Récit de la course : Courchevel Xtrail - 53 km 2010, par zwiling

L'auteur : zwiling

La course : Courchevel Xtrail - 53 km

Date : 8/8/2010

Lieu : Courchevel (Savoie)

Affichage : 1162 vues

Distance : 53km

Matos : Sac raid quecha de 17l, chaussures kalendji kapteren, Coupe Vent Quecha, Batons Quecha, T shirt compression Under Armour, Chaussettes Kalendji, Short sugoî, manchons compressions mollets + quadriceps de chez compressport, casquette raidlight, lunettes soleil décathlon

Objectif : Terminer

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Courchevel X Trail 2010

Mars 2010, je monte à Courchevel sur un weekend pour profiter des derniers jours d’ouverture de la station de mon cœur. 
La neige est toujours là, le soleil est haut dans le ciel et l’on prépare déjà la saison estivale. En effet, en marchant vers les télécabines des grangettes avec la démarche chaloupée du snowboarder bronzé qui s’la pète, je tombe nez à nez sur une affiche annonçant le Courchevel X Trail. Il s’agit d’un Trail de 53km et 4400m de D+ qui aura lieu en aout et qui est parrainé par une des icones du Trail : Le népalais Dawa Sherpa. 
Cette journée sera ma dernière journée de snow de la saison mais j’ai pourtant le cœur léger. Je n’ai pas le cafard habituel car je sais que je reviendrai bientôt : c’est décidé le 8 aout, je serai au départ du 2ème Courchevel X Trail.

En rentrant à St Pierre, je m’inscris pour ce Trail et quelques mois plus tard, en naviguant sur kikourou (Forum de la plus grosse communauté francophone de coureurs sur internet : www.kikourou.net) je tombe sur quelques coureurs à la recherche d’un hébergement. Je leur propose aussitôt de les loger dans le studio familial, ce qu’ils acceptent volontiers (Insigma et Yannick74).
Le Trail est un sport naissant et la communauté des fou dingues amateurs de dénivelé reste finalement encore une grande famille. Je suis content de savoir que je pourrai partager ce weekend avec d’autres.
 

7 Aout 2010, Nous venons de rentrer de quelques jours au Pouliguen. Je range mes tongs, mon diabolo et mon maillot de bain et je jette dans le coffre de la Papamobile sac à dos et bâtons pour prendre ensuite la route en direction les Alpes.

En arrivant à Courchevel, je m’arrête au Praz (Courchevel 1350) pour me rendre sur le ‘village’ installé au pied des tremplins olympiques. Il est assez impressionnant avec plusieurs grandes tentes dont une abritant une dizaine de stands d’équipementiers de course à pied. 
De nombreuses courses étaient au programme aujourd’hui (les ‘Courch’à Pieds’) et visiblement elles ont rencontrés beaucoup de succès car le parking est plein. Je retire mon dossard et mon T-Shirt qui est … tout rouge … exactement comme celui que j’ai eu un mois plus tôt sur le Marathon du Mont Blanc :o(. 
A part ça il est plutôt sympa. La marque c’est Odlo, une marque norvégienne initialement spécialisée sur les équipements de ski de fond mais qui s’est ouvert à d’autres sports nature.

Je monte ensuite au studio à Courchevel 1550 et j’ai la bonne surprise de voir que la station est beaucoup plus vivante en aout que ce que j’avais vu il y a 6 ans quand nous étions venus y passer quelques jours à la même époque. Il n’y a d’ailleurs pas trop de places de libre dans la rue mais les parking souterrains sont gratuit en été (je n’aurai jamais pensé pouvoir écrire un jour les mots ‘Courchevel’ et ‘Gratuit’ dans la même phrase ;o) ).

Je m’installe dans le studio et mes invités ne tardent pas à arriver. Il y a Stan, Vaness et Yannick.
Nous mangeons en discutant de la course du lendemain. Je découvre que j’ai à peu près les mêmes objectifs que Stan, c'est-à-dire finir vivant en environ 10h. Yannick, quand à lui, a beaucoup plus d’expérience sur ce type de course (et aussi plus de talent pour le trail visiblement) et vise 7 ou 8h.

