Récit de la course : Trail Verbier St-Bernard 2010, par map-o-spread

L'auteur : map-o-spread

La course : Trail Verbier St-Bernard

Date : 3/7/2010

Lieu : Verbier (Suisse)

Affichage : 1180 vues

Distance : 110km

Matos : sac olmo 5l, manchons et quad compressport, chaussures adistar raven

Objectif : Terminer

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la Boucle

Une fois n'est pas coutume, j'ai envie de pondre un CR...

La Boucle, 110kms, et 6900m D+, mon 2ème +100kms, après l'utmb 2009. Je me suis inscrit courant mai, après quelques hésitations. Peu de temps après, je me suis fais une entorse qui m'a privé d'entrainement pendant plus de 2 semaines et demi. C'est donc pas vraiment à 100% que j'abordes cet ultra. Ma plus grosse sortie remonte à 2 semaines, 5h15, et 2200m D+, j'ai fini sur les genoux. Comment je vais faire pour faire 3 fois un truc comme ça ?

J'espères que l'expérience que j'ai acquis depuis 2-3 ans me servira, et je gardes dans un coin de ma tête que le corps à -la mémoire de l'effort-

On arrive à Verbier vendredi en fin d'après midi pour récupérer le dossard; il pleut des cordes, de grosses bourrasques commençent à faire tomber les tentes... dossard ok, controle du sac fait en 30''. Quelques mots échangés avec Patrick Bohard, que j'avais rencontré à Besançon lors du Trail des Forts. Je lui souhaites bonne chance. Je récupères quelques gels avec Nicolas qui est en train de plier son stand, et on redescend sur Le Chable. Direction le Camp de Base. Mon voisin de chambre n'est autre que Seb Chaigneau, décidément... Je vais manger un morçeau avec ma femme et ma fille, et après un petit bisou, je vais dormir, au son des vuvuzelas...

 

3h00, H-2. Petit déj avec quelques participants de La Boucle, dont Bohard, Chaigneau. On est entre favoris, quoi .Nico me prend au passage, et on monte au départ. Il a l'air de se sentir pas mal.

5h00, le départ est donné. On pars sur le bitume avant de s'élever vers la Pierre Avoi. Le jour se lève, les frontales sont restées dans le sac. On monte en file indienne, à un rythme très correct, si bien qu'au bour d'une heure, je suis déjà trempé... on redescend sur le col de la croix de coeur; je passes en 1h40, 123ème. Passage près des Etablons, et on rejoint le Bisse de Saxon. C'est un bisses, c'est assez plat, donc pas pour moi... il y a un V3 devant moi, avec des mollets de jeunot de 25 ans, et je ne le doubles pas... Dans la descente du Levron, je discutes avec un haut savoyrd, très sympa. On suit quelques coureurs, et au bout d'un moment, demi-tour, on a loupé une balise... là, premier p'tit coup sur la tête, les jambes commençent à mollir, pas bon! je marches un peu, j'essayes de repartir, mais ce n'est pas trop ça. J'arrives au ravito de Sembrancher en 3h55, 151ème (preuve que je ne suis pas très bien, là...). Je manges un petit truc et repars pour l'étape suivante, Champex; le sentier s'élève gentiment; on est à l'ombre, ça fait du bien, car le soleil tape dur, on est pas loin des 30°C. La montée sur Champex se fait à un petit rythme, je n'arrives pas à me caler sur d'autres coureurs. Je repasses mon V3, qui n'a pas l'air au mieux. 10' plus tard, j'entends comme un souffle de locomotive derrière moi: il arrive comme une flèche, et nous dépose là . J'ai du mal à penser, là...

Champex, 5h37 de course, 156ème. Des enfants tiennent le ravitos, sympa. Je ne traine pas, et m'engage sur le sentier de l'utmb, à l'envers cette fois. ça va pas trop mal jusqu'à Issert, et là, de nouveau du moins bien, et ça va durer jusqu'à La Fouly... je m'arrêtes sur un banc, et j'enlèves mes Quad. On verra bien si ça va mieux. Aie aie aie, c'est encore pire, j'ai les cuisses toutes molles, ça part dans tous les sens, je n'ai même plus de jus pour courir à plat .

