Récit de la course : Aubrac Ultra Trail Adventure 2011, par Murwar

L'auteur : Murwar

La course : Aubrac Ultra Trail Adventure

Date : 19/6/2011

Lieu : Nasbinals (Lozère)

Affichage : 1002 vues

Distance : 90km

Objectif : Terminer

2 commentaires

Faire connaître ce récit sur Twitter :

Faire connaître ce récit sur Facebook : Partager

L'Aubrac Ultra Trail Aventure

J'ai un sentiment bizarre, qui m'envahit quelques jours après avoir fini cet Aubrac Ultra Trail Aventure. Un doux spleen, que me rappellent ces légères courbatures qui ont envahis mes jambes. Alors que jusqu'à présent, à chaque compte rendu de courses, les mots coulaient de source, j'ai l'impression cette fois être au milieu du Ventoux, piochant à chaque coup de pédales pour trouver ces mots qu'en définitive, j'aimerai égoïstement garder pour moi. Mais j'aimerai également partager cette aventure avec tous ceux qui m'ont aidé dans cette réussite.

Il est 2h30, ce dimanche 19 juin, et le portable de Laurent sonne. La tête encore bien ensuquée, je me prépare en faisant le dernier choix qu'il me restait à faire: celui de ma tenue. Cuissard en bas, et manche longue à l'intérieur, maillot du team, coupe vent sans manche et veste de sport à l'extérieur. Quatre couches contre le froid, plus un kway en cas de pluie. Petit déjeuner assez frugal en compagnie de Laurent, Momo et Thierry, on s'engouffre en coup de vent dans la voiture pour rejoindre le départ. Là, environ 300 malades atteints du même syndrome que nous semblaient nous attendre. Thierry se faufile vers la ligne de départ, je ne le reverrai qu'à l'arrivée. J'attends patiemment avec Laurent et Momo le signal du départ.

La traditionnelle musique de Era retentit (qui me rappelle la chanson de Christophe Colomb au départ des Flambeaux, que je préfère d'ailleurs), et nous y voilà.Tout tranquille. Je suis plutôt déçu du départ, je ne ressens aucun frisson, aucune sensation particulière, simplement la déconnexion du cerveau en mode "faut y aller maintenant, et puis c'est tout".

Très vite, je me rends compte de ma première erreur: ma frontale n'éclaire rien! Du coup, alors que j'avais déjà décidé de partir lentement, je décide pour ne prendre aucun risque, de partir encore plus lentement, et d'accompagner des gars disposant de lampes qui éclairent! Au bout d'une trentaine de minutes de course, je dois être dans les 15 derniers de la course. Les jambes ne sont pas géniales, mais je ne me projette pas loin. Je suis toujours émerveillé par la beauté de la nuit. Je fais un bout de chemin avec un gars de Paris, Buon, qui prépare la CCC (mais qui abandonnera au 3ème ravitaillement). Le jour se lève petit à petit, et je n'ai plus besoin d'attendre les gars à la frontale.

En accélérant un peu, j'ai la sensation que mes jambes se réveillent enfin. Bon, c'est aussi en raison de la topographie, puisque j'entamais à ce moment là la descente de 6km vers le premier ravitaillement de Saint Chély. Arrivé là-bas en 3h17'16'' je suis à ce moment là 280ème (sur environ 310-320 coureurs). Il est 7h30 et c'est l'heure du petit déjeuner! Je ne m'attarde pas trop, car je m'étais bien alimenté dès le départ, mais je fais quand même le plein camel bak. Le ravitaillement suivant se situe à 10 km de là. A ce moment, on double des pèlerins arpentant le chemin de St Jacques qui débutaient tout juste leur étape! Grosse et longue montée, je décide dès le début de me munir d'un bâton. Les jambes sont de nouveau sollicitées et vu qu'elles répondent, ben tout est ok. En se retournant de temps en temps, on voit le dénivelé parcouru. Je me freine quand même pour ne pas griller de cartouches trop tôt. Au passage du premier tunnel, c'est la chute! Grrr! Heureusement l'eau n'était pas trop profonde et je m'en tire avec mon cuissard et mes chaussures mouillées.

