit, c'est vrai que les gars sont avantagés par cet aspect pratique!


J'encourage souvent les athlètes que je dépasse, notamment Nadine qui s'accroche bien, Gégé (Gérard Dehu) qui à 76 ans est encore costaud à la marche, Franck un peu fatigué passé en mode marcheur, et Mico77 qui est imperturbable et hyper régulière en marche rapide depuis le début.

Je tiens à souligner que la plupart des coureurs / marcheurs doublés étaient très attentifs, malgré la fatigue, à laisser la corde libre pour les plus rapides.


Je profite de ma forme actuelle pour enquiller régulièrement les tours en attendant ma 2ème bière à 2H du matin (15 heures de course).

Je ne sais pas jusqu'à quand ça va tenir, je suis toujours dans un rythme "facile", même si je n'ai plus besoin de me freiner maintenant.


Je suis régulièrement encouragé, à chaque fois qu'on me demande si ça va, je réponds que "Pour le moment oui, mais le plus dur est à venir".

Beaucoup de coureurs font plaisir à voir, et semblent heureux tout simplement d'être là, je pense par exemple à Daniel Terranova toujours souriant qu'il soit sur le circuit ou à l'arrêt, mais il n'est pas le seul.


Il ne fait pas trop froid, mais la soupe tiède fait du bien, je déguste ma bière avec la même délectation que la première.


La 16ème heure de course me verra ralentir imperceptiblement, et je sens bien un petit fond de fatigue, je décide de tenir jusqu'à la 16ème heure avant de marcher désormais tous les tours (environ 30 secondes les tours où je ne me ravitaille pas).

Comme j'ai davantage soif (pourquoi ?), je demande à J2J un demi gobelet de Saint-Yorre (~8 cl) pour boire durant ces 30 secondes. cela aura pour conséquence immédiate d'augmenter de façon conséquente le nombre de mes pauses techniques, je ne sais pas si j'aurais dû me forcer à moins boire, mais j'en avais vraiment envie.


Je marche moins vite, y compris dans la côte, mais je crois que ma vitesse de course n'a toujours quasiment pas baissé à ce moment là.


Hormis les acteurs de la course, il y a parfois du spectacle en dehors: fêtards éméchés, bruits de scènes de ménage, voitures qui klaxonnent et dont les passagers hurlent des encouragements, ...


En tournant une Nième fois à gauche pour prendre le chemin blanc, vers 3H30 du matin (16H30 de course), j'entends des bruits de freinage, puis de tôle, puis des cris, une voiture vient de percuter la bordure du pont juste au dessus, à une vingtaine de mètres. Je n'y fais pas plus attention que ça sur le moment, sans doute un chauffard un peu trop alcoolisé qui va devoir faire remorquer son véhicule.

Mais au passage suivant il y a des flammes, déjà pas mal de fumée, et visiblement personne à proximité du véhicule.

Le tour d'après, c'est carrément les grandes flammes, des explosions, une fumée toxique a envahi une partie du parcours et pénètre dans les bronches.

Mais c'est surtout très dangereux, et les organisateurs prennent très vite la seule décision possible: neutraliser la course le temps que les pompiers éteignent ce feu.


Nous sommes donc bloqués dans le gymnase, coté toilettes, au moins il ne fait pas froid et on peut discuter entre coureurs et accompagnateurs tout en restant en léger mouvement pour ne pas trop se refroidir.

Ma première réflexion a été le problème d'homologation de la distance suite à cet événement imprévu, signe que j'étais encore bien lucide à ce moment là.


Après un long moment (l'interruption aura durée 13 minutes), nous sommes à nouveau libérés; je dois marcher un peu, puis trottiner avant de retrouver une vitesse de croisière décente, mais ça repart correctement.

Par contre, coté chrono, plus de repères, l'affichage n'a pas pu être suspendu, il y a donc 13 minutes de trop. Sur ma montre, j'ai arrêté la séance au lieu de mettre en pause, j'ai donc démarré une autre séance qui doit durer un peu plus de 7 heures.

J'avoue à ce moment avoir décroché mentalement du jeu consistant à regarder ma montre et le panneau de classement, je ne sais plus si c'est des tours ou des kms, bref ma lucidité commence à donner de petits signes de faiblesse au bout de 17H de course.