On prépare nos affaires pour le lendemain matin et on se couche avec les poules (à 20h15) et j’essaie de me rappeler, sans y arriver, de la dernière fois ou je me suis couché si tôt. Honnêtement ça devait être il y a plus de 10 ans ;o)

A 3h15 c’est le réveil des braves. On s’habille avec ces vêtements de trail si spécifiques qui rendent jaloux ceux qui savent et font rire les autres, malheureusement plus nombreux… On mange un morceau et on descend en voiture aux tremplins du Praz.

Il est 4h, les coureurs arrivent les uns après les autres. A cette heure bien matinale on a aucun mal à se garer sur le parking désert. 
Il ne fait pas bien chaud pour un moi d’aout, 12-15 degré peut-être mais je m’attendais à encore pire. Je suis en short et en T-shirt avec mes brassières de vélo. La sono crache déjà de la musique à fond et le speaker semble beaucoup plus réveillé que nous. Il y a pas mal de tentes dans le pré situé en contrebas du Parking et on a une petite pensée pour les pauvres campeurs qui sont inscrits sur le 30km (dont le départ est fixé à 7h30) et qui tentent de dormir malgré tout ce vacarme.

On prend un petit café au ravito d’avant course et à 4h20 on nous fait entrer dans le sas du départ. Le peloton est très modeste, à peine plus de 150 personnes sur environ 180 inscrits. C’est modeste mais c’est 2 fois plus que l’an dernier ou ce trail n’avait attiré que 80 personnes. Vu le parcours et les moyens mis en place par l’organisation ce trail mérite plus de monde et je suis sur que dans les années qui viennent il finira par attirer 500 personnes.
Nous sommes plusieurs kikourous et j’arbore aussi fièrement l’écuisson du Team Raidlight sur mon sac. Je regarde autour de moi mais je ne vois personne qui est visiblement du Team.
Il y a pas mal de coureurs italiens car ce trail est jumelé avec un autre X Trail qui a eu lieu un mois auparavant dans la station italienne de Cervisio. Ces deux courses forment le challenge X Trail. L’an prochain une troisième course viendra rejoindre ce challenge et elle aura lieu dans la station suisse de Cran Montana.
On écoute le speech de l’organisateur qui est ensuite traduit en italien et à 4h30 précises le départ est donné. On commence par monter le long des tremplins sur une piste bordées de flambeaux, sous la musique de la sono, c’est pas mal du tout, ça donne la chair de poule.
On se retrouve ensuite sur un chemin dans le bois au dessus du Praz et on entend encore la sono comme si on y était toujours. Si nous n’étions pas concentrés sur nos pas on aurait encore une pensée pour les pauvres victimes de tapage nocturne.

Le peloton est toujours bien groupé. Yannick est devant, j’ai distancé Stan de quelque mètres, je suis dans la première partie et le ballets des lampes frontales dans la forêt est magnifique. Tout à coup je vois une lampe qui se retourne vers moi, puis deux, puis trois. C’est bientôt une trentaine de lucioles qui me regardent et qui grossissent à vue d’œil. Je comprends alors que les coureurs de tête se sont trompés de route au dernier croisement, entrainant la totalité des participants sur un mauvais chemin. Surpris et amusé, je m’arrête aussitôt et je fais demi-tour, comme tout le troupeau de mout… heu non de coureurs. C’est une situation très cocasse et complètement inhabituelle, y compris pour les meilleurs qui doivent du coup redoubler tout le peloton, ce qu’ils font comme ils peuvent car le chemin n’est pas si large. Dawa plaisante en passant : ‘Je n’ai jamais doublé autant de monde sur une course’ ironise celui qui a l’habitude de faire toutes ses courses seul en tête. Je décide de ne pas faire d’effort pour me repositionner rapidement et je garde ma place, je suis donc désormais dans la deuxième partie du groupe. La course est longue et je reviendrai donc naturellement à la place qui est la mienne. De plus, n’aillant jamais fait de course avec autant de dénivelé et autant de km en altitude, je ne suis pas du tout sûr de mériter une place dans la première moitié du groupe. Du coup Stan est passé devant moi sans que je m’en rende compte.