Au bout d'un certain temps, le ravitaillement de Brameloup est enfin en vue, après un ultime coup de cul (traduisez: monter une piste de ski sur 300m). 5h05'25'' de course, pour le moment tout est ok. Là non plus, je ne m'attarde pas trop, 6-7 minutes maximum, le temps de refaire le plein de camel, d'ingurgiter 2 gobelets de soupe, et de manger une pleine main de biscuits salés! A 200m de nous, on voit les coureurs du marathon des Burons passés, et j'ai une petite pensée pour les gars (et filles) du TTE alignés sur ce parcours. Mais il faut déjà se reconcentrer, et en finir avec cette montée. On monte une piste bleue, on enchaine sur une piste rouge, et ouf! Enfin le sommet. J'en suis au 36ème km, et j'ai effectué un peu plus du tiers du parcours: c'est possible!
A ce moment là, on est un petit groupe de 6 coureurs qui basculent dans la descente. Je suis bien au début, mais très vite, je ressens une douleur au genou gauche. Flash-back sur Faverges et la Montagnole en 2009 où j'avais du finir en marchant, je lève le pied et laisse filer les gars. Après tout, s'économiser à ce moment là n'est peut être pas une mauvaise idée! Je n'oublie jamais de m'alimenter et de boire, tous les 1/4h environ. En bas de la descente: 7h de course environ, et un gros coup de mou. J'enchaîne 2 points de coté, je ramasse des cailloux pour tenter de les faire passer, je branche mon ipod pour penser à autre chose et continuer.

J'avais bien vu que le prochain ravitaillement, au 60ème km, était situé au sommet d'une grosse côte, mais je n'ai jamais pensé pouvoir me tromper autant! A chaque fois, je pensais que c'était la dernière, mais non, et cela rajoutait à mon désarrois. Je marche même en descente à ce moment là, et je me pose la question des barrières horaires.
Ouf! le 3ème ravitaillement est enfin en vue, j'arrive en 9h39'42''. Le soleil s'est enfin décidé à se lever, et j'ai enlevé quelques couches. Il commence à faire chaud, et les jambes sont dures. Mais j'aperçois Momo et Laurent! Ils ont 1/4d'h d'avance sur moi. Cela me remotive! Malgré plus de 2h30 de moins bien, je suis quand même pas mal par rapport aux autres! Je ne repars pas avec eux, je prends une pause d'une vingtaine de minutes. Je m'assois par terre, les jambes tendues, pendant 5 minutes: qu'est-ce que ça fait du bien!!!
Je repars tout seul à ce moment en 210ème position. Il reste encore 35 km, et je ne sais absolument pas comment gérer tout ça. Je repars en trottinant, me fais un peu doubler dans la montée, mais dès que la descente arrive, je lâche les chevaux! J'ai de meilleures sensations au bout de 10h de course qu'au départ! Est-ce cela un diesel? Je rattrape le groupe des 2 gus avant la fin de la descente. Et j'en prends la tête au début de la montée vers la Croix de Vergnes, le 4ème ravitaillement. J'attaque à ce moment la montée bille en tête, mon bâton à la main! Je pousse sur les jambes en cadence avec ma musique, et mes efforts payent. Je double pas mal de concurrents. Alors qu'on s'extirpe de la forêt, je calcule avoir repris 2 minutes en 15 minutes au groupe de 4 qui était devant moi. Bref, pour penser à autre chose que les jambes qui brulent, je pense "chiffre"!
On traverse un petit village, et je pensais qu'on était déjà au dernier ravitaillement. Grave erreur, il en reste un bout encore! Après 3h de montée à train soutenu, je commence un peu à piocher dans les alpages, mais je maintiens plus ou moins la distance avec mes compagnons trailers. Le 4ème ravitaillement est atteint en 13h41'14'': et là c'est sûr, je vais finir! Au moment de le réaliser, un frisson me parcours de la tête au pied! Je bois une Quezac en entier, et j'en prends une pour la route! Je repars au bout de 6 minutes, sans avoir vu mes collègues.
Il reste 15 bornes à ce moment là, et à une vitesse de 5.5 de moyenne, cela devrait rentrer avant la tombée de la nuit! Confiant. Las!!! Au bout de 2 km à peine, je me rends compte que mon camel est vide!!! Quelle erreur de ne pas l'avoir remplie! Il me reste 3/4 de bouteille de quezac pour finir, ça va être chaud!
Gros coup au moral à ce moment là, et je me mets à marcher pendant 3/4h. Deux coureurs qui avaient fait le plein au ravito me remplissent ma bouteille, mais cela ne suffit pas, je continue à marcher, me faisant doubler. Heureusement, j'avais calculé que même en marchant jusqu'à la fin, j'arriverai dans les délais, mais c'est rageant!
Et puis, un gars avait couru un bon kilomètre avec son fils pour l'encourager, une bouteille à la main, ils m'avaient doublé ensemble. Quand je l'ai vu faire demi tour, je la lui ai demandée, et grâce à ce geste, j'avais de quoi finir la course. Je m'arrête sur le bitume, remplis mon camel, mange un sandwich et repars en trottinant. Ouf, cet épisode ne m'a pas coupé les jambes! Bon, il est temps de remonter tout le monde, surtout qu'il doit y avoir quelques gus qui m'attendent à l'arrivée! C'est parti!
Je redouble à peu près tout le monde. Je monte à fond la dernière bosse, et je me demande comment je peux avoir encore autant de force après 90 bornes et 15h30 de courses? Au sommet, je ne m'arrête pas, je continue à courir. Et c'est la descente vers Nasbinals. A un carrefour, sur le bord de la route, j'entends, puis aperçois une dizaine de mecs, des larmes commencent à couler!
Je suis à bloc pour les 2 derniers kilomètres, j'ai l'impression que ce sont mes km les plus rapides de la course.
JP et Jerome m'escortent jusqu'à la fin. Un ultime coup de rein pour le sprint me fait gagner encore quelques places.
16h12'20'', 152ème mission accomplie.

