Récit de la course : Grand Duc de Chartreuse 2011, par Jean-Phi

L'auteur : Jean-Phi

La course : Grand Duc de Chartreuse

Date : 26/6/2011

Lieu : St Hilaire (Isère)

Affichage : 803 vues

Distance : 67km

Matos : Asics trabucco
Sac endurance RLT 10l
Bâtons diosaz 700

Objectif : Pas d'objectif

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Grand Duc 2011

Ca y est. Un an plus tard après avoir bouclé le Grand Duc 2010, me voici à nouveau sur la ligne de départ, à St Hilaire du Touvet cette fois.
Je sais bien, ma condition physique est loin d'être optimale, j'ai usé et abusé de mon corps à l'entraînement. Tortue comme je me voyais, je me suis préparé un peu en amont, trop en amont et termine cette saison sur les rotules, blessé depuis plusieurs mois.

N'empêche, ce Grand Duc, j'y tiens. En un, parce que c'est une des courses les plus dures que je connaisse à mon humble niveau, en 2 parce la Chartreuse est vraiment belle. Cerise sur le gâteau, cette course me sert de répétition grandeur nature pour le TOE prévu fin juillet.

Accompagné de Fildar et de Fabien (2° en 2010 et futur 5° ce dimanche pour cause de jardinage alors qu'il pointait 3°), nous retrouvons le kéké prêt à bouffer de la chouette comme en 2010.
A peine passé la logne de départ que le ton de la course est donné : technique, pentue et chaude... Il fait en effet pas moins de 20° à 5h00 du matin et on attaque droit dans la pente, direction le pas de rocheplane et 990m de D+ en 3 bornes. Je monte bon train mais ma poche à eau ne l'entend pas ainsi. Elle commence à me rafraîchir le dos pensant, peut être, que cela me ferait plaisir.
Je m'arrête pas moins de 3 fois pour finir par tout sortir et revisser l'embout... Et je me retrouve 200m derrière la queue de peloton !
Le temps de remonter tout ce petit monde, nous arrivons vers les 1ers pierriers et la main courante. A l'est, du nouveau : Lever de soleil superbe sur la falaise, laisse des couleurs de rose granité ; j'en profite pour admirer le paysage.
Je retrouve Fildar au 7° kil à la cabane de Bellefont. Il m'attendait pour faire route commune. Sympa ! On chemine gentiment mais c'est franchement monotone. Pour descendre sur St Philibert, du bitume et encore du bitume...
Dans la montée suivante, au sortir de St Pierre d'Entremont, les adducteurs comment à coincer, je me tords la cheville. Nous sommes au 15° kil. La journée ne sera pas des plus simples...J'en avise fildar et lui dit de ne pas m'attendre. Pour moi c'est désormais en mode gestion que je compte continuer. Probablement pas plus loin que la 1° boucle à St Hilaire...
Effectivement, le parcours a beau être magnifique vers ruine bâton, Aulp du Seuil et la descente qui s'ensuit (dure !!!), la tête n'y est pas, j'ai mal comme rarement. C'est sûr, il faut que je m'arrête.

Arrivé au ravito (6h20 de course), je retrouve chti lillois, venu pour nous encourager. Ca fait plaisir d'autant qu'il est mon pacer sur le TOE.
Je lui fais part de mes doutes et il trouve les mots pour me relancer. Je remplis ma poche et repars non sans lui être reconnaissant. Je le redis ici : Merci Manu !