J2J doit maintenant me préciser systématiquement à chaque tour si je dois prendre la boisson énergétique ou pas, impossible de me souvenir de ce que j'ai fait il y a quelques minutes.

Coté assistance : Jean-Jacques (J2J) de dos en pleine préparation

Coté course ça tourne toujours plutôt bien, je commence à découper mentalement le circuit en 2:


  1. Courir jusqu'au pied de la côte (je perçois désormais cette bosse comme une "récompense" car je peux y marcher et non pas comme une difficulté).
  2. Courir jusqu'au ravitaillement


Cela va durer jusqu'aux 3/4 de la course, je passe commande d'une 3ème bière pour le passage des 18 heures (vers 5H15 du matin).


C'est la dernière fois que je m'occupe un peu du classement avant un bon moment, j'ai environ 10 tours d'avance maintenant: c'est beaucoup et c'est peu...

Classement à 18H de course


19ème - 21ème heure


Je ne sais pas exactement quand ni comment c'est arrivé, mais une énorme fatigue me tombe dessus assez brutalement, en quelques minutes j'ai une très forte envie de dormir, je me donne l'impression d'être un vrai zombie. Il ne me reste plus grand chose de lucidité.


A chaque fois que j'ai un semblant de dialogue, je dis "je suis cuit", pourtant je continue à trottiner, même si c'est à moins de 9 km/h. Les arrêts pipis sont prétexte à fermer les yeux. Je me surprends une ou deux fois à être en train de marcher loin de mes "zones de marches autorisées", je parviens à relancer.


J'ai bien pensé à commander du café pour me rebooster, mais étant bien au niveau de l'estomac, je n'ai pas osé prendre le risque de détraquer quelque chose, je préfère prendre mon mal en patience pour voir où ça va mener.


Coté physique tout va toujours bien: pas de douleurs musculaire ni de tendon qui couine, pas de soucis de baisse d'énergie ou de digestion.

mais à chaque fois que je passe dans le coin le plus sombre du parcours, je n'ai qu'une envie: m'allonger sur le bas-côté pour dormir.


Avec ce manque de lucidité, je n'ai pas réalisé que j'avais du mal à uriner depuis un bon moment.

Je mets beaucoup de temps avant de percuter que ça doit être le moment de faire un arrêt plus "sérieux" aux toilettes...

Après avoir pris du PQ à ma table, je rends donc visite aux toilettes officielles, il était temps j'aurais dû y aller au moins 1 heure avant!

ça fait du bien, je lutte pour ne pas m'endormir (heureusement l'éclairage est fort), c'est un peu dur de me relever, je pense bien a remettre le porte dossard.

Par contre je me suis fait une légère contracture à la cuisse en me redressant, ça passera au bout de 20 minutes, mais ce confort gastrique retrouvé me redonne un peu le moral.


J'apprécie une autre bière prise vers 20H de course, le jour va se lever, j'attends cela depuis longtemps.


Je tenterai aussi un Coca, mais rien à voir avec la bière, je n'apprécie pas trop.


Je passe les 200 km peu avant les 21 heures de course (20H54), je ne sais plus qui me dit que je suis "double cent bornard", mais cela ne me fait absolument aucun effet à ce moment là bien que même dans mes projections les plus optimistes je ne pensais pas franchir cette barre si tôt, mais ce qui me préoccupe c'est plutôt qu'il reste encore 3 heures de course qui risquent d'être très longues...!


Le jour s'est levé, ça commence à aller mieux, et je sais maintenant que sauf incident j'irai au bout.

Classement après 21H de course

22ème - 24ème heure


Ma vitesse commence à augmenter, certes pas de façon spectaculaire, mais je n'ai plus l'impression de me traîner comme une loque.

Apparemment, c'est une renaissance assez générale, tous ceux qui peuvent encore courir accélèrent un peu.


Je commence même à envisager la victoire, même au cas où il faudrait que je marche beaucoup car j'ai suffisamment d'avance.

Je pense qu'à ce moment de la course, un tableau d'affichage précis et mis à jour à chaque tour m'aurait motivé à aller un peu plus vite.


Un 2ème arrêt aux toilettes, sans attendre d'y être contraint cette fois, est mieux géré que le premier, j'ai plus de gniac pour repartir vite.

Je m'accorde une dernière bière quand il reste maintenant moins de 2 heures à courir, ça sent l'écurie.