Je reste donc à ma place, doublant gentiment quelques coureurs mais en faisant attention à ne pas trop forcer pour ne pas me mettre dans le rouge dès le début. Par rapport à d’autres ma lampe n’est pas très puissante donc je cherche à courir en groupe, si possible avec des coureurs fortunés pour profiter de l’abondante lumière diffusée par leur dernier cadeau de Noël. La semaine dernière je m’étais posé la question d’acheter de nouvelles piles mais je ne l’ai finalement pas fait en pariant sur le fait que l’on n’aurait pas à courir trop longtemps de nuit. 
Effectivement, à partir de 5h30, le jour commence à percer et je vois de mieux en mieux et ça tombe bien car ma frontale vient de clignoter 2 fois, signe que les piles sont bientôt vides.

Nous sommes dans la montée vers le col de la Loze. Je pensais qu’on allait passer plus prêt de Courchevel 1850 mais en fait on passe bien à droite. On passe aussi un peu sur quelques chemins forestiers (ou piste de ski de fond) et on peut donc courir par endroit mais globalement on court déjà peu. On accède au col par le vallon qui permet en hiver de descendre sur la Tania. Pour le moment on a pas du tout couru sur des pistes de ski et c’est un petit exploit de la part des organisateurs tellement la vallée de Courchevel est ‘tracée’. Belle performance. Du coup ça me permet de découvrir ma vallée sous un nouveau visage. J’ai beau connaitre le domaine par cœur en hiver, j’ai toutes les peines du monde à me situer et je suis presque surpris en voyant déjà apparaitre l’altibar du col de la Loze à l’issue d’une montée bien raide dans les bruyères. Et pourtant il s’agit d’un de mes ‘spots’ de hors piste en hiver.
Cette année je fais cette course en mode ‘découverte’. Etant complètement néophyte sur ces courses de type alpin je n’ai pas osé me fixer de véritable objectif horaire. Le seul objectif c’est de découvrir ce type de tracé très technique, de voir comment mon corps réagit, d’en prendre plein les yeux et plein la carte mémoire tout en passant une bonne journée dans ma montagne. 
L’objectif sera rempli à 200% et même en y allant ‘mollo’ par endroit et en agrémentant le trajet de nombreuses pause photos, je vais quand même beaucoup souffrir dans les montées. Et cela commence dès cette montée au col de la Loze. Dans toute la première partie de la course j’ai globalement doublé beaucoup plus de monde que l’inverse mais dans le final de cette côte, je dois laisser passer un groupe. Je suis déjà arrivé à mes limites et les coureurs qui m’entourent au Ravitaillement 1 (situé au col à 2274m) seront globalement ceux avec qui je vais faire le reste du voyage. J’y arrive vers 6h20 donc après 1h50 de course. Au ravitaillement il y a du thé ! J’en prends un verre avec plaisir car même s’il fait jour désormais, il faut encore bien frais. Je fais aussi une pause pipi, signe que jusqu’à présent je me suis bien hydraté et je me change : j’enlève mes brassières et ma frontale et je mets ma casquette ‘Team Raidlight’ et mon coupe vent car il y a un peu de vent et pas mal de nuages à l’horizon (qui nous gâchent d’ailleurs en partie le lever du soleil mais la lumière reste très belle).
On redémarre en attaquant le rocher de la Loze (2526m). Là encore on évite les pistes car c’est un sommet difficilement accessible en hiver même si on voit de temps en temps des skieurs monter à l’assaut de ce sommet en peau de phoque. C’est donc une grande première pour moi que de monter là haut. J’ai fait une bonne pause mais je ne fais pas le fanfaron dans la montée car elle est corsée. En haut le paysage est magnifique. Je fais une petite pause photo. J’en ferai de nombreuses sur tout le parcours : j’ai pris 45 photos au total, m’arrêtant uniquement parce que la carte mémoire de mon téléphone était pleine (Galerie Picasa : http://picasaweb.google.fr/fabien.enon/CourchevelXTrail?feat=directlink).
La descente est sur un chemin en lacet sans trop de cailloux mais je ne peux pas trop me lâcher car on est nombreux donc on se suit. On file ensuite sur la gauche pour rejoindre l’arrivée des télécabines des Chenus et filer droit dans la légendaire piste du ‘Lac Bleu’ on tourne à droite à mi piste pour se lancer dans une longue traversée de tout le vallon, ce qui nous amène dans la combe de Saulire que l’on traverse pour monter à la Vizelle.
J’enlève mon coupe vent car le soleil commence à faire son apparition. Ce sera la seul passage de la course sur des pistes de ski mais à cet endroit c’était vraiment inévitable. Et pour un enfant de la station comme moi, c’est sympa de marcher sur des lieux connu, de surplomber l’altiport de montée à pied à des lieux que je rejoins habituellement en télécabines.