La Fouly, enfin. Au fond du Val Ferret, le ciel est noir, ça tonne. Je me dis qu'ils vont peut être arrêter la course plutôt que de nous envoyer là-bas. Au fond, ça ne me dérangerait pas, je n'ai pas de jambes... je prends mon sac "d'assistance" et je me changes; je remets les Quad, et je changes les chaussures. Je commençes à avoir un frottement avec celles ci, alors je fais quitte ou double, je mets une paire que j'ai acheté 2 jours plus tôt et que je n'ai jamais mises (au final, choix très concluant !!). Je me restaures un peu, bouillon, fromage, saucisse, et je repars en direction du Col de Fenêtre. En montant les lacets en direction de l'Arpalle, je téléphones à Isa; ça me remonte un peu le moral; elle m'apprend que Nico est dans les 10! il est parti comme une balle, faut espèrer qu'il ne soit pas parti trop vite. Il a plu, le sentier devient boueux, limite bourbier; Ben oui, je suis pas le premier à passer par là aujourd'hui lol. On arrive aux Ars-Dessus et on passe à l'alpage de Plan-la-chaux. Des souvenirs remontent. J'ai travaillé ici pendant 2 étés, il y a maintenant 10 ans. Pas le temps d'être nostalgique, la montée vers le Col de Fenêtre est là. Il faut monter à près de 2700m. La montée se passe plutot pas mal jusqu'aux lacs. Ert là, spectacle magnifique, c'est encore tout enneigé. Le ravito des spectateurs est parti, fallait aller plus vite!  Le dernier bout se fera donc dans la neige, pas facile. Je m'arrêtes quelques minutes, histoire de manger un truc. J'arrives au col, il est 16h18, 11h18 de course déjà. Le photographe est lui aussi parti... je jette un coup d'oeil sur le panorama, et je plonges sur le col du saint bernard. ça se passe pas trop mal. On traverse la route, de nouveau dans la neige. Le col est là. Pas mal de monde je trouves, avec le temps qu'il fait (bon, ce sont des touristes, ils ne sont pas là pour nous non plus...). Je prends un bouillon et m'engages vers le Col des Chevaux. 2 coureurs devant moi, je les suis, ça me changera que d'être tout seul. Il commence à bien pleuvoir. Je mets la veste et finis l'ascencion tout seul. Je bascules dans la descente vers Bourg-St-Pierre, et là l'horreur commence!!! il grêle fort, c'est super glissant, les névès ne sont que peu ou pas assurés, ça devient très chaud! quelques glissades sur le 1er névé. Le 2ème à passer est énorme, et je ne me sens pas du tout à descendre sur les fesses. J'ai les doigts tous gelés, ils sont blancs. Je prends l'option de descendre un bout à côté du névé, dans le pierrier. Au moment de rejoindre le névé, je glisses et m'étales dans éles cailloux, je tapes le coude. P..... , ça fait mal. Je regardes en bas, il y a quelques coureurs. Juste la pensée que cela devient un peu dangereux et que c'est un peu chacun pour soi... Des rochers tombent de la falaise. On va pas trop trainer. Le chemin n'existe plus trop, c'est marécageux... Il faut passer le torrent; impossible, il est beaucoup trop fort. Tant pis, ce sera droit en bas, à travers les rochers et les myrtilles. J'arrives finalement à retrouver une rubalise, et c'est reparti. Je fais un petit bout de chemin avec un autre coureur. Il y en a 3 autres devant nous. On rattrappe le bon chemin. Je me sens bien maintenant. La pluie m'a enlevé la fatigue, ou bien est ce l'adrénaline de la descente? je ne réfléchis pas trop, et je cours. Les gars devant moi n'ont pas l'air spécialement rassurés en croisant des hérens. ça me fait sourire mais je les comprends.

Bourg-st-pierre, 19h51, 14h51 de course, je suis 120ème. Je changes de vêtements, je me réchauffes et manges bien; je repars à 20h13. Le ciel est à présent dégagé, et il commence à faire chaud en montant sur Boveire d'en bas.Je montes régulier, ça va. A Boveire, je prends un gel, direction la cabane de Mille par l'alpage du Coeur. Encore des souvenirs qui remontent: mon premier alpage, en 1997... ça ne monte plus beaucoup, la nuit commence à tomber, mais je continues à marcher, je préfères m'économiser; on n'est pas encore arrivés... 22h10, je sors la frontale, discute 2' avec un coureur, et on repart. On voit la cabane de Mille de l'autre côté. 45' je penses. Le temps de m'asseoir pour prendre un gel. Je n'aurais pas été accompagné très longtemps. Je m'y habitues, c'est comme ça depuis un sacré bout de temps.

Cabane Mille, il est 23h00. Je grignotes quelques biscuits, une madeleine, et de la mangue séché (mummm), avec du bouillon. Je plaisantes un moment avec les bénévoles, très sympas, et j'entames l'avant dernière descente, direction Lourtier. ça va être très très long... plus de 2h30... je paumes un moment le balisage. Il faut repasser des rivières; les pieds étaient enfin secs, sympa... Je n'aime pas du tout cette portion. Un petit coup de tél à Isa, elle me souhaite du courage pour la fin. Je raccroches. 2' plus tard, le natel qui sonne. Allo? c'est Marc, qui m'appelle depuis Québec! il suit le live avec Brigitte. Ils m'encouragent, ça fait chaud au coeur. Marc, c'est quelqu'un d'extra (même s'il est policier ), un super coureur, c'est aussi le parrain de ma fille, Yuna. ça fait du bien, ça donne du courage pour la fin.