J'aperçois Pascal et Jean-Marc Bordus venus encourager les circadiens en voisins, ça fait plaisir et ça motive!


Malheureusement PA77 a un soucis de releveur, il est contraint à la marche mais dispose d'une bonne marge sur son objectif de 200K. Denis est aussi contraint à la marche, les 200K sont également acquis. Sylvain se bat pour passer lui aussi cette marque, suspense...

Suspense aussi pour Catherine Massif qui est sur les bases de la meilleure performance féminine 2011, nous tournons plus ou moins à la même allure maintenant.


Quant à moi, je ne me soucie pas trop de mon kilométrage, juste de bien relancer à l'approche de la dernière heure sans oser trop accélérer car je suis tout de même bien crevé et je ne veux pas prendre de risque superflu.

Il commence à pleuvoir sérieusement, heureusement que ces 24 heures touchent à leur fin...


J'accélère tout de même un peu pendant la dernière 1/2 heure et je retrouve plus ou moins ma vitesse de course initiale, même si ça n'est pas dans la facilité cette fois!


Il ne reste plus que quelques minutes et je zappe le dernier ravito.

J2J porte le bâtonnet marqué de mon numéro de dossard et court avec moi pour cette dernière portion de tour (il est en footing tranquille alors que j'ai l'impression d'aller vite). Nous entendons un premier coup de pistolet quand nous passons vers la côte, la dernière ligne droite sera parcourue à près de 11,5 km/h, l'attente du second coup qui signale la fin de la course une minute plus tard se fait attendre, et finit par retentir, je m'arrête net, J2J pose la marque à mes pieds.

C'est fini, mais je ne réalise pas trop que je viens de courir pendant 24 heures et que je suis circadien!



Après la course


Si pendant la course, je ne pense ne pas voir été très loin du sans faute, ça va être une succession d'erreurs ensuite...


Au lieu de retourner tout de suite dans le hall (distant de 100 mètres...) en marchant tranquillement, je reste accroché à la barrière tout en discutant avec J2J.

Résultat, quand je pense à décoller au bout de 10 minutes, je me suis refroidi et je me traîne lamentablement.


Même la flemme d'aller au massage, je m'assois vers notre table de ravitaillement, heureux, bien fatigué mais pas tout à fait exténué.

Je ne m'alimente pas, pas envie, je bois juste un peu de Saint-Yorre.

Cet immobilisme fait que je suis maintenant incapable de me baisser pour ôter mes chaussures, heureusement le neuveu de Pierre-André m'aide!

RAS coté pieds, juste une petite ampoule due à un gravillon entré dans ma chaussure en fin de course.


Denis n'est pas plus véloce que moi, Pierre André revient des soins avec un bandage impressionnant.

Avec PA77, Denis, et J2J après la course

Je reçois les félicitations de nombreux coureurs, assistants, ou spectateurs, notamment Jean-Pierre Guyomarc'h et Jean-Marc Bordus, cela fait plaisir de la part de tels champions.

J'apprends que j'ai carrément dépassé les 225 km (227,645 km précisément).


Christophe Rochotte vient ensuite m'interviewer, ça me fait bizarre, moi qui adore lire ses articles et ses interviews sur VO2!

Interview sur VO2.


Il m'offre aussi l'excellent ouvrage "Le guide d'entraînement ultra" dont il est le co-auteur. Comme je l'ai déjà, c'est pour Jean-Jacques qui y trouvera de bon conseils pour devenir ADDM en 2012.


Le temps passe et le hall se vide, il est temps de rejoindre la salle de restauration pour le podium.

Le podium masculin avec Rudy Mehlinger (2ème) et PA77 (3ème)

Je ne mange pas grand chose au déjeuner qui suit, j'ai d'ailleurs perdu un peu la notion du goût à force d'avoir ingéré de la boisson énergétique pendant 24 heures.


Dommage pas de photo pour en témoigner, mais pendant que J2J ramenait tout le barda à la voiture, Denis et moi avons été ramenés jusqu'à mon véhicule en chariot roulant...


Ce fut moins dur que prévu de conduire une fois bien assis, par contre avec la fatigue nous nous sommes arrêtés 1/2 heure sur une aire d'autoroute en rentrant sur Paris.