J’arrive au ravitaillement 2 (La Vizelle, 2659m) à 7h55 donc après 3h25 de course. Je commence à me jeter sur les tranches de saucisson et le fromage. Pendant tout la course je me suis alimenté avec des gels entre les ravitaillements et plutôt avec du salé à chaque ravito. Le saucisson n’a rien d’un aliment de sportif me direz vous. Pas faux. Et la tomme encore moins. Je le conçois. Cela m’a toutefois permis de ne pas être dégouté des gels à la fin de la course comme ce fut le cas sur le Trail du Pilat ou le Marathon du Mont Blanc. La clef du succès sur les trails longs, c’est de manger ce qu’on aime car ce sont des courses qui se finissent au moral et le moral dans un peloton de coureur, c’est comme à l’armée, il tient en grande partie à ce qu’on a dans sa gamelle. J’en profite également pour compléter mon camel back.
Au R2 (je ne veux pas parler du robot hollywoodien qui a bercé votre enfance mais du Ravitaillement 2), je remets mon coupe vent car le soleil se cache à nouveau et un assez long passage en altitude nous attend pour rejoindre le col du fruit (2516m).
 
On descend vers le haut de la piste des creux et on reste sur la crête pour rejoindre le haut du télésiège des creux noirs. C’est notre lieu favori de pique nique en hiver et on y rarement seuls mais en été, à 8h du mat, il n’y a pas foule ;o)

On s’engage sur la crête qui nous mène au col du fruit. Sur plusieurs points délicats de cette crête il y a des gens de l’organisation qui veille à ce que tout se passe bien. Chapeau car c’est pas évident de passer la journée en plein vent à 2500m d’altitude !
On attaque une descente sinueuse, assez roulante mais bien technique car pentue et elle s’avère interminable.
Sur le tracé j’avais repéré qu’on passait derrière l’aiguille du fruit mais ce que n’avais pas compris c’est qu’on passait dans le fond du vallon du même nom. 
Depuis le col c’est donc un dénivelé négatif de -500m qu’il nous faut absorber en quelques kilomètres uniquement pour descendre en bas du vallon du fruit.

Nous sommes désormais dans le par national de la Vanoise. Je discute un peu avec un concurrent qui était plutôt plus à l’aise que moi dans la montée mais qui trouve, à juste titre, cette descente bien longue. Il me demande si on est dans le temps pour la barrière horaire du ravitaillement 3 fixée à 11h30, ce à quoi je lui réponds : « oui oui bien sûr, pas de souci ». 
La suite de la course me montrera que j’étais un peu présomptueux. En effet, depuis que je fais du trail, je n’ai jamais eu à m’inquiéter des barrières horaires car si mon niveau ne me permet pas de finir dans la tête de course, il me permet quand même de me classer quasiment toujours dans la première moitié des participants et donc de passer largement les barrières horaires. De plus, on avait mis moins de 2h entre le départ et R1 et entre R1 et R2. Je me disais donc naïvement qu’on allait mettre, 2h, 2h30 maximum entre R2 et R3. Quel petit naïf j’étais! Je finis donc pas passer ce compagnon pessimiste et je finis la descente sur un bon rythme.
 
