Ultra & perte de motivation en course

Discussions sur des sujets moins sérieux en rapport avec les sports d'endurance.
Le hors-sujet y est toléré, mais dans une certaine limite : le sujet doit commencer par [HS], le HS doit rester minoritaire, et les sujets polémiques, agressifs ou contenant des attaques nominatives, ne sont pas tolérés (et seront supprimés par les modérateurs).

Messagepar alfredyoyo » sa fiche K
» 24 Août 2022, 12:44

Bonjour à tous,

je suis à la recherche de quelques kikoureurs avec qui échanger (ca peut être en MP pour ne pas "déranger" tout le monde avec des choses pas forcément importantes ni rassembleuses), sur une situation similaire à la mienne. Je me suis mis au trail en 2014 et à l'ultra en 2017, ce qui m'a vraiment passionné, j'y suis allé graduellement avec du local, une OCC 2015, les saintélyon tous les ans. En montagne j'ai fini depuis 2017 : 2xUT4M 100, l'ultra vercors 90 et l'ultra du beaujolais vert 110, avec des résultats pas mauvais vu mon historique perso (130kg a 20 ans, 70kg a 25 ans :mrgreen: ....)

Mais voila depuis une petite année, je sens en cruel manque de motivation en course d'ultra, une vraie lassitude. Cette année je préparai la TDS, j'étais très content d'y retourner après l'arrêt de l'an dernier. Mes entrainements se passent bien, à la mesure de mon niveau je fais mes 7h-10h de sport, un de mes meilleurs volumes depuis mes débuts de CAP, le dénivelé je fais au mieux en m'organisant des sorties montagnes. Bref je suis motivé pour faire de belles sorties en prévision de, etc...

Mais voila, arrivée la veille de course de très gros doutes pas tant sur le physique, mais sur la motivation à m'enquiller des chantiers comme ca, alors que j'y pense positivement et avec beaucoup de plaisir pendant les prépa.
Sur le 100k de l'ultra 01 en Juin, j'arrête a 76km (pas si loin donc...) un peu à cause de la chaleur mais aussi beaucoup par flemmardise. Idem sur la TDS hier ou j'arrête à BSM (même si des gros maux de ventres m'ont fait bien mal dès le début de la course, mais que j'ai su gérer), parce que aussi une vraie flemme que je n'arrive vraiment pas à surmonter sur le coup et qui me submerge un peu. Quand on sait le temps de prépa qu'on y passe, et qu'on a la chance d'enfin y être, c'est d'une illogique sans commune mesure...

Je sais que j'en ai été capable, donc ca génère beaucoup de déception après coup voire même un peu de "honte" (toute mesure gardée), et j'aimerai échanger avec des gens ayant connus ce sentiment, ce qui est toujours interessant.

Comme je disais, ca ne concerne probablement que peu de personnes très actives sur ce forum, donc n'hésitez pas à me faire un MP si vous préferez.

En vous remerciant !

Messagepar Benman » sa fiche K
» 24 Août 2022, 15:56

Intéressante question sur le mental en course.
Si je comprends bien, ta perte de motivation n'est pas à l'entrainement où tu te donnes les moyens de réaliser ce que tu as prévu de tenter, mais pendant les courses.

Je pense que une grande partie de ceux qui ont abandonné une jour pendant une course sans être blessés pourront témoigner. De fait, ça concerne quasi tous les coureurs.
Cela renvoie à la difficulté des épreuves longues auxquelles on participe. Parfois, on se demande pourquoi on est là et ce qu'on fait comme ça à souffrir dans des conditions hostiles alors qu'on pourrait très bien renoncer.
Il y a des tonnes de publications sur la préparation mentale etc.
L'un des paramètres essentiel de l'ultra trail est l'aspect mental.
Un coureur très performant sur du court peut ne jamais réussir en ultra, et inversement
Sur du court/ pas trop technique, c'est le paramètre physique qui rentre en 1er.
Tu as un gros moteur, tu es devant.

Sur du long, les paramètres sont beaucoup plus nombreux, à commencer par l'alimentation, la capacité d'endurance et de résistance liée à la répétition des entrainement, la réflexion sur ses motivations etc...

Souvent ceux qui abandonnent le font après avoir broyé du noir pendant la dernière partie de la course, ou se disent "c'était super au début, j'en ai assez vu, hop, rideau".
Le problème est que le lendemain, on n'est plus du tout dans le même état d'esprit, et on ressasse un pourquoi sans réponse, et ça peut durer des mois ensuite et affecter le reste de nos activités/ passions.

Peut-être aussi te dis tu que tu as déjà réussi à faire des choses incroyables : toutes les difficiles courses dont tu es déjà venu à bout, et tu ne vois pas aujourd'hui pourquoi tu te ferais mal pour aller dans des états que tu connais déjà.

Je suis assez mal placé pour parler de l'abandon : j'ai abandonné une fois en quelque 75 courses, et c'était lié à un manque d'équipement et de volonté de prendre des risques suite à un orage particulièrement violent à l'UTB.

Par contre, je peux parler aisément du nombre de fois où je me suis dit : abandonne, là, ce sera plus simple, et finalement je suis reparti pour terminer.
Finalement, c'est vraiment personnel, probablement une question d'orgueil et de caractère.
Il faut être capable de faire passer la volonté extrême de continuer, au-dessus de tous les signaux que donne le corps pour débrancher le cerveau.

Le cerveau donne des alertes négatives pour protéger le corps.
Le seul problème est que pour la majorité des personnes, il le fait très en amont des réels risques.
cela signifie que les signaux envoyés par le cerveau vont venir complètement perturber le fonctionnement de tout le corps.
pour rappel, chez tous les être vivants ou presque, il existe des états de mise en veille automatique destinés à mettre en sécurité les organes vitaux.
C'est le cas par exemple pour les animaux qui hibernent, ou pour l'homme par le mécanisme extrême de coma, qui peut être réversible une fois que les risques vitaux sont écartés.

Evidemment, en course, on n'en est pas là, mais probablement que les mécanismes reptiliens sont à l'œuvre.

Un peu de préparation mentale avec une aide extérieure peut probablement aider. La PNL est souvent un bon outil : se conditionner à se rappeler des moments agréables en mémorisant des situations confortables et réconfortantes, pour se les remettre en tête à un moment difficile.
On peut aussi penser à l'après-course. Pourquoi la bière d'arrivée a tant de succès? Probablement parce qu'elle a été l'unique moyen de tenir mentalement pour plein de coureurs pendant la course.