Direction le col du coq par le Neyroud, ça monte, il fait de plus en plus chaud. En plus, c'est assez moche cet endroit. Nous passons à proximité d'un centre de rééducation désaffecté. Bizarre. On se croirait plus dans une ZUP en guerre à cet endroit.
Je croise Alexandra Rousset qui redescend sur St Hilaire. Elle est complètement cuite et ne se sens pas de continuer. En effet, la suite prouvera qu'il a fait vraiment très chaud. Mais je suis un dur à cuire alors...
Dans cette partie, je me ses de mieux en mieux. J'ai toujours mal mais je peux gérer sans problème Et puis, l'idée est d'arriver au Sappey puis d'aviser ce que je ferais ensuite. Cette fois, je suis dans le ton, je gère tranquillement sans m'affoler et commence à "ramasser les morts". Et il y en aura ! L'ascension du col du Coq est à peine terminée qu'il faut attaquer le bec Charvet. Cette montée est terrible et nombreux sont les coureurs solos à se poser dans un coin à la recherche d'ombre. Et d'ombre il n'y a point ou preque sur cette partie.
Arrivé en haut du bec Charvet, je suis encouragé par tout une troupe de personnes bien sympatiques. Ca remonte le moral. Ca le remonte d'autant plus qu'il y a même une pancarte marquée "Allez les kikous !". J'apprendrais ultérieurement que c'était l'oeuvre de la famille du kéké... ;)
La descente sur le Sappey peut enfin commencer mais elle est tellement technique qu'il est très difficile de courir ici. J'arrive tant bien que mal à descendre, ça tire vraiment de plus en plus et me pose des questions sur ce que je dois faire. J'arrive au Sappey (10h30 de course), retrouve mon père et son amie (ça fait du bien des visages connus) et passe au contrôle médical : Tout va bien. Si tout va bien alors je repars. Ca me permet de faire une très grosse sortie longue, sans pression aucune puisque je ne cherche ni le classement, ni le chrono. Je suis en mode off. Et c'est bien ainsi. ;) Recharge du sac, alimentation succinte et zou !

La remontée sur Emeindras Faita me sera par contre très difficile. Cela commence par une longue ligne droite en plein cagnard puis on remonte droit dans la pente. Décidément, cette course aura été faite de plusieurs kms verticaux ou presque . Cette montée fait d'autant plus mal que nous sommes au plus chaud de la journée. Nous avons beau être en sous bois, il n'y a aucune fraîcheur, pas d'air. Il doit bien faire 100° à l'ombre au moins !!!
Heureusement, à la sortie du bois, un ravito providentiel est installé. On s'asperge copieusement, remplissage de la poche et on repart. Si cette montée aura été dure, la récompense qui s'ensuit est vraiment belle : Le Chamechaude baigné de soleil sur la gauche et dans le fond à droite derrière Belledonne, le Mont Blanc inondé de soleil. Je me maudis de ne pas avoir mon APN !
Trêve de rêverie, il faut redescendre. Seulement voilà. Cette fois, outre les adducteurs qui hurlent depuis 55 bornes, les tendons des releveurs et du fascia lata, rentrent en scène. Et c'est en mode robocop que j'aborde cette descente sur Manival.
La descente est belle, à l'ombre mais sans fraîcheur aucune. Il faut faire également attention où l'on met les pieds car la chaleur a rendu la terre très glissante, tant elle est sèche. Je mesure à quel point je descends désormais doucement car quelques "avions" en relais me doublent à des vitesses que je trouve vertigineuses ! En fait, non. C'est plutôt moi que me traîne lamentablement... Je dois d'ailleurs faire peine à voir car je ne compte plus désormais le nombre de "courage monsieur c'est bien..."
Cette descente n'en finit pas et moi qui pensait avoir de la marge pour la BH de Manival, je la vois se rapprocher dangereusement. Il faut dire que l'erreur d'appréciation du kilométrage et le traceur du Gd Duc, c'est une grande histoire d'amour qui dure.... Ce ne sont assurément pas 10 kms qu'il y a depuis le Sappey jusqu'à Manival mais bel et bien 12 ou 13 ! 
Je commence à me dire que je ne me vois pas, avec mes douleurs de plus en plus prégnantes, rallier St Hilaire a des heures impossibles. Le coup de fil de Fabien me confirmera d'ailleurs que la remontée par le col de Baure est vraiment terrible !
Alors je prends une décision qui m'étonne encore moi même : J'arrêt à Manival, n'ayant rien à me prouver de plus pour aujourd'hui. Je me préserve. Pour le TOE ou autre chose même si à cet instant, je me dis que je ne suis pas taillé pour le TOE (je le pense toujours !). Et surtout, je décide qu'il ne me sert à rien de me faire encore plus mal.
J'arrive à Manival en 12h53 soit 7mn avant la BH mais rends mon dossard. Content de mon choix... Jusqu'à ma question cruciale à l'orga :
"Comment et quand puis-je remonter à St Hilaire, s'il vous plait ?
- Il faut patienter, le temps d'arrêter les gens après la barrière (qui a été repoussée) et que l'on ait tout débalisé !
-Mais ça va faire tard ?
- Oui... "

"Bon, rendez moi mon dossard, je finis la course !
- Ah, non ! Trop tard..."