Arrivé en bas on traverse un torrent et un chemin bien large de fond de vallée nous remonte jusqu’au refuge de saut (2130m). 
Dans ce fond de vallée, on peut trottiner. Ou plutôt il serait logique de trottiner sur ce type de chemin… donc on se force… et on finit par y arriver un peu ;o)
Le paysage est magnifique et complètement nouveau pour moi car en hiver on ne peut pas du tout accéder à cette vallée autrement qu’en ski de randonnée.
J’enlève à nouveau mon coupe vent car le soleil est revenu et ne repartira plus.
On traverse un troupeau de vaches qui se déplace à peine pour nous laisser passer, habituées semble-t-il à ce que des humanoïdes à 4 pieds viennent les perturber au milieu de leur séance de mastication quotidienne.

Arrivés au refuge on entame un montée bien raide qui va nous tout d’abord au col de Chanrouge (2531m) puis au col du rateau (qui comme son nom l’indique est un très mauvais endroit pour un RDV galant). Ce col culmine à 2689m et c’est le sommet du parcours.
La montée n’est pas facile et j’accuse le coup. J’avance vraiment à 2 à l’heure (au sens propre ;o) ) et je laisse passer plusieurs de mes compagnons de route. On arrive ensuite dans des éboulis assez acérés ou la progression devient vraiment difficile.

Il commence même à y avoir de la neige par endroit. Je multiplie les pauses photos, d’autant plus que je me rends compte que j’avais oublié de faire le ménage sur ma carte mémoire et mon téléphone me demande de supprimer d’anciennes photos pour pouvoir en prendre de nouvelles. Le temps passe et je me rends compte qu’il était complètement ridicule d’espérer faire en 2h la distance entre R2 et R3 je révise donc mon pronostic à 2h30.
J’arrive finalement au col du rateau à 9h30 et je découvre avec horreur qu’il reste encore 30 min de descente avant d’arriver au ravitaillement 3…. Le col est dans les éboulis et de l’autre côté de celui-ci il y a un grand névé que le bénévole situé au col (il avait du perdre à la courte paille lui car il a récupéré le poste le plus haut de tout le parcours) me conseille de faire sur les fesses.
Je regarde le participant devant moi tenter de le descendre dignement sur les jambes et malgré ses bâtons il se vautre lamentablement à mi parcours. Sous la neige les rochers sont assez coupants et comme je ne connais pas la taille de la couche de neige, je préfère éviter une lourde chute et suivre les conseils du bénévole. Je descends donc le névé en mode ‘shlitte’ comme on dit dans les vosges. C’est donc trempé … mais indemne que j’arrive en bas.

J’arrive finalement au ravitaillement 3 à 11H00 soit 3h après avoir quitté le R2 et seulement 30min avant la barrière horaire… Il est situé au lieu dit ‘Petite Val’ (2235m). J’y fais une véritable pause et je remplis complètement mon camel back car il n’y a aucun point d’eau entre le R3 et le R4.
A ce ravitaillement on retrouve des participants du 30km qui vont parcourir la suite du parcours avec nous. Il est sympa finalement le parcours du 30, je me dis que l’an prochain, je reviendrai peut-être sur le petit parcours plutôt ;o)