En course, il y a des pièges à éviter: typiquement quand on fait un parcours en boucle et qu'on repasse à proximité du départ/ de la douche/ de sa voiture... c'est terrible. je sais que l'Origole et le Grand Duc sont réputés pour ça.
Autre exemple: quand on croise à un ravito les bus tout propres et chauds, prêts à raccompagner les concurrents en détresse. C'est le cas par exemple à sainte Catherine sur la Saintelyon. c'est terrible : on souffre, il fait froid. Juste un pas de côté, et on sait que c'est instantanément terminé. le cerveau prend vite le contrôle si on ne lui dit pas de fermer sa bouche...

ça vaut le coup de préparer mentalement ces moments là en se les jouant avant dans la tête : j'arrive à la base vie : qu'est-ce qui est le plus important pour moi : mon confort ou terminer la course (probablement en souffrant) que je prépare depuis des mois?
Quand on se le fait dans la tête avant, la réponse est évidente. quand on est sur place, elle le devient beaucoup moins. Se rappeler qu'on a répété la situation avant peut permettre de changer une décision prise à chaud.

Et puis après, en course, j'ai expérimenté que les moments de moins bien sont toujours suivis de moments de mieux.
J'ai essayé de décrire ça dans un CR du 90 du MB où j'ai vraiment failli abandonner à Emosson, et quelques heures plus tard, j'ai connu le plus gros flow de ma carrière, un truc assez incroyable.

Il m'arrive régulièrement de relire ce CR avant une course. Ce n'est pas par gloriole perso ou par vanité (je suis et reste un coureur très moyen), mais juste comme exercice de programmation mentale.

Relis ton CR de la Saintélyon 2019. Il est extraordinaire ce CR, et tu t'es prouvé que tu pouvais faire des choses extraordinaires. Donc ça n'a pas changé aujourd'hui.

Quand j'ai une douleur, je me répète comme un mantra : t'as pas mal, t'as pas mal, t'as pas mal.
Souvent ça marche. J'ai éradiqué comme ça une douleur super pénible au tendon d'Achille pendant l'UTMB, après Courmayeur.
Le principe du taping est assez proche de cela me semble-t-il : il donne des leurres au cerveau. Le mantra dans la tête est une sorte de leurre : on détourne l'attention du cerveau et par méthode coué, on lui rappelle que tout va bien. au bout d'un moment, il se la ferme
Bon, attention, cette méthode est redoutablement efficace, mais en cas de blessure vraiment sérieuse, on peut aussi aggraver considérablement la blessure, qu'on va ensuite traîner pendant des mois. Le cerveau, des fois, il est pas si con que ça non plus.

Parfois, je me mets de la musique que j'aime dans les oreilles (en général, musique plutôt douce et calme), ça change complètement mon comportement.

Et puis, en ultra, il faut accepter de souffrir et de se mettre des coups de pieds au cul.
C'est exactement pareil que de se remettre à courir et relancer après des heures de course. Au début, ça fait très mal, puis le corps redémarre. Tu lui as dit que non, tu ne tomberais pas dans le panneau du cerveau qui veut absolument que tu arrêtes les conneries.

Après, une des solutions peut aussi être de repasser pour le moment sur du court, et ne réaborder l'ultra que dans quelques années, avec de nouvelles raisons d'y aller.
Il y a je pense un phénomène d'accoutumance à l'ultra, et quand on a déjà connu une distance, qu'on sait le mal que ça fait, on n'a pas forcément envie de recommencer.
Là aussi, je pense que ça peut se travailler avant: en mettant des mots derrière ce phénomène.
OK, cette course ou cette distance, je l'ai déjà fait, mais voici les nouvelles raisons qui font que cette année, je veux aussi la faire et aller au bout. C'est pour ça que je m'entraine et me donne du mal...
Lister nos bonnes raisons de faire une course quand on l'a décidés, ça aide à se le rappeler ensuite.

La honte dont tu parles, elle ne peut être que par rapport au regard des autres.
Si tu as réussi une course de 76 km, tu vas être beaucoup mieux estimé que si tu fais 76 km d'une course de 100 km.
Pourtant, l'effort est exactement le même.
A chacun ensuite de remettre à sa juste place la portée de l'effort: non, tu n'as pas abandonné bêtement au bout de 76 km, tu as d'abord réussi à faire 76 km dans des conditions difficiles, et tu peux en être fier..
C'est aussi une question d'estime de soi... qui va bien évidemment largement au-delà du sujet que tu abordes.
Le supposé regard des autres : la famille qui ne comprend pas pourquoi après une telle préparation tu n'y es pas arrivé, les collègues qui attendaient le récit de tes exploits à la machine à café etc...
eh bien des fois, il faut aussi apprendre à rendre sexy un truc qui au départ ne nous semblait pas si sexy que ça : la journée a été magnifique, j'ai fait de belles rencontres, j'ai touché mes limites etc... que des sujets positifs qui te feront aussi passer aux yeux des autres comme une personne raisonnable, mature, humaine donc...

Pour finir, après mon seul abandon sur une course, j'ai eu beaucoup de félicitations de mes proches, qui m'ont fait savoir qu'ils avaient apprécié mon sens de la mesure pour ne pas prendre de risque etc... ça m'a laissé depuis beaucoup plus de liberté pour faire ce que je voulais.

Voilà pour ma petite expérience perso du sujet.
Bon courage

Messagepar stephrunrun » sa fiche K
» 24 Août 2022, 17:56

Je vais essayer d’apporter ma contribution à ta réflexion.