Je suis essouflé après ces derniers efforts, mais mes jambes sont biens. Pas d'ampoules au pied, pas de douleurs aux articulations, des sensations inoubliables pour cet ultra de fou.

 

 

 

 

 

 

 

Bilan de la course: je pense avoir bien géré pour mon premier ultra. Pas parti trop vite, je me suis bien alimenté, alternant sucré et salé. J'ai pris le temps aux ravitaillements de me délasser, je n'ai pris aucun risque dans les descentes et je n'ai pas trop connu de moins biens. Seuls points noirs: la frontale et le loupé du dernier ravitaillement!
Merci à tout le monde, pour m'avoir, au fil de l'année, et ce weekend, permis d'arriver en confiance et de relever ce défis. Je sais que seul je n'y serai pas arrivé. Les entrainements, l'organisation du weekend, l'AG, le site internet, les encouragements. J'avais un peu de vous tous en moi sur cette course.
Mais maintenant, c'est le repos bien mérité!

Et mes temps de passages
3h17'16''
1h48'09'' -> 5h05'25''
4h34'42'' -> 9h39'42'' // 9h57'25''
4h01'31'' -> 13h41'14''
2h30'50'' -> 16h12'20''

2 commentaires

Commentaire de ema posté le 25-06-2011 à 17:09:00

pour un premier ultra, BRAVO.... tres belle gestion de course... finalement, le problème de la frontale, je dirais qu'il ta plutôt servi.. ça t'a empêcher de partir,trop vite..
encore Bravo...:)) et bonne recup maintenant..

--EMA--

Commentaire de dédé.a posté le 08-07-2011 à 22:17:13

OUI un grand bravo pour ce premier Ultra
j'admire ton exploit et ta perseverance
vraiment tu as gere ton parcours de bonne maniere
j'en ai vu arriver certains et ils portaient les tracesde leur fatigue sur leur visage
150° sur 211 arrivants et 108 abandons
pour ma part je n'ai fait que le 18km c'etait deja pas mal difficile
bon j'ai 73 ans, mais ce n'est pas une excuse

dede.a

PS si tu veux avoir l'integralite des classements tu vas sur " temps course espace dedie aux coureurs"
amicalement
amicalement

Il faut être connecté pour pouvoir poster un message.

Accueil - Haut de page - Version grand écran