Je suis maintenant bien cassé et je n’en mène pas large dans la montée au col de grande pierre (2403m). Nous sommes toujours dans la Vanoise et on voit Courchevel 1650 de l’autre côté des avals. C’est marrant, d’habitude, c’est l’inverse.
J’arrive tant bien que mal au sommet du col ou un bénévole a installé une longue vue sur un trépied et me montre un bouquetin, sympa.
La crête qui s’annonce est de toute beauté et ça me redonne de l’énergie. Il s’agit de la crête du mont Charvet qui est l’atout numéro 1 de ce trail. Et elle peut !
C’est un chemin de crête avec une pente bien abrupte à droite et à chaud et rien que ça c’est déjà super beau. Mais la cerise sur le gâteau c’est que cette crête est criblée de plein de petits cratère remplis de végétation entre lesquels le chemin serpente. Ca rend le chemin très ludique (et également assez dangereux car il est souvent très étroit et les cratères sont plutôt profonds). On retrouve ce type de structure géologique sur toute la crête jusqu’au sommet de la dent du Villard. Cette crête descend au col de la Dent (2140m) puis au col de la Chal (2069m) où l’on quitte les concurrents du 30km pour ensuite remonter en sous bois vers la Dent du Villard (2284m). Sur toute la fin on est dans la forêt mais il y a quand même toujours des cratères, ce chemin ne ressemble vraiment à aucun autre que je connaisse et à lui seul il vaut le détour.

Au début de la course je m’étais dit que c’était peut-être jouable de boucler les 53km en 9h quand même. Maintenant il n’en n’est plus question et l’objectif officieux est plutôt de 10h.
J’arrive en haut du sommet de la Dent du Villard au bout de 9h de course et la bénévole qui est en haut m’annonce 4km de descente jusqu’au R4 (que je sais super raide) plus 6 km jusqu’à l’arrivée.
Ca fait 10km. Pour arriver en en moins de 10h, il faut donc que je fasse du 10km/h et que je zappe le R4. Avec 9h de course dans les jambes c’est un beau challenge, un peu trop beau peut-être même mais ça se tente. 
Je me lance donc dans la descente en essayant de courir au maximum. Je croise pas mal de randonneurs qui me laisse bien passer. Merci à eux !
Mais que cette descente est longue… Elle doit m’amener au niveau du lac de la Rosières à 1534m donc ça fait pas moins de 750m de D- à s’enfiler sur 4 ou 5 km …
J’aperçois ce lac de temps en temps, mais il est toujours aussi bas…
J’espérais pouvoir faire la descente en 20min mais au final il me faudra plus de 30 min pour attendre le R4. J’y prends juste un verre et quelques bricoles à manger et je repars. 
La suite du parcours est constituée d’un chemin assez roulant,  en pente douce, alors j’allonge la foulée, doublant quelques compagnons qui n’arrivent même plus à trottiner. Je vois un panneau m’indiquant l’arrivée à 5km, il me reste 25 min alors je me dis que si le chemin continue comme ça c’est peut-être jouable. J’allonge la foulée et moins de 5min plus tard, je crois le panneau indiquant l’arrivée à 4km. Nickel !
Je continue mon effort et je finis pas arriver devant une petite montée. Et zut ! Si cela ne fait pas que descendre jusqu’au Praz, alors c’est mort pour les 10h. Je me refixe un nouvel objectif à 10H10, ça sonne bien comme temps non ?
J’arrive en bas d’une nouvelle montée ou je rejoins un coureur qui se retourne et qui engage la conversation. Il est beaucoup plus entamé que moi et visiblement il a besoin de parler. Je met donc à nouveau de côté mon objectif et je fais le chemin avec lui. Il est actuellement en vacances dans une station voisine ou il a laissé femmes et enfants en leur disant qu’il serait de retour en milieu d’après midi, c’est un petit naïf lui aussi…
Le chemin redevient plat alors on essaie de se remettre à courir. J’y arrive sans souci mais pas lui, je lui souhaite donc une bonne fin de course et je reprends la mienne. Cela fait un peu plus de 10h que je cours. Je me fixe désormais 10h15 et j’avance du plus vite possible. A l’arrivée dans le village du Praz je double une concurrente du 30km qui a aussi envie de parler. Je ralentis un peu pou discuter car c’est ça aussi les charmes du trail, et je re-accélère quand je prends congé. Il y a pas mal de touristes qui nous encourage quand on passe au bord du lac du Praz, ça fait plaisir. L’arche d’arrivée est en vue, je passe en dessous, sourire aux lèvres au bout de 10h16 de course. Je reprends mon souffle et accueille un des coureurs avec lequel on s’est doublé plusieurs fois pendant la course. On parle un peu et j’apprends qu’il habite un village à quelques kilomètres de Saint Pierre La Palud !! J’appelle ensuite Stan pour savoir ou il est. Il est à la pasta party depuis peu car il a finit en 10h15, soit juste une minute devant moi !
On ne s’est pas vu de la course et s’il y avait eu un km de plus on finissait main dans la main, c’est marrant.
Yannick nous appellera plus tard mais il n’est déjà plus là, Arrivé depuis quasiment 2 heures (il a mis 8h20 pour boucler les 53kms), il a donc déjà repris la route pour Annecy.