J’ai commencé le trail il y a 10 ans, avec une progression régulière chaque année dans les distances. Pour arriver en 2015 sur la TDS. Une expérience extraordinaire, des conditions meteo parfaites, un mental au top (je n’ai jamais cessé de me projeter sur la ligne d’arrivée pendant la course, même dans les moments les plus difficiles). Jusque-là, je n’avais jamais abandonné. Ca reste ma course de référence, dans l’émotion surtout. Au départ, c’est comme si je savais que j’allais finir. En 2016, je prépare le grand raid de la Réunion. La CCC en guise de mise en bouche, ca passe nickel, une super fraicheur à l’arrivée. Là encore, des moments difficiles, mais le mental et l’envie sont là. Sur le grand raid, patatra, entorse de la cheville dans la montée vers le Taibit. Continuer eut été d’une totale inconscience, je me résous très vite à abandonner. Et là, je crois que quelque chose s’est cassé, dans mon esprit. Déjà, j’ai eu beaucoup de mal à digérer sur le moment, je faisais la course avec un ami, qui lui, a terminé. J’ai eu un mal fou à me rendre sur la ligne d’arrivée. Ensuite, je pense que mon cerveau à intégré le fait que l’abandon, à portée de jambes à chaque ravitaillement, pouvait être un soulagement. L’année suivante, j’ai la chance d’être tiré au sort pour l’UTMB. Celui avec Kiki et François. L’UTMB de la décennie. Ma préparation est bonne, je fais les entrainements avec envie (en fait, j’adore les entrainements). Bien sûr, c’est parfois dur, mais bon, je sais que mes rando-courses ne dépassent pas 5 ou 6 heures, alors ca passe. Et bim, les trois semaines qui précèdent la course, l’envie descend en flèche. La flemme, comme tu écris. Pas envie d’y aller. J’essaie de prendre un peu de recul, car je sais qu’à chaque fois que ma routine est perturbée (quand je pars pour un lointain voyage par exemple), le manque d’envie est là. Peut-être une certaine forme de peur de l’inconnu, qui se dissipe toutefois très vite une fois que je suis « dedans ». Mais là, sur la ligne de départ, au son de conquest of paradise, rien. Alors que si j’écoute aujourd’hui cette musique, je suis pris aux tripes. Immanquablement, aux Chapieux, après une mini douleur au genou, je renonce, alors que, objectivement, tout se passait plutôt bien. Sauf dans la tête, où j’étais en dehors de la course depuis le début. Conséquence d’un surentrainement ? Le stress ? Je ne saurais dire. Mais bordel, ca m’a fait mal au cœur de ne pas réussir à rentrer dans l’événement.

J’ai donc essayé de reprendre les choses depuis le début, après une année 2018 difficile sur le plan personnel. Retrouver une spirale positive, retrouver de l’envie. Je sais maintenant que jusqu’à 100 km, je suis à l’aise, dans ma tête. Je sais que j’ai la force mentale nécessaire pour tenir. Parce je sais que je l’ai déjà fait et que je sais activer les ressources mentales nécessaires pour arriver au bout. Et surtout parce que, a priori, mon esprit doit penser que ca n’est pas si long, finalement. Cela reste une vue de l’esprit, bien évidemment, une espèce de conditionnement. Je peine encore lorsque l’horizon de temps est plus long (on va dire deux nuits) et c’est typiquement ce qui est arrivé sur l’intégrale de l’Echappée Belle cette année, dans la montée de Valloire. J’ai craqué, encore trop facilement à mon gout. Ce qui m’a fait craqué, c’est la perspective d’avoir encore 50 km et une nuit à faire alors que je peinais et alors que j’avais déjà passé 24 heures en course. Je pense que c’est ce qu’il ne faut surtout pas faire dans ce cas, se projeter sur la totalité de ce qu’il reste. Néanmoins, en même temps que ce « craquage », j’ai eu une tendinite au genou qui m’empêchait d’avancer. Je n’aurais pas pu finir, quoi qu’il en soit. J’ai essayé pendant cette course d’activer tout un tas de ressources : pensée positive (visualisation de ma TDS), remotivation (pense à ceux qui sont plus là et ceux qui ne peuvent même pas profiter de ces paysages), absence de pensée (fixe les baskets du type devant toi), discussion avec d’autres participants (ca aide vachement). La musique m’aiderait considérablement je pense, mais la logistique à mettre en place me saoule (sortir les écouteurs, etc.). Je vais aussi essayer pour cette Echappée Belle de me faire un compte rendu de ce qui a bien marché et de ce qui n’a pas marché, pour relire tout ca avant la prochaine course longue. Je vais particulièrement consigner ma défaillance et me noter que finalement, hormis ma tendinite, il n’y avait d’un point de vue physique objectivement rien qui ne tournait pas rond. Par exemple, j’ai eu zéro ampoule, zéro courbatures après la course, même après 30 heures, 80 km et 6400 de D+ : c’est quand même pas mal ! J’ai récupéré en deux jours, c’est que la préparation était bonne.

J’essaierai donc pour 2023 et mon prochain ultra (je fais un ultra par an – quand je dis ultra c’est supérieur à 100 km), de mettre encore plus l’accent sur cette préparation mentale, au fil de l’année.

Pour toi, il faut peut-être reprendre un cycle progressif, sur des distances plus courtes d’abord, et retrouver une forme de plaisir à passer la ligne. Identifier ce qui de te plait dans une course (faire des rencontres, boire ta bière à l’arrivée, admirer les points de vue, sortir de ton quotidien, etc.).

Messagepar coco38 » sa fiche K
» 25 Août 2022, 10:44

A l'étage inférieur car mes "ultras" sont des trails entre 40 et 60km (ou STL) ...
C'est la même problématique et les mêmes ressorts au niveau mental.
J'ai une dizaine d'abandons dont 2 ou 3 "sans" raison objective.
La dernière c'était pour le trail de l'étendard ; 45km et 3000m de D+
J'ai abandonné à 35km et 2200m de D+ déjà effectués.
Les raisons...
- venu pour voir un nouveau secteur ; j'avais fait le + gros et le + intéressant pour découvrir ce massif
- course hors programme initial de ma saison ; j'avais réussi les courses objectifs de ma saison... celle-ci était en plus donc motivation au départ certainement inférieure.
- souvenir douloureux de précédentes courses ; je hais la chaleur et bien que la température soit raisonnable, je commençais à craindre pour un coup de chaud éventuel
- usure de la motivation pour ce type de course ; déjà fait beaucoup de courses de ce format et de - en - envie de "se faire mal"
- détachement vis à vis du regard des autres ou de l'entourage ; ... je m'en fou... je fais ça avant tout pour mon plaisir perso à moi :mrgreen:

Bref on évolue au fil des ans et de l'âge qui passe. On peut aussi renouveler sa motivation en faisant des chose différentes... course de type BY... courses à étapes...

Messagepar stephrunrun » sa fiche K
» 25 Août 2022, 11:34

Ton commentaire m'amène à une réflexion : j'observe qu'il est difficile de durer dans le monde du trail. Par durer, j'entends faire et refaire des courses chaque année. Ce d'autant plus que tu atteins à un moment un plafond dans la distance et le temps : autant au départ, tu peux te dire que tu progresses chaque année, c'est sympa. Puis après quelques années, tu ne progresses plus (toujours dans la distance et dans le temps passé, pas dans la performance).