Epilogue


Je n'ai pas encore pris suffisamment de recul par rapport à ce premier 24 heures, mais une chose est sûre, c'est que ça ne sera pas le dernier. Je pense être capable d'améliorer un peu cette marque tout en y prenant autant de plaisir.

Le prochain sera sans doute au même endroit, pour le championnat de France de 24H en Octobre 2012. Je m'attends à ce que ça soit plus dur que le premier.


Je vais aussi aller voir du coté des courses en ligne non-stop, avec sans doute l'Ultrabalaton en Juin 2012 pour commencer (en mode découverte), avec en ligne de mire le Spartathlon 2013.

Ce 24 heures était une étape importante et la manière, plus encore que le résultat, me donne confiance pour la suite car je n'ai jamais douté: je sais désormais que je suis capable de terminer une course comme le Spartathlon, même si le format de course est totalement différent.


Je ferai un debrief technique heure par heure dans les jours qui viennent (vitesse moyenne, course, marche, arrêts, hydratation, énergie, ...) afin de voir ce qui peut être amélioré.

Enregistrement Polar (c'est parlant!)


Remerciements


Je tiens à féliciter chaleureusement Jean-Jacques (J2J) pour son assistance sans faille: il a toujours répondu à toutes mes demandes.

Renaud a fait un suivi d'enfer, il a toujours été discret et efficace.


Jean-Luc (Garcia) qui m'a souvent encouragé tout au long de ces 24 heures.

Merci aussi au nevau de PA77 pour son aide.


Deng (Denis Gack) : J2J et moi avons appris beaucoup sur le 100 bornes et les Comrades notamment! Denis est un sacré battant qui a un gros potentiel s'il réalise un entraînement approprié et s'il gère bien sa course.


Tous les coureurs ADDM (Pierre-André, Mireille, Franck -qui aura sans doute couru un ou deux autres ultras le temps que j'écrive ce CR-, Sylvain, Nadine), et tous les autres concurrents pour leur performance, et les autres, mais surtout pour tous ces échanges avant, pendant, et après la course.


Pascal et Jean-Marc pour m'avoir encouragé sur la fin, ça m'a bien relancé.


Les organisateurs pour avoir été à la fois accueillants et pros, notamment lors de le neutralisation de la course.


Le forum ADDM collectivement pour cette somme incroyable d'expériences accumulée au fils des entraînements et des courses de chacun, pour toute cette émulation positive, en particulier sur le 24 heures (n'est-ce pas Vincent70!).


Manu qui me sert de référence, notamment pour sa gestion de course, la "copie" aura tout de même très bien fonctionné pendant 18 heures.


Bruno, notamment via son ouvrage "Courir Longtemps" qui m'a permis de construire mes entraînements et de trouver mon allure 24 heures sans trop avoir à tâtonner.


Christophe Rochotte pour l'interview VO2 après avoir participé en courant 100 km.


Mon nouveau club, le XVe Athletic Club.


A ma famille, qui a supporté mes longues séances d'entraînement, y compris nocturnes...


Tous ceux qui ont suivi mes entraînements et ma course sur le net.


Désolé si j'ai oublié du monde, c'est sans doute le cas!



Photos : J2J, PA77, Renaud45, Mollets49, VO2

4 commentaires

Commentaire de benoitb posté le 16-11-2011 à 20:31:04

Merci pour ce récit extrêmement détaillé. Le jour où je me déciderai à franchir le pas vers la circadie, je m'y référerai, il fourmille de bons conseils. Et quelle perf' pour une première tentative ! Bravo !

Commentaire de domi81 posté le 17-11-2011 à 06:01:09

toujours aussi pointilleux dans ta préparation.... mais y'a pas à dire, tu as réalisé un sacré truc !!
très bon CR.
félicitations champion et au plaisir de te revoir.

Commentaire de Jean-Phi posté le 17-11-2011 à 15:16:42

Que dire, sinon respect !
J'ai lu avec la plus grande attention ton récit et je me suis demandé jusqu'au bout si tu allais tenir ou pas ! Bravo ! Pour une première c'est maîtrisé de bout en bout ! Tu m'as convaincu, si besoin en avais-je, que je ferai prochainement un 24h00. Ca me titille depuis si longtemps !
Encore bravo pour ta perf et pour ton humilité.

Commentaire de OderF_06 posté le 31-10-2017 à 20:20:48

Impressionnant bravo

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