Standing de Courchevel oblige, la pasta party n’est pas organisée par des bénévoles mais par un véritable traiteur. Ca fait plaisir d’être chouchouté ;o) J’y retrouve Stan et Vaness ainsi qu’un autre Kikourou et on ‘refait le match’ en savourant ce repas bien mérité, sauf stan qui n’est pas vraiment ‘dans son assiette’ (au sens propre comme au sens figuré). Maintenant que le stress de la course l’a quitté, il se sent assez mal et finira même par presque s’évanouir. Il s’en remettra finalement assez vite en restant allongé un peu et en prenant du sucre. J’avais vécu exactement le même genre de mésaventure après l’arrivée de la Saintélyon l’an passé. Pendant que Stan est en train de ‘mourir’ dans les bras de sa femme et entourés de soigneurs, je regarde lâchement et honteusement la remise des prix et on a droit à un invité de marque. En effet, le grand,  l’immense, le génialissime, the wonderfull, dass wunderbar, el magnifico Nelson Montfort était de passage à Courchevel cette semaine là pour une compétition de golf et il s’est pris d’admiration pour Dawa Sherpa en regardant le film qui retrace sa vie. Il a donc gentiment accepté de venir remettre les médailles ce qui déclenche des applaudissements nourris dans la salle. Dans le petit monde du trail on a pas vraiment l’habitude d’accueillir les peoples et notre ami Nelson volerait presque la vedette aux vainqueurs. On a beau insisté lourdement : ‘Nelson, en anglais ! Nelson en anglais !’ Il va se limiter au français et ne va malheureusement pas jongler entre la langue de Molière à celle de Shakespeare avec la virtuosité et l’inventivité qui a fait sa légende.
En revanche il nous livre quand même une belle envolée lyrique ‘à la Nelson’ quand vient le moment d’annoncer le vainqueur du jour, le grand, le beau, le fort Dawa Sherpa.

Après ce beau moment de partage et de franche rigolade on remonte à l’appartement pour prendre une douche et revenir se faire masser. Une fois en haut on traine un peu et quand on revient sur le site les masseurs sont en train de remballer leur stand, tant pis, on ne peut pas à la fois sprinter dans la montagne et sous la douche, faut bien se reposer aussi de temps en temps non ? ;o)

Je quitte donc Vaness et Stan mes compagnons du weekend, ravis d’avoir fait leur connaissance. Le petit monde du trail est décidément une grande famille pleine de gens sympathiques.

Je prends moi aussi le chemin du retour. Mes courbatures attendront poliment le lendemain pour apparaitre ce qui me permettra de rentrer sur Lyon sans souci pour y retrouver ma petite famille. Les courbatures se réveilleront le lendemain de manière assez violente et il me faudra ensuite 3 jours pour arriver à marcher à nouveau normalement. Cette course était vraiment magnifique et je reviendrai mieux préparé l’an prochain pour la faire un peu plus rapidement…si mes courbatures sont parties d’ici là ;o)

A bientôt

Fabien

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