 Lourtier, enfin. On en est au 99ème kilomètre. Je m'allonges sur un banc. ça ne va plus très fort. Dans ces moments là, on se demande juste ce que l'on fait là, et pourquoi on fait ça. Je n'ai pas encore trouvé de réponse, alors je continues à chercher!!! Encore du bouillon, du pain-fromage-saucisse. ça passe bien, je suis prêt pour la dernière montée. Je pars seul, le type avec qui je discutais depuis 10' veut abandonner. Je passes au pointage, il y a 5-6 bénévoles; " ca va?" me demande la dame. Je la regardes, je lui dis que non. Elle fais des grands yeux "vous voulez abandonner?". "Non, non". "Alors, ça va pas si mal me dis un autre". On rigole un peu. ça pourrait être pire, alors j'y vais.

Pour monter à La chaux, il n'y a que 4,88kms (c'est précis, ça, merci le road book), mais aussi et surtout 1120m de D+. C'est donc un mur!!! Je prends un rythme régulier, et je montes à 600m/h. ça passe bien. Au bout d'1h15, je vois des frontales devant moi. Je doubles. Une petite lumière à l'autre bout, l'ultime ravito, celui de l'alpage de La Chaux. Le sentier est plat, en monotrace. Je pourrais courir, mais je préfères marcher d'un bon pas. A gauche, ça à l'air raide, et j'ai peur de ne plus avoir assez de lucidité pour trottiner . Finalement, cette dernière grosse montée est très digeste ;-)

 

La Chaux. Il est près de 4h00 du matin. 23h00 de course. Il fait froid, la bise souffle. Les 3 bénévoles se sont allumés un petit feu. Je prends un coca et pars sur Verbier. Au sortir du ravito, le sol est jonché de gobelets plastiques!!! sympa l'esprit nature de certains cons!!! Après un peu de plat, on commence la descente. Plus le temps de réfléchir, je laches ce qu'il me reste de chevaux. De toute façon, j'aurais mal aux jambes demain, alors... On est dans la forêt, j'aime bien. Je doubles beaucoup de monde, surtout des gens de la Traversée. On peut voir les lumières de Verbier plus bas, ça motive, j'essaies d'accélérer. Je ne vais pas arriver pour 5h00. Tant pis. Le chemin remonte un peu, et redescend.

J'entres dans Verbier. Le jour se lève. 3 personnes dans les rues. Je doubles 2 concurrents et j'arrives, enfin. Il est 5h21. 20' qu'ils n'avaient vu un arrivant. Temps final, 24h21. 85ème. On sera 159 à finir. Sur 305 au départ. Nico a fini 8ème, je suis bluffé, et très content pour lui. Il m'impressionnes.

Direction la douche (chaude, mummm), et le massage. j'ai essayé de dormir un peu en salle de repos, mais certains n'ont pas l'air de savoir le sens de ces mots (monsieur qui a amené sa copine, ils chuchotent, se font des petits becs...) je prends mes affaires, je préfère partir. Un bon plat de pates et une bière à 10h00, ça le fait bien!)

 

J'ai pensé plusieurs fois à des mots d'Agassi, dans sa biographie. "que tout cela finisse" "je ne suis pas prêt pour que cela finisse". C'est exactement ce que l'on pense à l'arrivée d'un ultra. On est passé par beaucoup d' états d'âme (enfin, moi, en tout cas). On se dit que c'est le dernier, et aujourd'hui, 24h plus tard, je penses déjà à la TDS fin août. Isa sera là, mes enfants aussi. J'ai envie d'arriver avec eux à Chamonix. Il me reste 2 mois d'entrainement, L'objectif avoué est de 20h. Je dois pouvoir y arriver. J'y arriverais.

 

Le parcours est absolument magnifique! normal, c'est le Valais... les bénévoles, supers sympas. Bien au niveau de l'organisation, vraiment.

Gros bémol à l'encontre de certains pseudos-trailers, des petits cons qui coupent les sentiers parce qu'il sont pressés (...) et qui jettent gels et golbelets dans la nature. Au plaisir de ne plus les croiser.

Ce trail est juste magnifique, il n'a pas besoin d'eux. C'est un ultra à taille humaine, ça fait du bien.

 

Merci à ceux qui auront eu le courage de me lire...

1 commentaire

Commentaire de millénium posté le 07-07-2010 à 15:09:00

merci pour ce récit , très agréable a lire. Et je partage l'avis sur les déchets.

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