J'ai quelques connaissances qui se sont essayés au trail, puis après avoir fait une bonne perf. sur un ultra, ont laissé le truc de côté.

Plus largement, force est de constater qu'aujourd'hui, les trails peinent à se remplir (je mets de côté les incontournables). Dans les Vosges, ca marche vraiment moins bien à tous les niveaux. Je crois que sur l'UT4M 160 de cette année, seuls 265 participants étaient décomptés (pour plus de 600 il y a quelques années), avec seulement 15 féminines.

Messagepar coco38 » sa fiche K
» 25 Août 2022, 12:30

Vaste débat du pourquoi on court et on fait du trail...
Il y a la catégorie des défis "one shot"... résultat d'un pari entre copains ou simplement de l'envie d'essayer un truc pas ordinaire. Donc effectivement, pour la majorité de ceux-là une fois le défi réussi (ou pas) on passe à autre chose. L'effet de mode se rajoute à cela. Généralement dans ce cas le défi c'est style UTMB ou SaintéLyon :wink:
Il y a ceux qui veulent toujours améliorer leur performance/classement, augmenter les durées et les distances. Forcément à un moment donné ça coince (surtout quand on débute à 42 ans :wink: )
Et puis, il y a le noyau de ceux qui durent indépendamment de la mode et de la progression ou pas...
Leur motivation c'est souvent de maintenir un niveau d'activité pour être en forme, être dans la nature, découvrir de nouveaux endroits, partager, prendre du plaisir ! .

Messagepar pinpon69 » sa fiche K
» 25 Août 2022, 15:28

Benman a écrit:Intéressante question sur le mental en course.
Si je comprends bien, ta perte de motivation n'est pas à l'entrainement où tu te donnes les moyens de réaliser ce que tu as prévu de tenter, mais pendant les courses.

Je pense que une grande partie de ceux qui ont abandonné une jour pendant une course sans être blessés pourront témoigner. De fait, ça concerne quasi tous les coureurs.
Cela renvoie à la difficulté des épreuves longues auxquelles on participe. Parfois, on se demande pourquoi on est là et ce qu'on fait comme ça à souffrir dans des conditions hostiles alors qu'on pourrait très bien renoncer.
Il y a des tonnes de publications sur la préparation mentale etc.
L'un des paramètres essentiel de l'ultra trail est l'aspect mental.
Un coureur très performant sur du court peut ne jamais réussir en ultra, et inversement
Sur du court/ pas trop technique, c'est le paramètre physique qui rentre en 1er.
Tu as un gros moteur, tu es devant.

Sur du long, les paramètres sont beaucoup plus nombreux, à commencer par l'alimentation, la capacité d'endurance et de résistance liée à la répétition des entrainement, la réflexion sur ses motivations etc...

Souvent ceux qui abandonnent le font après avoir broyé du noir pendant la dernière partie de la course, ou se disent "c'était super au début, j'en ai assez vu, hop, rideau".
Le problème est que le lendemain, on n'est plus du tout dans le même état d'esprit, et on ressasse un pourquoi sans réponse, et ça peut durer des mois ensuite et affecter le reste de nos activités/ passions.

Peut-être aussi te dis tu que tu as déjà réussi à faire des choses incroyables : toutes les difficiles courses dont tu es déjà venu à bout, et tu ne vois pas aujourd'hui pourquoi tu te ferais mal pour aller dans des états que tu connais déjà.

Je suis assez mal placé pour parler de l'abandon : j'ai abandonné une fois en quelque 75 courses, et c'était lié à un manque d'équipement et de volonté de prendre des risques suite à un orage particulièrement violent à l'UTB.

Par contre, je peux parler aisément du nombre de fois où je me suis dit : abandonne, là, ce sera plus simple, et finalement je suis reparti pour terminer.
Finalement, c'est vraiment personnel, probablement une question d'orgueil et de caractère.
Il faut être capable de faire passer la volonté extrême de continuer, au-dessus de tous les signaux que donne le corps pour débrancher le cerveau.

Le cerveau donne des alertes négatives pour protéger le corps.
Le seul problème est que pour la majorité des personnes, il le fait très en amont des réels risques.
cela signifie que les signaux envoyés par le cerveau vont venir complètement perturber le fonctionnement de tout le corps.
pour rappel, chez tous les être vivants ou presque, il existe des états de mise en veille automatique destinés à mettre en sécurité les organes vitaux.
C'est le cas par exemple pour les animaux qui hibernent, ou pour l'homme par le mécanisme extrême de coma, qui peut être réversible une fois que les risques vitaux sont écartés.

Evidemment, en course, on n'en est pas là, mais probablement que les mécanismes reptiliens sont à l'œuvre.

Un peu de préparation mentale avec une aide extérieure peut probablement aider. La PNL est souvent un bon outil : se conditionner à se rappeler des moments agréables en mémorisant des situations confortables et réconfortantes, pour se les remettre en tête à un moment difficile.
On peut aussi penser à l'après-course. Pourquoi la bière d'arrivée a tant de succès? Probablement parce qu'elle a été l'unique moyen de tenir mentalement pour plein de coureurs pendant la course.

En course, il y a des pièges à éviter: typiquement quand on fait un parcours en boucle et qu'on repasse à proximité du départ/ de la douche/ de sa voiture... c'est terrible. je sais que l'Origole et le Grand Duc sont réputés pour ça.
Autre exemple: quand on croise à un ravito les bus tout propres et chauds, prêts à raccompagner les concurrents en détresse. C'est le cas par exemple à sainte Catherine sur la Saintelyon. c'est terrible : on souffre, il fait froid. Juste un pas de côté, et on sait que c'est instantanément terminé. le cerveau prend vite le contrôle si on ne lui dit pas de fermer sa bouche...

ça vaut le coup de préparer mentalement ces moments là en se les jouant avant dans la tête : j'arrive à la base vie : qu'est-ce qui est le plus important pour moi : mon confort ou terminer la course (probablement en souffrant) que je prépare depuis des mois?
Quand on se le fait dans la tête avant, la réponse est évidente. quand on est sur place, elle le devient beaucoup moins. Se rappeler qu'on a répété la situation avant peut permettre de changer une décision prise à chaud.