Epique...

Heureusement, des relayeurs me proposent de me ramener immédiatement ou presque et je peux remonter assister à l'arrivée de Fildar, boire la bière (qui passe bien !) et refaire la course avec le kéké autour du poulet riz du jour !

La morale de tout ceci, c'est qu'il y a des victoires dans certains abandons. Celui-ci en fait partie. Je reviendrai sur ce Gd Duc. La Chartreuse c'est tellement beau...

9 commentaires

Commentaire de the dude posté le 27-06-2011 à 17:07:00

Bravo à toi pour être allé jusque là et pour avoir su prendre la bonne décision.
Quand les blessures et les douleurs sont là, rien ne sert d'aggraver les choses, d'autant que tu as encore un bel objectif à l'horizon!
Pour des coureurs de "notre" niveau (on était assez proches l'an passé si je me souviens bien) terminer un Grand Duc est déjà une grosse perf en étant à 100%, alors en partant blessé, avec un camel qui fuit (lol), avec cette chaleur caniculaire et un tracé beaucoup plus dur que l'an passé selon moi, ça relève de la mission impossible.

Et puis si on était sûr de finir à chaque fois elle aurait beaucoup moins de saveur la brochette de chouette!

Je ne doute pas qu'on aura l'occase de se croiser en 2012 sur les chemins de la Chartreuse.

Bonne récupération.

Commentaire de samontetro posté le 27-06-2011 à 17:58:00

A c'est donc ça! Quand on est arrivé avec Sanggi à St Hilaire il n'y avait plus une seule goutte de bierre! Si ça c'est pas de la stratégie!
Allez, moi aussi je doute très fort sur mes capacités pour le TOE alors on fera avec nos doutes!
A dans un mois...

Commentaire de BOUK honte-du-sport posté le 27-06-2011 à 19:06:00

Tu en as couru quand même une bonne partie... Tu ne t'es pas blessé... Et tu reviendras la bouffer cette chouette !
Merci pour le récit, j'ai fait une infidélité cette année !

Commentaire de LtBlueb posté le 27-06-2011 à 21:57:00

A mon avis , sage décision que de préserver ton vrai objectif à venir , en faisant quand même une bonne grosse sortie de 60km++ qui vaut déjà un paquet de trail rhonalpins !!! maintenant repos, soigner l'adducteur ... et prono perso (à méditer), un finisher grand duc (2010) n'a rien à craindre du TOE... il faudra juste gérer la distance et partir tranquille : le foncier et la volonté feront le reste ! bonne continuation !

Commentaire de Fimbur posté le 28-06-2011 à 12:15:00

Merci pour ton récit,
Bravo pour ta course, même si ce n'est pas jusqu'au bout c'est du tout bon pour le TOE,

bonne récup
Fimbur

Commentaire de Arclusaz posté le 28-06-2011 à 23:36:00

Un Jean Phi qui abandonne avant de se cramer : et si c'était (enfin) la voie de la sagesse ?

je suis confiant pour ton TOE, ça va bien se passer... à condition de te reposer.

Félicitations pour avoir plumé au trois quarts le volatile (ou a peu près).

Commentaire de Natou posté le 29-06-2011 à 15:49:00

Merci pour ce recit !!! S'arreter lors d'une course n'est jamais simple, mais reste souvent une tres sage decision ! Reposes-toi bien et suite à de nouvelles aventures sportives qui seront sans aucun doute magnifiques ;-))

Commentaire de le_kéké posté le 01-07-2011 à 10:01:00

Très content d'avoir (encore!!) partagé une grande partie de ce grand duc avec toi, ça devient une tradition. Donc la règle est tu finis et je finis et vice-versa ??? L'année prochaine on remange de la chouette ça j'en suis sur.
Bon courage pour la prochaine balade (ou pas) de toutes les façons il faut que ça reste du plaisir !!!

Commentaire de Jean-Phi posté le 02-07-2011 à 16:57:44

Obligé de se retrouver en 2012 ;)

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