Et puis après, en course, j'ai expérimenté que les moments de moins bien sont toujours suivis de moments de mieux.
J'ai essayé de décrire ça dans un CR du 90 du MB où j'ai vraiment failli abandonner à Emosson, et quelques heures plus tard, j'ai connu le plus gros flow de ma carrière, un truc assez incroyable.

Il m'arrive régulièrement de relire ce CR avant une course. Ce n'est pas par gloriole perso ou par vanité (je suis et reste un coureur très moyen), mais juste comme exercice de programmation mentale.

Relis ton CR de la Saintélyon 2019. Il est extraordinaire ce CR, et tu t'es prouvé que tu pouvais faire des choses extraordinaires. Donc ça n'a pas changé aujourd'hui.

Quand j'ai une douleur, je me répète comme un mantra : t'as pas mal, t'as pas mal, t'as pas mal.
Souvent ça marche. J'ai éradiqué comme ça une douleur super pénible au tendon d'Achille pendant l'UTMB, après Courmayeur.
Le principe du taping est assez proche de cela me semble-t-il : il donne des leurres au cerveau. Le mantra dans la tête est une sorte de leurre : on détourne l'attention du cerveau et par méthode coué, on lui rappelle que tout va bien. au bout d'un moment, il se la ferme
Bon, attention, cette méthode est redoutablement efficace, mais en cas de blessure vraiment sérieuse, on peut aussi aggraver considérablement la blessure, qu'on va ensuite traîner pendant des mois. Le cerveau, des fois, il est pas si con que ça non plus.

Parfois, je me mets de la musique que j'aime dans les oreilles (en général, musique plutôt douce et calme), ça change complètement mon comportement.

Et puis, en ultra, il faut accepter de souffrir et de se mettre des coups de pieds au cul.
C'est exactement pareil que de se remettre à courir et relancer après des heures de course. Au début, ça fait très mal, puis le corps redémarre. Tu lui as dit que non, tu ne tomberais pas dans le panneau du cerveau qui veut absolument que tu arrêtes les conneries.

Après, une des solutions peut aussi être de repasser pour le moment sur du court, et ne réaborder l'ultra que dans quelques années, avec de nouvelles raisons d'y aller.
Il y a je pense un phénomène d'accoutumance à l'ultra, et quand on a déjà connu une distance, qu'on sait le mal que ça fait, on n'a pas forcément envie de recommencer.
Là aussi, je pense que ça peut se travailler avant: en mettant des mots derrière ce phénomène.
OK, cette course ou cette distance, je l'ai déjà fait, mais voici les nouvelles raisons qui font que cette année, je veux aussi la faire et aller au bout. C'est pour ça que je m'entraine et me donne du mal...
Lister nos bonnes raisons de faire une course quand on l'a décidés, ça aide à se le rappeler ensuite.

La honte dont tu parles, elle ne peut être que par rapport au regard des autres.
Si tu as réussi une course de 76 km, tu vas être beaucoup mieux estimé que si tu fais 76 km d'une course de 100 km.
Pourtant, l'effort est exactement le même.
A chacun ensuite de remettre à sa juste place la portée de l'effort: non, tu n'as pas abandonné bêtement au bout de 76 km, tu as d'abord réussi à faire 76 km dans des conditions difficiles, et tu peux en être fier..
C'est aussi une question d'estime de soi... qui va bien évidemment largement au-delà du sujet que tu abordes.
Le supposé regard des autres : la famille qui ne comprend pas pourquoi après une telle préparation tu n'y es pas arrivé, les collègues qui attendaient le récit de tes exploits à la machine à café etc...
eh bien des fois, il faut aussi apprendre à rendre sexy un truc qui au départ ne nous semblait pas si sexy que ça : la journée a été magnifique, j'ai fait de belles rencontres, j'ai touché mes limites etc... que des sujets positifs qui te feront aussi passer aux yeux des autres comme une personne raisonnable, mature, humaine donc...

Pour finir, après mon seul abandon sur une course, j'ai eu beaucoup de félicitations de mes proches, qui m'ont fait savoir qu'ils avaient apprécié mon sens de la mesure pour ne pas prendre de risque etc... ça m'a laissé depuis beaucoup plus de liberté pour faire ce que je voulais.

Voilà pour ma petite expérience perso du sujet.
Bon courage

Waaaahhhh du grand benman dans la réponse constructive !!!

Messagepar Gwan » sa fiche K
» 25 Août 2022, 17:16

Aha LE sujet de la motivation en course !

Peut-être que tu as juste besoin d'une semaine à la plage à siroter des mojitos :mrgreen: .

Plus sérieusement, les raisons qui poussent chacun à courir sont très personnelles. Cela peut être un levier très puissant en cas de coups durs en course. Malheureusement, ces leviers ne sont pas immuables, et ce qui pouvait te pousser à te dépasser il y a 10 ans ne marchera plus forcement aussi bien aujourd'hui.

Personnellement, si le prend le départ d'un ultra, je prends le temps d'extraire tout doute de ma présence sur la ligne de départ (si je ne projette pas sur la course à 100% je n'y vais pas). Sur un ultra, on vient pour repousser ses limites et se faire violence (Il faut aimer le côté maso de ce sport). En fonction de sa vie personnelle, on n'a pas toujours la tête à cela.

Après (et ça peut paraitre paradoxale) je ne me prends pas plus la tête que cela. Si tu arrives sur la ligne d'arrivée, c'est cool ! Sinon... ça sera une prochaine fois 8) .

Vu mon niveau, j'essaie de profiter de chaque moment d'une course, même de ceux qui sont difficiles. Les moments de bonheur n'en seront que plus grand derrière. Il y a plein d'éléments dont on n'a de toute façon pas la maitrise en course et en plus, même avec la meilleure préparation mentale, l'esprit humain reste d'une certaine façon incontrôlable.

Messagepar alfredyoyo » sa fiche K
» 25 Août 2022, 18:16

Bonsoir à tous,

Et surtout un très grand merci pour vos contributions.

Vaste sujet en effet, j'en avais bien conscience mais j'avais la chance jusque la d'être plutôt épargné, ou disons de justement être capable de tirer le positif de ces situations difficiles (qui, faut-il l'avouer, génèrent d'autant plus de "fierté" personnelle d'avoir tenu le coup). Mais disons que je me prends dans les dents un petit changement de paradigme personnel. En y réfléchissant, sur cette année ma situation personnelle et professionnelle a aussi évolué, ca ne me semblait pas un sujet mais force est de constater comme le dit Gwann, ce qui te poussait absolument à une époque, et bien n'a peut être plus le même effet, ce peut être des choses infimes mais qui cumulées changent les choses : avoir déja fini.

Moi qui me considérait plutôt jusque la comme quelqu'un justement avec du mental à défaut d'avoir un "gros niveau", ce qui m'embete le + c'est que j'ai l'impression que la, le twist mental se fait en très peu de temps, et de manière très violente. Sur cette TDS, je ne trouve pas la descente du PSB particulièrement transcendante, mais j'étais ravi de pouvoir aller enchainer ce mur derrière. Et bien il a suffit d'un peu de lassitude dans la descente qui est quand même longue, d'avoir l'engrenage de la "facilité" qui se met en place, d'avoir le cercle vicieux de commencer à non plus compter le checkpoint d'après mais les 95km restant d'un bloc, etc...

Je pense qu'il va falloir effectivement prendre un peu de recul, ramenez ca à ce que c'est : un loisir bien sûr, il y a bien pire :)

Mais c'est ce côté très contradictoire qui me fait un grand coup dans la nuque: être en mesure d'organiser son quotidien pour un objectif, s'entrainer, se botter les fesses quotidiennement pour préparer un instant donné, ce que je pense avoir bien fait en particulier cette année, y penser, se projeter justement, et de voir comment cette préparation peut sauter le jour J sans qu'aucun mécanisme ne puisse venir contrebalancer ca (et c'est quelqu'un qui a quasi perdu la moitié de son poids "à la main" avant de se mettre à la course à pied qui vous dit ca :D )

Messagepar marat 3h00 ? » sa fiche K
» 25 Août 2022, 20:30

Benman à sacrément bien répondu comme d'habitude !

J'ajouterai juste qu'il serait peut-être intéressant, lors de ton introspection écrite, d'inclure un ou deux petit chapitre sur :
la place laissé à la récupération mentale lors de la préparation,
L'impact éventuel d'un non respect des temps de passages envisagés avant la course ou d'un classement qui n'aurait pas été celui imaginé ( on aborde là l'aspect performance envisagé).
Bonne réflexion et soit le plus honnête possible avec toi même, ça ne regarde que toi.

Messagepar alfredyoyo » sa fiche K
» 25 Août 2022, 20:48

marat 3h00 ? a écrit:Benman à sacrément bien répondu comme d'habitude !

J'ajouterai juste qu'il serait peut-être intéressant, lors de ton introspection écrite, d'inclure un ou deux petit chapitre sur :
la place laissé à la récupération mentale lors de la préparation,
L'impact éventuel d'un non respect des temps de passages envisagés avant la course ou d'un classement qui n'aurait pas été celui imaginé ( on aborde là l'aspect performance envisagé).
Bonne réflexion et soit le plus honnête possible avec toi même, ça ne regarde que toi.


Intéressant merci. En particulier sur cette tds j’avais prévu volontairement un départ assez (très prudent). De nombreux bouchons en queue de peloton m’ont mis très mal pour la première BH au 15eme ce qui m’a obligé à aller me mettre un coup de speed ou j’ai eu très peur que ça ne passe pas. Idem je n’étais pas à l’aise sur celle d’après le 35 même si j’y ai gagné 30 minutes, puis 45 minutes d’avance a BSM. donc oui, même si je ne dirai pas que c’est lié à ça, j’ai du gérer un truc non prévu très tôt.
Idem je me suis fait surprendre à chopper un coup de froid de t-shirt trempé sur le ventre et donc déjà au bout d’une heure j’avais des crampes d’estomac qui m’ont forcé à vraiment m’arrêter tellement j’avais mal. Dos rond, change, Veste, le chaud revient et ça passe. Mais idem, aléas qui arrive très tôt.

De la à ce que ça ait eu un impact, peut être.

Mais justement j’arrive à BSM en ayant réglé les problèmes de ventre et m’être refait une marge sur la BH. Ce qui aurait du me remettre dans une position justement « j’ai géré les premières emmerdes ». Peut être que ça m’a fait payé un petit prix mental sans m’en rendre compte…

Messagepar Twi » sa fiche K
» 26 Août 2022, 12:12

Plein de choses ont été dites dans les posts précédents, merci à tous j'en garde aussi plein de conseils à titre personnel.

A titre de témoignage, (sur des distances pour ce qui me concerne entre celles de coco38 et celles d'alfredyoyo) dans la même spirale de démotivation. Depuis 1 an, je n'ai pas fini une seule course de plus de 50km : Rois Maudits, Templiers, Ultra Lozère (à l'exception notable de l'étape longue du MDS, qui est un contexte un peu particulier).

A chaque fois, un phénomène un peu insidieux, qui fait que j'abandonne avant d'abandonner : j'en ai marre, je me demande ce que je fous là, donc je ralentis (et je suis déjà pas très rapide, genre 2/3 du peloton en général). Pendant un temps, je fais plus ou moins l'autruche sur le temps perdu ... jusqu'à me prendre la BH (ou à la voir de tellement près au ravito qu'il vaut mieux monter dans la navette que d'essayer de passer la suivante). Et les rares fois où je me suis rendu compte que j'avais la BH au cul, ça ne m'a jamais remotivé bien longtemps. Finalement, je me mets dans l'obligation d'abandonner.

Résultat identique sur la "honte" après la course, car je sais très bien que je peux courir plus vite et boucler ce type de distance.

Voilà, voilà.

Messagepar CROCS-MAN » sa fiche K
» 26 Août 2022, 18:49

Tu aimes les films de gladiateurs ? Tu aimes avoir mal, souffrir ? Es tu prêt à laisser ton corps à la science?
Non? Alors passes ton chemin.

Après tout il faut être taré pour s'infliger tant de souffrance, s'assoiffer, s'affamer, se priver de sommeil...et payer pour toute cette orgie de bonheur et de plaisir

Messagepar Bert75 » sa fiche K
» 26 Août 2022, 19:30

Pour moi, la démotivation (et la question qui nous taraude tous à un moment ou à un autre "Qu'est-ce que je fous là?), c'est en début de course, grosso modo, les 3-4 premières heures.

Après, la magie des endorphines doit agir, car j'y suis et j'ai pas du tout envie que ça s'arrête. Sauf quand il fait vraiment trop chaud, les endorphines ne sont plus suffisantes à compenser l'absence total de plaisir quand je suis obligé de boire 1l par heure pour ne pas me désécher!

Messagepar Zucchini_41 » sa fiche K
» 31 Août 2022, 07:01

Sujet intéressant, qui tombe à un moment où pour ma pomme aussi les premiers doutes arrivent... Je me suis mis à la CAP il y a 7 ans pile (31/08/15) et chaque échelon gravit, chaque course objectif finie, une autre source de motivation apparaissait pour nourrir le feu sacré de la motivation.
En 2022, j'ai fait des gros trucs, pour mon niveau (LDHD où je dépasse mes objectifs des 10 tours, Vulcain où je fais une bonne perf en courant tout le long, puis un doublé Trail 63k+marathon le lendemain en faisant des temps top, Tarn Valley trail 160k et UTPMA dans une fournaise incroyable). En 6 mois je me fais un palmarès que je n'aurais jamais imaginé il y a 7 ans, ou même il y a deux ans.
Physiquement, j'en m'en suis bien, car j'ai continué à m'entrainer en CAP, et dans d'autres disciplines sans interruption. Mais à force d'entendre les remarques de mes proches, "genre tu en fais trop, ménage toi", le travail de sape mental a fait son œuvre. Résultat, j'ai décidé de ne pas participer au GRP 160 que j'avais prévu, car je ne me sentais pas du tout les ressources mentales / physiques pour affronter 40h ou plus de remise en question sur le "pourquoi je suis là?", " à quoi bon?"?.
Et le mal est pervers, car désormais c'est toute ma pratique qui est touchée. Ce qui pèse aussi, c'est que je me déplace toujours en solo à l'autre bout de la franche, en voiture, avec toute la fatigue et les risques que cela peut engendrer. A la longue c'est pesant, et le petit sursaut d'orgueil qu'on peut avoir en course, à savoir "Faut que j'aille au bout car ma femme et mes enfants m'attendent à l'arrivée" n'est pas là.
Cet été, j'avais du mal à me dire "va prendre tes baskets pour courir 10 bornes"...Alors ok il a fait chaud, et je n'aime pas ça (surtout après l'UTPMA canicule de ouf, ça m'a marqué). Mais la blessure est plus profonde, et n'est pas facile à cicatriser.
Avec un peu de recul et d'introspection, je pense que je suis arrivé au bout du truc que je m'étais dit il y a 7 ans. A savoir faire un 160 km de course à pied.
Depuis le Tarn Valley Trail, je me dis que j'ai fait le job et que finalement, le trail et la CAP j'en ai fait le tour (ce qui est loin d'être le cas).
Pire, je me dis que mon mental est en acier trempé (plus de 80 courses et 0 abandons), et que ça me permet d'aller au bout de toutes les courses, même dans les conditions les plus dures.
Ce qui de facto met mon corps en danger, puisque je n'écoute plus ses signaux d'alerte (comme dit Benman, le corps se garde de la marge, et la force mental consiste à ne pas les écouter). Et en ce moment, je n'arrive plus à faire la part des choses entre le plaisir raisonnable de la pratique du trail, ma motivation pour ce genre de compétition, la force du mental, mais la nécessité d'écouter son corps et les signaux qu'il envoie, et les moyens à mettre en face de ces objectifs pour y parvenir en bon état.
Bilan, j'ai décidé de me recentrer sur des objectifs simples, pour le moment. Je vais faire les courses locales (j'habite dans le plat pays, c'est moche, monotone, mais au moins c'est rapide et simple niveau logistique), et je ne prévoit "que" deux courses D+ pour fin 2022, que je connais déjà, qui sont conviviales, avec des gens que je connais qui la font aussi. Je vais me laisser un peu porter par le truc, et j'imagine que de tout ça, va renaitre l'envie de partir sur une nouveau projet, une nouvelle envie, ou pas, mais je laisse faire le truc sans me prendre le choux. Je reste dans une relative zone de confort, pour essayer de trouver d'autres sources de motivation (plus de courses en groupe?, plus de courses très techniques?, des courses plus courtes ?, plus longues?) et en tous cas de vivre ma pratique un peu différemment...

Messagepar nic3673 » sa fiche K
» 01 Sep 2022, 21:16

Hello,
Une explication dans le dernier numéro de l’excellent Run & Talk : https://youtu.be/JhcziE1_Lb0
Rien de surprenant finalement mais une mise en perspective intéressante.

Messagepar Galaté57 » sa fiche K
» 01 Sep 2022, 21:35

Je ne peux que vous rejoindre, voir en pire
Actuellement, malgré les entrainement qui passent sans problème, le plaisir de mes 3 sorties quotidiennes, je n'arrive plus à me motiver pour m'inscrire à une course...
Depuis ce début d'année, en février une course locale de 13km et depuis nada, pourtant j'avais préparé un calendrier et tout et tout, mais j'arrive en fin de semaine pour réaliser que je me suis pas inscrit...
Certes, en janvier, je me suis explosé le genou avec perte de liquide et je porte maintenant une genouillère, mais cela m'empêche pas d'avaler 50 km en sortie dominicale ou 120km de vélo..
Mais aucune envie de me retrouver sur une ligne de départ...
Hier je regardais pour les 70km de l'Infernal Trail des Vosges le week-end prochain, j'ai réalisé que j'avais pas renouvelé mon certificat médical...alors qu'auparavant je connaissais sa date de péremption...
J'ai regardé l'UTMB, mais aucune envie d'y être...
Je sais plus...

Messagepar Zucchini_41 » sa fiche K
» 02 Sep 2022, 17:38

nic3673 a écrit:Hello,
Une explication dans le dernier numéro de l’excellent Run & Talk : https://youtu.be/JhcziE1_Lb0
Rien de surprenant finalement mais une mise en perspective intéressante.

Top ! (si ce n'est la voix qui est mal réglée qui fait mal aux oreilles :mrgreen: )
C'est à dire que maintenant, je comprends ce mécanisme qui fait qu'on en veux toujours plus, sans pour autant en tirer plus de satisfaction... Sans déc, ça va vraiment changer ma façon de choisir mes courses, et je vais lutter contre cette part "primaire" de notre cerveau :)
A moi les trails de moins de 15 bornes, sans scrupules et avec le smile !! :mrgreen:

Messagepar Mams » sa fiche K
» 04 Sep 2022, 14:30

De par ma petite expérience, et à vous lire tous, je me demande si le mental qui flanche, chez quelqu'un dont c'est plutôt un point fort, ne serait pas le signe d'une forme d'épuisement latent.
Ça commençait à se faire un peu sentir pour moi en 2019, lors du Trail des Marcaires, même si j'y ai quand même pris du plaisir. Mais je sentais une baisse de réserve mentale que je n'ai pas analysé à l'époque. Ensuite, y a eu le COVID, et l'envie est revenue rien que d'entendre des médecins me dire qu'il fallait faire une croix sur le trail.
A posteriori, je me dis que la baisse de motivation de 2019 était sans doute due à une fatigue psychologique latente, liée à d'autres domaines (travail, thèse, etc). Écouter le trop-plein, qu'il soit lié à un entraînement trop intense, ou à une usure mentale dans d'autres domaines, peut aider à récupérer. La motivation est aussi liée au niveau d'énergie globale disponible. Si l'entraînement remplit les niveaux, c'est bon, mais si ajouté au reste (travail, vie affective, etc.), il pompe, il me semble que ça joue aussi beaucoup sur la motivation et la force mentale en course...

Messagepar cvanquick » sa fiche K
» 04 Sep 2022, 19:57

J'ai eu plusieurs "vies" de coureur :

- j'ai couru pour "fuir"
- j'ai couru pour être dans ma bulle
- j'ai couru pour aller plus loin
- j'ai couru pour aller plus vite
- j'ai couru par amour

Et un jour je me suis arrêté en me demandant si c'était moi ce truc ou si c'était :

- parce que un tel
- parce que les autres
- parce que les parents
- parce que mon ex-femme
- parce que ma compagne

J'avais oublié pourquoi je courrais.
Cela a duré un an. Je n'y arrivais plus.
J'ai tout remis à plat dans la tête et j'ai découvert le courir à l'envie sans préférence aucune :

- parfois plus, par fois moins
- parfois seul parfois à deux
- parfois à côté de chez moi parfois loin
- parfois de jour, parfois de nuit.

Et j'ai compris que j'aimais simplement courir et surtout qu'il y avait plusieurs façons de faire pour une même personne.

Aujourd'hui, chaque fois que je cours, je sais ce que je "mets" dans la sortie (et il n'y a jamais une notion de performance) et ce n'est que du plaisir.
Et si le plaisir n'est pas là c'est parce que je ne suis pas "dedans" et que la tête et/ou le corps n'était pas disponible.
J'ai passé au scanner de ma nouvelle façon de courir toutes les courses que je n'ai pas terminées : dans 100% des cas, la tête et/ou le corps n'étai(en)t pas là mais pas seulement le jour de course mais dans l'ensemble du "projet".

Voilà c'est ma petite contribution à ce vaste juste et elle est toute personnelle.

Messagepar alfredyoyo » sa fiche K
» 04 Sep 2022, 23:07

Merci à tous pour ces partages très enrichissants !

Mams a écrit:Écouter le trop-plein, qu'il soit lié à un entraînement trop intense, ou à une usure mentale dans d'autres domaines, peut aider à récupérer. La motivation est aussi liée au niveau d'énergie globale disponible. Si l'entraînement remplit les niveaux, c'est bon, mais si ajouté au reste (travail, vie affective, etc.), il pompe, il me semble que ça joue aussi beaucoup sur la motivation et la force mentale en course...


Depuis fin 2021 effectivement déménagement, nouveau boulot, bébé en route pour début 2023... Mais jusqu'à maintenant je n'avais pas mis le doigt la dessus car mon entraintement restait "à la hauteur", et je me disais que justement 2022 serait une bonne année pour faire un petit tout ca. Peut être des choses un peu inconscientes... :idea:

Messagepar cvanquick » sa fiche K
» 05 Sep 2022, 11:18

Je pense que le doigt a commencé à montrer certaines choses moins inconscientes que tu ne le penses.
Et cela a forcément un impact sur la "disponibilité" mentale et physique. :wink:

Messagepar le-lent » sa fiche K
» 21 Sep 2022, 13:55

Zucchini_41 a écrit:
nic3673 a écrit:Hello,
Une explication dans le dernier numéro de l’excellent Run & Talk : https://youtu.be/JhcziE1_Lb0
Rien de surprenant finalement mais une mise en perspective intéressante.

Top ! (si ce n'est la voix qui est mal réglée qui fait mal aux oreilles :mrgreen: )
C'est à dire que maintenant, je comprends ce mécanisme qui fait qu'on en veux toujours plus, sans pour autant en tirer plus de satisfaction... Sans déc, ça va vraiment changer ma façon de choisir mes courses, et je vais lutter contre cette part "primaire" de notre cerveau :)
A moi les trails de moins de 15 bornes, sans scrupules et avec le smile !! :mrgreen:


J'ai écouté le podcast qui parle du livre "Le bug humain" et suis en train de terminer de lire la suite, "Où est le sens?" qui est passionnant également :D

Messagepar Lécureuil » sa fiche K
» 21 Sep 2022, 14:28

alfredyoyo a écrit:Merci à tous pour ces partages très enrichissants !

Mams a écrit:Écouter le trop-plein, qu'il soit lié à un entraînement trop intense, ou à une usure mentale dans d'autres domaines, peut aider à récupérer. La motivation est aussi liée au niveau d'énergie globale disponible. Si l'entraînement remplit les niveaux, c'est bon, mais si ajouté au reste (travail, vie affective, etc.), il pompe, il me semble que ça joue aussi beaucoup sur la motivation et la force mentale en course...


Depuis fin 2021 effectivement déménagement, nouveau boulot, bébé en route pour début 2023... Mais jusqu'à maintenant je n'avais pas mis le doigt la dessus car mon entraintement restait "à la hauteur", et je me disais que justement 2022 serait une bonne année pour faire un petit tout ca. Peut être des choses un peu inconscientes... :idea:


C'est une des raisons pour laquelle je ne m'entraine pas, du coup le peu de séance que je fais sont de vrais séances plaisirs, et le peu de courses que je fais une fois tous les XX années, pareil

du coup, récemment j'ai même eu une envie soudaine de faire une séance de fractionné, un truc de dingue ( mais heureusement vite disparue ) :twisted: :mrgreen:

Retour vers [Bistro] Le bistro de Kikouroù

Accueil - Haut de page - Version grand écran